AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
EAN : 9782072448997
280 pages
Gallimard (02/09/2012)
3.76/5   140 notes
Résumé :
Obligée autrefois de fuir l’Irlande et les siens avec son fiancé pour de mystérieuses raisons, Lilly Bere, à quatre-vingt-neuf ans, revit le chemin parcouru depuis son arrivée dans le Nouveau Monde – le "côté de Canaan" – au rythme des hommes de sa vie. D'une traversée clandestine à leur installation précaire à Chicago, le jeune couple n'aspire qu'à une vie normale.
Mais c'est sans compter avec la menace sourde qui pèse sur eux, et qui va pousser Lilly, désor... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (46) Voir plus Ajouter une critique
3,76

sur 140 notes
Lilly n'a plus de gout à vivre, son petit-fils est mort. Avant d'en finir, elle nous conte sa vie... d'abord avec un peu de nostalgie pour l'Irlande de son enfance, puis elle se remémore le chamboulement d'un départ précipité pour l'Amérique, la peur d'être retrouvée, les difficultés d'adaptation, des pertes... trop de pertes, le racisme contre son amie Cassie, son travail de cuisinière... toute sa vie de femme dit simplement ... sans rancoeur pour les pertes et les douleurs souvent infligées par des guerres passées.
Malgré la sagesse acquise après ces nombreuses épreuves, toute cette vie de blessures n'a pas réussi à élever un rempart contre ce deuil de trop... cette fois-ci son coeur est brisé.

Une belle histoire, avec une Lilly émouvante et en même temps si pudique... on s'attache tant à elle que tout du long de cette lecture on garde au coeur l'espérance que quelque chose viendra changer son fatal projet.
Je découvre cet auteur avec ce livre et j'aime son écriture sensible et captivante... sans aucun doute, j'y reviendrai.
Commenter  J’apprécie          390
Lilly a traversé le vingtième siècle, affronté 5 guerres, quitté l'Irlande et les siens, traversé l'Atlantique pour s'exiler et vécu la majeure partie de son existence dans la terreur qu'on ne la retrouve. 60 ans sur le nouveau continent, pays devenu celui de son fils et de son petit-fils, elle qui a dû fuir précipitamment le comté Wicklow pour une faute qu'elle n'a jamais commise.
Elle a vécu entourée d'hommes: amants, amis, ennemis, frère, père, fils, petit-fils, tous présents dès le début du récit qu'elle va dérouler sur 16 jours, les 16 jours qui suivent la mort de Billy, son dernier homme, avant de décider d'abréger sa longue vie.
Du Côté de Canaan est un livre intrigant car bourré d'allusions, raconté à travers le regard de cette vieille femme de 89 ans, et on comprend vite que ce regard ne montre qu'une des multiples facettes de l'Histoire de l'Irlande et des Etats-Unis; on la suit dans ses fuites et ses rencontres fortuites, dans son courage et la solidarité qui l'entoure. On redécouvre une Irlande en pleine guerre civile et en proie à la violence, à l'aube de l'indépendance, une Irlande qui reste longtemps dans le sang de ceux qui l'ont quittée.
Je comprends mieux, maintenant que je sais que ce livre est précédé de "Un Long Long Chemin" et de "Annie Dunne", pourquoi j'avais le sentiment qu'il manquait une partie, et je ne manquerai pas de lire ces deux autres romans pour avoir un meilleur aperçu de cette famille banale confrontée aux guerres et à la solitude.
Je ne sais pas pourquoi, j'ai eu dû mal, au début, à m'accrocher à ce livre dont les thèmes pourtant m'intéressent et qui se dévoile petit-à-petit, mais il m'a intriguée. La vie de Lilly ressemble à une étoile filante, si lumineuse et pourtant, malgré les années, si brève, tant les souvenirs sont présents, tant elle semble ne s'être jamais vraiment faite à cet exil, occupée qu'elle était à se trouver une place dans le monde, dans un pays où des milliers de destins se jouaient tous les jours, dit-elle, et où la mort de quelqu'un se perd dans la multitude des autres.
C'est un livre plus complexe qu'il en a l'air, je pense, et qui laisse beaucoup de questions en suspens, telles que celles du camp à choisir dans les conflits ou de la liberté qu'on se doit de laisser à l'autre.
Commenter  J’apprécie          260
Voici le récit d'une vie de femme, une confession subtile et des souvenirs à ressusciter les morts portés par une prose poétique envoûtante. Un magnifique roman signé Sebastian Barry.

