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Jean Borie (Préfacier, etc.)
ISBN : 2070380718
Éditeur : Gallimard (22/09/1988)

Note moyenne : 3.43/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Précédant L'Appel au soldat et Leurs Figures, Les Déracinés forment la première partie d'un grand ouvrage :intitulé Le Roman de l'Energie nationale, conçu comme une fresque à la manière des Misérables, où l'auteur met en scène des personnages imaginaires parmi des personnages de l'histoire, pour donner sa vue de la France de son temps. André Siegfried qui avait peu d'idées en commun avec Maurice Barrès, écrit, que dans cet ouvrage il s'est montré le meilleur écriva... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
klakmuf
  11 novembre 2013
Faut-il, peut-on encore lire Maurice Barrès aujourd'hui ? La question se pose ; en tout cas, je la pose. Son plus célèbre roman « Les Déracinés », publié en 1897 (la même année que « Les Nourritures terrestres » de Gide), attire à peine quelques dizaines de lecteurs sur Babelio. le jugement de l'histoire semble sévère…
Mais un nombre élevé d'entrés au Box-Office suffit-il pour faire d'un film un chef-d'oeuvre ? Dans un scrutin, une majorité d'électeurs se portant sur un candidat est-elle la garantie d'une bonne gouvernance ? Une marée de lecteurs de Babelio annonce-t-elle un grand, un bon livre ? Poser la question, c'est déjà y répondre.
Pour autant, et aussi sévère soit-il, ce jugement est-il immérité ? Car les faits sont accablants pour cet auteur :
- d'abord, et c'est tant mieux, l'homme appartient à un passé qui est passé. Il fut une figure de proue de la vie politique française de la fin du XIXe siècle, en s'inscrivant dans une droite anti-républicaine, anti-dreyfusarde, bonapartiste et nationale. Bref, le type parfait du réactionnaire que l'Histoire avec un grand H a condamné (le préfacier de l'édition de poche Folio nous apprend même qu'en 1893, il chassait les électeurs de gauche avec comme mot d'ordre « socialisme, nationalisme, protectionnisme » !)
- ensuite, le thème du livre semble aller à contre-courant de notre époque qui valorise l'ouverture des frontières, la mobilité des individus et les échanges culturels. Par son enseignement d'un humanisme abstrait, un professeur de lycée, qui vient d'être muté en province, conduit un groupe de sept jeunes gens à quitter leur Lorraine natale pour aller chercher fortune à Paris. Ils vont tomber de Charybde en Scylla jusqu'au dénouement tragique. Malheur à ceux qui oublient leurs racines et se laissent transplanter, telle est la thèse développée et illustrée dans Les Déracinés. On mesure le décalage avec notre époque. « L'arbre a des racines, l'homme a des jambes, et c'est là un progrès immense », rétorque George Steiner. Qui n'aime pas Barrès. Et on peut le comprendre. La critique ne fut pas moins vive non plus de la part de Gide.
- enfin, j'ai trouvé quelques longueurs, qui desservent l'histoire.
Alors Barrès, à la poubelle comme tant d'autres ? Et bien, sans chercher à ramer à contre-courant (épuisant, n'est-ce pas ?), ni jouer l'avocat du Diable (car c'est le Diable, n'est-ce pas ?) je lui conserve malgré tout 3 étoiles Babelio sur 5 :
- en présence d'un écrivain engagé, il faut en premier lieu toujours resituer une oeuvre dans son contexte historique. Barrès fut un réactionnaire, de surcroît antisémite, c'est entendu. Mais il fut l'un des plus brillants écrivains de son temps, « le prince de la jeunesse » a-t-on été jusqu'à le surnommer. Et son rôle historique, par son activité littéraire, fut reconnu par Léon Blum en personne. Pour ma part, j'ai toujours trouvé plus de substances et matière à réflexion chez les réac' que parmi un grand nombre d'écrivains dits « progressistes ». « C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes », prétend le dicton ; et c'est aussi chez les vieux réac' qu'on trouve les meilleures potées !
