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EAN : 9782021364583
176 pages
Éditeur : Seuil (19/10/2017)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 14 notes)
Résumé :
Blessé lors de l'attentat du 13 novembre 2015 à Paris, l'auteur, 27 ans et autrefois joueur de rugby professionnel, revient sur cette nuit, ses opérations à répétition à l'hôpital et les étapes de sa renaissance.
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
MarcelineBodier
  11 novembre 2017
Qu'est-ce qu'un destin ? Ce n'est pas ce qui nous arrive : c'est ce que nous faisons de ce qui nous arrive. Avec les mêmes bonnes surprises, avec les mêmes malheurs, les uns ne vont rien faire, les autres vont s'enfoncer, et d'autres encore vont monter plus haut. Aristide Barraud a déjà eu plusieurs destins avant trente ans, et à chaque fois, il est monté plus haut. Il l'a fait malgré les montagnes russes que la vie lui a réservées : il voulait devenir rugbyman professionnel, il raconte comment toute son enfance a été dominée par ce désir, et comment il s'est approché du sommet. Il voulait devenir rugbyman professionnel, il raconte comment une rafale d'arme automatique a détruit ce rêve un certain soir de 13 novembre, mais aussi comment il est revenu sur le terrain en déjouant tous les pronostics. Il voulait devenir rugbyman professionnel, il ne l'est plus, mais c'est lui qui l'a décidé après s'être donné toutes les chances de revenir au sommet.
Beaucoup de choses m'ont plu dans ce livre, écrit très simplement, avec une construction agréable qui, sans doute comme la vie de l'auteur, tourne autour d'une date qu'il désigne comme le point de départ d'une deuxième naissance, racontant tantôt l'avant, tantôt l'après, tantôt le pendant, et y revenant sans pour autant y coller.
J'ai peut-être encore plus aimé le fil rouge familial qu'il fait apparaître, qui lui donne une dimension qui va au-delà du témoignage, en en faisant une réflexion sur le destin. Car ce n'est pas uniquement le destin d'un homme et de sa soeur, Alice, qui s'est joué le 13 novembre, c'est celui de toute une famille et c'est le sens que nous donnons à la notion de filiation. Ce qui est arrivé à Aristide Barraud ce soir-là, l'horreur mais aussi la volonté invraisemblable, envers toute logique physiologique, d'en sortir, c'est ce qui était déjà arrivé à l'un de ses ancêtres un siècle plus tôt, pendant la première guerre mondiale (c'est d'ailleurs intentionnellement que je poste cette chronique un 11 novembre). Il y avait déjà une légende familiale, dit-il, mais on devine qu'elle était tranquille, qu'elle était là, qu'elle reposait en tous les descendants de cet ancêtre, qui était peut-être déjà lui-même dépositaire du même miracle au siècle précédent - qui sait. Elle s'est exprimée en Aristide Barraud une première fois quand il a décidé qu'il monterait au sommet du rugby même sans avoir le physique pour cela (dit-il), et elle s'est exprimée de nouveau quand il a décidé qu'il survivrait même s'il avait été touché d'une manière qui aurait dû le tuer.
Car il l'a décidé, aussi incroyable que cela paraisse. Il l'a décidé parce qu'il était dans une condition physique qui le lui a permis, certes, mais aussi parce qu'il est d'une lignée qui décide cela, qui réussit cela, il l'a décidé parce qu'il ne "voulait pas tuer sa famille et ses amis en mourant" (je le cite de mémoire), il l'a décidé parce que sa soeur était blottie contre lui et qu'il voulait qu'elle vive, et il l'a décidé parce qu'un homme providentiel est venu aider ce destin à s'accomplir. C'est un autre fil rouge extraordinaire du livre : celui qui a placé Serge Simon, médecin, rugbyman, sur le chemin de l'auteur plusieurs fois, depuis le moment où, admirant l'homme, il en avait offert un livre à son père, jusqu'au moment où cet homme est venu lui porter secours le 13 novembre et est resté à ses côtés pour qu'il ne sombre pas. Un livre et une vie tissés de fils rouges... jusque dans leur bande son, celle du chanteur Oxmo Puccino, dont l'auteur aimait la musique depuis qu'il l'avait croisée par hasard dans le walkman d'un salarié de la cantine de son collège, puis de nouveau dans une période de deuil, chanteur dont la phrase "La vie est une chance, le reste du mérite" est sortie dans un nouvel album le 13 novembre 2015, et enfin qu'Aristide a rencontré lorsqu'il a donné un concert à Massy, sa ville, quelques mois après cette date.
