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Marc Duchamp (Traducteur)
EAN : 9782228894210
272 pages
Payot et Rivages (14/04/2001)
4.03/5   151 notes
Résumé :
Pourquoi diable Nigel Barley s'est-il mis un jour en tête de devenir anthropologue ? Pour sa thèse il avait choisi les Anglo-Saxons mais, tout plan de carrière impliquant une mission d'étude, c'est finalement une modeste tribu montagnarde du Nord-Cameroun, les Dowayo, qui lui échoit.
Une sinécure ? Si l'on veut. Non que les Dowayo se montrent hostiles, mais insaisissables plutôt, et imprévisibles. Barley se voit transformé tour à tour en infirmier, banquier, ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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Cameroun, 1983.

L'anthropologue Nigel Barley, avec un flegme tout britannique, va à la rencontre des Dowayo, qui possédaient un langage sifflé, momifiaient leurs morts, pratiquaient le "culte des crânes " et procédaient à la circoncision.

Mais après la bureaucratie pour les visas (il lui faut 36 documents), et la douane, à l'aéroport, Nigel s'efforce d'éviter le regard des prostituées locales.

" Ces dames ont imposé leur manière de procéder, qui consiste à marcher droit sur un homme, avant de l'emprisonner entre leurs jambes, comme dans un étau. "

Le pire étant de monter dans un minuscule ascenseur, avec elles!

Nigel l'ignore encore, mais une lady Cou-courou , "qui lui rappelle fortement Oliver Hardy", l'attend devant sa chambre d'hôtel...

A propos de poules, comme tout bon anglais, Nigel rêve de Eggs 'n toasts, au petit déjeuner et va élever ses propres gallinacées, jusqu'à ce que...

- "Patron, j'ai repéré toutes les poules qui pondaient, et je les ai tuées, avant qu'elles ne perdent toutes leurs forces." Fit l'assistant de Nigel.

Une histoire qui vous fait grincer des dents? Attendez de lire, celle où notre anthropologue se fait arracher ses 2 dents de devant par...

- C'hesst ous le dentiste? Qui c'hest l'autre?...

Coincé souvent dans des situations improbables, Nigel va se demander qui étudie qui? Humour british!

Voyage en train de 3 heures, pour Ngaoudéré? Il dura 17 heures. Et quand, Nigel récupère une voiture, des Dowayo s'invitent à bord.

Combien? Impossible de les compter tous.

De plus, ces passagers clandestins vomissent les uns après les autres, et surtout sur Nigel, "sans penser à ouvrir les fenêtres des portières".

"La faute aux cahots de la route ou au chauffeur, pas parce qu'il y avait trop de monde dans la voiture"...

Dans les montagnes, les petits noirs hurlent de terreur, en voyant Nigel, un homme blanc, pour la première fois. Une petite pleurnichait:

" Je voulais le voir enlever sa peau ( blanche)."

" le ciel est-il clair pour toi?" C'est la formule de salut pour les Dowayo, (pas étonnant qu'une enfant pleure en voyant cet homme blanc...)

Nigel Barley va terroriser d'autres peuplades dans d'autres livres, comme "Le retour de l'anthropologue!"

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Le livre que j'aurais pu écrire si j'avais eu du talent, et si j'avais été anthropologue, l'anglais Nigel Barley l'a fait.

Il décide de suivre les conseils de Malinowski, préconisant la recherche sur le terrain, qu'il maudit quand même lorsqu'il se retrouve chez les Dowayo, un ensemble de villages du Nord –Est du Cameroun, réputés « arriérés ».

Son arrivée problématique au Cameroun( car il lui est demandé papiers et copies de papiers, avec photos, mais les ciseaux sont introuvables, timbres , mais il n'y a pas de timbres fiscaux en vente, nulle part, sans pouvoir discriminer lequel de ces douaniers sait lire ou pas) ne lui fait pas perdre l'humour très british, répondant à ce monde truculent , cocasse , ubuesque d'Afrique de l'Ouest :

le dentiste chez qui il va lui arrache sans préambule deux dents de devant, et vu les saignements, il appelle le vrai dentiste ( lui est mécanicien).

Le jeune cuisinier qui se présente chez lui…. en fait est éboueur.

Les passagers de sa voiture sont mis en rang, par un douanier urbain improvisé, « et sommés de produire leurs quittances d'impôts des trois dernières années, leurs cartes d'identité et leurs cartes de membre de l'unique parti politique connu dans le pays. »

Je ne peux, en lisant ce livre, que penser aux fous rires qui nous ont pris quand , sur une route perdue du Mali, où sans doute pas plus d'une voiture ne passe en une semaine, nous sommes arrêtés par un « douanier » ( en fait peut-être un passant, et sûrement un voyou.) Cependant, l'ordre étant l'ordre, il nous somma d'écrire sur son cahier d'écolier noms et prénoms de nos pères et mères, leurs dates de naissance ( euh ?) , puis, en y regardant de plus près , nous accusa de surcharge. Nous voyions passer les voitures avec plusieurs vaches attachées sur le toit ou un ensemble de crocodiles, ou les deux, sans compter les dames - jeannes de mauvais vin de 50 litres.