- ensuite, la question des racines des individus conserve toute son acuité et sa portée universelle. La boutade de George Steiner ne suffit pas à discréditer la tentative de Barrès pour appréhender cette question consubstantielle à la condition humaine. L'auteur a dénoncé le phénomène croissant des individus isolés, dissociés, qui ne s'assemblent plus que pour répondre aux exigences imprévisibles de forces économiques aveugles. Plus proche de nous, ce sujet a été brillamment étudié par la philosophe Simone Weil dans son livre « L'enracinement ». « L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine. C'est un des plus difficiles à définir. » nous enseigne-t-elle. On le voit bien, la mondialisation n'est pas un long fleuve tranquille et le nomadisme actuel des personnes est plus contraint que volontairement partagé. Il faut s'échapper du discours dominant pour s'apercevoir que «Les Déracinés » ont en fait une résonance très contemporaine.
La doctrine du déracinement est faite pour les forts, elle supprime les faibles. La thèse inverse met au contraire en lumière l'importance de tout ce qui peut permettre à l'individu le maintien de son ancrage dans un environnement toujours précaire. Les premiers idéalisent un être humain aérien, les seconds insistent sur l'appartenance à un milieu.
Alors oui, malgré les réserves ci-dessus, avec les précautions d'usage et toute la distanciation requise, et même s'il ne s'agit pas d'un chef-d'oeuvre, on peut encore lire « Les Déracinés » de Maurice Barrès au début du 21e siècle !
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NMTB
  19 décembre 2014
Monsieur Bouteiller est un professeur de philosophie charismatique. Un de ces professeurs qui dès le début sait se faire respecter de ses élèves. Républicain convaincu, adepte de Kant, il enseigne au lycée de Nancy. Sept de ces élèves, aux caractères différents, sont particulièrement admiratifs de Bouteiller et seront marqués par son enseignement. Et c'est l'évolution de ses élèves, leur montée à Paris, leur entrée dans la vie active, leurs premiers émois amoureux que nous suivons dans ce roman.
Un roman balzacien au sens le plus strict du terme, non seulement dans la forme mais aussi dans le fond. Les sept jeunes lorrains qui montent à Paris sont tous plus ou moins des Rastignac, ce genre de personnages, débordant d'énergie et d'illusions, qu'affectionnait tant Balzac. Barrès ne s'en cache pas, il cite souvent Balzac, tout comme ses autres sources : Spinoza, Taine ou Ignace de Loyola. Il y a des passages qui sont d'ailleurs assez pointus, aussi bien au niveau philosophique que politique.
Le sujet du roman est donc celui de l'entrée dans la vie active et de la transition d'une morale individuelle à une morale collective. Tout cela se passant dans un environnement politique en pleine restructuration, celui des années 1870-80. La France a perdu la guerre contre les allemands, et, par la même occasion, l'Alsace et la Lorraine ; la troisième république est en train de se constituer, la liberté de la presse vient d'être instituée et l'école devient gratuite et obligatoire.
De tout cela, Barres en parle énormément. Dans un premier temps, il se montre très critique vis-à-vis de la république parlementaire et en particulier de l'école républicaine. Car le déracinement que ces jeunes hommes subissent est autant dû, selon Barrès, à l'envahissement de la lorraine par les allemands, qu'à l'enseignement dispensé par la république, qui pousse les bacheliers à déserter leur patrie lorraine au profit de la capitale et à poursuivre indéfiniment des études inutiles. Il parle déjà d'un « prolétariat de bacheliers ». Une formation qu'il juge donc trop abstraite et qui en même temps abstrait, déracine. C'est également par ce biais qu'il s'oppose aux devoirs moraux humanistes de Kant : trop d'abstractions. D'autre part, il croit beaucoup plus au déterminisme social qu'à un système prétendument méritocratique.
