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EAN : SIE84095_6582
Le Livre de Poche (30/11/-1)
2.95/5   21 notes
Résumé :
Les bastions de l'Est, Colette Baudoche, Histoire d'une jeune fille de Metz
Quand le traité de Francfort eut donné à l'Allemagne en 1871 l’Alsace et la Lorraine, nombreux sont ceux qui abandonnèrent leur terre natale. Les autres se résignèrent à subir cette mauvaise fortune des armes qui changeait leur nationalité. Mais un trait de plume au bas d'un parchemin peut-il aussi changer les cœurs ? Oui, disaient les vainqueurs, en laissant faire le temps. Trente-se... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Christophe_bj
  02 mai 2020
Nous sommes en Lorraine, trente-huit ans après la défaite de la France face à la Prusse en 1871. Les Prussiens vainqueurs occupent le territoire depuis 1872, et l'un d'eux, le Dr Frédéric Asmus arrive à Metz pour y être professeur. Il loue deux chambres meublées au domicile des dames Baudoche, une grand-mère et sa petite fille, Colette. Il va peu à peu se découvrir une sensibilité pour la beauté et la délicatesse de la culture messine, lorraine et française. ● Maurice Barrès nous prévient dès les premières pages : « je ne prépare aucune surprise et ne fais pas appel aux amateurs d'aventures », et, de fait son récit est très plat et ne possède pour ainsi dire pas d'intrigue. Son but est avant tout, en 1909, dans un élan patriotique, de dénoncer la barbarie et la balourdise des occupants allemands et, parallèlement, d'exalter le haut degré de civilisation des Français. Il glorifie la résistance des Messins contre la dangereuse germanisation à laquelle les autorités prussiennes se livrent, à commencer par l'obligation de parler allemand à l'école et l'adhésion à une vision allemande de l'histoire dans laquelle, entre autres, Napoléon Ier est un menteur qui gouverne les hommes par leurs vices. De nombreuses descriptions nous montrent par exemple la beauté et le raffinement de la ville de Metz, en partie gâchés par les transformations prussiennes, mais c'est dans tous les domaines que la supériorité française, malgré une défaite militaire due d'après l'auteur non au courage des soldats mais à des erreurs d'état-major, est mise en valeur. ● Le problème est que tout cela est bien caricatural. Comment croire aux Teutons ridicules de Barrès qui manquent du plus élémentaire savoir-vivre ? Ce n'est paradoxalement pas sans lourdeurs qu'il dénonce leur balourdise : j'en veux pour preuve (mais on pourrait multiplier les exemples) le dialogue formellement ahurissant entre « le pangermaniste » et le Dr Asmus, qui se fige dans des démonstrations lourdingues avec des répliques qui font entre une demi-page et une page. Intervenant à tout bout de champ dans son récit en disant « je », Barrès aurait mieux fait d'écrire un essai, car son livre ne ressemble pas à grand-chose. Quant à son style devant lequel d'aucuns se pâment, il m'a paru certes relever d'une belle langue classique mais sans grande originalité.
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hannah851
  04 avril 2014
Colette Baudoche est un hymne à la résistance "passive" (silencieuse et invisible) des messins d'origine française après l'annexion de la Lorraine par les Allemands (1870). Maurice Barrés y décrit le quotidien d'un jeune professeur allemand, Frédéric Asmus, nouvellement arrivé à Metz. Locataire chez Madame Baudoche et sa petite-fille Colette, il va se familiariser en leur compagnie au mode de vie français et à sa langue tout en plaçant peu à peu les messins sur un piédestal dont son amour pour Colette sera l'incarnation. Cette trame principale n'est en réalité qu'un prétexte servant à l'auteur pour dresser une caricature de l'occupant, de ses moeurs et de critiquer ses apports dans le paysage urbain et sa politique d'assimilation des vaincus à la cause allemande. Parallèlement, Maurice Barrés glorifie la résistance et la fidélité des messins à leurs racines françaises.
Ce qui m'a principalement intéressée dans ce roman sont les descriptions du paysage urbain alors en pleine mutation (démolition des remparts, création du nouveau quartier allemand, modification de l'Esplanade...) et les impressions de chaque personnage sur ce bouleversement. Celles-ci même si elles sont exagérées, et parfois poussées à l'extrême, témoignent d'une certaine manière des réactions que purent avoir les Lorrains à cette époque.
