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Critique de JIEMDE


JIEMDE
  23 octobre 2016
Quand Babelio (via Masse Critique) et Belin me proposent d'approfondir mon imparfaite connaissance du plus méconnu des Présidents de la Ve République, autant vous dire que je saute sur l'occasion avec un enthousiasme non dissimulé. Et, tout juste achevée, ma lecture de Georges Pompidou, Une certaine idée de la modernité s'est révélée extrêmement instructive.

D'abord parce qu'il est vrai que Georges Pompidou, par son caractère, par son décès prématuré mais surtout par la position qu'il occupe dans la succession des chefs d'État de la Ve, a probablement souffert d'un déficit de communication sur son parcours et son oeuvre politique, coincé entre ces deux monstres d'État que furent De Gaulle et Mitterrand (comme Giscard me direz-vous, sauf que ce dernier a eu la chance depuis maintenant 35 ans de s'occuper lui-même de son service après-vente...).

Ainsi, n'ayant été contemporain de Pompidou que dans mes jeunes années et ne conservant de lui que quelques images flash et forcément réductrices - Beaubourg bien sûr, Mai 68, Markovitch, Claude, la maladie... - c'est un véritable et salutaire cours de rattrapage de l'histoire politique française de l'après-guerre que Jean-Pierre Bat et Pascal Geneste m'ont donné à lire.

En 150 pages bien troussées, largement inspirées et documentées par le travail réalisé pour l'exposition Pompidou 1911-2011 l'année de son centenaire, les deux auteurs retracent de manière relativement classique l'ascension de ce jeune provincial, littéraire brillant, un brin désinvolte, ayant fui son parcours tracé d'enseignant normalien pour rejoindre son destin autrement plus exaltant de successeur du Général.

Mais au-delà de ce destin et de ce parcours, c'est la singularité de la personnalité de Georges Pompidou qui frappe à la lecture de cet ouvrage. Khâgneux un jour, khâgneux toujours, l'homme est un intellectuel, pragmatique et méthodique, avant d'être un politique. C'est là, à l'intérieur des appareils tout en y cultivant sa place à part, qu'il forgera sa légitimité. Celle de n'aspirer à rien, mais de savoir se rendre naturellement indispensable. Celle d'une fidélité absolue au Général, plus forte que leurs - rares - divergences, qui fut suffisamment démontrée pour qu'il postulat ensuite à sa succession sans pouvoir être accusé de trahison.

Et une fois au pouvoir, comme Premier ministre puis Président, place au visionnaire, celui qui voit contre son camp la sortie de crise (Grenelle), organise l'indispensable élargissement de l'Europe naissante ou aménage Paris en y laissant au passage une trace magistrale. Mais place également à l'homme d'État qui ne veut pas se couper du peuple, cultivant le contact avec ses racines régionales et rurales, et s'affichant à l'occasion en tenues décontractées, clope au bec.

Parti pris des auteurs, les faits rien que les faits, en passant rapidement sur la "petite" histoire (très peu de passages sur sa vie familiale, sur Claude et Alain, sur sa passion pour l'art contemporain, sur ses derniers jours...) et en ne portant quasiment aucun éclairage contradictoire sur ce pan d'histoire. C'est affiché donc respectable, mais ce complément aurait peut-être conféré un peu plus de chaleur et d'empathie au récit. de même, la passion de Georges Pompidou pour la littérature en général et la poésie en particulier, est brièvement évoquée dans ses années étudiantes pour ne resurgir que... dans les dernières lignes.

Georges Pompidou, Une certaine idée de la modernité reste un excellent livre pour qui, comme moi, voudrait en savoir davantage sur ce président que beaucoup connaissent un peu, mais que très peu connaissent beaucoup.
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