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ISBN : 2021366340
Éditeur : Seuil (11/05/2017)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 44 notes)
Résumé :
À Reugny, petit village au cœur des Ardennes, plane depuis cinquante ans le secret de la mort de Rosa Gulingen. La star mondiale de cinéma avait été découverte noyée dans la baignoire de sa chambre à l'Hôtel du Grand Cerf, qui accueillait l'équipe de son prochain film ; du bout des lèvres la police avait conclu à une mort accidentelle. Quand Nicolas Tèque, journaliste parisien désœuvré, décide de remonter le temps pour faire la lumière sur cette affaire, c'est bien ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
nadejda
  22 mai 2017
Une semaine du dernier été du XXe siècle
Bienvenue à Reugny, bourgade lovée dans une boucle de la Semois côté belge non loin de Charleville rebaptisée Larcheville par l'auteur, présente dans la plupart de ses livres.
Reugny et son hôtel du Grand Cerf tenu de mère en fille par Léontine, Thérèse et Anne Sophie Londroit..., son centre de Motivation pour cadres dont la sélection draconienne du directeur Richard Lépine et son adjointe Elizabeth Grandjean entraine des éliminations immédiates qui font le bonheur de Sophie Monsoir chauffeur de taxi qui se charge de les raccompagner à la gare......
Mais "À Reugny comme partout ailleurs, le crime était la face cachée de l'innocence". Celui qui connaissait en détail tous les dessous sales était Jeff Rousselet le douanier qui avait consigné sur des cartons à bière toute l'intimité sordide de ce village à l'air faussement endormi.
Deux enquêteurs se croisent Nicolas Tèque et Vertigo Kulbertus :
Nicolas Tèque journaliste recherche, en vue d'un film documentaire, des éléments du passé qui pourrait prouver qu'une actrice morte au Grand Cerf il y a quarante ans a peut-être été assassinée.
Vertigo Kulbertus inspecteur venu de Liège proche de la retraite, obèse qui fait tout pour le demeurer, enquête lui sur les morts récents.
A la fin passé et présent se rejoignent et s'il apparaît de vrais coupables, il y a aussi de faux innocents.
Un excellent Bartelt à l'égal du "Grand Bercail" paru il y a maintenant 15 ans, où se croisent humour noir, poésie et tendresse, des personnages grotesques et touchants, inoubliables.
Un roman parsemé de moments poétiques et mélancoliques, plein d'humanité. Autant de traits lumineux qui viennent nuancer la noirceur de l'âme humaine :
"Le taxi progressait entre deux rangées de digitales et d'épilobes, dont les mauves accordés éclataient sur le fond noir des sapinières."
" Kulbertus se laissa distraire par le chant d'un merle...
Le chant du merle avait varié sept fois et Kulbertus s'émerveillait qu'un oiseau aussi rudimentaire pût, en si peu de temps et sans presque reprendre son souffle donner plusieurs versions de la vérité."
Bartelt déstabilise le lecteur en faisant ressortir les petites lâchetés, les craintes qui peuvent mener au crime même sans l'avoir voulu, beaucoup de travers qui sont aussi les nôtres. Son regard décalé les fait accepter en déclenchant le rire. Et avec une écriture, un style qui n'appartiennent qu'à lui comme ses remarques sous forme d'aphorismes cocasses : "Tous les assassins ont des alibis. Un assassin sans alibi, c'est un pompier sans échelle."
Sans oublier la conclusion de l'histoire par la voix de Vertigo Kulbertus : " Il n'y a que dans les romans qu'on connaît le fin mot de l'histoire, Nicolas. Dans la vie, on n'arrive jamais à tout savoir. Ce n'est d'ailleurs pas très utile. Mais, à propos de toutes ces histoires, s'il fallait savoir une chose, Nicolas, une seule, ce serait que nous ne sommes pas dans un roman."
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koalas
  14 juin 2017
à la frontière des Ardennes belges, l'hôtel du Grand Cerf de Reugny est réputé pour avoir hébergé la star Rosa Gulingen qui crevait jadis l'écran géant et à l'hôtel ses dernières bulles... dans l'eau du bain moussant.
