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ISBN : 2715232497
Éditeur : Mercure de France (10/01/2013)

Note moyenne : 3.37/5 (sur 545 notes)
Résumé :
Ceux qui veulent nier le passage du temps disent : quarante ans, ce n’est rien, à cinquante ans on est dans la fleur de l’âge, la soixantaine est la nouvelle quarantaine et ainsi de suite. Je sais pour ma part qu’il y a un temps objectif, mais aussi un temps subjectif… le vrai, qui se mesure dans notre relation à la mémoire.

Alors, quand cette chose étrange est arrivée, quand les nouveaux souvenirs me sont soudain revenus, ça a été comme si, pendant ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (137) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  14 novembre 2013
Dans l'esprit de Tony, la fille qui danse, prend les traits de Veronica, sa petite amie lorsqu'il était à l'université.
Un soir, dans sa chambre d'étudiant, elle s'était laissée aller à danser ; elle avait tournoyé au son de l'électrophone et il en avait conçu de la joie. Un contentement, comme une petite victoire de la sentir si proche, si pleine d'énergie, elle qui ne dansait jamais.
Veronica avait été son premier grand amour de jeunesse dans les années 1960. Ils s'étaient fréquentés pendant quelques mois, mais leur incompréhension mutuelle, leurs divergences de caractères, leur manque de confiance l'un envers l'autre avaient fini par avoir raison de cette relation dans laquelle Tony se sentait douloureusement manipulé, curieusement mal-à-l'aise devant l'assurance, l'intelligence et le niveau culturel et social de la jeune fille.
Paradoxalement, lorsqu'après leur séparation il avait appris que Veronica sortait désormais avec Adrian, l'un de ses meilleurs amis de lycée, il en avait été cruellement affecté, et dans un élan de haine puérile, mesquine et jalouse, il leur avait écrit une longue lettre pleine de fiel et de venin.
Peu après, Adrian s'était suicidé. Une démarche en accord avec la pensée philosophique et les principes idéologiques du jeune homme qui prônait la valeur du libre arbitre et « la supériorité de l'acte volontaire sur la passivité». du moins son geste semblait-il en adéquation avec ses raisonnements et ses théories…
Alors pourquoi Tony Webster, sexagénaire placide et réfléchi, menant une vie sans surprise dans un tranquille et morne confort, se laisse-t-il brusquement assaillir par ces vieux souvenirs remontant à ses lointaines années de jeunesse ? Pourquoi ce retour dans le passé le trouble-t-il autant, jusqu'à ressentir le besoin d'entreprendre un profond travail d'introspection, une complète remise à niveau des faits anciens ?
Le prélude à cette quête de la mémoire, le détonateur qui va mettre en branle le convoi du passé sur la courbe du temps, est une lettre notariale que Tony reçoit un beau matin et qui l'avise d'un surprenant héritage : avant de mourir, la mère de Veronica - une femme qu'il n'a vue qu'une seule fois dans sa vie quarante ans auparavant - l'a fait légataire du journal intime d'Adrian !
Dès lors, pour comprendre la raison qui a poussé cette quasi-inconnue à lui léguer ce document privé, Tony revient sur son passé, remonte le cours du temps, laisse affluer les images et les situations d'autrefois.
Mais ce qui n'est au départ que la réminiscence de simples souvenirs (les bons copains, la relation avortée avec Veronica, les aspirations, les déconvenues, les rêves et les désillusions de la jeunesse dans les années 1960…) devient bientôt l'inventaire de toute une vie et le constat nostalgique de sa banale étroitesse.
A cela viennent se greffer les remords et la culpabilité, un questionnement sur les erreurs commises et les répercussions des actions passées, une réflexion sur la mémoire, sur le temps, sur la responsabilité, et sur ce grand trouble qui envahit un être lorsqu'il rejoue le film de sa vie sans les retouches du montage.
C'est toujours un peu triste un homme qui se retourne sur son passé, surtout quand, rétrospectivement, ce passé ne correspond plus à la représentation qu'il s'en était faite. « Combien de fois racontons-nous notre propre histoire ? Combien de fois ajustons-nous, embellissons-nous, coupons-nous en douce ici ou là ? ».