Nigel Barley a eu le don de me rappeler tous ces bons souvenirs, en notant que, au Cameroun et je confirme, le ton monte vite, il faut qu'il y ait égalité dans la confrontation, puis, brusquement , tout le monde se calme.

le faux douanier nous délivra et nous invita à déjeuner.

.Déjeuner inoubliable.

Ça, c'est l'Afrique.

Sa présence, dans un petit village, pose le problème du pourquoi ? pourquoi un pays aussi civilisé que l'Angleterre va financer un clampin pour qu'il étudie les moeurs rétrogrades d'un village oublié du monde ? il doit y avoir espionnage sous roche, c'est sûr.

Et puis, les villageois se demandent à bon droit quand il va se dépouiller de sa peau blanche, pour se révéler , en tant que sorcier.

Quitte ton pyjama , sorcier, on a vu ton jeu, pas la peine de mentir.

Ceci dit, bien qu'au niveau anthropologique proprement dit Nigel ne m'ait rien appris, sa naïveté, son ingénuité, son désir d'apprendre une langue où le même mot signifie plusieurs choses, selon l'accent mis, son humour enfin, font de cette visite au pays , haut en couleur, rempli de couleuvres que Nigel doit avaler avant de se raffermir et de s'affirmer, une excellente introduction à la vie de ces buveurs de bière de mil.

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Le titre " un anthropologue en déroute" m'a attiré car il est incongru.

Un anthropologue, dans ma vision romantique, est un universitaire cultivé, engagé et pragmatique comme Germaine Tillion ou Jean Rouch et donc accoler " en déroute" à la fonction aurait dû être un titre impossible.

Ne sachant pas concrètement la mission d'un anthropologue, profiter du récit pour en avoir une meilleure connaissance m'est apparu comme une bonne idée!

Nigel Barley avant son expédition, est attiré par l'abstraction et il reproche à ses pairs, ayant une expérience du terrain, des réponses évasives aux questions théoriques.

Malgré le peu d'estime pour cette partie de l'anthropologie, pour son évolution, il décide d'entreprendre des recherches sur le terrain.

Son récit est un voyage initiatique dans lequel il enchaine les galères, les maladies, il se fait promener, rouler dans la farine, mais il est endurant.

Grâce à son style, Nigel Barley a su créer de l'empathie du lecteur.

Son récit montre comment ses idées (ses découvertes) se sont peu à peu mises en place.

Ce n'est pas une thèse, c'est un journal revisité, c'est une initiation à d'autres cultures et à la mission d'anthropologue, très intéressante.

Nigel Barley a pris le goût du travail sur le terrain, et j'ai pris le goût de le suivre (de mon fauteuil) !

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Voici un livre dans lequel j'ai d'abord eu du mal à entrer...puis du mal à refermer!

Anthropologue n'ayant jamais étudié que de loin d'autres populations, Nigel Barley décide un jour - quelle drôle d'idée, lui signale t-on!- de se rendre en Afrique, dans le nord du Cameroun pour y étudier la tribu des Dowayo.

Déboires administratifs, interrogations sur les conséquences de sa venue, choc culturel...c 'est avec un humour très "British" que l'auteur nous raconte cette immersion dans une culture si différente de la sienne et autre que celle à laquelle il s'attendait.

L'autodérision se heurte ici au sérieux de la discipline anthropologique. Au final, on se retrouve d'ailleurs davantage avec une étude sur la position de l'anthropologue que sur le peuple des Dowayo!

J'ai souvent souri et passé un très bon moment avec ce livre!

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On se régale en lisant les aventures de l'anthropologue !!! On découvre que les cursus des études d'anthropologie consiste à passer des années sur les bancs de l'université, puis de se plonger tout d'un coup dans le quotidien d'une ethnie inconnue de tous, pour écrire une étude dont tout le monde se moque.

