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EAN : 9782070205417
200 pages
Cahiers du cinéma (21/02/1980)
4.14/5   144 notes
Résumé :
« Marpa fut très remué lorsque son fils fut tué, et l'un de ses disciples dit: "Vous nous disiez toujours que tout est illusion. Qu'en est-il de la mort de votre fils, n'est-ce pas une illusion?".
Et Marpa répondit : "Certes, mais la mort de mon fils est une super-illusion."
Pratique de la voie tibétaine.
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
4,14

sur 144 notes
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lanard
  15 novembre 2018
Barthes caractérise l'impression mentale produite par la contemplation d'une photographie en produisant deux concepts très personnels : le studium et le punctum. le premier est la perception la plus immédiate que nous avons de ce qui est représenté et que nous associons à nos propres expériences visuelles ; nous identifions un sujet que nous pouvons nommer avec l'évidence la plus spontanée ; le studium est l'impression première partagée par tous les regardeurs, antérieure à tout jugement esthétique, moral, personnel. le punctum quant à lui pointe un détail qui peut troubler la conscience du regardeur, il est la manifestation d'une relation personnelle du regardeur à la photographie regardée ; beaucoup plus subjectif, le punctum est un point focalisant l'intérêt, ce sera un ou plusieurs détails qui d'ailleurs ne surgissent pas toujours immédiatement à la conscience.
Technique du compte rendu visuel, la photographie est d'abord l'invention d'un chimiste qui a su fixer dans la matière des impressions lumineuses formant la marque d'une analogie avec une portion de l'espace placé devant un objectif. C'est une saisie mécanique d'une portion du monde projetée sur les deux dimensions d'une surface chimique. Sans nier complètement le fait qu'un photographe puisse avoir une intention en cadrant de telle ou telle manière, la volonté de l'artiste photographe a un rôle mineur dans le résultat sans aucune comparaison avec celui du peintre dans la production d'un tableau. Ce petit bout d'espace-temps figé sur du papier qu'est la photographie ne prend sa signification ( ou ne la prend pas) qu'après coup. C'est le regardeur qui va lui donner un sens et qui la transforme en objet sémiologique (objet qui, en l'occurrence, est susceptible de connaître un destin social s'élevant au rang de mythe).
La photographie n’est pas une invention d’opticien mais une invention de chimiste. Les peintres de la renaissance se servaient de la camera obscura bien avant que Nicéphore Niepce ait pensé à placer au fond de cette chambre noire une surface sensibilisée au nitrate d’argent. L’art photographique n’est pas un art de la chambre noire comme on aurait pu le dire de la peinture de la Renaissance. La chambre noire de l’appareil photo est entièrement mécanique et automatique ; le photographe lui a délégué son pouvoir de représenter. Mais c’est la lumière du jour qui révèle le photogramme, cet instant de réel irrémédiablement perdu dont la trace est figée dans une émulsion. C’est dans le jour que la photographie se fait invisible sous le masque d’un sens qui occulte le non-sens de ce qui fut une fois pour toute sans espoir de retour. L’art photographique est un art de la chambre claire.
La photographie comme saisie d'une contingence qui renvoie du reconnaissable au regardeur (studium) par lequel pointe parfois un détail troublant (punctum) sont les idées principales qui se dégagent de cette « note sur la photographie ». Mais la forme même de « La chambre claire » est une méditation mélancolique qui n'est pas sans beauté, à l'opposé d'un exercice théorique aride. L'écriture de Roland Barthes se situe ici entre l'essai et la méditation. La Chambre claire a tout l'air d'un essai conçu après la mise en ordre de notes prises en regardant des photographies ; ces contemplations, rapportées à la première personne, donnent au texte un caractère méditatif où l'auteur assume sa subjectivité. C'est d'ailleurs une méditation très personnelle tant l'intimité de Roland Barthes y affleure: lorsqu'il écrit ces notes, il évoque la perte encore récente, de sa mère et c'est ce deuil qui l'a ramené vers quelques vieilles photos de familles.