« Premier jour sans Bill. Bill n'est plus. Quel bruit fait le coeur d'une femme de quatre-vingt-neuf ans quand il se brise ? Sans doute guère plus qu'un silence, et certainement un petit bruit ténu. » Ainsi se délie le récit de Lilly Bere, vieille femme d'origine irlandaise que la mort brutale de son petit-fils pousse à la confession avant de disparaître. Peu à peu, elle raconte sa vie, véritable et tumultueuse épopée. Ô combien ! de son enfance en Irlande à son exil aux États-Unis suite aux bouleversements politiques de son pays, elle égrène les mille et un petits bonheurs et grands drames de son existence. Des drames qui sont autant de deuils et de disparitions. Celle de son frère Willie, fauché au combat. Celle de Tadg, son mari policier (comme son propre père) avec qui elle démarre une nouvelle vie dans le Nouveau Monde. Celle de Cassie, son amie, domestique noire, tragique victime d'injustices et de ségrégation raciale. Celle de Joe, le mystérieux et bel Américain dont elle portera le fils, Ed, dont la vie fut fracassée par la guerre du Vietnam et dont elle recueillera l'enfant. Et Bill, ce petit-fils comme dernier maillon d'une chaîne de malheurs. Bill, un rayon de soleil pour celle qui a déjà enduré tant d'épreuves, mais qui puise au coeur de sa mémoire la force de se souvenir des êtres aimés. La force et le pouvoir de leur redonner vie et de poursuivre encore un peu la sienne.

Emouvant et plein de rebondissements, ce roman est captivant. Sombre et lumineux à la fois, il est magistralement porté par la plume dense et délicate de Sebastian Barry qui met en relief les souffles et les silences de Lilly Bere, tout comme la tendresse et la candeur de son ton, restitués dans une histoire de vie foisonnante et tragique. Tout est dans le non-dit et la suggestion, et cela fonctionne à merveille, le sujet est grave, et le rendu d'une grande beauté.
Commenter  J’apprécie          240
Décidemment ces irlandais savent raconter une vie entière dans un texte relativement court, et narrer une histoire avec efficacité, tout en manifestant leur humanité, leur respect des êtres et leur esprit de tolérance. Et de bon sens.
Dans cette histoire d'une irlandaise qui traverse l'Atlantique avec son compagnon pour échapper aux tueurs qui les poursuivent et verra sa vie lui échapper sans cesse pour la reprendre en main envers et contre tout jusqu'au drame final, le suicide de son petit-fils, Sebastian Barry met en valeur la capacité de résilience de l'être humain qui transforme ses épreuves en capacité de croissance, devenant plus humain, plus sage et plus détaché vis a vis des imperfections et des défauts de ses semblables. Plus apte à pardonner, aussi. Parce que le pardon libère l'autre, mais aussi nous-mêmes, et que la véritable sérénite s'acquiert à ce prix. Oui, "Du coté de Canaan" est un beau roman où l'Amerique, soi-disant terre promise, se révèle impitoyable dans ses idéologies transformant le "rêve américain" en violence banalisée, et détruisant sur son passage ceux qui l'aiment et lui font confiance. C'est de ce contraste que naît la lumière qui émane de Lilly , femme qui aura su rester libre jusqu'à ses derniers instants.
On ressort de ce livre grandi.
Commenter  J’apprécie          270
« Quel bruit fait le coeur d'une femme de quatre-vingt-neuf ans quand il se brise ? Sans doute guère plus qu'un silence. » En voila une jolie première phrase pour débuter un roman. Lilly Bere vient de perdre Bill, son petit fils adoré. Une douleur insupportable la submerge. La vieille femme a décidé d'en finir. Mais avant de tirer sa révérence, elle veut coucher sur le papier le récit d'une vie où les drames se sont succédé, pour expliquer son geste et pour faire un dernier point avec elle-même avant le grand saut vers l'inconnu.