Voilà, j'ai aimé que ce ne soit pas un livre de témoignage à chaud, ni un livre qui donne des leçons, ni qu'il donne des recettes sur ce qu'il faut faire si un drame survient, mais un livre qui replace le drame, les leçons, le témoignage, au carrefour de multiples fils et dans un parcours, de façon, on le devine, à pouvoir donner à l'absurde un sens qui permette de continuer. Il y a des regrets, il y a des sacrifices, il y a des pleurs. Mais il y a aussi une suite et la fin du livre est ouverte.
Destin, drôle de mot que je me répète depuis que j'ai refermé ce livre... est-ce que cela existe ? Je me dis maintenant que oui. Mais non, décidément, ce n'est pas ce qui nous arrive. Et si c'est ce que nous en faisons, c'est aussi, et peut-être plus encore, la manière dont nous y réfléchissons après-coup, dont nous donnons sens à l'absurde, dont nous le faisons entrer en résonance avec toute notre histoire pour lui donner sa place dans la logique de notre vie, parce que sinon, on ne pourrait plus vivre. Il ne faut pas que ces choses-là arrivent. Mais puisqu'elles lui sont arrivées, à lui, il en a fait quelque chose.
C'est pourquoi il faut lire Mais ne sombre pas. Pas parce que c'est un témoignage poignant (même si c'en est un), mais parce qu'il nous incite à réfléchir nous aussi à ce qui, dans nos vies, fait destin.
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gouelan
  25 octobre 2018
« Fluctuat Nec Mergitur »
« Il est battu par les flots mais ne sombre pas. » Devise inscrite sur le blason de Paris, dont on se souvient pour ne pas sombrer après les attentats meurtriers de Paris le 13 novembre 2015.
Aristide Barraud, ancien joueur de rugby, raconte comment il s'est relevé de ses blessures, comment il lui a fallu renaître, se réinventer, car sa vie avait changé de cap.
« On vient au monde plusieurs fois », lui disait sa grand-mère. Ces mots prennent tout leur sens après cette fusillade.
On renaît après la guerre, après un deuil, un échec… succession de vies éphémères, dont on se relève en réapprenant à voler.
Il renaît grâce à son mental de sportif de haut niveau. Il fait face avec ses armes de non-violence ; la beauté du monde, la musique, la solidarité, la famille, les rencontres avec de belles personnes.
Son récit se colore de rap :
« Dans mon combat pacifique contre le temps qui passe, j'ai choisi mes armes. Dans les carnets j'écris, ça m'évite de lâcher des larmes. J'écris de Paris à Venise, Piacenza ou Parme. Pour survivre, pas pour faire du charme. […] J'écris pour ne pas exploser, j'évite le trop-plein, je comble le vide, en ce moment j'évacue l'horreur de mon bide. J'ai trop de trucs dans la tête, je dois les évacuer. Pour laver mes yeux du sang, mon esprit se rétablit, je le sens. Il y avait un avant, il y a un maintenant.
Aristide Barraud nous offre un formidable témoignage de résistance face au terrorisme. Il est facile de faire du mal, de manipuler des adolescents, plus difficile de lutter contre la haine et la violence, de ne pas sombrer. J'ai apprécié la couleur et la force de ses mots.
