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ISBN : 2715242611
Éditeur : Mercure de France (08/04/2016)

Note moyenne : 3.76/5 (sur 38 notes)
Résumé :
Ils venaient toujours vous chercher au milieu de la nuit… Alors il avait dit à Nita qu’il passerait ces heures inévitablement sans sommeil sur le palier, près de l’ascenseur. Il attendrait que la porte s’ouvre, qu’un homme en uniforme hoche la tête en le reconnaissant, que des mains se tendent et se referment sur ses poignets. Il s’empresserait de les accompagner, pour les éloigner de l’appartement, de sa femme et de son enfant.

On a beaucoup critiqu... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
12 mars 2017
Un livre où l'humiliation d'un génie musicale par un système totalitaire qui règle tout par la terreur, est portée à l'extrême. de quoi vous sentir humilié, frustré et impuissant en tant que lectrice ou lecteur.
Dmitri Chostakovitch, un des plus grands compositeurs russes du XX éme siècle, avec son opéra "Lady Machbeth de Mtsensk" aux succès retentissants de NewYork à Cleveland, de Suède à l'Argentine, de Moscou à Leningrad, se voit tomber en disgrâce suite à une représentation à Moscou auquel assiste Staline. " le petit père des peuples " et ses fayots du Politburo quittent la salle avant la fin du spectacle, et un article dans la Pravda, quelque jours plus tard porte le coup de grâce au jeune Chostakovitch.... Voici le prélude à une vie apolitique, où l'intimidation a débuté bien avant.
Marié, père d'une petite fille,afin d'épargner à sa famille la vue d'une arrestation, pendant une dizaine de jours, il attend chaque nuit, dans la cage d'escalier, sa valise prête, qu'on vient le chercher et l'arrêter.......et dans son esprit agité, qui lutte contre ses démons, il voit défiler sa vie .
Il sera épargné......par chance ? On n'en sait rien, car même les lèches bottes comme le poète Boris Kornilov, furent arrêtés et fusillés. En tout cas il se pliera à "leurs" exigences, se laissera dicter "le bon chemin" en composant des musiques de film selon leurs directives pour être le "Chostakovitch optimiste" de leur désir.
A-t-il était un lâche ? Et la question plus difficile, qu'aurait-on fait à sa place ?
Dans un système totalitaire le rôle de l'artiste, de l'écrivain est l'un des plus difficiles.
Cet homme qui vénérait Stravinski en temps que compositeur, le même Stravinski qu'il attaqua malgré lui à sa plus grande honte, en lisant un texte de propagande à NewYork imposé par le parti, n'a pas été, à vrai dire, des plus courageux. Mais je ne suis pas d'avis qu'il peut être considéré comme un lâche, et Julian Barnes en est du même. D'ailleurs l'écrivain s'acharne sur le propos jusqu'à la fin .
Facile de juger quand on se trouve pas soi-même dans un pareille pétrin absurde et révoltant. Lutter dans son cas n'aurait amené pas plus que sa mort et la misère de sa famille, et nous aurait privé du reste de son oeuvre. Il était plus indispensable à la musique classique vivant que mort. le reste concerne son éthique personnelle qu'il payera d'ailleurs très chère de son âme et de sa conscience, bien que, comme il le dit lui-même, le manque d'honnêteté personnel ne contamine pas nécessairement l'honnêteté artistique. La fin sublime le confirme !

L'histoire est intéressante, mais elle est ce qu'elle est, on peut le lire aussi sur Wiki. C'est la structure en trois mouvements et l'indiscutable élégance de la prose (v.o.) de Julian Barnes, qui en font un magnifique roman glaçant.
On le lit comme une histoire au passé, mais malheureusement la même histoire se répète en ce moment même aux portes de l'Europe, au vu et au su de tout le monde.....et certains paragraphes entiers dans le texte sont terriblement d'actualité......comme quoi rien ne change.....que dire, la chose la plus humiliante au monde est l'impuissance face à des tyrans qui n'ont aucune conscience, aucune humanité.