Plusieurs décennies plus tard, le jeune romantique et nostalgique Nicolas Tèque se rend sur place en vue d'un documentaire sur la mort mystérieuse de l'idole
et se retrouve plongé dans un village en pleine effervescence, secoué par des meurtres et disparitions inquiétantes.
A quelques jours de la retraite, le ventripotent inspecteur Vertigo est désigné d'office pour se décarcasser sur ce chaos des familles... ce qui ne lui coupe pas l'appétit !
L'auteur du Jardin de bossu se lance avec son habituel humour noir, son imagination débridée et sa plume acidulée dans une enquête à priori très classique qu'il baigne de mauvaises herbes de sa région et d'un brin de folie champêtre.
Il jongle avec dextérité avec deux enquêtes et enquêteurs décalés - un inspecteur gargantuesque rouleau compresseur en fin de course à la répartie hardie et outrancière et un petit journaliste du dimanche - qui vont plonger dans la vie, les souvenirs, les jalousies et secrets bien gardés d'Ardennais franco- belges très cintrés et ultra... motivés.
les réflexions décalées et les méthodes peu orthodoxes...de Vertigo en font un enquêteur hors norme qu'il est difficile d'oublier.
l'Hôtel du Grand Cerf, un genre rural très très baroque qui ne manque pas d' excès ni d'éclats.
Je remercie Babelio, Masse critique et les éditions du Seuil pour le nouveau grand roman noir du très bon Franz Bartelt.
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Antyryia
  12 juin 2017

Si vous êtes perdu dans les Ardennes , que vous roulez aux abords de la frontière franco-belge, alors le hasard vous amènera peut-être jusqu'à la petite commune de Reugny, où l'espérance de vie n'est guère élevée ces derniers temps. 
Le hasard, c'est un peu ce qui m'a amené à lire cet étrange roman policier. Entre autres choix, c'est celui-ci qui m'a été attribué lors de la dernière masse critique. Après Au scalpel de Sam Millar, j'avais bien envie de poursuivre ma découverte de la collection Cadre noir aux éditions du seuil. Que je remercie bien sûr, ainsi que Babelio, pour cet envoi.
Je ne connaissais pas du tout Franz Bartelt, même pas de nom, et pourtant il n'est pas le premier venu. Auteur de presque quarante romans ou recueils, lauréat du grand prix de l'humour noir en 2000 avec Les bottes rouges et Goncourt de la nouvelle en 2006 pour le bar des habitudes, il est un auteur discret écrivant aussi bien des polars que de la littérature dîte générale.
En outre, la couverture avait également attiré mon regard. En guise de trophée accroché au mur, nulle tête de cerf ou de sanglier mais ... un vieux téléphone à cadran sur une ancienne tapisserie, comme vu au travers d'un trou de serrure.
Ce côté absurde et décalé, qui semble être la marque de fabrique de l'auteur, on le retrouvera tout au long des pages. 
Reugny, à la frontière belge, était un petit village paisible jusqu'à ce que des crimes y soient commis. Et pire encore : deux intervenants extérieurs vont venir se mêler à une populace qui n'a aucune envie de les intégrer ou même de leur parler. Ces deux hommes viendront en effet tous deux essayer d'élucider leur propre mystère et secoueront la fourmilière.
"Cette petite communauté fonctionnait à la manière d'une secte."
"Ce sont des affaires qui ne regardent pas la police."
La première énigme est vieille de presque cinquante ans. Il s'agit de la mort de Rosa Gulingen, actrice allemande de films désormais démodés qui a été retrouvé noyée dans sa baignoire. Une heure auparavant, elle jouait encore une scène de son prochain long métrage : "Le village oublié." Accident ? Suicide ? Meurtre ? C'est ce que cherchera à établir le journaliste Nicolas Tèque en interrogeant notamment les personnes qui étaient déjà là au moment de la tragédie.