Tony pensait avoir plus ou moins réussi sa vie, du moins avait-il vécu selon les critères d'un homme moyen, et puis… Et puis brusquement, il se rend compte que tout n'est finalement pas aussi parfait que ce qu'il a tenté de se le faire croire au fil des années. le tableau idyllique se fissure, les couleurs se délavent, l'idéal auquel l'on voulait être fidèle a pâli, circonscrit à l'arrière-plan en sfumato terni. Adieu la belle intégrité ! L'on se rend compte que l'on n'a toujours fait que transiger et que « ce qu'on appelait réalisme s'est révélé être une façon d'éviter les choses plutôt que de les affronter ».
La vie elle-même n'est peut-être rien d'autre que cela après tout, une longue et irrévocable capitulation.
La jeunesse revendique, l'âge adulte compose, la maturité pactise, la vieillesse capitule…
Beaucoup de très belles phrases qui portent, dans ce court roman en forme de bilan de vie récompensé par le Man Booker Prize 2011, beaucoup qui touchent, qui trouvent où se nicher dans le coeur et l'esprit. Nombreuses sont celles qui laissent un goût de nostalgie, une peur, un fugace mais prégnant sentiment d'impuissance. Des phrases directes, franches, effilées comme un sabre où l'émotion y est contenue, endiguée dans une délicate retenue et pourtant palpable et perceptible à chaque page, comme un dessin en filigrane, aréole discrète profondément incrustée dans les fibres de la narration.
Le ton un peu cynique, légèrement sarcastique, est de cette trempe d'ironie fine à laquelle l'on consent quand il n'est plus l'heure des détours, des petits arrangements et des louvoiements de l'esprit. Il est comme le reflet d'une vérité sans fard, sans les ornements dont Tony la parait naguère pour qu'elle colle à ses désirs.
Si le dénouement (et c'est dommage) nous laisse sceptique quant à sa justification, Julian Barnes illustre avec brio ce à quoi pourrait se résumer une existence lorsqu'elle approche de sa fin : une dernière image avant que la bobine ne saute, un dernier flash, celui d'une fille, qui danse
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palamede
  28 novembre 2016
Triste constat pour Tony : Veronica lui a préféré son brillant copain Adrian. Vengeance, lui susurre une petite voix intérieure. Une lettre vraiment pas gentille est envoyée aux traîtres. Le temps passe, Tony apprend qu'Adrian s'est suicidé. Y a-t-il un rapport avec son courrier, Adrian a-t-il exercé son libre arbitre auquel il tenait tant ou est-ce la faute de Veronica ?
Les souvenirs remontent. Tony se souvient de Veronica, une fille intelligente et sûre d'elle qui le mettait mal à l'aise, du moins c'est ce qu'il ressentait au moment de leur séparation. Avant la jalousie de la savoir avec Adrian. Avant la mort d'Adrian. Avant que la mère de Veronica lui lègue, bizarrement, le journal intime d'Adrian.
Avec cette histoire pénétrante qui tient en peu de pages, Julian Barnes traite de la mémoire, du danger du passé quand il resurgit dans une vie que l'on croyait réglée, entraînant des remises en cause et des remords pour des actes longuement occultés. Voilà un beau sujet, abordé avec ironie, cynisme et brio, qui a valu à son auteur le Man Booker Prize.
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carre
  22 mars 2013
Voyage dans la mémoire de Tony Webster, voilà à quoi nous invite Julian Barnes avec son dernier opus. Si cette introspection peut vous paraitre un peu légère pour en faire un roman, faites confiance au plus français des auteurs britanniques. Tony donc, voit resurgir un passé vieux de quarante ans. Un flash back qui transforme bien des certitudes en questionnement. En abordant de nombreux thèmes tels la mémoire, les souvenirs et les regrets aussi comme l'a écrit un célèbre poète, tout cela a un charme grand breton du meilleur effet. Mais sous l‘apparente légèreté, Barnes s‘interroge en profondeur sur nos vies et nos petits arrangements pour les rendre supportables. le tout avec intelligence et brio. « Une fille, qui danse » mérite largement un tour de piste.