Genius and evil
Are two things incompatible.
You agree?
(Pouchkine)
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Eve-Yeshe
08 mars 2017
« L'art appartient au peuple », cette citation de Lénine est sur tous les frontons…
Comment tuer un homme, musicien reconnu, sans attenter à sa vie, simplement en le persécutant psychologiquement, c'est ce qu'a vécu Dmitri Chostakovitch au temps de l'URSS.
Julian Barnes raconte les interrogatoires menés par Zakrevsky, uniquement parce qu'il a été en contact avec Toukhatchevsky suspecté d'avoir fomenté un « complot contre Staline », telle est la formule consacrée pour éliminer quelqu'un, pourtant héros, maréchal, car il a cessé de plaire au tyran, et au passage, on élimine tous les membres de la famille, les proches, ceux qui lui ont parlé une fois dans leur vie…
Dmitri Chostakovitch préfère attendre dans le couloir, sa valise à la main, pour ne pas être arrêté devant sa famille et être emmené en pyjama à la « Grande Maison » :
« Un de ses cauchemars éveillés persistants était que le NKVD leur prendrait Galya et l'emmènerait – si elle avait de la chance – dans un orphelinat spécial pour les enfants des ennemis de l'Etat. On lui donnerait un nouveau nom et où on ferait d'elle une citoyenne soviétique modèle – un petit tournesol levant son visage vers le grand soleil appelé Staline ». P 27
L'interrogateur change du jour au lendemain, car tombé en disgrâce, lui aussi, éloignant temporairement les soupçons, desserrant un peu l'étau.
Le seul tort de cet homme a été le fait que sa musique ait déplu à Staline : « du fracas en guise de musique » a dit celui-ci qui a assisté à la représentation dans sa loge, caché derrière un rideau, tandis que ses sbires baillaient ou grimaçaient ostensiblement, les musiciens ayant moins bien joué car il était là. Et le lendemain, la phrase faisait la une de « la Pravda »…
Il va devoir apprendre à composer la musique qui plaît au peuple puisque « l'art appartient au peuple », comme si c'était possible, sous la coupe de gens qui n'y connaissent rien ou des musicologues à la botte du régime.
Quand il se rend l'Étranger, il doit lire les discours qu'on a écrit pour lui, démolir Stravinski par exemple, et faire l'apologie du régime. Il ne se laisse pas tenter par l'exil, lors de son passage aux USA car cela retomberait sur sa famille.
On voit la vie de musicien basculer, la peur qui s'installe, on ne l'a pas exécuté certes, mais il aurait préféré la mort physique à cette mort psychologique. Il se trouve lâche, se méprise de plus en plus, sa vie étant devenue un enfer et, peu à peu, il s'en sort par l'ironie. « Il aimait à penser qu'il n'avait pas peur de la mort. C'était la vie qu'il craignait, pas la mort ».
On aurait pu penser que les choses changeraient à la mort de Staline, mais Khrouchtchev ne vaut guère mieux : certes on a dénoncé les purges, rendu leur honneur à certains, mais on est passé « d'un Pouvoir carnivore à un Pouvoir végétarien » comme le dit Anna Akhmatova, on ne tue plus, mais on manipule plus subtilement : Dmitri est obligé de prendre sa carte au parti, alors qu'il avait toujours refusé mais on ne l'aurait pas laissé tranquille…
Une image forte : Chostakovitch demande à une étudiante à qui appartient l'art (la phrase est écrite sur le mur en face d'elle, et affolée elle est incapable de lui répondre, même quand il lui tend la perche en lui demandant ce qu'a dit Lénine à propos de l'art!