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mosaique92
  01 avril 2020
‘'Mais ne sombre pas'' est une sorte de journal sans véritable chronologie avec, à l'occasion, un langage ‘'djeune'' ou un langage poétique. Il m'a été difficile de lire ce livre sans le lâcher à plusieurs reprises
Mais… un livre finalement attachant dont les thèmes sont les trois combats de l'auteur : ne pas succomber à la haine contre les auteurs de l'attentat du Bataclan, récupérer un maximum après les graves blessures subies lors de cet attentat (la majeure partie du livre) et la renonciation à ce qui faisait sa vie avant l'attentat, le rugby.
- ne pas succomber à la haine contre les auteurs de l'attentat du Bataclan :
‘'Lutter, c'est compliqué, tenir face à ses convictions est un combat. C'est faire le mal qui est facile. Tout le monde peut descendre dans la rue et tuer des gens. Mais ne pas sombrer dans la haine après ce qu'on a vécu, c'est une bataille de tous les jours, c'est pour les durs. On est des résistants face à la tentation de la chute. On est des maquisards de l'apaisement.''
- récupérer un maximum après les très graves blessures subies lors de cet attentat, un combat très éprouvant de tous les instants :
ce combat est illustré par les étapes médicales qui ont suivi les blessures, étapes entrecoupées de souvenirs (enfance et adolescence dans une famille modeste et unie et une banlieue populaire et métissée, carrière de rugbyman construite à la force du poignet mais avec des aléas**) ; ces souvenirs montrent comment s'est construit l'auteur et ce qui lui a donné force mentale et physique pour ‘'recommencer quasiment à zéro le chemin de croix pour retrouver un corps de sportif de haut niveau'' ; ce combat, ‘'c'est dur, c'est rageant, mais c'est comme ça, je suis prêt. (…) Je ne me plains pas, je ne l'ai jamais fait, je ne le ferai jamais. Je suis un privilégié. (…) Je n'aurais pas pu vivre avec la sensation de l'abandon, sans être allé au bout.''
- la renonciation au rugby :
la reprise d'un entraînement adapté à sa condition physique diminuée va se solder par une constatation : « le courage est-il de s'obstiner jusqu'à se détruire ou est-ce d'avoir la force d'accepter et de renoncer ? J'y ai cru, je me suis battu. Seize mois après je dépose les armes, j'ai lutté de toutes mes forces. J'ai récupéré au-delà de toutes les prévisions, je suis allé au-delà de ce qui était possible, je me sens en paix. (…) Je voulais aller au bout de la route, je pensais qu'elle s'achèverait sur un terrain. Elle m'a finalement mené jusqu'à l'acceptation. (…) Je pensais que le plus gros défi serait de rejouer. Il est finalement de devoir se réinventer.''

J'aime la positivité chez les gens et dans les choix de vie … et là, j'ai été servie !
‘'Ca n'existe pas les manuels pour apprendre à vivre après l'enfer. (…) Il a fallu improviser, on a dû faire au mieux. Revivre, ça s'est fait doucement. (…) J'aurais bien aimé un guide pour m'aider. J'ai tâtonné, laisser mes renaissances redonner du sens.''

(**) En passant, l'auteur en profite pour tacler une certaine partie du monde du rugby professionnel.
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Ajout :
Livre reçu dans le cadre de l'opération ''Masse critique''. Merci aux Editions du Seuil et à Babélio
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missparker18
  01 mars 2020
Un récit intéressant d'Aristide qui a été blessé par plusieurs balles lors des attentats du 13 novembre 2015. Il raconte de façon sincère son combat et aussi les raisons qui l'ont aidé à s'en sortir que ce soit moralement et physiquement.
Mais il revient aussi sur sa vie avant les attentats et notamment sa passion et sa profession à savoir le rugby et nous explique à quel point le fait d'avoir pratiqué le rugby professionnel l'a aidé à guérir suite aux attentats.