Lilly est née en Irlande. Sa mère est morte en lui donnant le jour. Elle a grandi entourée d'un père policier, de deux soeurs et d'un frère qui perdra la vie en Picardie au cours de la première guerre mondiale. Au début des années 20 son fiancé, Tadg, menacé par l'IRA, doit quitter le pays. Elle le suit, direction l'Amérique. D'abord New York, puis Chicago où Tadg sera finalement assassiné. Seule, désespérément seule, Lilly entre au service d'une riche famille irlandaise. C'est durant cette période qu'elle rencontre Joe Kinderman, un homme qui disparaitra dans la nature alors qu'elle est enceinte. Elle mettra Ed au monde à 40 ans et l'élèvera seule. Il s'engagera plus tard pour le Vietnam dont il reviendra totalement brisé. Devenue septuagénaire, Lilly recueillera Bill, le garçon d'Ed, à peine âgé de 2 ans. Un petit fils qu'elle adorera plus que tout, jusqu'au jour où il partira faire la guerre en Irak. Un destin funeste de plus dans une vie où chaque homme qu'elle a connu semblait voué à disparaître dans des circonstances tragiques.

Du coté de Canaan est le troisième roman que Sebatian Barry consacre aux Dunne, une famille irlandaise perpétuellement touchée par la disgrâce. Derrière ce roman d'adieu, Barry dresse un magnifique portrait de femme. Lilly l'irlandaise qui traverse les turpitudes de ce 20ème siècle si meurtrier avec bonne humeur et résignation. Lilly l'optimiste qui aura la chance, malgré ses déboires, de rencontrer des personnes d'une incroyable bonté qui n'auront de cesse de la soutenir dans les moments difficiles.

Lilly raconte les bonheurs simples, elle se remémore aussi les événements les plus dramatiques sans jamais se plaindre. Elle se repasse en esprit de vieilles bobines, « des films simples, sans intérêt pour les autres. le cinéma privé de chacun. » Point de mélo ici, rassurez-vous. La confession est parfois traversée d'une grande tristesse mais elle sait aussi s'illuminer de rires, de tendresse et de joie de vivre. Surtout, le témoignage reste empreint d'une belle dose d'humanité. On pourra certes trouver qu'à certains moments la barque de Lilly semble bien trop chargée. Vivre autant de drames en une seule existence peut paraître irréaliste. Mais pour créer une telle généalogie romanesque, il ne faut parfois pas hésiter à forcer le trait, surtout quand cela est fait avec autant de talent.
Lien : http://litterature-a-blog.bl..
Commenter  J’apprécie          200


