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EAN : 9782707140647
564 pages
La Découverte (20/07/2007)
4.29/5   98 notes
Résumé :
En 1914, Louis Barthas a trente-cinq ans. Tonnelier dans son village de l'Aude - Peyriac-Minervois -, il est mobilisé au 280e d'infanterie basé à Narbonne. Il fera toute la guerre comme caporal. Il connaîtra le secteur sinistre de Lorette, Verdun, la Somme, l'offensive du Chemin des Dames ; la boue, les rats et les poux ;les attaques au devant des mitrailleuses et les bombardements écrasants; les absurdités du commandement, les mutineries de 1917, les tentatives de ... >Voir plus
Que lire après Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Il y a les grands classiques écrits sur la Première Guerre mondiale - Remarque, Jünger, March, Lussu, Dorgelès, Barbusse, Chevallier, Cendrars, Genevoix et puis il y a ceux qui sont beaucoup moins connus mais qui sont appelés à figurer un jour au sein du panthéon des "grands". - Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier-1914-1918-", en font partie.

Louis Barthas est né en 1879. Fils d'un tonnelier, il montre de réelles aptitudes pour les études, finit premier de son canton au certificat d'études primaires - ce qui n'est pas rien ... ma grand-mère maternelle, petite paysanne limousine née en 1897, sachant lire mais pas écrire, s'enorgueillissait (elle avait raison), que ses six enfants (dont ma défunte maman) aient tous obtenu ce diplôme, qui au début du xxème siècle avait une valeur qui vaut bien celle du Bac d'aujourd'hui... Louis Barthas, en dépit de ses aptitudes scolaires, laisse tomber le chemin du collège pour apprendre le métier de tonnelier.
Il lit beaucoup, se passionne pour la politique, devient syndicaliste et militant socialiste.
Il est pacifiste comme l'était Jaurès.
Comme Jaurès, il est méridional... (ça a son intérêt dans les carnets)
Lorsque la guerre éclate en août 1914, il est déjà âgé de 35 ans. Il est marié et a deux jeunes enfants.
Qu'importe aux "faiseurs de guerre", la mobilisation est générale : la réserve et les territoriaux sont eux aussi mobilisés !
Après les trois ans de service militaire obligatoire, Louis Barthas va donner 54 mois "d'esclavage" à la patrie, 54 mois dont il va consigner les petits et les grands évènements dans 19 cahiers... qui ne verront le jour qu'après sa mort, grâce à ses petits-enfants, à Rémy Cazals -dont il faut lire la postface-, et à François Maspero, le premier éditeur qui a cru en leur haute valeur historique, humaniste, littéraire...

Ces 552 pages de lecture se lisent avec force émotion. Elles disent avec talent, simplicité, humilité, humanité, sincérité, authenticité et engagement ce que fut cette "Grande Boucherie"... tellement absurde et tragique...

François Mitterrand à qui on avait offert le livre dira plus tard à son propos : "Ah, les Carnets de Louis Barthas ! Ce livre a une haute valeur historique, et aussi c'est une véritable oeuvre littéraire."
On peut faire confiance dans ce domaine au "Promeneur du Champ-de-Mars"...

Vivement recommandé !

PS : un grand merci à celles et ceux qui ont eu la gentillesse de m'adresser un mot lors de ma dernière minuscule présentation. Suivant le cours des choses, la maladie poursuit son oeuvre de sape inexorable. Mais je lis encore... Bon dimanche de printemps à tous !
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Cela fait quelques années déjà que je m'intéresse à 1914-1918 ; pas comme un assoiffé de stratégie dont je me fous éperdument. Car ce n'est pas d'un jeu de guerre dont on parle là, mais du suicide de la vieille Europe, entamé ce bel été 1914…

En plus de ce suicide, je reste convaincu que ce fut aussi une guerre de discrimination sociale, à savoir que les humbles – des deux camps – furent les esclaves de volontés tyranniques qui se souciaient fort peu de leurs conditions de survie au front et les envoyaient dans des offensives aussi inutiles que meurtrières.

Les officiers supérieurs, les majors méprisants, les embusqués de l'arrière, les politiciens voyaient sans doute « dans le soldat un être inférieur qu'on traite sans égards, comme un berger traite ses moutons, un piqueur sa meute de chiens. » Plusieurs fois, d'ailleurs, Barthas montre sa compassion pour les bêtes au front –sauf les poux et les rats, évidemment ! Par-delà les espèces, c'était une communion de souffrance…

Certes, dans mes lectures, j'ai découvert des plumes sublimes comme celles de Barbusse, Céline, Giono, Jünger, Remarque, etc. Mais aucun livre, fût-il écrit par historien ne raconte 1914-1918 comme Louis Barthas dans ses Carnets de guerre.