Enfin, cette méditation à un caractère explicitement mais subtilement bouddhiste (en passant d'abord par la phénoménologie).
Puisant dans le vocabulaire husserlien, il assigne à la contemplation de la photographie une noématique dont il m'est difficile de dire si elle est conforme à la phénoménologie husserlienne : « le nom du noème de la photographie sera donc : « ça a été », ou encore : l'Intraitable. » (p. 120). Mais c'est pour insister sur le caractère contingent de l'impression réalisée par la lumière sur la pellicule et le papier photographique. La méditation de Barthes ne s'intéresse pas aux façons de cadrer et à la technique du photographe ; ces questions ne touchent pas à l'essence de cet art (qui n'a pas acquis ce statut d'art sans mal) mais sur cette saisie unique de quelque chose « qui fut » par la chimie des révélateurs sur une surface de papier. Car la photographie « répète mécaniquement ce qui ne pourra jamais plus se répéter existentiellement ». Elle est la rencontre matérialisée et singulière de quelque chose qui fut et qui n'est plus et qui nous ramène à l'impermanence de toute chose qui est au fondement de l'ontologie bouddhiste. Se référant à Alan Watts, Roland Barthes écrit : « Pour désigner la réalité, le bouddhisme dit sunya, le vide ; mais encore mieux : tathata, le fait d'être tel, d'être ainsi, d'être cela ; tat veut dire en sanscrit « cela » et ferait penser au geste du petit enfant qui désigne quelque chose du doigt et dit : Ta, Da, ça ! Une photographie se trouve toujours au bout de ce geste ; elle dit ; ça, c'est ça, c'est tel ! Mais ne dit rien d'autre (...) » (pp.15-16). Mais parce qu'elle ne peut montrer que quelque chose qui fut et ne sera désormais plus jamais, la photographie met le regardeur face à ce qui est sans retour ; autrement dit l'idée de la mort. (Une mort que nous conjurons en recherchant les photographies les plus « vivantes »).
Ce qu'il y a d'étonnant dans ce texte entièrement parcouru par l'idée de la mort, c'est que le fond d'inquiétude funèbre qui l'imprègne ne se réduit peut-être pas à l'état subjectif d'un Roland Barthes encore endeuillé de la perte de sa mère. Il reste qu'il parvient à nous persuader (sinon convaincre) qu'il touche aussi à quelque chose d'universel.
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EveGenia
  03 août 2020
"La Chambre claire. Note sur la photographie" de Roland Barthes est un essai lyrique, genre dans lequel Barthes n'a pas d'égal. Spécialiste éminent de la sémiologie française, il développe ici ses thèmes de prédilection: la philosophie de la perception et l'émergence de l'intime.
Contrairement à Susan Sontag ou à Pierre Bourdieu, Barthes ne s'intéresse pas au phénomène sous son aspect sociologique ou anthropologique. Il est indifférent aux processus historiques. Ce qui est au centre de son attention est l'observation de sa propre réaction à un stimulus culturel.
Barthes distingue les effets de la photographie en tant qu'art sur le récepteur: ces effets peuvent se manifester dans un contexte historique et universel (Studium), lorsque la photo nous intéresse pour son arrière-plan culturel et social, ou dans le contexte d'associations personnelles, intimes (Punctum), lorsque certains détails de la photo trouvent leur concordance dans nos émotions, lorsqu'ils nous «blessent».
C'est le deuxième aspect de l'impact de la photographie que Barthes explore le plus. Car il met l'accent sur ce que j'appellerais la "valeur sentimentale" de la photo au détriment de sa valeur intellectuelle.
Roland Barthes est toujours resté fidèle à lu-même, son raisonnement était caractérisé par sa subtilité et son originalité. le lyrisme de son approche lui permettait d'éviter l'ennui du discours didactique d'un Sartre. "La Chambre claire. Note sur la photographie"est, tout comme"Fragments d'un discours amoureux », de l'excellente littérature qui n'entre pas dans le cadre étroit de l'essai journalistique. Dans le cas de Barthes, le discours est toujours aussi un « coeur nu ».