L'auteur décrit également des éléments qui ont en partie disparu aujourd'hui mais qui subsistent dans les mémoires ou le paysage. La vie quotidienne était rythmée par les cloches de la Tour de Mutte, beffroi municipal, avec Melle de Turmel sonnant le couvre-feu ou la cloche Mutte sonnant les grands événements civils comme l'entrée de Guillaume II dans la ville. Il décrit aussi la campagne messine avec ses jardins fruitiers et ses vignes, le jardin d'Amour aujourd'hui remplacé par le temple protestant....
Lecteur averti et amateur du passé de Metz, ce livre est fait pour vous car il recèle des descriptions urbaines parfois très intéressantes malgré le discours largement pro-lorrain du roman.
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CDemassieux
  20 juin 2022
Colette Baudoche est un roman de la revanche, celle d'un autre temps. le temps où Metz – c'est là que se déroule la majeure partie du récit – était devenue allemande, suite au traité de Francfort signé le 10 mai 1871, à la suite de la défaite française de 1870.
Maurice Barrès, qui a la Lorraine au coeur et un nationalisme peut-être exacerbé – répondant en écho à un autre nationalisme, je veux parler de l'allemand –, écrit ce roman à quelques décennies de la défaite française et une poignée d'années avant la conflagration la plus terrible pour la France : 1914-1918.
Barrès exalte ainsi la France et fustige l'Allemagne à travers l'histoire d'un enseignant qui découvre, au contact de ses deux logeuses – une vieille dame et sa petite-fille Colette –, la délicatesse française, opposée tout au long du récit à la rudesse germanique. Une rudesse que le personnage d'Asmus tente de conjurer en s'imprégant du mieux qu'il peut de l'esprit français. Car, ainsi que le stipule le texte : « Il est impossible de comprendre aucun objet si nous n'avons pas mêlé nos songes à sa réalité, établi un lien entre lui et notre vie. »
Aussi, Asmus choisit de se convertir à la France, « soutenu par le sentiment que depuis quelques mois, il se hausse à un degré supérieur de civilisation, et que ce perfectionnement, il ne pourrait y faire obstacle. » Ce qui ne saurait suffire, car il est marqué du sceau de l'infamie : il est allemand.
Et si le coeur de la jeune lorraine recueillerait volontiers celui du professeur allemand, lequel s'en est ouvertement épris, Barrès se dresse soudain, rappelant à la jeune femme un amour plus sacré que tout autre : la France. « Collette perçoit avec une joyeuse allégresse qu'entre elle et M. Asmus, ce n'est pas une question personnelle, mais une question française. »

Plus qu'un roman, il s'agit donc là d'un manifeste patriotique qui, à la lumière des deux guerres mondiales, perd de sa puissance évocatrice. Car à la revanche, nous, lecteurs d'aujourd'hui, n'avons plus en mémoire que les morts et les destructions de toute sorte qu'occasionnèrent ses querelles sanglantes entre la France et l'Allemagne ; ce que ne pouvait deviner Barrès au moment où il écrivait.
Si l'on y retrouve le style exalté de l'auteur, Colette Baudoche n'est cependant pas de la trempe de la Colline inspirée ou des Déracinés. C'est d'ailleurs plus un manifeste qu'une oeuvre littéraire proprement dite…
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EricB
  19 septembre 2017
Colette Baudoche et sa grand-mère vivent à Metz, ville annexée par l'Allemagne après 1870. Elles prennent en pension un professeur allemand, le Docteur Frédéric Asmus, qui a pour mission de germaniser la Lorraine. Peu à peu, il tombe sous le charme de la jeune Colette, au point de lui demander sa main. La vengeance de celle-ci consiste à refuser toute union avec ce prétendant, par une sorte de résistance passive.