"On l'a noyée dans sa baignoire, le 06 juin 1960 à six heures du soir, à l'hôtel du grand cerf, à Reugny."
Au même moment, de nos jours, un premier meurtre est commis, aussitôt suivi d'un second. Par ailleurs, une jeune fille, peut-être témoin des évènements, disparaît. Mais ce ne sont pas ces crimes qui vont ébranler la population. Même le bûcheron Paul Meyer ne semble guère s'émouvoir du décès tragique de son simplet de fils. Tous s'accomodent très bien en tout cas de la décapitation du douanier Rousselet. Celui-ci connaissait tous les petits secrets de tout le monde et prenait son rôle frontalier très au sérieux. 
Chacun aurait pu avoir un mobile.
"Les gens de Reugny ont toujours su tenir leur langue. Il se détestent, mais n'iraient jamais dénoncer leur pire ennemi à la police."
Mais l'enquêteur envoyé sur place, Vertigo Kulbertus, va secouer le cocotier avec une élégance pachydermique pour retrouver l'assassin. Ce qui ne sera pas une sinécure dans une commune où chacun aime à régler ses propres comptes.
Est-il possible que les deux affaires soient liées ?
Le roman de Franz Bartelt se présente comme un compte à rebours. Chaque partie correspond à un jour de la semaine, et chacun de ces jours qui s'écoule est un pas de plus vers la retraite pour l'inspecteur Kulbertus. Retraite salvatrice dont l'approche revient de façon récurrente dans les propos de l'enquêteur.
"A onze jours de la retraite, on m'impose de courir derrière d'abominables assassins."
Au niveau des lieux, certains passages nous emmènent à Bouillon, Verviers, Paris, Dinant et même en Pologne. Malgré tout, la grande majorité du roman se déroule en vase clos à Reugny, et plus particulièrement à l'hôtel qui a donné son titre au roman ou au centre de motivation dirigé par le riche Richard Lépine. Qu'est-ce qu'un centre de motivation ? Malgré ma lecture attentive j'avoue ne pas l'avoir bien compris, ce qui a gêné ma progression. On y effectue des stages, on y mêle discipline militaire et développement personnel au travers d'exercices spirituels ou métaphysiques. C'est tout ce que j'en ai retenu.
Le début du roman m'a un peu perdu. Chaque paragraphe nous réserve un point de vue différent et l'auteur y présente tour à tour chaque protagoniste. Le lecteur fait donc connaissance avec le journaliste, l'enquêteur, les victimes et les principaux habitants du village. Parmi lesquels trois générations de femmes qui ont tenu l'hôtel du grand cerf, Sylvie Monsoir, chauffeur de taxi et son époux le jaloux Freddy. Mais très vite, cette confusion intitiale dans la présentation d'une dizaine de principaux personnages ( et presque autant de suspects ) va se clarifier et passer de l'un à l'autre se fera naturellement, chacun ayant ses spécificités.
Mais l'un d'eux écrase tous les autres. Ce qui pourrait paraître un mauvais jeu de mots étant donné le poids de l'inspecteur Vertigo. 
"Il s'était fait de l'obésité une spécialité, comme d'autres s'en font une du marathon ou de l'alpinisme."
"On commence toujours par grossir du ventre. Mais je grossis aussi des genoux et des oreilles."
Au-delà de sa carrure et de son appétit gargantuesque ( ses menus, immuables, se composent dès le petit matin d'une importante quantité de frites et de cervelas ) ou de sa soif de bière sans mousse, le bonhomme est aussi le policier le plus farfelu qu'il m'ait été donné de rencontrer depuis longtemps.
"Ma méthode, avait expliqué le policier, c'est de ne pas avoir de méthode."
Paraîssant maladroit, Kulbertus soupçonne et accuse tout le monde presque ouvertement à chacun de ses interrogatoires, se mettant ainsi toute une population déjà hostile à dos. 
Et que penser de ses pratiques plus que douteuses ? Il organisera par exemple un vote pour déterminer le coupable. Il obligera en effet chaque habitant à désigner leur principal suspect en inscrivant son nom sur un bulletin anonyme. Quel sera le résultat de ce sondage inaccoutumé ?