J'ai beaucoup aimé ce roman biographique qui envoie un uppercut au lecteur et le fait réfléchir sur le pouvoir, la tyrannie, la persécution morale, l'interdiction de penser par soi-même, devenant l'ombre de lui-même pour survivre et protéger sa famille. Bien-sûr, on peut faire le lien avec les dictateurs actuels qui persécutent toujours autant les dissidents, les méthodes n'ont pas changé…
Je connaissais la chasse aux sorcières contre les écrivains dissidents, ou Noureïev pour la danse, mais pas trop celle exercée contre les musiciens…
Je pourrais parler de ce livre pendant des heures, tant il a suscité d'intérêt, d'émotions, j'ai littéralement vécu avec Dmitri pendant quelques jours, alors j'espère avoir été assez convaincante pour donner envie de lire ce livre.
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viou1108
27 juin 2016
« L'art appartient au Peuple ». Cette phrase de Lénine aura pesé comme du plomb sur la vie et la musique de Chostakovitch.
Né en 1906 à Saint-Pétersbourg (ou Petrograd, ou Leningrad, ou, ironiquement, Saint-Leninsbourg), dans le milieu de « l'intelligentsia libérale de cette ville suspecte » (entendez : bourgeoise), le compositeur russe voit sa carrière éclore et se développer sous le régime soviétique, qui considère qu' « un compositeur était censé augmenter sa production comme un mineur de fond la sienne, et sa musique était censée réchauffer les coeurs comme le charbon du mineur réchauffait les corps ». Et donc la musique, comme les mines de charbon, les usines et tous les moyens de production, appartient au Peuple. Et le Peuple (entendez : le Petit Père des Peuples), qui est infaillible, a le droit d'exiger des compositeurs qu'ils produisent la musique que le Peuple veut entendre. Et le Peuple veut une musique optimiste. le Peuple veut donc un Chostakovitch optimiste. Autant dire une pure contradiction dans les termes, et une véritable torture pour ce dernier, pour qui « être russe, c'est être pessimiste ».
Ce roman biographique est découpé en trois parties, trois moments terriblement humiliants, lors desquels Chostakovitch dut s'écraser sous le poids du Pouvoir politique.
En 1936 d'abord, lorsque son opéra « Lady Mcbeth de Mzensk », qui triomphe dans le monde entier depuis deux ans, est joué au Bolchoï en présence de Staline. Celui-ci, qui n'y entend que cris perçants et grognements, quitte la salle avant la fin. le lendemain, l'oeuvre est descendue en flammes dans la Pravda, qui titre « Du fatras en guise de musique ». Pour Chostakovitch, désigné « Ennemi du Peuple », l'arrêt de mort est signé. Pendant des semaines de terreur, après une première « conversation avec le Pouvoir », il attendra son arrestation. Celle-ci, par une chance inouïe, n'arrivera pas, son interrogateur ayant lui-même été accusé de complot – et exécuté – quelques heures avant le deuxième « entretien ».
En 1948, alors que Chostakovitch, réhabilité après avoir « reconnu » s'être fourvoyé dans « Lady Mcbeth », est envoyé à New York avec une délégation soviétique à l'occasion du Congrès pour la Paix. Contraint de jouer les perroquets de Staline, il ânonne des discours de propagande qu'il n'a pas écrits, et est obligé de fustiger ce Traître à la Patrie qu'est Stravinsky, qu'il vénère pourtant depuis toujours.
En 1960, Staline est mort, mais le harcèlement sournois du Pouvoir continue. On lui « recommande » d'accepter la présidence de l'Union des Compositeurs d'URSS. Mais pour être digne de cet « honneur » insigne, Chostakovitch doit adhérer au Parti. Sous pression, il finira par le faire, la mort dans l'âme, des larmes de rage et d'impuissance dans les yeux.
La question centrale de ce roman, de la vie de Chostakovitch est : avait-il le choix ? Et quels choix avait-il ? Résister, jouer les héros et devenir un martyr du stalinisme ? Demander l'asile aux USA en 1948 ? Se suicider ? « Mais ces héros, ces martyrs, [...], ils ne mouraient pas seuls : beaucoup de leurs proches étaient éliminés en raison même de cet héroïsme. Et donc ce n'était pas simple, même quand c'était clair. Et bien sûr, l'intransigeante logique s'appliquait aussi dans le sens inverse : si vous sauviez votre peau, vous pouviez sauver aussi vos proches, ceux que vous aimiez. Et puisque vous auriez tout fait pour sauver ceux que vous aimiez, vous faisiez tout pour rester en vie. Et parce qu'il n'y avait pas le choix, il n'était pas possible non plus d'éviter la corruption morale ».