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Kittiwake
  09 décembre 2017
C'est l'image d'un pont que m'évoque ce récit. Les deux piliers sont reliés par la passerelle aléatoire de la mémoire, infidèle et affabulatrice.
C'est une lettre officielle, adressée au narrateur sexagénaire, qui vient perturber son quotidien tranquille et monotone. Il est en effet légataire de la mère de Veronica, une petite amie sulfureuse et compliquée, fréquentée au cours de son adolescence.
C'est toute la fougue et la passion de ces années de jeunesse qui remonte à la surface, ainsi que les questions restées sans réponse : pourquoi Adrian, l'ami brillant et fantastique s'est-il suicidé après avoir eu une relation avec la même Veronica?
De souvenirs en suppositions, d'hypothèses en fulgurances, c'est l'édifice bancal de ces années décisives qui façonnent le destin irrémédiablement que nous relate Tony.
Le temps qui passe est le fil conducteur du récit :
« Il suffit du moindre plaisir ou de la moindre peine pour nous faire prendre conscience de la malléabilité du temps. Certaines émotions l'accélèrent, d'autres le ralentissent ; parfois, il semble disparaître – jusqu'à instant fatal où il disparaît vraiment, pour ne jamais revenir. »
Le constat est amer : les erreurs passées n'offrent pas de seconde chance. Cependant, il est probable que l'avénement de la vérité constitue une sorte de catharsis qui pourrait apaiser les tourments de la fin du parcours. Si tant est que la vérité soit réellement révélée (les révélations ultimes n'expliquent pas totalement le sens du legs).
Aucune prétention dans le style : l'intrigue est le support de révélations et de confidences qui semblent sincères. Pas d'apitoiement non plus, juste la connotation d'une irréversibilité des choses, et de l'issue fatale, d'un chemin que l'on tente d'embellir au prix d'un fardeau d'autant plus lourd qu'il reste ignoré.

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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nameless
  19 septembre 2016
Fraîchement retraité, Tony se définit comme un homme moyen dans tous les domaines, familial, professionnel, amical. Il a opté pour une vie qui ne le dérange pas trop, pour la sécurité plutôt que la témérité, l'évitement plutôt que l'affrontement. Conformément à ses aspirations, la vie de Tony a connu quelques accomplissements et quelques déceptions. "Et ça fait une vie, non ?" (p. 78)

Quand un cabinet d'avocats l'informe d'un héritage inattendu, 500 Livres et le journal intime d'Adrian, ami de jeunesse qui s'est donné la mort, toutes les certitudes patiemment échafaudées par Tony pour préserver sa tranquillité et sa bonne conscience, volent en éclats. Le voilà brutalement replongé malgré lui dans un passé vieux de 40 ans, au temps de ses études, partagées avec Colin, Alex, Adrian. C'est aussi à cette époque qu'il a entretenu avec Veronica, une liaison explosive, tumultueuse, toxique, soldée par une rupture lorsque Veronica a choisi Adrian.

Pourquoi Adrian s'est-il suicidé ? Qu'est devenue Veronica ? Que se serait-il passé si … Une fille, qui danse (pourquoi cette étrange virgule dans le titre ?) est un roman intimiste, brillant, porté par un style ciselé dans ses moindres détails, y compris dans ses touches d'humour si typiquement anglais frôlant souvent l'absurde. Julian Barnes invite ses lecteurs à partager une touchante et profonde réflexion sur le temps et la mémoire. Doit-on s'attendre à ce que l'âge nous adoucisse ? Est-ce que le temps qui passe affaiblit nos décisions les mieux étayées pour les rendre bancales, et rend nos certitudes fantaisistes ? Les souvenirs sont-il fiables ? Ne garde-t-on pas en stock que tout ce qui sert l'image que nous souhaitons afficher, d'hommes et de femmes bons, aimables ? “Combien de fois ajustons-nous, embellissons-nous, coupons-nous en douce ici ou là ? Et plus on avance en âge, plus rares sont ceux qui peuvent contester notre version, nous rappeler que cette vie n'est pas notre vie, mais seulement l'histoire que nous avons racontée au sujet de notre vie. Racontée aux autres, mais -surtout- à nous-même.” (p. 127)

Au terme de ce roman à l'atmosphère mélancolique et crépusculaire, Tony, “celui qui n'a jamais rien pigé et ne pigera jamais rien”, Veronica dixit, trouvera des réponses à ses lancinantes questions et pigera. Enfin. Trop tard ?
