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EAN : 9782070326075
200 pages
Gallimard (22/11/1990)
3.86/5   44 notes
Résumé :
" La littérature est l'essentiel, ou n'est rien.
Le Mal - une forme aiguë du Mal - dont elle est l'expression, a pour nous, je le crois, la valeur souveraine. Mais cette conception ne commande pas l'absence de morale, elle exige une " hypermorale ". La littérature est communication. La communication commande la loyauté : la morale rigoureuse est donnée dans cette vue à partir de complicités dans la connaissance du Mal, qui fondent la communication intense.>Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique

On ne fait pas, dit-on, de la littérature avec des bons sentiments. Pour Bataille, il semble même nécessaire que la littérature se tourne vers le mal, qu'elle l'explore jusqu'au bout, qu'elle s'en saisisse. Il étudie alors quelques auteurs qui s'y sont frottés, qui s'y sont parfois, en mots ou en vie, vautrés, sans que ce soit pour dénoncer le mal ou pour en dire du mal en vue d'un plus grand bien. Deux exemples peut-être sortent du lot. Bien entendu, Bataille évoque Sade, qui détaille le mal parce qu'il l'aime, qui s'enfonce sans frémir ou en frémissant de joie dans des horreurs qui lassent le lecteur, le mettent mal à l'aise, le bousculent par leur monotonie. Il évoque aussi Genet, le malfrat écrivain, celui qui s'adonne au mal et qui l'écrit pour être souverain, pour échapper à l'ordinaire de la morale, pour devenir sacré. le mal en littérature, au fond, c'est le moment où les mots s'échappent du terre à terre pour se confronter au divin, pour vivre dans la page ce que des mots venus d'ailleurs interdisent, pour affirmer une liberté sans limite.

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Difficile de produire la critique d'un ouvrage de critique...Mais Bataille est tellement plus qu'un critique littéraire : on peut lire La littérature et le mal pour le seul "plaisir du texte". Cette édition Folio, outre qu'elle est facile d'accès, présente l'intérêt de réunir quatre sources différentes du manuscrit d'origine. On y trouve donc en notes des extraits de parutions antérieures supprimés par la suite ; en particulier la préface de J. Paulhan sur Les infortunes de la vertu, de D.A.F. de Sade ("Mais Sade avec ses glaciers et ses gouffres, et ses châteaux terrifiants...") ou le prière d'insérer de l'édition de 1957 ("Les hommes diffèrent des animaux en ce qu'ils observent des interdits, mais les interdits sont ambigus. Ils les observent mais il leur faut aussi les violer.") La littérature et le mal rassemble huit essais. Sept d'entre eux (Emily Brontë, Baudelaire, William Blake, Sade, Proust, Kafka, Genet) parurent initialement dans la revue Critique entre 1947 et 1957. Celui sur Michelet constituait la préface d'une édition de 1946 de la Sorcière. Rien de mieux que de laisser la parole à G. Bataille pour tenter la synthèse du recueil : "La transgression des interdits n'est pas leur ignorance : elle demande un courage résolu. le courage nécessaire à la transgression est pour l'homme un accomplissement. C'est en particulier l'accomplissement de la littérature..."

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Ouvrage de 1957 . A travers 8 études d'écrivains (Emily Brontë,Baudelaire, Michelet,William Blake,Sade,Proust,Kafka,Genet ) Bataille s'interroge sur la place du mal dans la création littéraire .Fascination , exaltation, rejet ces réactions nourrissent les grands écrivains car le problème du mal est central pour l'esprit humain et a fotiori sur ces focalisateurs que sont les artistes.