Chostakovitch sait qu'il n'est pas un héros. Il sait même qu'il est un lâche, mais il veut protéger sa famille. Alors il accepte les « remontrances bienveillantes » du Pouvoir mais écrit une musique ironique à double sens, accepte d'être vu comme une caution du Pouvoir et d'être cautionné par lui. Il fait profil bas mais son âme est rongée par une souffrance morale sans nom.
Aujourd'hui la musique de Chostakovitch a réussi à s'opposer au fracas de ce temps soviétique. C'est ce qu'il espérait : « ... que la mort libérerait sa musique : la libérerait de sa vie. le temps allait passer, et les musicologues auraient beau poursuivre leurs débats, son oeuvre commencerait à exister par elle-même. L'Histoire, comme la biographie, s'estomperait : peut-être qu'un jour le fascisme et le communisme ne seraient plus que des mots dans des livres scolaires. Et alors, si elle avait encore quelque valeur – et s'il y avait encore des oreilles pour entendre – sa musique serait ... juste de la musique ».
Au final, à qui l'art appartient-il ? « Ne pas pouvoir répondre était la réponse correcte. Parce que la musique, en définitive, appartient à la musique ».
Ce roman, qui rend parfaitement compte de la pression, du harcèlement, de la terreur distillés par le régime soviétique, est magistral. Comme dans les partitions des grands compositeurs où pas une note, une nuance, un accord, un silence n'est laissé au hasard, chaque mot est ici pesé, réfléchi, aucune phrase, aucune virgule n'est superflue ou gratuite, tout a du sens. Constitué de fragments plus ou moins longs, le roman est cependant très fluide. Il peut sembler répétitif, revenant en cercles concentriques de plus en plus serrés sur les événements, mais ce procédé traduit bien l'état d'esprit d'un Chostakovitch à la fois ironique et tourmenté jusqu'à la moelle, ruminant jusqu'à sa mort la justesse de ses choix. Même si on sent son empathie, l'auteur, qui fait preuve d'une grande finesse psychologique et politique, ne juge pas Chostakovitch et laisse ouverte la question impossible : qu'aurions-nous fait à sa place ?

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JeanPierreV
12 octobre 2016
Peurs, résistance, compromissions et lâcheté de l'un des meilleurs compositeurs russes sous le régime Stalinien, de Lénine à Nikita Khrouchtchev, contraint de plaire au pouvoir, écarté quand il ne plaisait plus.
Biographie d'un homme, qui au moment de la terreur stalinienne par peur de se faire arrêter devant sa famille, restait devant l'ascenseur de l'immeuble dans l'attente des hommes du NKVD il était "un homme qui comme des centaines d'autres dans la ville, attendait, nuit aprés nuit, qu'on vienne l'arrêter."
Cet homme est Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch, célèbre musicien russe
Il avait écrit un opéra, qui avait déplu à Staline, un opéra "Lady Macbeth de Mzensk" qui n'était pas dans la ligne du Parti. Un parti qui dictait ce qui était bien, ce qui était souhaitable dans l'art et ce qui était banni. Alors, on lui demande de s'excuser, il est arrêté, interrogé à "La Grande Maison". D'autres seront exécutés de façon expéditive, y compris ceux qui l'ont interrogé ! Lui aura la vie sauve, et deviendra un pantin manipulé par le pouvoir, contraint de partir sous surveillance représenter l'URSS en Amérique, d'y lire des discours qu'il n'a pas écrit, contraires à ses pensées, contraint de lire des dénonciations d'autres musiciens, de signer à son retour, dans la Pravda, des articles anti-américains que Staline avait vraisemblablement rédigés . Ce sont quelques unes des compromissions qu'il dût accepter, afin que ses oeuvres puissent être jouées. Afin qu'il puisse vivre. Aucune menace, mais un climat oppressant, des menaces permanentes.