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Moob
  05 août 2014
Merci à Roland Barthes ! c'est dans la continuité de son livre "l'empire des signes"...
Il m'a fait comprendre ce qu'est la photo dans sa dimension naturelle, au de-là de la technique... c'est un état d'esprit, l'appareil n'étant que le prolongement de l'oeil... l'important étant d'apprendre à VOIR avant de manier l'objectif,
d'affirmer un REGARD qui se pose sur les choses banales de la vie, de ressentir un CADRAGE qui interroge ! creuser un sujet qui surprend ! guetter la LUMIÈRE, et bâtir une image profonde, bien à soi... celle qui est unique !
L'instinct se révèle être un décodeur visuel, la créativité un capteur de chaque instant, vivant une réelle transe photographique ! La photo "argentique" ou numérique ? c'est de l'apnée constante pour tous les sens...
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Medulla
  29 mars 2019
J'en suis à ma quatrième relecture de cet essai fondateur dans l'analyse de l'image photographique et chaque lecture me donne une vision nouvelle, intimiste autant qu'analytique de la prise de vue et de l'impact d'une image saisie, composée, posée.
En cette période de recouvrement d'images, des réseaux sociaux, des philtres, des selfies et de la mise en scène de soi (du moins de ce que l'on croit être soi) il me semble essentiel de relire Roland Barthes pour bien comprendre que " la photographie c'est l'avènement de moi-même comme autre : une dissociation retorse de la conscience d'identité".
J'ai eu beaucoup d'émotions en lisant les passages évoquant sa mère me rappelant la lecture du "Journal d'un deuil".
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Shadow86
  28 décembre 2011
À qui en a assez des livres universitaires soporifiques, lisez La Chambre claire! À travers une écriture simple, on découvre un Roland Barthes plus humain qu'intellectuel et on dévore ce livre qui n'est pourtant pas un roman.
Aujourd'hui je fais de la photo dans le cadre de mon travail et je me sers encore et toujours des écrits de Barthes. Il nous apprend à regarder un cliché autrement et lorsqu'on a compris, on ne voit plus jamais les images de la même façon. La Chambre Clair est pour moi le meilleur livre de Roland Barthes.
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
EpokheEpokhe   19 octobre 2012
L’ Histoire est hystérique : elle ne se constitue que si on la regarde – et pour la regarder, il faut en être exclu […] Le temps où ma mère a vécu avant moi, c’est ça, pour moi, l’Histoire (c’est d’ailleurs cette époque qui m’intéresse le plus historiquement). Aucune anamnèse ne pourra jamais me faire entrevoir ce temps à partir de moi-même (c’est la définition de l’anamnèse) – alors que, contemplant une photo où elle me serre, enfant, contre elle, je puis réveiller en moi la douceur froissée du crêpe de chine et le parfum de la poudre de riz.
