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ISBN : 2757877976
Éditeur : Points (12/09/2019)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Blessé lors de l'attentat du 13 novembre 2015 à Paris, l'auteur, 27 ans et autrefois joueur de rugby professionnel, revient sur cette nuit, ses opérations à répétition à l'hôpital et les étapes de sa renaissance.
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
MarcelineBodier
  11 novembre 2017
Qu'est-ce qu'un destin ? Ce n'est pas ce qui nous arrive : c'est ce que nous faisons de ce qui nous arrive. Avec les mêmes bonnes surprises, avec les mêmes malheurs, les uns ne vont rien faire, les autres vont s'enfoncer, et d'autres encore vont monter plus haut. Aristide Barraud a déjà eu plusieurs destins avant trente ans, et à chaque fois, il est monté plus haut. Il l'a fait malgré les montagnes russes que la vie lui a réservées : il voulait devenir rugbyman professionnel, il raconte comment toute son enfance a été dominée par ce désir, et comment il s'est approché du sommet. Il voulait devenir rugbyman professionnel, il raconte comment une rafale d'arme automatique a détruit ce rêve un certain soir de 13 novembre, mais aussi comment il est revenu sur le terrain en déjouant tous les pronostics. Il voulait devenir rugbyman professionnel, il ne l'est plus, mais c'est lui qui l'a décidé après s'être donné toutes les chances de revenir au sommet.
Beaucoup de choses m'ont plu dans ce livre, écrit très simplement, avec une construction agréable qui, sans doute comme la vie de l'auteur, tourne autour d'une date qu'il désigne comme le point de départ d'une deuxième naissance, racontant tantôt l'avant, tantôt l'après, tantôt le pendant, et y revenant sans pour autant y coller.
J'ai peut-être encore plus aimé le fil rouge familial qu'il fait apparaître, qui lui donne une dimension qui va au-delà du témoignage, en en faisant une réflexion sur le destin. Car ce n'est pas uniquement le destin d'un homme et de sa soeur, Alice, qui s'est joué le 13 novembre, c'est celui de toute une famille et c'est le sens que nous donnons à la notion de filiation. Ce qui est arrivé à Aristide Barraud ce soir-là, l'horreur mais aussi la volonté invraisemblable, envers toute logique physiologique, d'en sortir, c'est ce qui était déjà arrivé à l'un de ses ancêtres un siècle plus tôt, pendant la première guerre mondiale (c'est d'ailleurs intentionnellement que je poste cette chronique un 11 novembre). Il y avait déjà une légende familiale, dit-il, mais on devine qu'elle était tranquille, qu'elle était là, qu'elle reposait en tous les descendants de cet ancêtre, qui était peut-être déjà lui-même dépositaire du même miracle au siècle précédent - qui sait. Elle s'est exprimée en Aristide Barraud une première fois quand il a décidé qu'il monterait au sommet du rugby même sans avoir le physique pour cela (dit-il), et elle s'est exprimée de nouveau quand il a décidé qu'il survivrait même s'il avait été touché d'une manière qui aurait dû le tuer.
Car il l'a décidé, aussi incroyable que cela paraisse. Il l'a décidé parce qu'il était dans une condition physique qui le lui a permis, certes, mais aussi parce qu'il est d'une lignée qui décide cela, qui réussit cela, il l'a décidé parce qu'il ne "voulait pas tuer sa famille et ses amis en mourant" (je le cite de mémoire), il l'a décidé parce que sa soeur était blottie contre lui et qu'il voulait qu'elle vive, et il l'a décidé parce qu'un homme providentiel est venu aider ce destin à s'accomplir. C'est un autre fil rouge extraordinaire du livre : celui qui a placé Serge Simon, médecin, rugbyman, sur le chemin de l'auteur plusieurs fois, depuis le moment où, admirant l'homme, il en avait offert un livre à son père, jusqu'au moment où cet homme est venu lui porter secours le 13 novembre et est resté à ses côtés pour qu'il ne sombre pas. Un livre et une vie tissés de fils rouges... jusque dans leur bande son, celle du chanteur Oxmo Puccino, dont l'auteur aimait la musique depuis qu'il l'avait croisée par hasard dans le walkman d'un salarié de la cantine de son collège, puis de nouveau dans une période de deuil, chanteur dont la phrase "La vie est une chance, le reste du mérite" est sortie dans un nouvel album le 13 novembre 2015, et enfin qu'Aristide a rencontré lorsqu'il a donné un concert à Massy, sa ville, quelques mois après cette date.
Voilà, j'ai aimé que ce ne soit pas un livre de témoignage à chaud, ni un livre qui donne des leçons, ni qu'il donne des recettes sur ce qu'il faut faire si un drame survient, mais un livre qui replace le drame, les leçons, le témoignage, au carrefour de multiples fils et dans un parcours, de façon, on le devine, à pouvoir donner à l'absurde un sens qui permette de continuer. Il y a des regrets, il y a des sacrifices, il y a des pleurs. Mais il y a aussi une suite et la fin du livre est ouverte.
Destin, drôle de mot que je me répète depuis que j'ai refermé ce livre... est-ce que cela existe ? Je me dis maintenant que oui. Mais non, décidément, ce n'est pas ce qui nous arrive. Et si c'est ce que nous en faisons, c'est aussi, et peut-être plus encore, la manière dont nous y réfléchissons après-coup, dont nous donnons sens à l'absurde, dont nous le faisons entrer en résonance avec toute notre histoire pour lui donner sa place dans la logique de notre vie, parce que sinon, on ne pourrait plus vivre. Il ne faut pas que ces choses-là arrivent. Mais puisqu'elles lui sont arrivées, à lui, il en a fait quelque chose.