Finalement, et bizarrement, il aboutit à une pensée politique qu'on imagine proche d'un républicanisme présidentiel fort. Comment a-t-il pu en arriver là ? Comment a-t-il pu passer d'un patriotisme lorrain à un nationalisme français ? de préoccupations individuelles à une action collective ? C'est tout l'enjeu de ce livre. Mais Barrès était un homme subtil, ce n'est pas aussi simple que je l'expose, tout est beaucoup plus relatif. Puis derrière toutes ces justifications philosophiques et politiques, toute cette logique, il y a l'émotion, le sentiment, qui joue toujours un rôle prépondérant, insidieux. J'ai tout de même ressenti un grand désenchantement dans ce livre, il y a beaucoup de cynisme dans son acceptation des magouilles politico-médiatico-financières, qu'il décrit pourtant fort bien, dans toutes leurs complexités et leur malheureuse inéluctabilité.
C'est un livre assez intellectuel, qui nous replonge dans une partie importante de l'histoire française, mais c'est aussi un vrai roman, balzacien comme je le disais, assez classique dans sa structure, avec une narration bien menée, des péripéties, une tension, un dénouement, tout ça… Bien conçu, mais tellement ordinaire… Il ne faut pas s'attendre à un grand roman, juste un bon roman, bien écrit et très instructif.
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stcyr04
  20 janvier 2018
En 1879 sept jeunes hommes affamés de gloire, galvanisés qu'il furent par les discours d'un professeur kantien et gambettiste, quittèrent leur Lorraine natale pour s'en aller à la conquête de Paris. C'est donc dans les pas d' Eugène de Rastignac et de Julien Sorel, et sous le haut patronage De Balzac et de Stendhal que Barrès place ses personnages du premier volet de la trilogie du roman de l'énergie nationale, les Déracinés.

Le propos du roman réside dans la critique du système de l'éducation universitaire qui arrache les jeunes forces de leur terroir, de leur substrat d'origine, pour en faire des déracinés. La charge contre la petite cuisine politicarde du parlementarisme faisandé est acerbe, le roman illustrant la corruption et les conflits d'intérêts ayant cours dans l'espace du triangle infernal délimité par les banques, la presse et le parlement, sur fond de scandale du canal de Panama. Le roman évoque avec brio les milieux bohèmes et estudiantins, le monde interlope des brasseries de femmes, la déveine des carabins. L'oeuvre culmine avec deux morceaux de bravoure, envolées lyriques au spectacle du tombeau de l'Empereur et des funérailles de Victor Hugo, deux figures qui surent en leur temps canaliser les forces composites de la France. Cela étant dit, le style de Barrès est plutôt ampoulé, parfois grandiloquent, le livre fait son âge, les personnages manquent aussi de profondeur, l'intérêt du livre en souffre notablement.
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Corboland78
  23 mars 2012
Ce roman – paru en 1897 – est le plus connu des textes de l'oeuvre de Maurice Barrès (1862-1923) alors que paradoxalement, il n'est pas romancier mais essayiste, chroniqueur, journaliste.
Le roman débute à Nancy, dans un lycée où nous faisons connaissance d'un groupe de sept jeunes hommes à l'aube de leur vie et de leur professeur de philosophie, représentation du républicain kantien qui applique la devise « Je dois toujours agir de telle sorte que je puisse vouloir que mon action serve de règle universelle ». Tout comme le héros De Balzac, Eugène de Rastignac, quelques jeunes gens vont monter à Paris en quête de gloire et de fortune. Loin de leur Lorraine natale, déracinés, ils vont se confronter à la grande ville où leurs personnalités profondes vont dissocier leurs parcours et tracer leurs destinées. le crime et la mort pour certains, la réussite tempérée par la mise à mal de leurs idéaux de jeunesse pour d'autres.