J'ai trouvé que le roman n'allait pas trop dans l'émotion contrairement à ce que l'on pourrait penser, et est malgré tout positif.
Par contre, je l'ai trouvé très déstructuré, ce qui m'a parfois un peu déroutée.
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nath74gri
  22 février 2020
"Mais ne sombre pas" d'Aristide Barraud est un témoignage sur les attentats de novembre 2015 mais également sur la carrière écourtée de ce jeune rugbyman.
Il y a des passages à forte émotion mais également des passages que j'ai trouvé totalement inutiles.
Le livre n'est pas structuré, on passe des attentats, à sa vie enfant, à sa reconstruction, à son passé de rugbyman au stade français, on revient sur les attentats, à son acceptation de devoir arrêter sa carrière, et on revient en arrière sur les attentats.
Si ce livre aurait eu un ordre chronologique j'aurais beaucoup plus apprécié cette lecture.
Ce livre ne m'a rien apporté, et même si Aristide a vécu l'horreur, il n'a pas réussi à me happer dans son histoire.
Dommage.
Merci à Babelio, livre reçu dans le cadre de la dernière masse critique.
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
gouelangouelan   26 octobre 2018
Chaque jeune fumant sa première cigarette devrait passer quelques heures à l'hôpital dans un service thoracique. Cela serait bien plus efficace que les photos dégueulasses d'opérations à cœur ouvert, de bouches aux chicots pourris. Un moment entouré de ces hommes zombies aux poumons de gitane maïs ferait réfléchir les plus récalcitrants. Je les entends s'arracher la gorge et cracher du sang. Je les entends vivre leurs derniers mois, regrettant peut-être ces milliers de paquets inhalés, ces milliers de clopes aspirées. La première dès potron-minet, dans le jour naissant. La dernière trop tôt dans la vie, souvent agonisant.
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gouelangouelan   24 octobre 2018
"La vie est une chance, le reste du mérite." C'est grâce à ces mots, qui m'ont porté ces derniers mois, que j'ai pu rencontrer leur auteur, Oxmo Puccino
[...]
Ces derniers mois, une autre phrase d'Oxmo me suit, prend sens en moi. Je l'ai souvent en tête en me réveillant, elle m'aide dans les moments les moins évidents.

"Ce qui m'arrive de mieux, je l'ai fait exprès."

p.121 - 123
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mosaique92mosaique92   31 mars 2020
Je n’ai pas de haine, je ne l’ai jamais eue. La colère, ça pèse, ça ronge, ça pourrit de l’intérieur. Je n’ai pas le temps pour ça. J’ai une vie à vivre et trop de projets. (…)
Je n’ai pas de haine mais je n’excuserai jamais. Je n’excuserai jamais ceux qui ont choisi de tuer et les processus qui les ont engendrés. (…)
Dans mon cas, la vengeance est un plat qui ne se mange pas. Vos vendettas me laissent froid. (…) La haine n’apporte que des regrets et met des nuages sombres dans la tête.
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MarcelineBodierMarcelineBodier   11 novembre 2017
Alice passait une grande partie de sa vie sur ses mains, elle a pris une balle dans le bras.
Je courais pour gagner ma vie, j'ai pris des balles dans la cheville, la cuisse et le poumon.
C'est ma sœur qui a fait cette observation il y a quelques mois.
Aujourd'hui, dans un de ses longs messages d'amour, elle m'a dit que les épreuves les plus difficiles arrivent aux gens capables de les relever.
Ma sœur, c'est mon héros.
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gouelangouelan   25 octobre 2018
Je n'aime pas le jour de l'an. Le délire obligatoire, le devoir de faire la fête, tout ça... C'est bizarre de commencer l'année en étant fatigué dès le premier jour. [...] C'est bien optimiste de fêter la nouvelle année, un truc qui n'a pas encore eu lieu et qui pourrait mal se passer.
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