Il s'agit donc bien d'un roman patriotique, qui exalte l'âme lorraine, et la fidélité à la nation française. Barrès n'est toutefois pas le nationaliste belliqueux qu'a dépeint Bernard-Henry Lévy. Le portrait de l'universitaire allemand est plutôt nuancé, malgré quelques stéréotypes (Asmus représentant l'ennemi, le colonisateur), et le roman demeure fort lisible si l'on veut bien ne pas perdre de vue le contexte historique qui en est à l'origine.
En outre, les paysages y jouent un rôle de premier plan. Comme l'écrit Alain Brossat, "ce qui constitue le trait proprement barrésien, dans ce roman comme dans d’autres, c’est l’application et la constance avec laquelle la fable est enracinée dans une topographie, reconduite à la terre, aux lieux, à l’espace, aux paysages. Ce que l’ennemi ne saurait s’approprier, ce qui échappe résolument à ses prises, c’est cette géographie habitée, car chaque monument, chaque colline, chaque vignoble, chaque village porte la marque d’un génie autochtone qui résiste à son emprise et auquel en tant qu’étranger, semi-barbare venu de l’Est, il ne saurait être, d’emblée du moins, sensible."
(« Barrès ou la nationalisation du paysage », Appareil [En ligne], 11 | 2013)https://appareil.revues.org/1794.)
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La31
  06 juillet 2022
Maurice Barrès ne fait pas dans la dentelle dans ce livre dont l'action se passe 37 ans après la défaite française de 1870, à Metz, ville annexée à l'Empire allemand par Guillaume premier. Il exalte le sentiment français des lorrains restés dans la ville en rappelant que la moitié des habitants avait émigré pour ne pas se retrouver sous le joug prussien. Il se moque des nouveaux habitants allemands, balourds, consommateurs de charcuterie, grands buveurs. Il critique le style "colossal" des nouveaux bâtiments publics telle la gare de Metz. Même s'il n'éreinte pas trop le professeur prussien hébergé dans la famille Baudoche (ce dernier respecte les français) il met en avant le sentiment patriotique de Colette Baudoche et de sa mère. La jeune femme bien qu'ayant de l'amitié pour lui ne peut se résoudre à épouser un prussien. La "revanche" était en route et allait déboucher sur la première guerre mondiale quelques années plus tard.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
genougenou   15 septembre 2013
Que voulez-vous, mon cher Monsieur Frédéric Asmus, vous êtes une victime de la guerre. Votre naïve impétuosité n’avait pas tort de céder à l’attrait de cette terre lorraine, qui désire refaire avec ceux qu’elle attire ceux qu’elle a perdus; tout semblait propice à ce rêve pacifique; mais une jeune fille a choisi la voie que lui assigne l’honneur à la française.
... Rentre, Colette, avec ta grand’mère, dans votre appartement du quai sur la Moselle. Inconnue à tous et peut-être à toi-même, demeure courageuse et mesurée, bienveillante et moqueuse, avisée, loyale, toute claire. Persévère à soigner les tombes, et garde toujours le pur langage de ta nation. Qu’elle continue à s’exhaler de tous tes mouvements, cette fidélité qui n’est pas un vain mot sur tes lèvres. Petite fille de mon pays, je n’ai même pas dit que tu fusses belle, et pourtant, si j’ai su être vrai, direct, plusieurs t’aimeront, je crois, à l’égal de celles qu’une aventure d’amour immortalisa. Non loin de Clorinde et des fameuses guerrières, mais plus semblable à quelque religieuse sacrifiée dans un cloître, tu crées une poésie, toi qui sais protéger ton âme et maintenir son reflet sur les choses... Nous, cependant, acceptons-nous qu’une vive image de Metz subisse les constantes atteintes qui doivent à la longue l’effacer ?
Et suffira-t-il à notre immobile sympathie d’admirer de loin un geste qui nous appelle ?
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AbelKaderAbelKader   01 août 2019
Sans le stage qu’il accomplit quai Félix-Maréchal, il serait un de ces Allemands, aux poches bourrées de livres, que l’on voit arpenter, étudier, contrôler nos trois places, et, dont il faudrait croire qu’ils sont les plus fins connaisseurs en délicatesses d’art, si l’on ne remarquait qu’ils se mouchent dans des carrés de papier. Fâcheux signe extérieur !