Contraint d'accepter de devenir un modèle, d'accepter de recevoir trois fois le Prix Lénine, et six fois le prix Staline. Il lui était impossible de refuser d'avaler ces couleuvres soviétiques. En sauvant sa peau il protégeait sa famille, permettait à ses oeuvres d'être jouées. Pas toutes cependant, son opéra resta longtemps interdit
Puis le tyran mourut, remplacé par Nikita Khrouchtchev...plus insidieux, moins dangereux; Chostakovitch est même envoyé, comme ambassadeur de son pays à l'occasion de manifestations à l'étranger. Jamais seul. On ne peut pas toujours refuser, et tôt ou tard, même contre son grè on ne peut refuser plus longtemps une proposition d'adhésion au parti...Un proposition qui vous cloue encore plus au silence.
Un livre aux multiples facettes qui se lit comme un roman;
Un livre ayant pour thème tout d'abord l'art et plus particulièrement la musique, ces compositeurs sous le joug stalinien et soviétique, devant respecter des normes, "L'art appartient au Peuple", Lenine l'a voulu alors "un compositeur était censé augmenter sa production de même un mineur de fond la sienne, et sa musique était censée réchauffer les coeurs comme le charbon du mineur leur réchauffait les corps. Les bureaucrates évaluaient la production musicale comme ils évaluaient d'autres catégories de production ; il y avait des normes établies et des déviations par rapport à ces normes." Mes connaissances dans le domaine musical sont très faibles, voire nulles et, si je sais apprécier un opéra, une symphonie, elles ne me permettent pas de le reconnaître ou d'en citer l'auteur,...je l'ai regretté car ce livre fait souvent état d'anecdotes relatives à ces grands musiciens russes, et je suis certain qu'un mélomane averti y trouvera une foule d'informations sur leur personnalité, leur histoire, les relations qu'ils entretenaient avec le pouvoir en place et L Histoire
Roman historique aussi sur la manipulation, le harcèlement dont le régime s'était fait une spécialité, manipulation et harcèlement également présentés dans "Le zéro et l'infini" d'Arthur Koestler... des spécialistes arrivant par la parole à "retourner" des hommes, à leur faire signer et accepter, en prenant le temps, insidieusement et sans menace, des prises de positions contraires à leur éthique, contraires à leur volonté première. Un système dont Julian Barnes démonte tous les rouages, des rouages qui ont imposé à Chostakovitch de critiquer les prises de position de Sartre, Bernard Shaw ou Picasso
Alors à partir de là, on se pose inévitablement la question de la lâcheté, de la bassesse. Comment ce pouvoir stalinien l'entretenait, comment ses sbires torturaient mentalement les hommes qu'ils avaient choisis pour en être les victimes, comment cette peur était utilisée pour et par le pouvoir. Comment un homme pouvait en avoir honte, et malgré tout poursuivre une vie dont il n'était plus maître ? il avait envisagé le suicide.
Un petit rien a bousculé la vie de Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch que certains, à partir de cette date, considéreront comme indigne : Que se serait-il passé, quelle aurait été sa vie, si la loge de Staline n'avait pas été située le soir de la représentation de la première de l'opéra "Lady Macbeth de Mzensk", à une distance trop proche des bois et cuivres, si le Tyran indisposé par le bruit trop fort n'avait pas quitté la représentation? Si la Pravda n'avait pas titré : "Du fatras en guise de musique"...?
Un opéra considéré comme un chef d'oeuvre sous d'autres cieux

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Fleitour
09 mars 2017
Le fracas du temps de Julian Barnes raconte la vie d'un géant de la musique, Chostakovitch, artiste comme il aimait se présenter et compositeur, reconnu à l'étranger, et qui vécu en équilibre sur une corde en URSS, dans l'espoir improbable de trouver avec le régime un accord amiable ou aimable pour lui.