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critiques presse (22)
LaPresse   08 avril 2013
Comment notre mémoire trafique-t-elle notre perception des événements? Quelle trace laisse-t-on dans la vie des autres?Une fille, qui danse, roman grave de Julian Barnes qui a reçu le prix Booker en 2011, pose ces questions avec fluidité, subtilité et une intelligence des émotions que seul un écrivain d'envergure peut saisir.
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Lexpress   14 mars 2013
Dès la première ligne, Julian Barnes sait captiver son lecteur. Son écriture est empreinte d'une sensibilité rare et d'une intelligence omniprésente.
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Lexpress   14 mars 2013
Julian Barnes a concocté un livre franchement obsédant. Les thèmes abordés sont nombreux: le temps qui passe et s'accélère, la fragilité de la mémoire et ses petits arrangements, les remords, les regrets, les enfants, l'amitié et l'amour...
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Lexpress   14 mars 2013
Une fille, qui danse nous déstabilise parce qu'il montre l'échec d'un homme qui croyait se préserver en se conformant à une vie pleine de prudence. C'est de l'humour anglais, la tristesse en plus: un roman troublant.
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Lexpress   13 mars 2013
Une fille, qui danse est un livre prenant, émouvant et troublant qui nous tient en haleine jusqu'à sa terrible conclusion.
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Lexpress   27 février 2013
Mais ce roman est amputé de son humanité, ou plutôt de sa légèreté: le cynisme ne laisse aucune place à l'humour; la sensibilité est proscrite [...] Une fille, qui danse est bien le roman de tous les paradoxes: enrichissant mais anxiogène; exténuant mais captivant.
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Lexpress   26 février 2013
Usant de tactiques verbales (d'ailleurs citées par Tony le personnage principal) et de dialogues frôlant parfois l'absurde, Julian Barnes, multi-récompensé, ne m'a, encore une fois, pas convaincue.
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Lexpress   25 février 2013
Erudit mais avec humour, philosophe mais sans jargon, psychologue mais avec finesse, ce roman m'a enchanté, avec ses notations parfois perfides, souvent tendres sur la vie d'un sexagénaire.
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Lexpress   22 février 2013
Derrière la légèreté de son titre, Une fille, qui danse, Julian Barnes nous offre un récit autobiographique dense et puissant.
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Lexpress   20 février 2013
Un démarrage difficile ponctué de quelques bribes de phrases, flashes que l'on retrouvera plus tard, parsemés ici ou là, comme les cailloux blancs du Petit Poucet, pour ne pas se perdre en chemin, maintenir le cap, et ne pas abandonner.
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Lexpress   18 février 2013
J'ai été très touchée par ce roman et l'écriture de Julian Barnes. Une Fille, qui danse est un livre dense, parfaitement bien écrit, j'ai presque envie de parler de perfection.
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Lexpress   15 février 2013
Peut-être serez-vous sensible à ses réflexions sur la vie, le temps qui passe, les tours que nous joue notre mémoire, les remords? Peut-être pourrez-vous occulter l'expression un peu pontifiante de sa narration? Peut-être serez-vous indulgent par rapport à l'intrigue si peu palpitante?
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Lexpress   11 février 2013
Je confirme qu'Une Fille, qui danse est un roman absolutely british (élégance, non-dit, understatement, humour...)