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hannah851hannah851   04 avril 2014
Et tous trois, ils gagnèrent les escaliers de la haute basilique, sur laquelle le soleil, après tant de journées de pluie, mettait la couleur des mirabelles.
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Videos de Maurice Barrès (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Maurice Barrès
Enseignement 2016-2017 : de la littérature comme sport de combat Titre : Introduction
Chaire du professeur Antoine Compagnon : Littérature française moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie (2005-2020)
Cours du 3 janvier 2017.
Retrouvez les vidéos de ses enseignements : https://www.college-de-france.fr/site/antoine-compagnon
Le cours de cette année répond à celui de 2014 qui portait sur la « guerre littéraire » de 1914-1918, c'est-à-dire sur l'inscription de la réalité de la guerre dans les oeuvres, et sur les différentes postures, souvent paradoxalement pacifiques, que l'expérience de la guerre a prescrites aux écrivains. Il s'agira cette année au contraire d'envisager la production littéraire comme lieu d'une conflictualité sui generis, tantôt sur le mode d'une détermination au combat d'idées, tantôt sur le mode d'une compétition pour la survie au sein de ce que Pierre Bourdieu, dans Les Règles de l'art, a décrit comme le « champ » littéraire. Il s'agit aussi de faire un sort à une figure rencontrée dans le cours de 2016 : celle du crochet de l'écrivain chiffonnier, mise en place par Baudelaire, et qui pouvait toujours se retourner en arme. À partir de Baudelaire et en remontant dans la modernité littéraire, on découvre une généalogie d'images : la plume-épée des Dialogues et entretiens philosophiques De Voltaire, ou la plume de fer par laquelle, bien avant l'apparition de l'objet industriel lui-même, Ronsard décrit son ambition de défense d'une France royale et catholique, dans la Continuation du Discours des misères de ce temps (1563).
La création littéraire se définit régulièrement par comparaison avec les sports de combat, et même plus généralement avec le sport, en tant que le sport a rapport au combat, c'est-à-dire à la compétition. Il y a, chez elle aussi, des championnats, des prix, la possibilité d'un dopage. Tout jeune écrivain, avertit Fontenelle, doit se préparer à entrer en lice ; Maurice Barrès lui-même, qui s'est beaucoup tenu à distance des accidents de la camaraderie littéraire, a l'impression de rejoindre un « match professionnel » au moment de rendre compte de son exploration de l'Égypte. Tous les grands écrivains du XIXe siècle, à peu d'exceptions près, se sont battus en duel, comme si ce moment de duel révélait la valeur agonistique latente de la littérature. La littérature, plutôt ou autant qu'au loisir (otium), n'aurait-elle pas rapport au negotium, au remue-ménage ? La pacification, la consolation comptent parmi ses opérations possibles, mais leur inverse paraît une tendance constitutive de la création et de l'existence littéraire.
L'abbé Irail, dans ses Querelles littéraires (1761), s'intéressait à la figure d'Archiloque, tout à la fois premier poète lyrique et premier poète satirique, qui fait de la poésie avec sa colère et son désir de vengeance. le génie et la querelle sont liés : il n'y a pas eu de siècle de grand talent, observe-t-il, qui ne fût un siècle de grande agitation et de grande jalousie entre les écrivains. Comme dans la théorie économique de Bernard Mandeville, il semble que, dans les arts, les vices privés servent le bien général et que le florissement d'une culture repose sur la querelle permanente de ses représentants.
Notre rapport à la littérature reconnaît implicitement une telle dimension pugilistique, proprement romantique ; c'est la règle du winner takes all. Pierre Bourdieu et Harold Bloom ont été les théoriciens de cette difficulté de survivre en littérature, et de cette dynamique réelle de la littérature, bien différente d'un glissement naturel d'âges, qui fait se heurter d'une part les gloires littéraires acquises, pour qui l'urgence est de durer, d'autre part les aspirants à la gloire, qui savent qu'ils n'acquerront le droit de durer qu'en rejetant leurs prédécesseurs dans le passé.
Sportifs, escrimeurs, prisonniers : ce sont plusieurs figures, au sens de Roland Barthes, de cette agonistique motrice de la vie littéraire entre la Restauration et le Second Empire, qui seront envisagées tout au long du cours.
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