critiques presse (3)
Lexpress
14 mai 2014
C'est le récit fascinant d'un destin individuel soumis aux aléas de l'Histoire.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama
31 octobre 2012
D' [une] accumulation de malheurs, Sebastian Barry aurait pu construire le pire des mélos, mais il parvient à rester lumineux, glissant les rires derrière les larmes, l'humour face au désespoir.
Lire la critique sur le site : Telerama
Liberation
10 septembre 2012
On pourrait s’imaginer Sebastian Barry en pâtissier d’émotions qui accumule les couches de drames. Sauf qu’il y a surtout chez lui le goût du romanesque, celui de la fresque et du rebondissement en embuscade.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
Et de penser, de me souvenir. D'essayer. Toutes ces sombres affaires, ces histoires englouties, comme de vieilles chaussette dans une vieille taie d'oreiller. Sans plus trop savoir quel poids de vérité elles contiennent. Et des choses que j'ai laissées de côté longtemps, dans l'intérêt du bonheur, ou du moins du contentement quotidien dont j'étais autrefois maîtresse, j'en suis persuadée. Le plaisir d'un plat bien cuisiné, simplement le petit plaisir étrangement infini de voir, de contempler , un plateau de biscuits sortant du four. Comme si je venais d'achever le Parthénon, ou la sculpture de Jefferson dans le roc, ou peut-être le contentement, ressenti dans les muscles, de l'ours quand il sort un saumon de l'eau avec sa patte. Puissamment apaisant, profondément, et pour quoi d'autre sommes-nous, sinon pour ressentir ces minuscules victoires ? Pas les grandes victoires qui broient et tuent le vainqueur. Pas les guerres et les émeutes, mais la grâce salutaire d'une sauce hollandaise qui a échappé à toutes les possibilités d'un désastre culinaire et qu'on étale comme une prière jaune sur un gros pavé de cabillaud, victorieusement.
Je pense à ces choses alors même que je suis sur le point de tirer ma révérence.
Commenter  J’apprécie          110
Si Willie avait survécu à la Première Guerre Mondiale, il n'aurait pas été remercié pour ses efforts. Bien que l'Irlande ait gagné la guerre, Willie et ses semblables furent bannis des esprits, au bout du compte. Il appartenait au monde de son père, le monde de la loyauté et de l'empire, et tout cela disparut. il est donc possible de rentrer au pays sans recevoir de gratitude, même en cas de victoire. ce fut encore bien pire pour les soldats du Vietnam, qui vécurent des défaites et des massacres continuels, pour se voir rejetés et méprisés à leur retour. Ce fut ce qui conduisit Ed dans les montagnes, en partie, j'en suis certaine.
La guerre dans le désert de Bill fut courte, victorieuse. Mais il rentra assommé, comme un veau à l'abattoir.
Commenter  J’apprécie          130
"Quelle est la plus grande découverte de notre époque ? Les fusées vers la lune ? Peut-être la pénicilline ? À mon avis, madame Bere, c'est l'ADN.
- Adène comment ? demandai-je.
- Trois lettres, madame Bere, A-D-N. Ne me demandez pas ce qu'elles signifient. L'ADN de toutes les personnes modernes remonte à une, ou peut-être trois femmes en Afrique. La bonne nouvelle, c'est que nous appartenons tous à la même famille. La mauvaise nouvelle, c'est que nous appartenons tous à la même famille."
Commenter  J’apprécie          180
Et je remarque une nouvelle fois en écrivant cette confession que l'expression "il y a longtemps" n'existe pas finalement. Quand on évoque les souvenirs, tout se passe dans le présent, purement et simplement. De sorte que, à mon grand étonnement, les gens que j'ai aimés retrouvent une nouvelle vie. J'ignore ce qui leur permet de le faire. J'ai été heureuse de temps en temps au cours des deux dernières semaines, le bonheur particulier qui est offert de la main du chagrin.
Commenter  J’apprécie          150
Un million de lumières de toutes les formes et de toutes les couleurs comme toutes les âmes de la terre depuis la nuit des temps se tordaient , débordaient dans les rues. Et toujours cette étrange odeur de poussière de l'Amérique. Je n'étais jamais devenue assez américaine pour ne pas la remarquer. C'est ce qui faisait encore de moi une étrangère , une voyageuse amoureuse de l'endroit où elle voyageait.
Commenter  J’apprécie          120

Videos de Sebastian Barry (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sebastian Barry
Payot - Marque Page - Sebastian Barry - Des jours sans fin
autres livres classés : littérature irlandaiseVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus




Quiz Voir plus

Quiz de la Saint-Patrick

Qui est Saint-Patrick?

Le saint patron de l’Irlande
Le saint-patron des brasseurs

8 questions
209 lecteurs ont répondu
Thèmes : fêtes , irlandais , irlande , bière , barCréer un quiz sur ce livre