Louis Barthas, pourtant très instruit, ne verse pas dans le style : il écrit ce qu'il voit, ce qu'il ressent avec une fulgurance touchante, parfois déchirante. Surtout, loin des poncifs – qu'on déplore, hélas, sur beaucoup de monuments qui parlent de gloire quand il faudrait parler de tragédie collective –, il raconte une guerre dans sa vérité la plus sordide.

Et Rémy Cazals d'écrire si justement dans sa postface de 1997 : « Il me semble que le talent de Barthas se caractérise par l'absence d'effets et d'artifices littéraires. »

Quant à l'exagération des faits que certains imputent à Barthas – comme on pourrait trouver exagéré son opinion catégorique sur celui qu'il appelle « le dictateur Clemenceau » –, il reste que lorsqu'il écrit ceci, et à la lumière de tout ce que l'on sait maintenant, il ne révèle qu'une horrible vérité : « de part et d'autre on se battait en cannibales, avec une cruauté plus grande peut-être qu'aux temps reculés des invasions barbares. »

Il est vrai que Barthas – socialiste et pacifiste convaincu – écorne sérieusement la propagande – encore tenace aujourd'hui chez certains – prétendant que les hommes étaient choyés par leurs supérieurs : « Que de souffrances, de fatigues, de maladies, infirmités et morts on eût épargnées avec des chefs pourvus du simple bon sens ! » Faire dormir des soldats épuisés par les combats dans des granges vétustes qui empestent le purin, on ne peut effectivement pas parler de compassion…

Moi, je n'y étais pas et devant tant de souffrances, je me tais. Ces hommes-là ont des droits imprescriptibles que j'espère ne jamais avoir, car cela impliquerai que je fasse connaissance avec un nouveau secteur de Lorette, une autre côte 304 ou un autre mont Cornillet, et j'en passe.

Alors oui, il faut lire ces Carnets avec toute l'humilité et le recueillement qu'ils exigent. J'oserai presque parler de document sacré. Et Barthas, de conclure par une sentence terrible mais combien vraie sur ce carnage dont il a été l'un des acteurs malheureux : « On a menti… mais je renonce à écrire tous les mensonge sortis de la bouche ou sous la plume de nos gouvernants ou journalistes »…
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Louis Barthas décrit la vie dans les tranchées au jour le jour, la vie dans la terre au milieu des cadavres et des rats. Il nous fait partager ses nuits humides et glaciales dans des abris de fortune en première ligne, ou dans des granges sordides et délabrées au milieu des cochons lorsque son régiment est au repos. En quatre ans, il ne dort pas une seule fois dans un vrai lit, et ce n'est que fin 1917 qu'il voit le premier poêle dans une tranchée !

Résolument antimilitariste, il porte un jugement extrêmement sévère sur la quasi-totalité des officiers. Il est vrai que ceux-ci traitent les soldats réellement comme des esclaves, et se moquent éperdument de leur bien-être. On a parfois l'impression que les soldats vivent dans un camp de concentration… il n'a d'indulgence que pour de rares lieutenants et capitaines qui, par leur bravoure au combat et leur sollicitude, ont gagné le respect du poilu. En septembre 1917, un général lui accorde tout de même quelques paroles de bienveillance, qu'il note comme les premières de la part d'un officier supérieur depuis le début de la guerre…

Un des passages le plus intéressant est sa description de la révolte du régiment en juin 1917. Les « mutins », inspirés par la révolution russe, créent un soviet du régiment et demandent à Louis Barthas d'en prendre la tête ! La revendication principale des révoltés ? Des permissions !

Vraiment un excellent témoignage de la vie « ordinaire » du poilu en première ligne. A lire absolument par tous les passionnés de la Grande Guerre !
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C'est un très beau livre.Louis Barthas passera toute la guerre au front.
Celui- ci connaîtra la Somme ,l'Argonne,Verdun,l'offensive Allemande de1918:l'horreur,l'accoutumance,la révolte....
Au front ,il écrit sur n'importe quoi,sur n'importe quel papier,
Les feuilles sont parfois disparates ,maculées de boue.....
Il envoie de très nombreuses lettres â sa femme et à ses enfants,
C'est un témoignage formidable,celui d'un simple soldat.
Après la guerre,il consignera dès 1919 son journal sur 19 cahiers .
Ce livre fut mis au point avec l'aide de ses petits- enfants.
Le témoignage de Louis Barthas est complet,irremplaçable,unique,vivant.
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Ce livre a été un de mes premiers livres de témoignages de combattants de la grande guerre. C'est une référence dans sa catégorie et il tient une place privilégié à côté de l'ouvrage de Maurice GENEVOIX "Ceux de 14".
A partir de ses carnets écrit sur le front, cet ouvrage de Louis BERTHAS nous fait partager son quotidien avec une belle écriture descriptive dans laquelle nous pouvons percevoir son âme.
Témoin de tant de souffrances pendant ces 4 années, il conclus avec ces mots :
"Souvent je pense à mes très nombreux camarades tombés à mes côtés. J'ai entendu leurs imprécations contre la guerre et ses auteurs, la révolte de tout leur être contre leur funeste sort, contre leur assassinat.
Et moi survivant, je crois être inspiré par leur volonté en luttant sans trêve ni merci jusqu'à mon dernier souffle pour l'idée de paix et de fraternité humaine.
Février 1919"

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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Quel n'aurait pas été leur étonnement, même leur stupéfaction de voir le calme et la tranquillité qui régnaient dans ce coin. L'un fumait, l'autre lisait, celui-ci écrivait, certains se chamaillaient sans baisser d'une note le son de leur voix.