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Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
Genet, qui écrit, n'a ni le pouvoir ni l'intention de communiquer avec ses lecteurs. L'élaboration de son oeuvre a le sens d'une négation de ceux qui la lisent. Sartre l'a vu sans en tirer la conclusion : que dans ces conditions, cette oeuvre n'était pas tout à fait une oeuvre, mais un ersatz, à mi-chemin de cette communication majeure à laquelle prétend la littérature. La littérature est communication. Elle part d'un auteur souverain, par-delà les servitudes d'un lecteur isolé, elle s'adresse à l'humanité souveraine. S'il en est ainsi, l'auteur se nie lui-même, il nie sa particularité au profit de l'oeuvre, il nie en même temps la particularité des lecteurs, au profit de la lecture. La création littéraire - qui est telle dans la mesure où elle participe de la poésie - est cette opération souveraine, qui laisse subsister, comme un instant solidifié - ou comme une suite d'instants - la communication, détachée, en l'espèce de l'oeuvre, mais en même temps de la lecture.
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La communication, au sens où je voudrais l’entendre, n’est en effet jamais plus forte qu’au moment où la communication au sens faible, celle du langage profane (ou, comme dit Sartre, de la prose, qui nous rend à nous-mêmes — et qui rend le monde — apparemment péné­trables) s’avère vaine, et comme une équivalence de la nuit. Nous parlons de diverses façons pour convaincre et chercher l’accord ]. Nous voulons établir d’humbles vérités qui coordonnent à celles de nos semblables nos attitudes et notre activité. Cet incessant effort visant à nous situer dans le monde d’une manière claire et distincte serait apparemment impossible si nous n’étions d’abord liés par le sentiment de la subjectivité commune, impénétrable pour elle-même, à laquelle est impénétrable le monde des objets distincts. A tout prix, nous devons saisir l’opposition entre deux sortes de communications, mais la distinction est difficile : elles se con­fondent dans la mesure où l’accent n’est pas mis sur la communication forte. Sartre lui-même a laissé là-dessus une confusion : il a bien vu (il y insiste dans La Nausée) le caractère impé­nétrable des objets : en aucune mesure les objets ne communiquent avec nous. Mais il n’a pas situé de façon précise l’opposition de l’objet et du sujet. La subjectivité est claire à ses yeux, elle est ce qui est clair ! Il est d’une part enclin, me semble-t-il, à minimiser l’importance de cette intelligibilité des objets que nous apercevons dans les fins que nous leur donnons, et dans leur usage à ces fins. D’autre part, son attention ne s’est pas suffisamment portée sur ces moments d’une subjectivité qui, toujours et im­médiatement, nous est donnée dans la cons­cience des autres subjectivités, où la subjectivité justement apparaît inintelligible, relativement à l’intelligibilité des objets usuels et, plus généralement, du monde objectif. Cette apparence, il ne peut évidemment l’ignorer, mais il se détourne des moments où nous en avons éga­lement la nausée, parce que, dans l’instant où l’inintelligibilité nous apparait, elle présente à son tour un caractère insurmontable, un carac­tère de scandale. Ce qui est, en dernier lieu pour nous, est scandale, la conscience d’être est le scandale de la conscience, et nous ne pouvons
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Selon moi, le point faible de notre monde est généralement de tenir l'enfantillage pour une sphère à part, qui sans doute, en quelque sens, ne nous est pas étrangère, mais qui reste en dehors de nous, et ne saurait d'elle-même constituer, ni signifier sa vérité : ce qu'elle est vraiment. De même, en général, personne ne tient l'erreur pour constitutive du vrai... « C'est enfantin », ou « ce n'est pas sérieux » sont des propositions équivalentes. Mais enfantins, pour commencer, nous le sommes tous, absolument, sans réticences, et même il faut le dire, de la plus surprenante façon: c'est ainsi (par enfantillage) qu'à l'état naissant, l'humanité manifeste son essence. A proprement parler, jamais l'animal n'est enfantin, mais le jeune être humain ramène, lui, non sans passion, les sens que l'adulte lui suggère à quelque autre qui, lui-même, ne se laisse ramener à rien. Tel est le monde auquel nous adhérions et qui, les premières fois, jusqu'au délice, nous grisait de son innocence: où chaque chose, pour un temps, donnait congé à cette raison d'être qui la fit chose (dans l'engrenage de sens où l'adulte la suit). (p. 112)
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Même si l’un de nous n’est pas attentif à cette décence, qui pour la plupart a le sens du Bien, la mise à nu d’une partenaire excite en lui l’impulsion sexuelle : dès lors le Bien qu’est la décence est la raison qu’il a de faire le Mal : une première viola­tion de la règle l’incite par un effet de contagion à violer la règle davantage. Cet interdit auquel nous obéissons — du moins passivement — n’oppose qu’un léger obstacle à une volonté de Mal mineur qu’est éventuellement la mise à nu d’un autre ou d’une autre : dès lors le Bien qu’est la décence est juste­ment (ce que l’auteur de L’Etre et le Néant juge absurde) la raison même que nous avons de faire le Mal. Cet exemple ne peut être donné pour une exception et même, à l’encontre, il me semble qu’en général, la question du Bien et du Mal se débat sur ce thème fondamental, pour reprendre un nom que Sade lui donna, celui