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LeFigaro   11 février 2013
La finesse de Barnes fait la différence: son histoire commune à peine pimentée par un «twist» final un brin facile et peu crédible pourrait relever du roman de gare, c'est finalement une belle réflexion sur le temps qui passe.
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Bibliobs   25 janvier 2013
Très simple en apparence, très complexe en vérité, «Une fille, qui danse» est le récit formidablement réussi d'une vie ratée et l'exposition méthodique d'une mémoire défaillante, sans cesse bousculée. On sait d'autant moins où est la vérité que seul, ici, Tony s'exprime et se souvient.
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Lexpress   17 janvier 2013
Derrière la quête et les souvenirs de Tony, Julian Barnes capte avec virtuosité le mouvement du monde et d'une époque
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Lexpress   11 janvier 2013
Des malentendus aux regrets éternels, en passant par le mystère du suicide, la lucidité et les considérations existentielles de son personnage le disputent à une tension dramatique très subtile. Un livre fort qu'on n'oubliera pas de sitôt
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LeFigaro   10 janvier 2013
La brièveté du roman n'a d'égale que sa profondeur. Cela donne le vertige.
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LaLibreBelgique   08 janvier 2013
De sa plume sensible, délicate et rusée, Julian Barnes signe un opus plus grave et moins cynique que parfois. Où la vérité, insoupçonnable, insoupçonnée, aura le dernier mot face à l’assemblage de la mémoire
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Lexpress   08 janvier 2013
Un roman magnifique, comme une sonate d'automne où, plus mélancolique que ja- mais, Barnes distille le trouble dans les frémissements d'une prose tchékhovienne
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Lexpress   06 janvier 2013
Booker Prize 2011, Une fille, qui danse est le grand roman de cette rentrée. Avec ce voyage dans les méandres des sentiments, des années 1960 à aujourd'hui, Julian Barnes, à 67 ans, est au sommet de son art.
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Telerama   02 janvier 2013
Un roman subjacent, insaisissable et obsédant, proprement impénétrable comme l'est la matière humaine elle-même — opaque, intouchable, irréductible dès lors qu'on arrive en de vraies profondeurs
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (102) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   09 juillet 2018
Nous vivons dans le temps - il nous tient et nous façonne -, mais je n’ai jamais eu l’impression de bien le comprendre. Et je ne parle pas de théories selon lesquelles il pourrait se replier en boucle, ou exister ailleurs dans des versions parallèles. Non, je pense au temps ordinaire, quotidien, celui dont les horloges et les montres nous assurent qu’il s’écoule d’une façon régulière : tic-tac, tic-tac. Quoi de plus logique qu’une aiguille des secondes ? Et pourtant, il suffit du moindre plaisir ou de la moindre peine pour nous faire prendre conscience de la malléabilité du temps. Certaines émotions l’accélèrent, d’autres le ralentissent ; parfois, il semble disparaître - jusqu’à l’instant fatal où il disparaît vraiment, pour ne jamais revenir.
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Skippy031Skippy031   28 mars 2013
Il vaudrait mieux que j'explique ce que signifiait alors le concept de « sortir » avec quelqu'un, parce que le temps a changé cela. Je parlais récemment avec une amie dont la fille était venue la voir dans un état de détresse ; elle était en première année à l'université, et avait couché avec un garçon qui couchait lui-même - ouvertement, pas à son insu - avec plusieurs autres filles en même temps. Ce qu'il faisait, c'était les essayer toutes avant de décider avec laquelle « sortir ». La fille de mon amie était chagrinée non par le système - même si elle en percevait à demi l'injustice - que par le fait qu'elle n'avait pas été finalement choisie. […] De « mon temps » […], voici ce qui se passait d'ordinaire : vous recontriez une fille, vous vous sentiez attiré par elle, vous essayiez de lui plaire, vous l'invitiez deux ou trois fois avec des amis - par exemple, au pub -, puis en tête à tête, et puis, après un baiser plus ou moins chaud au moment de se dire bonne nuit, vous « sortiez » en quelque sorte officiellemnt avec elle. Ce n'était que lorsque vous étiez semi-publiquement engagé dans cette relation que vous découvriez ce que pouvait être sa règle de conduite au sujet du sexe. Et parfois cela signifiait que son corps était aussi bien défendu que la zone d'exclusion d'un pays pour la pêche. Pages 35-36
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   20 janvier 2017
Un jour, j'ai dit au barman : "Pensez-vous que vous pourriez me faire des frites fines pour changer ?