Et si ces patriotes, ces embusqués, avaient prêté quelque peu l'oreille ils eussent entendu les Allemands tousser, cracher, parler, chantonner, etc., avec le même , sans-gêne.

Leur stupéfaction se fût changée en ahurissement s'ils eussent vu sentinelles françaises et allemandes assises tranquillement sur le parapet en train de fumer la pipe et échanger de temps en temps un bout de conversation comme de bons voisins prenant le frais sur le pas de leur porte.

De relève en relève on se transmettait les usages et coutumes de ces petits-postes, les Allemands de même et toute la Champagne pouvait s'embraser, il ne tombait jamais une grenade en ce point privilégié.
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Un soir en rentrant du travail, nous trouvâmes autour de l'abri une trentaine de jeunes gens, engagés volontaires ou forcés des classes 17 et 18 non encore appelés. Maigres, imberbes, pâles, le regard effronté, le verbe haut insolent du Gavroche parisien, c'était comme on dit des gars "dessalés", malgré que quelques-uns aient des figures de jeunes filles ou de gamins de quinze ans. Quelques-uns venaient tout doit de la maison de correction, d'autres, garçons livreurs, avaient oublié de rapporter à leur patron l'argent de quelque client, certains employés de postes avaient eu l'indiscrétion de fouiller le contenu des lettres. L'un d'eux n'avait rien trouvé de mieux que d'enlever une demoiselle de quatorze ans qu'on ne voulait pas lui donner en mariage (...)
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Si les morts de cette guerre pouvaient se lever de leur tombe. Ils briseraient en mille morceaux ces monuments hypocrites, car ceux qui les ont érigés les ont sacrifiés sans aucune pitié.

(au sujet des monuments aux morts)
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Ces lieux étaient particulièrement infestés de rats qui venaient suivant leur habitude cambrioler nos musettes et la nuit promener leur museau, leurs pattes, leur queue sur nos figures.
On conçoit le dégoût que nous inspirèrent ces détestables rongeurs quand nous nous aperçûmes qu'ils avaient leur domicile dans un cimetière de soldats allemands qui était à proximité.
L'emplacement de chaque tombe était taraudé par leurs galeries et l'odeur infecte qui s'échappait de ce cimetière ne laissait aucun doute que ces rats dévoraient ces cadavres quand le contenu de nos musettes et les déchets divers d'une troupe stationnée ne suffisaient pas à leur nourriture.
Le jour, ils vivaient avec les morts et la nuit avec les vivants, avec nous, charmants voisinages !
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1917
La guerre n'était plus considérée comme un fléau ; de temps en temps, on apprenait bien que le fils d'Untel ou l'époux d'Une Telle était mort déchiqueté, brûlé, assommé, étouffé par là-haut, dans les tranchées lointaines, mais ces morts inévitables étaient considérés comme la rançon de la prospérité générale en attendant la victoire finale.
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Videos de Louis Barthas (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Louis Barthas
L'adaptation graphique signée Fredman du récit le plus célèbre de la Grande Guerre.
Tonnelier originaire de l?Aude, Louis Barthas est envoyé au front dès 1914. Démobilisé en 1919, il met au propre ses notes prises tout au long du conflit. Militant socialiste et écrivain à son insu, le caporal Barthas a observé jour après jour la vie dans les tranchées : les rats, la boue, les bombes? Avec une plume extraordinaire et un étonnant sens de l?humour, il décrit les poilus livrés en masse à une mort anonyme, les chefs assoiffés de gloire, mais aussi les Allemands, qu?on appelle « ennemis » mais avec lesquels on fraternise à l?abri des regards. Publiés aux éditions Maspero en 1978, les Carnets de guerre de Louis Barthas sont devenus un classique, traduit dans de nombreux pays. Fredman met son trait au service de cette ?uvre unique. Composée d?extraits soigneusement sélectionnés, respectant l?esprit et la lettre des Carnets originaux, son adaptation graphique donne une nouvelle vie à ce témoignage exceptionnel.
Pour en savoir plus et feuilleter la bande dessinée ? https://bit.ly/2SyG8EQ
+ Lire la suite
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