Cet accord introuvable, par dérision il le baptise l'accord parfait : " il est émis par trois verres de vodka pas très propres, et leur contenu est un son qui domine le fracas du temps et qui survivrait à toute chose. p196 "
 
Espoir impossible, il passera par tous les tracas qu'un citoyen lambda pourrait redouter, la disgrâce, l'angoisse, l'attente de la mort annoncée, la servitude, la honte, le reniement...
Julian Barnes empreinte à Chostakovitch l'ironie, l' ironie grinçante d'un violon, la pique sauvage de la flèche, l'humour qui au fil du temps devient lâcheté.
Vivre mais pourquoi vivre, il est plus facile de mourir, c'est l'affaire d'un instant, mais vivre ! "il était sincère, la mort était préférable à une terreur sans fin" p 144. Il ajoute "cela était leur victoire finale sur lui, au lieu de le tuer, ils l'avaient laisser vivre et en le laissant vivre il l'avait tué. " p 192 
Et la musique, dans cet univers soviétique, était devenu une épreuve : "Lénine trouvait la musique déprimante, Staline croyait comprendre et apprécier la musique, Khrouchtchev méprisait la musique... Quel est le pire pour un compositeur ?" P 129. Encore faut-il la composer pour être entendu, joué, la musique appartient à personne , ni au peuple ni au pouvoir, sa musique sera juste de la musique, c'était tout ce qu'un compositeur pouvait espérer.
" Nikita Khrouchtchev qui s'y connaissait autant en musique qu'un cochon en fenaison s'était laissé persuader d'inviter le célèbre exilé, Stravinsky, à revenir pour une visite, car ce sera un joli coup de propagande." p 147
Lucide sur ses revers, ses infortunes comme sur ses nombreuses distinctions, Chostakovitch pour protéger ses proches va boire sa lâcheté jusqu'à la lie, il va adhérer au parti, comme le condamné à mort hume sa dernière cigarette, pour rien, et avec perversité ils lui font signer des textes qui dénoncent des horreurs, comme la Vodka est bien utile au condamné Chostakovitch.
Julian Barnes va jouer de ces situations cocasses, et quand il décrit l'empire soviétique fait de multiples absurdités, pour réaliser une immense tragédie, son regard est autant tourné vers Poutine que vers Staline, les exécutions de masse en moins, ainsi le suggère les nouveaux serviteurs du régime.
Le récit commence avec "ces veillées nocturnes, près de l'ascenseur il n'était pas un cas unique d'autres dans toute la ville agissait de même, voulant épargner à ce qu'ils aimaient le spectacle de leur arrestation". P 63.
Julian Barnes termine sur l'accord parfait la Vodka devenant avec trois verres ce son idéal.
Cette biographie permet de toucher du doigt un homme exceptionnel tourné totalement sur la musique, survivant ironiquement à tout, échappant à la mort car le policier qui l'interroge est exécuté avant lui ! Devenant le dindon du régime, la caution ridicule qui lit de travers les discours officiels, joue la mascarade sans fin en échange d'un chauffeur inutile.
Une maestria dans l'art de l'humour, de l'ironie, de disséquer les faits, au 2ème ou au 3ème degré d'un ascenseur fantoche, c'est souvent drôle comme un goût de David Lodge.
A lire pour le plaisir, les musicologues, largement égratignés peuvent être déçus !