Ce personnage nous régale et nous fascine avec le maniement du vocabulaire ( "Il y avait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi suprêmement en verve. Lancé comme il l'était , il avait la ressource verbale pour tenir jusqu'au soir." ), avec son auto-dérision, avec ses provocations et sa faculté innée d'énerver profondément autrui.
Son originalité, son côté clownesque non dépourvu de poésie, sa façon calculée d'irriter et de répugner les villageois, fait qu'on a envie de le retrouver tant pour connaître sa prochaine bévue que sa prochaine déduction ou son prochain propos scandaleux. le problème étant que ce personnage a tellement d'envergure, qu'il est tellement réussi dans la démesure qu'il fait de l'ombre aux autres.
Un blogueur du site "San Antonio, demandez les nouvelles !" a fait un parallèle très intéressant pour parler de ce roman, en écrivant qu'on avait l'impression de voir l'extravagant Bérurier débarquer dans un roman de Simenon, caractérisé par ces petits villages où règnent les non-dits et un climat pesant de haine et de suspicion entre les habitants.
Un choc des cultures particulièrement audacieux au résultat dépaysant, c'est le pari réussi effectué ici par Franz Bartelt.
Quant à l'éditeur, il dit vrai en évoquant la plume de Bartelt, "entre burlesque et mélancolie". On est à la croisée des chemins entre un humour qui pourrait paraître lourd mais qui est manié avec élégance et qui contribue à donner à ce roman policier moderne un charme désuet.
Même si j'émets quelques réserves, il s'agit vraiment une oeuvre pleine de contrastes, à la croisée des genres et des styles que l'auteur manie à la perfection. 
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ninachevalier
  29 juillet 2017
Franz Bartelt Hôtel du grand cerf Cadre noir Seuil Mai 2017
( 346 pages – 20€)
Franz Bartelt dédie ce polar au regretté Alain Bertrand avec qui il écrivit Massacre en Ardennes.Leur point commun ? Une prédilection pour l'air balsamique des Ardennes frontalières.
C'est d'ailleurs dans un triangle franco belge que Franz Bartelt campe son intrigue.
Le récit nous transporte dans un va et vient entre Reugny, ce village qui perd sa quiétude , Larcheville ( ville chère à l'auteur, anagramme de Charleville) et Bouillon.
A Reugny, notre attention se focalise sur deux pôles. Tout d'abord, l'hôtel du Grand cerf, qui fut le théâtre d'un fait divers, il y a plus de quarante ans. Thérèse Lendroit, qui dirige l'entreprise familiale, ne manque pas d'exploiter le filon, ayant transformé en musée la chambre où l'actrice Rosa Gulingen séjournait pour un tournage.
Une cassette exhumée d'une benne par Charles Raviotini fait revenir sur le devant de la scène la mort mystérieuse de cette vedette, «  auréolée de gloire hollywoodienne ». L'idée de tourner un documentaire germe, et il dépêche Nicolas sur les lieux. Accident ou crime, saura-t-il la vérité ?
Le deuxième lieu est le Centre de Motivation, dirigé par Richard Lépine avec une discipline de fer, faisant penser à une secte. le logement des stagiaires en cellule crée une atmosphère anxiogène. Silence imposé.Mieux vaut être ponctuel, respectueux du règlement pour éviter le renvoi. Mais cela fait le bonheur de Sylvie, taxiwoman, assurée d'avoir un client à mener à la gare.
Très vite nous sommes entourés d'une galaxie de personnages étonnants , bien trempés. Parmi les habitants du village, il y en a des récurrents comme l'idiot du village, en la personne de Brice Meyer qui communique surtout par onomatopées.

Soudain, l'annonce de la disparition d'Anna-Sophie, la fille de l'hôtelière met le village sens dessus dessous. Les habitants s'organisent, déploient une incroyable et rocambolesque battue.Un hélicoptère déplacé. le village presqu' en état de siège.