Mais peu importe. L'essentiel est de découvrir les (més)aventures de l'auteur en pays Dawayo. le choc des cultures est rude, et au final ce pauvre anthropologue fait bien rire les Dawayos qui lui trouvent des habitudes étranges. Et c'est lui qui devient un objet de curiosité pour l'ethnie qu'il était venu observer

Le tout est raconté avec beaucoup d'humour, de finesse et d'autodérision. On prend ce livre et on ne le lâche pas avant la fin

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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation

Ce n’est que plusieurs mois plus tard que l’ambassade découvrit qu’elle avait bien reçu l’argent qui m’était destiné mais qu’il se trouvait oublié dans un tiroir. Je dois dire que je fus très sensible au tact avec lequel ils me firent parvenir une invitation à la réception donnée pour l’anniversaire de la reine, que je reçus une semaine après la célébration. Au dos du carton, quelqu’un avait griffonné : « L’ambassadeur comprendra qu’il vous soit difficile de vous déplacer. »

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La vérité, c'est que les Dowayo en savent moins que moi sur les animaux de la savane africaine. Tout au plus sont-ils capables de faire la distinction entre les traces des roues d'une moto et les empreintes d'un pied d'homme. Comme la plupart des Africains, ils croient que les caméléons sont venimeux. Ils m'ont assuré que les cobras étaient inoffensifs. Ils n'établissent aucun rapport entre les chenilles et les papillons. Ils sont incapables de reconnaître un oiseau ou un arbre avec certitude. Beaucoup de plantes n'ont pas le même nom, même lorsqu'ils les utilisent souvent, et ils les désignent alors par de longues explications : "cet arbre dont on prend l'écorce pour fabriquer de la teinture". Ils ont exterminé presque tout le gibier en le piégeant sans discernement. Pour ce qui est de "vivre en harmonie avec la nature", les Dowayo ne sont pas candidats. Ils me reprochaient de ne pas avoir apporté dans mes bagages une mitrailleuse, ce qui leur aurait permis de supprimer les derniers troupeaux d'antilopes qui survivent dans leur région. Lorsqu'ils ont commencé à cultiver le coton, dont le gouvernement a le monopole, on leur a fourni des quantités de pesticides. Ils s'en servirent aussitôt pour pécher en en jetant dans les rivières, où ils n'eurent plus qu'à ramasser les poissons empoisonnés qui flottaient à la surface. Cette méthode expéditive remplaça l'écorce d'arbre qui leur servait à étouffer les poissons. « C'est formidable, me disaient-ils. Tu en jettes dans l'eau et ça tue tout, les petits comme les gros poissons, sur des kilomètres en aval.

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page70

Tous ceux que j'avais consulté m'avaient fortement recommandé les Dowayo de la plaine. Ils étaient de commerce agréable ; je m'y approvisionnerais plus facilement ; beaucoup parlent le français ; et je pourrais me rendre à l'église aisément. Les Dowayo de la montagne étaient cruels, sauvages ; ils ne me parleraient pas ; ils vouaient un culte au diable.

En ma qualité d'anthropologue, je n'avais pas le choix : j'optai pour la montagne .

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La vérité, c'est que les Dowayo en savent moins que moi sur les animaux de la savane africaine. Tout au plus sont-ils capables de faire la distinction entre la trace des roues d'une moto et les empreintes de pied d'un homme. Comme la plupart des Africains, ils croient que les caméléons sont venimeux. Ils m'ont assuré que les cobras étaient inoffensifs. Ils n'établissent aucun rapport entre les chenilles et les papillons. Ils sont incapables de reconnaître un oiseau ou un arbre avec certitude. Beaucoup de plantes n'ont pas de nom, même lorsqu'ils les utilisent souvent, et ils les désignent alors par de longues explications : "cet arbre dont on prend l'écorce pour fabriquer la teinture". Ils ont exterminé presque tout le gibier en le piégeant sans discernement. pour ce qui est de "vivre en harmonie avec la nature", les Dowayo ne sont pas candidats.

Ils me reprochaient de ne pas avoir apporté dans mes bagages une mitrailleuse, ce qui leur aurait permis de supprimer les derniers troupeaux d'antilopes qui survivent dans leur région. Lorsqu'ils ont commencé à cultiver du coton, dont le gouvernement à le monopole, on leur a fourni des quantités de pesticides. Ils s'en servirent aussitôt pour pêcher en se en jetant dans les rivières, où ils n'eurent plus qu'à ramasser les poissons empoisonnés qui flottaient à la surface. Cette méthode expéditive remplaça l'écorce d'arbre qui leur servait à étouffer les poissons. "C'est formidable, me disaient-ils. Tu en jettes dans l'eau et ça tue tout, les petits comme les gros poissons, sur des kilomètres en aval".

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On a beaucoup disserté sur l'incapacité, ou la capacité, des peuples dits primitifs à manier les propositions hypothétiques. Je ne parvenais jamais à savoir si mes difficultés avec les Dowayo étaient d'origine purement linguistique ou si elles relevaient de problèmes plus complexes. Il m'arrivait de poser la question :

"Si tu as une sœur et qu'elle épouse un homme, comment tu appelleras cet homme ?

- Je n'ai pas de sœur.

- Non, mais si tu en avais une.

- Mais je n'en ai pas. J'ai quatre frères."

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