Un excellent livre qui au-delà de la trame romanesque assez simple, est riche en « à côtés » - qui en réalité sont la quintessence du roman - comme ces longues pages sur l'enterrement de Victor Hugo, ces descriptions précises de la vie économique et éthique d'un journal, ces remarques sur l'éducation de l'époque « Les conditions de la vie universitaire broient les pauvres » ou « l'instituteur a mission de donner la réalité de Français aux enfants nés sur le sol de France » ou bien encore cette réflexion sur la peine de mort « Couper le cou, c'est de la prudence, mais nulle expiation ne peut faire qu'un acte n'ait pas été commis ». Tout cela est accentué par le style de l'écriture créant une distanciation très journalistique entre les faits décrits et leur transcription. Un livre à lire absolument.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Corboland78Corboland78   05 octobre 2011
De ce dîner par un beau soir profond sous les arbres des Champs-Élysées, Sturel emporta le pressentiment que jusqu’alors il avait vécu dans une convention dans l’ignorance des choses. C’est un thème banal, l’opposition qu’il y a entre la vie, telle qu’on se l’imagine, et sa réalité, mais cette banalité soudain pour Sturel devint douloureusement vivante et agissante. Elle infecta toutes les opinions qu’il s’était composé des hommes et des choses. Chaque jour de cette semaine, il fut plus déniaisé, mais plus sombre. Il apprit que si toutes les convictions ne sont pas déterminées par l’argent, presque toutes du moins en rapportent, ce qui atténua leur beauté à ses yeux. Il constata que si certains hommes prenant certaines attitudes sans subvention, certains autres sont subventionnés pour les prendre, et qu’ainsi le plus désintéressé, toujours suspect aux malveillants, n’a même pas la pleine satisfaction de se savoir en dehors des combinaisons pécuniaires : sans en profiter, il les sert.
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aleatoirealeatoire   12 février 2018
Il aurait voulu dominer les hommes et caresser les femmes ; il y prévoyait des obstacles.
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stcyr04stcyr04   18 janvier 2018
Trouver un but à son âme, lui fournir un idéal où elle relie tous ses désirs, et qui leur donne du ressort, voilà une besogne nécessaire. Mais ne soyons pas dupes de nos inventions ! Profondément, une âme n'a pas d'autre but qu'elle même. Il ne faut pas que nous désertions notre propre service pour nous attacher à nos idoles. On a vu des esprits notables, égarés ainsi dans l'artificiel, se dévouer à une cause qui n'était plus la leur et, soit par goût du .du succès, soit par impuissance de réflexion, contredire leur principe. C'est pour avoir su toujours se conformer à sa destinée se ramener sous sa loi que Napoléon vous êtes un magnifique enseignement
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EricBEricB   17 novembre 2013
Les esprits pauvres ou mornes trouvent toujours une désillusion auprès d'un homme illustre : il nous faut une imagination vive pour restituer à celui que nous contemplons l'atmosphère de son œuvre ; mais une âme de feu transfigure tous ses objets.
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NMTBNMTB   19 décembre 2014
Ainsi vous avez une sorte de famille, sinon une parenté, des compatriotes, un clan. Les idées sont abstraites ; on ne s’y élève que par un effort : quelque belles qu’elles soient, elles ne suffisent pas au cœur. Ce sera une chose admirable si, grâce à ces compatriotes, vous pouvez introduire dans votre vie la notion de sociabilité. La qualité de galant homme n’est pas, comme on est disposé à le croire, un raffinement de gentilhomme, une élégance à l’usage des privilégiés : elle importe à la moralité générale. Que chacun agisse selon ce qui convient dans son ordre. Respectons chez les autres la dignité humaine et comprenons qu’elle varie pour une part importante selon les milieux, les professions, les circonstances. Voilà ce que sait l’homme sociable, et c’est aussi ce que nous enseigne l’observation de la nature.
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Video de Maurice Barrès (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Maurice Barrès
Joseph Paul-Boncour et Maurice Barrès... .Joseph Paul-Boncour dans le ?Portrait Souvenir? de Maurice Barrès proposé en 1962 par Roger Stéphane pour la chaine unique de télévision. Montage d'Antoine Perraud pour Mediapart.
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