C'est pourquoi il faut lire Mais ne sombre pas. Pas parce que c'est un témoignage poignant (même si c'en est un), mais parce qu'il nous incite à réfléchir nous aussi à ce qui, dans nos vies, fait destin.
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gouelan
  25 octobre 2018
« Fluctuat Nec Mergitur »
« Il est battu par les flots mais ne sombre pas. » Devise inscrite sur le blason de Paris, dont on se souvient pour ne pas sombrer après les attentats meurtriers de Paris le 13 novembre 2015.
Aristide Barraud, ancien joueur de rugby, raconte comment il s'est relevé de ses blessures, comment il lui a fallu renaître, se réinventer, car sa vie avait changé de cap.
« On vient au monde plusieurs fois », lui disait sa grand-mère. Ces mots prennent tout leur sens après cette fusillade.
On renaît après la guerre, après un deuil, un échec… succession de vies éphémères, dont on se relève en réapprenant à voler.
Il renaît grâce à son mental de sportif de haut niveau. Il fait face avec ses armes de non-violence ; la beauté du monde, la musique, la solidarité, la famille, les rencontres avec de belles personnes.
Son récit se colore de rap :
« Dans mon combat pacifique contre le temps qui passe, j'ai choisi mes armes. Dans les carnets j'écris, ça m'évite de lâcher des larmes. J'écris de Paris à Venise, Piacenza ou Parme. Pour survivre, pas pour faire du charme. […] J'écris pour ne pas exploser, j'évite le trop-plein, je comble le vide, en ce moment j'évacue l'horreur de mon bide. J'ai trop de trucs dans la tête, je dois les évacuer. Pour laver mes yeux du sang, mon esprit se rétablit, je le sens. Il y avait un avant, il y a un maintenant.
Aristide Barraud nous offre un formidable témoignage de résistance face au terrorisme. Il est facile de faire du mal, de manipuler des adolescents, plus difficile de lutter contre la haine et la violence, de ne pas sombrer. J'ai apprécié la couleur et la force de ses mots.
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Oliphant
  02 août 2019
Émouvant témoignage, celui d'un homme, d'un sportif, meurtri dans sa chair durant les attentats de Paris. Il raconte l'horreur, l'effroi, pour lui et sa soeur, elle aussi blessée. Il raconte les hôpitaux, la rééducation, les copains qui jouent encore au rugby pendant que lui réapprend petit à petit à retrouver son corps. Il raconte sa vie de joueur professionnel, ses enjeux, sa dureté. Un récit marquant.
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cathtomasini
  24 octobre 2017
Magnifique écriture
Prenant, émouvant, "christique". À lire absolument
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
gouelangouelan   26 octobre 2018
Chaque jeune fumant sa première cigarette devrait passer quelques heures à l'hôpital dans un service thoracique. Cela serait bien plus efficace que les photos dégueulasses d'opérations à cœur ouvert, de bouches aux chicots pourris. Un moment entouré de ces hommes zombies aux poumons de gitane maïs ferait réfléchir les plus récalcitrants. Je les entends s'arracher la gorge et cracher du sang. Je les entends vivre leurs derniers mois, regrettant peut-être ces milliers de paquets inhalés, ces milliers de clopes aspirées. La première dès potron-minet, dans le jour naissant. La dernière trop tôt dans la vie, souvent agonisant.
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gouelangouelan   24 octobre 2018
"La vie est une chance, le reste du mérite." C'est grâce à ces mots, qui m'ont porté ces derniers mois, que j'ai pu rencontrer leur auteur, Oxmo Puccino
[...]
Ces derniers mois, une autre phrase d'Oxmo me suit, prend sens en moi. Je l'ai souvent en tête en me réveillant, elle m'aide dans les moments les moins évidents.

"Ce qui m'arrive de mieux, je l'ai fait exprès."

p.121 - 123
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gouelangouelan   25 octobre 2018
Je n'aime pas le jour de l'an. Le délire obligatoire, le devoir de faire la fête, tout ça... C'est bizarre de commencer l'année en étant fatigué dès le premier jour. [...] C'est bien optimiste de fêter la nouvelle année, un truc qui n'a pas encore eu lieu et qui pourrait mal se passer.
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MarcelineBodierMarcelineBodier   11 novembre 2017
Alice passait une grande partie de sa vie sur ses mains, elle a pris une balle dans le bras.
Je courais pour gagner ma vie, j'ai pris des balles dans la cheville, la cuisse et le poumon.
C'est ma sœur qui a fait cette observation il y a quelques mois.
Aujourd'hui, dans un de ses longs messages d'amour, elle m'a dit que les épreuves les plus difficiles arrivent aux gens capables de les relever.
Ma sœur, c'est mon héros.
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MarcelineBodierMarcelineBodier   11 novembre 2017
Au moment où j'ai pris le pruneau dans la cheville, j'ai pensé à mes amis de Mogliano dans la lumière du coucher de soleil. Je me suis dit : "si je m'en sors, le rugby, c'est fini." Et cela me semblait alors la chose la plus insignifiante du monde. J'ai pensé : "Au moins, mon dernier match, c'était une victoire de malade." J'ai réussi mon dernier coup de pied, et mon père était dans les tribunes. En fait, même si je n'ai jamais pu rejouer, la boucle était bouclée.
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