Puis, c'est l'ex-douanier que l'on découvre abattu, l'incendie de sa maison qui éclate.
Coup de théâtre, un troisième corps retrouvé plonge le village dans la consternation.
Il y a celui qu'on regrette, celui «  qui n'a que ce qu'il mérite », celle que l'on recherche. L'auteur photographie les campagnes où «  personne n'aime personne et le malheur des uns n'est que la réparation du malheur des autres ».
Et nous voici plongés au coeur de deux enquêtes en parallèle. le mystère du chromo vient se greffer. le village en pleine effervescence , assailli par les forces de police et les équipes de télévision, les journalistes.
L'excès , «  qui met un peu de grandeur dans les petitesses de l'existence », chez Franz Bartelt touche déjà ses personnages.On se souvient de Gontrane dans Charges comprises. Voici le pendant masculin. Mais la surcharge pondérale de l'inspecteur Vertigo Kulbertus pose problème, car elle est croissante. On devine que c'est handicapant pour exercer un tel métier, d'ailleurs il ne cesse de compter les jours avant la retraite !
Le romancier,coutumier de l'ordre alphabétique, l'a choisi pour les aliments que le flic, à l'appétit gargantuesque, ingurgite ! Vu ce qu'il s'empiffre, Vertigo est sujet aux rots et pets ! « d'une puissance d'une explosion nucléaire » ! » Il a à coeur de produire son propre gaz carbonique » !
Voici donc un inspecteur , hors norme, dépêché à Reugny. On peut douter de son efficacité vu la façon dont il conduit les interrogatoires.Parfois de son lit et en caleçon ! Grotesque sa demande aux villageois de se présenter par ordre alphabétique pour les «  travailler » , «  tous en ligne » . Tout aussi ridicule sa façon d'en faire les témoins de son repas. Hallucinant l'interrogatoire de Jack dos à dos avec Elisabeth, doublé d 'une tirade théâtrale. Toutefois «  ce Sardanapale » a su négocier « un marché amoureux » avec Elisabeth. Méthode contestable mais payante !
Le suspense est relancé à chaque victime recensée, mais aussi avec les prédictions d'une voyante qui voit plusieurs morts. Que se passe-t-il donc dans ce village où la mort s'invite pas moins de cinq fois ? Un serial killer rôderait-il ?
Le romancier ne rechigne pas à évoquer des détails gore, à vous écoeurer d'horreur.
Une autre énigme intrigue le lecteur et Freddy, l'époux de Sylvie, routier, qui reçoit des messages d'une voix anonyme, l'avisant d'éventuelles incartades de sa femme.
L'hôtel devient le quartier général des deux enquêteurs, qui s'entendent à merveille, surtout pour vider les bocks, ce qui leur donne «  l' haleine métaphysique ».
« la bière sans mousse est une source intarissable de réconfort » pour les deux acolytes. Pendant ce temps, de sa vigie, Léontine, la grand-mère de la disparue, comptabilise leur orgie et se frotte les mains, en songeant à la recette!
En général, chez Franz Bartelt :ça dégomme ( cf le recueil de nouvelles précédent
ou son roman culte : le jardin du bossu),on «  beuque », on rembouge aux bières !
«  La générosité se mesure en quantité de bière, pas en quantité de mousse. »
Dans ce polar foisonnant, ubuesque, Franz Bartelt brasse maints sujets. Il souligne le désintérêt pour la poésie, un genre peu vendeur. Il épingle, comme dans La bonne a tout fait ,la police qui tarde à diligenter ses forces.
Parmi les constantes : il y a toujours un personnage passé par l'hôpital psychiatrique, des liaisons extra-conjugales ( Sophie et Nicolas ), des piliers de bars dipsomanes, que l'on croise au bar de la mère Dodue, «  à l'emphase commerciale inattaquable » !
du côté du style, on retrouve les énumérations, de savoureux aphorismes : «  La bizarrerie n'est pas incompatible avec la compétence », «  La limonade et la philosophie ont toujours eu des affinités ». «  Il y a des vérités qui demandent à être mûries longtemps ».