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ZenobiaZenobia   01 avril 2018
« La photo de l’être disparu vient me toucher comme les rayons différés d’une étoile. Une sorte de lien ombilical relie le corps de la chose photographiée à mon regard : la lumière quoique impalpable est bien ici un milieu charnel, une peau que je partage avec celui ou celle qui a été photographié. Et si la photographie appartenait à un monde qui ait encore quelque sensibilité au mythe, on ne manquerait pas d’exulter devant la richesse du symbole : le corps aimé est immortalisé par la médiation d’un métal précieux, l’argent (monument et luxe) ; à quoi on ajouterait l’idée que ce métal, comme tous les métaux de l’Alchimie, est vivant. » Photographier veut dire littéralement écrie avec la lumière
Roland Barthes, La chambre claire
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ZenobiaZenobia   01 avril 2018
« La photo de l’être disparu vient me toucher comme les rayons différés d’une étoile. Une sorte de lien ombilical relie le corps de la chose photographiée à mon regard : la lumière quoique impalpable est bien ici un milieu charnel, une peau que je partage avec celui ou celle qui a été photographié. Et si la photographie appartenait à un monde qui ait encore quelque sensibilité au mythe, on ne manquerait pas d’exulter devant la richesse du symbole : le corps aimé est immortalisé par la médiation d’un métal précieux, l’argent (monument et luxe) ; à quoi on ajouterait l’idée que ce métal, comme tous les métaux de l’Alchimie, est vivant. » Photographier veut dire littéralement écrie avec la lumière
Roland Barthes, La chambre claire
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gauthiermylenegauthiermylene   24 mai 2018
Ce que la photographie reproduit à l'infini n'a eu lieu qu'une seule fois: elle répète mécaniquement ce qui ne pourra jamais plus se répéter existentiellement. En elle, l'événement ne se dépasse jamais vers autre chose: elle ramène toujours le corpus dont j'ai besoin au corps que je vois; elle est le Particulier absolu, la Contingence souveraine, mate et comme bête, le Tel (telle photo, et non la Photo), bref, la Tuché, l'Occasion, la Rencontre, le Réel, dans son expression infatigable. Pour désigner la réalité, le bouddhisme dit sunya, le vide; mais encore mieux: tathata, le fait d'être tel, d'être ainsi, d'être cela; tat veut dire en sanscrit cela et ferait penser au geste du petit enfant qui désigne quelque chose du doigt et dit: Ta, Da, Ça! Une photographie se trouve toujours au bout de ce geste; elle dit: ça, c'est ça, c'est tel! mais ne dit rien d'autre; une photo ne peut être transformée (dite) philosophiquement, elle est tout entière lestée de la contingence dont elle est l'enveloppe transparente et légère.
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ElGatoMaloElGatoMalo   30 août 2012
J'étais saisi à l'égard de la photographie d'un désir "ontologique" : je voulais à tout prix savoir ce qu'elle était "en soi", par quel trait essentiel elle se distinguait de la communauté des images.
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Vidéo de Roland Barthes
Le Japon charme autant les fans de mangas et de pop culture que les amateurs de jardins zen et de haïkus. Pour décrypter ce pays subtil, l'auteur Richard Collasse, chef d'entreprise résidant au Japon depuis près de cinquante ans, revient sur son "Dictionnaire amoureux du Japon" (Plon, 2021).
Passionné par le pays et le peuple japonais depuis son premier voyage en 1971, Richard Collasse leur a consacré sa vie. Diplômé de l'Ecole des langues orientales, il a gravit les échelons pour devenir président de Chanel Japon. Il y vit depuis bientôt cinquante ans, aux côtés de son épouse japonaise et de ses enfants. le premier conseil qu'il a reçu en arrivant au Japon c'est, comme il le rappelle : "regarde toi dans le miroir le matin, tu verras que tu as les yeux bleus et les cheveux blonds et que tu ne deviendras jamais japonais. En arrivant au Japon, il y a la tentation de la tatamisation, c'est-à-dire de devenir plus japonais qu'un japonais. L'assimilation n'est pas possible selon moi, mais la compréhension, oui."
Qui alors de mieux placé que lui pour livrer un Dictionnaire amoureux du Japon (Plon, 2021) ? Au fil de l'alphabet, il nous offre une déambulation dans le Japon d'hier et d'aujourd'hui, de la fondation de l'Etat japonais jusqu'à Haruki Murakami, en passant par Roland Barthes ou encore le cinéaste Ozu Yasujiro. On découvre les paysages de ce pays : les épiceries konbini de quartier, les cerisiers sakura qui fleurissent lors du hanami et les tsunamis qui peuvent secouer cette terre. Comme l'explique Richard Collasse : "Le Japon vit sur ce qu'on appelle le dos du poisson-chat qui se réveille souvent avec des tremblements de terre, des éruptions volcaniques, des tsunamis comme en 2011 et plus souvent des glissements de terrain. Ils ont dû apprendre à composer avec cette nature."
+ Lire la suite
>Arts>Photographes et photographie>Photographie et photographies (81)
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