de l’irrégularité. Sade a bien vu que l’irrégularité était la base de l’excitation sexuelle. La loi (la règle) est bonne, elle est le Bien lui-même (le Bien, le moyen par lequel l’être assure sa durée), mais une valeur, le Mal, découle de la possibilité d’enfreindre la règle. L’infraction effraie — comme la mort ; elle attire néanmoins, comme si l’être ne tenait à la durée que par faiblesse, comme si l’exu­bérance appelait au contraire un mépris de la mort exigé dès que la règle est rompue. Ces principes sont liés à la vie humaine, ils sont à la base du Mal, à la base de l’héroïsme ou de la sainteté. Mais la pensée de Sartre en est la méconnaissance [46]. Pour une autre raison, ces principes tombent devant la démesure de Genet. Ils supposent en effet une mesure (une hypocrisie) que Genet refuse. L’attrait de l’irrégularité maintient celui de la règle. Mais dans la mesure où Armand le séduisit, Genet se priva de l’un et de l’autre : l’intérêt seul resta. L’argumentation de Sartre retrouve un sens devant cette avidité de forfait. La volonté de Genet n’est plus la volonté furtive du premier venu (du premier « pécheur » venu) qu’une irrégularité minime apaise : elle exige une négation généralisée des interdits, une recherche du Mal poursuivie sans limitation, jusqu’au moment où, toutes barrières brisées, nous parvenons à l’entière déchéance. Genet est dès lors dans l’inextricable difficulté que Sartre a bien vue : tout motif d’agir lui manque. L’attrait du péché est le sens de sa frénésie, mais s’il nie la légitimité de l’interdit, si le péché lui fait défaut ? S’il fait défaut, « le Méchant trahit le Mal » et « le Mal trahit le Méchant », un désir de néant qui ne voulut pas recevoir de limite est était la vaine agitation. Ce qui est vil est glorifié, mais le parti pris du Mal est devenu vain : ce qui se voulut Mal n’est plus qu’une sorte de Bien, et puisque son attrait tenait à son pouvoir d’anéantir, ce n’est plus rien dans l’anéantissement achevé. La méchanceté voulait « transformer le plus d’être possible en Néant. Mais comme son acte est réalisation, il se trouve en même temps que le Néant se métamor­phose en Etre et que la souveraineté du méchant se tourne en esclavage ». En d’autres mots, le Mal est devenu un devoir, ce qu’est le Bien. Un affaiblisse­ment illimité commence ; il ira du crime désintéressé au calcul le plus bas, au cynisme ouvert de la trahi­son. Nul interdit ne lui donne plus le sentiment de l’interdit et, dans l’insensibilité des nerfs qui le gagne, il achève de sombrer. Rien ne lui resterait s’il ne mentait, si un artifice littéraire ne lui per­mettait de faire valoir à d’autres yeux ce dont il a reconnu le mensonge. Dans l’horreur de n’être plus dupe, il glisse à ce dernier recours, duper autrui, afin de pouvoir, s’il se peut, se duper lui-même un instant.
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Révéler dans la liberté le Mal est à l’opposé d’une manière de penser conventionnelle, con­formiste, et si générale, que la contestation n’en est pas concevable. Sartre au premier chef niera que la liberté doive nécessairement être le Mal. Mais il donne à la « société de productivité » la valeur, avant d’en avoir reconnu la nature rela­tive : pourtant, cette valeur est relative à la consommation, essentiellement même à la consommation improductive, c’est-à-dire à la destruction. Si nous cherchons la cohérence de ces représentations, il apparaît vite que la liberté, même une fois réservés des rapports possibles avec le Bien, est, comme Blake le dit de Milton, « du côté du démon sans le savoir ». Le côté du Bien est celui de la soumission, de l’obéissance. La liberté est toujours une ouverture à la révolte, et le Bien est lié au caractère fermé de la règle. Sartre lui-même en arrive à parler du Mal en termes de liberté : ...« rien de ce qui est, dit-il , parlant à propos de Genet de l’« expérience du Mal », ne peut me définir ou me limiter ; cependant j’existe, je serai le souffle glacé qui anéantira toute vie. Donc je suis au-dessus de l’essence : je fais ce que je veux, je me fais ce je veux... ». En tout cas, nul ne peut aller — comme Sartre veut le faire apparemment — de la liberté à la conception traditionnelle du Bien conforme à l’utile .
Une seule voie mène du refus de la servitude à la libre limitation de l’humeur souveraine : cette voie que Sartre ignore est celle de la com­munication. C’est seulement si la liberté, la trans­gression des interdits et la consommation souveraine, sont envisagées dans la forme où elles sont données en fait que se révèlent les bases d’une morale à la mesure de ceux que la néces­sité n’incline pas entièrement et qui ne veulent pas renoncer à la plénitude entrevue.
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Videos de Georges Bataille (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Bataille
À propos du roman de Yannick Haenel, le Trésorier-payeur (Gallimard, septembre 2022) qui est lié à Georges Bataille : c'est en un sens une biographie imaginaire de Bataille en banquier anarchiste d'une succursale de la Banque de France. Une lecture romanesque déviante de la Part maudite.
>Biographie littéraire>Textes présentant des caractères particuliers>Thèmes, sujets particuliers (119)
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C'est mon quiz, mon Bataille, fallait pas qu'il s'en aille !

Ce qui est écrit est écrit, mais je ne comprendrai jamais pourquoi Georges en a fait toute une histoire :

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