L'auteur rappelle, en toile de fond, que la France est un pays souvent en grève et sait restituer le langage des grévistes remontés («  On ne sait plus où donner de la bille »), décrire le bordel, la paralysie qu'ils créent dans Larcheville avec leurs «  barrages hermétiques ».Larcheville qui rime avec «  tuile » qui tombe, au sens figuré.
Durant la lecture, on se prend à jouer le détective novice, nous obligeant à des retours en arrière. Les ramifications se complexifient quand on remonte jusqu'aux racines de l'histoire personnelle de Richard Lépine et conduisent Nicolas Tèque à élargir son territoire géographique de recherches.
L'épilogue nous dévoilera-t-il les clés de tous ces mystères accumulés ? Puisque pour le romancier : «  Il n'y a que dans les romans qu'on connaît le fin mot de l'histoire. »
Même loin de la salle de bains- musée, on baigne dans un vrai délire au moment de l'interrogatoire. Alors que cinq victimes ont eu des fins prématurées tragiques, le polar recèle des accents de comédie et des scènes époustouflantes.
L'auteur décline un hommage indirect à Simenon et Hitchcock.
Si Franz Bartelt ne peut prétendre aux prix décernés à Jack Lauwerijk , récompensant de la poésie, son roman peut briguer une autre reconnaissance pour son humour noir, son talent de dramaturge «  sa patte inimitable » ! Dans son antre ardennais il a concocté ce «  texte original », jouissif, mâtiné de poésie, recommandé comme ordonnance de l'été par Samuel Delage qui y voit un côté San Antonio et aussi chaudement conseillé par la librairie L'embarcadère de ST Nazaire. (1)
Un détour par votre librairie s'impose sans tarder.
(1) En podcast dans l'émission Fr3 Les petits mots des libraires du 6 juillet 2017
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Crazynath
  16 août 2017
Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un polar de cette qualité ! Polar, ou plutôt roman noir ?
Mais bon, peu importe la dénomination, ce bouquin est un véritable petit bijou. Oui, il existe encore des auteurs qui arrivent à nous faire sourire et à nous raconter avec talent des histoires qui tiennent la route . Oui, il existe encore des auteurs qui n'ont pas besoin d'en rajouter dans le rayon gore pour attirer le chaland ( enfin, le lecteur et la lectrice )
Un de ces auteurs, je viens de le découvrir, est Franz Bartelt. Je vais être honnête, je ne le connaissais pas du tout. Si une de mes amies ne m'avait pas offert ce bouquin, j'aurais surement passé à coté de cet auteur pendant encore un petit moment. Encore merci à toi, chère A., décidément, tes conseils sont toujours très avisés !
Franz Bartelt va nous emmener dans les Ardennes belges, dans le petit village de Reugny . Ce petit village tire toute sa gloire d'une histoire ancienne : il a abrité une équipe de tournage il y a une quarantaine d'années et la star féminine du film est décédée dans des circonstances douteuses.
Un journaliste, Nicolas Teque, va être amené à enquêter sur cette vieille histoire, dans l'objectif d'etoffer un documentaire. Cependant, juste avant son arrivée, un meurtre survient. Très vite les choses s'enchainent et un deuxième meurtre survient...
Il faudra évidemment l'intervention de la cavalerie, en la personne d'un policier complétement atypique : l'inspecteur Vertigo Kulbertus.
L'humour noir est présent dans cette histoire sans pour autant occulter l'enquête et son déroulement .
Franz Bartelt a une plume caustique, bourrée de talent et mérite vraiment le détour.
J'avoue avoir l'intention de continuer à découvrir son oeuvre, et vais me mettre en quête prochainement d'un autre de ses livres.
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Les critiques presse (1)
Telerama   21 juin 2017
C'est un chef-d'oeuvre d'humour noir. Un bijou aux éclats de ténèbres, délicieusement caustique, cruel autant que réjouissant.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations & extraits (58) Voir plus Ajouter une citation
gillyzekidgillyzekid   21 octobre 2017
- Vous ne voulez pas vous asseoir ? s'étonna le policier.