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Les critiques presse (3)
Bibliobs12 mai 2016
Le livre de Barnes est magnifique et redoutable. Par cette ironie désenchantée qui fait son ton , il démonte à la fois un système et un homme, qui finit par envier les morts.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeFigaro22 avril 2016
Le romancier anglais Julian Barnes raconte l'histoire du compositeur Chostakovitch, tiraillé entre son art et son allégeance à l'URSS.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Telerama06 avril 2016
Une mise à nu poignante de la vie de Dmitri Chostakovitch, hanté par sa lâcheté face à la tyrannie.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations & extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
viou1108viou110826 juin 2016
Quant à l'amour - pas ses propres façons maladroites, trébuchantes, importunes et irritantes de l'exprimer, mais l'amour en général: il avait toujours cru que l'amour, en tant que force de la nature, était indestructible; et que, s'il était menacé, il pouvait être protégé, enveloppé, emmailloté d'ironie. Il n'en était plus si sûr. La tyrannie, se disait-il, est devenue si experte en destruction, pourquoi ne détruirait-elle pas aussi l'amour, intentionnellement ou non? La tyrannie exigeait que vous aimiez le Parti, l'Etat, le Grand Leader et Timonier, le Peuple. Mais l'amour individuel - bourgeois et exclusif - distrayait de ces "amours" aussi grandioses et nobles que dénuées de sens et aveugles. Et, dans ce genre d'époque, les gens étaient toujours en danger de devenir moins que pleinement eux-mêmes. Si vous les terrorisiez suffisamment, ils devenaient autre chose, quelque chose de réduit et de diminué: de simples méthodes de survie. Aussi ce n'était pas seulement une anxiété, mais, souvent, une peur brute qu'il éprouvait: la peur que les derniers jours de l'amour fussent arrivés.
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BookycookyBookycooky12 mars 2017
Professor Nikolayev’s definition of a musicologist. Imagine we are eating scrambled eggs, the Professor used to say. My cook, Pasha, has prepared them, and you and I are eating them. Along comes a man who has not prepared them and is not eating them, but he talks about them as if he knows everything about them –that is a musicologist.
( Definition d'un musicologue du professeur Nikolayev.Imaginez que nous mangions des œufs brouillés , disait le professeur. Mon cuisinier, Pacha,les a préparés, et nous les mangions.Arrive un bonhomme qui ne les a pas préparés, ne les mange pas, mais en parle comme s'il connaissait tout sur eux, c'est le musicologue ).
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viou1108viou110802 juillet 2016
Mais il n’était pas facile d’être un lâche. Etre un héros était bien plus facile qu’être un lâche. Pour être un héros, il suffisait d’être courageux un instant – quand vous dégainiez, lanciez la bombe, actionniez le détonateur, mettiez fin aux jours du tyran, et aux vôtres aussi. Mais être un lâche, c’était s’embarquer dans une carrière qui durait toute une vie. Vous ne pouviez jamais vous détendre. Vous deviez anticiper la prochaine fois qu’il vous faudrait vous trouver des excuses, tergiverser, courber l’échine, vous refamiliariser avec le goût des bottes et l’état de votre propre âme déchue et abjecte. Etre un lâche demandait de l’obstination, de la persistance, un refus de changer – qui en faisaient, dans un sens, une sorte de courage. Il sourit intérieurement et alluma une autre cigarette. Les plaisirs de l’ironie ne l’avaient pas encore abandonné
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BookycookyBookycooky12 mars 2017
Art belongs to everybody and nobody. Art belongs to all time and no time. Art belongs to those who create it and those who savour it......Art is the whisper of history, heard above the noise of time.
( L'art appartient à tout le monde et à personne.L'art appartient à tous les temps mais est aussi intemporel.L'art appartient à ceux qui le créaient et à ceux qui le dégustent....L'art est le chuchotement de l'histoire qu'on entend au-dessus du fracas du temps )
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viou1108viou110822 juin 2016
Et ces gens, peut-être conscients que la célébrité mène souvent à la vanité et à la fatuité, pouvaient être d'accord, en ouvrant leur Pravda, avec l'idée que des compositeurs pouvaient aisément s'éloigner de la tâche d'écrire le genre de musique que le public voulait entendre; et aussi, puisque tous les compositeurs étaient employés par l'Etat, que c'était le devoir de l'Etat, s'ils choquaient, d'intervenir et de les ramener sur la voie d'une plus grande harmonie avec leur public. Cela semblait parfaitement raisonnable, non?
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