- Comment ça ?
- Vous savez, comme en France... plus fines.
- Non, on ne fait pas ça.
- Mais votre menu dit "frites coupées à la main".
- Oui.
- Eh bien, ne pouvez-vous pas les couper plus fines ?"
L'habituelle affabilité du barman a marqué une pause. Il m'a regardé comme s'il hésitait à voir en moi un pinailleur ou un idiot, ou peut-être bien les deux.
" "Frites coupées à la main" signifie "grosses frites".
- Mais si vous les coupez à la main, ne pourriez-vous pas les couper plus fines ?
- On ne les coupe pas. Elles arrivent comme ça.
- Vous ne les coupez pas vous-même ?
- C'est ce que j'ai dit.
- Alors ce que vous appelez "frites coupées à la main", ce sont en réalité des frites coupées ailleurs, et sans doute par une machine ?
- Vous êtes un inspecteur des fraudes ou quoi ?
- Pas du tout. Je suis seulement intrigué. Je ne savais pas que "coupées à la main" signifie "grosses" plutôt que "nécessairement coupées à la main".
- Eh bien, vous le savez maintenant.
- Excusez-moi, je n'avais pas pigé."
(pages 206-207)
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   16 janvier 2017
Un après-midi, le vieux Joe Hunt, comme pour relever le défi d'Adrian, nous demanda de débattre des origines de la Première Guerre mondiale et, en particulier, de la responsabilité de l'assassin de l'archiduc François-Ferdinand dans le déclenchement de toute l'affaire. Nous étions alors pour la plupart des absolutistes : nous aimions les oppositions tranchées, Oui contre Non, Éloge contre Blâme, Culpabilité contre Innocence - ou, dans le cas de Marshall, Troubles contre Grands Troubles. Nous aimions la partie qui se terminait par une victoire ou une défaite, pas un match nul. Et donc, pour certains, le tueur serbe, dont le nom est depuis longtemps sorti de ma mémoire, avait cent pour cent de responsabilité individuelle : retirez-le de l'équation, et la guerre n'aurait jamais eu lieu. D'autres préféraient la totale responsabilité des forces historiques qui avaient entraîné les nations antagonistes vers l'inévitable collision : "L'Europe était une poudrière attendant d'exploser", etc. Les plus anarchistes, comme Colin, soutenaient que tout dépendait du hasard, que le monde existait dans un état de chaos perpétuel, et que seul quelque instinct narratif primitif, lui-même peut-être un vestige religieux, imposait rétrospectivement un sens à ce qui avait pu ou non se produire.
Hunt ponctua d'un bref hochement de tête la tentative verbale de Colin pour tout saper, comme un homme qui pense que l'incrédulité morbide est un attribut naturel de l'adolescence, quelque chose à dépasser. Les maîtres et les parents nous rappelaient d'une façon irritante qu'ils avaient été jeunes aussi, et pouvaient donc parler avec autorité. "C'est juste une phase, insistaient-ils. Ça te passera, la vie t'apprendra la réalité et le réalisme." Mais nous refusions alors d'admettre qu'il y eût jamais rien eu de semblable à nous, et nous savions que nous comprenions la vie - et la vérité, et la morale, et l'art - bien plus clairement que nos aînés compromis.
(PP. 23-24)
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spleenspleen   23 juin 2013
Combien de fois racontons-nous notre propre histoire?
Combien de fois ajustons-nous, embellissons -nous, coupons-nous en douce ici ou là? Et plus on avance en âge, plus rares sont ceux qui peuvent contester notre version, nous rappeler que cette vie n'est pas notre vie, mais l'histoire que nous avons racontée au sujet de notre vie.Racontée aux autres, mais --- surtout --- à nous même.
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