- Non
- Vous avez des hémorroïdes, peut-être, monsieur Lépine. Excusez-moi. J'ai l'esprit de déduction. Et les hémorroïdes ne sont pas des choses qu'on cache longtemps à un policier qui connaît son métier.
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gillyzekidgillyzekid   21 octobre 2017
A Neufchâteau, mes collègues ne se montreront pas aussi accommodants que moi. Eux, c'est des vrais flics, je vous le dis. Ils font rentrer sainte Bernadette dans la salle des tortures et c'est une mère maquerelle qui en ressort.
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cardabellecardabelle   07 septembre 2017
[...] la Mère Dodue ...
[...]" dans le métier que je fais , les sentiments, c'est l'article introuvable . On a beau mettre du coeur à l'ouvrage , l'amour reste court sur pattes .
L'homme du soir, il cherche la délivrance ,pas plus.
[...] Il est partant pour l'illusion, mais en bon comptable de son argent de poche, il n'aime pas quand le compteur tourne trop longtemps.
Ils ne sont pas tous pingres , je veux.
Y en a qui offrent la roteuse.
Même deux , quand ils sont pincés par la dépendance éthylique.
Mais les autres , c'est à la bière qu'ils appellent le paradis.
Je vois ça vulgaire .
[...] Ah ! les temps ont changé. L'homme s'est laissé corroder par la crise .
Le voilà qui se projette dans l'avenir ,qu'il économise pour les lendemains, qu'il a la prétention de voir loin , qu'il se vante de spéculer à la Bourse.
Moi je leur dis à ces blaireaux ,est-ce que vous croyez que le bonheur vous attend quelque part dans l'avenir ?
L'avenir , ça n'existe pas.
[...]C'est les miroirs qui ont raison, ils ne reflètent que le présent. Et encore, quand il y a de la lumière ."
Elle se voulait grandiose.
La limonade et la philosophie ont toujours eu des affinités.
P 192

* comment ne pas penser au regretté Audiard ?
+ Lire la suite
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nadejdanadejda   20 mai 2017
L'archiviste en chef des Archives départementales de Larcheville :
Tout était facile pour cette poupée Carabosse. Elle circulait entre les bureaux avec une vélocité gracieuse, déposait une punaise dans un cendrier, compulsait un catalogue, rajustait l'alignement d'une pile de magazines, émettait des sourires menus comme les messages des abeilles, mais si sincères et si profonds qu'on les percevait comme des ondes. Elle prononçait des paroles d'une parfaite accortise. On la sentait amicale. Elle rayonnait. Peut-être pas comme un matin de printemps, mais au moins comme un sapin de Noël. Elle avait les mêmes clignotements joyeux, quelque chose de pailleté comme la fête, une allure de guirlande posée sur un bûche.
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koalaskoalas   09 juin 2017
Vous faîtes souvent le ménage, Meyer...
- Vous savez ce que c'est, un homme seul...
- Je ne vous disait pas ça comme un reproche. Je constate seulement que c'est le bordel chez vous. J'ai jamais vu ça. Et ça, c'est quoi ?
il montrait une serpillière étalée sur la table.
- C'est une serpillière, dit le bûcheron. Ça me sert de nappe. C'est solide et ça absorbe bien. Et ça coûte rien à l'achat.
- Je retiens l'idée, Meyer.
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Videos de Franz Bartelt (7) Voir plusAjouter une vidéo
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Cercle Polar : un été en rouge et noir .Et si vous passiez votre été au soleil du polar ? A l'ombre des vieilles mémoires de l'hôtel du Grand Cerf, noires, bien noires, en compagnie de Franz Bartelt ? Dans les éclats rouge sang du dernier thriller de Franck Thilliez ? Ou, entre deux eaux, dans la prose fluide de David Humbert qui fait couler en rose, puis en vert, les robinets de la ville de Rouen ? Noir, rouge, rose, le polar, cet été, vous en fait voir de toutes les couleurs.
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