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ISBN : 226400097X
Éditeur : Flammarion (07/10/2004)

Note moyenne : 3.68/5 (sur 143 notes)
Résumé :
Le verbe vivre n'est pas tellement bien vu puisque les mots viveur et faire la vie sont péjoratifs. Si l'on veut être moral, il vaut mieux éviter tout ce qui est vif, car choisir la vie au lieu de se contenter de rester en vie n'est que débauche et gaspillage. A son niveau le plus simple, le Bleu du ciel inverse cette morale prudente en décrivant un personnage qui se dépense jusqu'à toucher la mort à force de beuveries, de nuits blanches et de coucheries. Cette dépe... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
peloignon
  26 octobre 2013
Bataille, c'est l'obsession de l'érotisme et de la transgression dans un horizon de médiocrité, de petitesse et d'aigreur.
Comme il l'écrivait dans l'avant-propos à L'expérience intérieure :
« N'importe qui, sournoisement, voulant éviter de souffrir se confond avec le tout de l'univers, juge de chaque chose comme s'il l'était, de la même façon qu'il imagine au fond, ne jamais mourir. Ces illusions nuageuses, nous les recevons avec la vie comme un narcotique nécessaire à la supporter. Mais qu'en est-il de nous quand, désintoxiqués, nous apprenons ce que nous sommes? Perdus entre des bavards, dans une nuit où nous ne pouvons que haïr l'apparence de lumière qui vient des bavardages. »(10)
Cet état d'existence qu'il explore de manière qui paraît si authentique qu'il sera compris comme un malade nécessitant des soins par Breton (qui en a pourtant vu d'autres), voilà qu'il l'expose ici par le biais d'un roman au titre on ne peut plus trompeur.
Le titre est en effet l'antithèse du contenu de la trame principale du roman, consacrée à la noirceur la plus plate et déchéante qui soit.
Lorsque quelque chose comme un « ciel bleu » apparaît tout de même, c'est par le biais de personnages secondaires féminins qui croisent la route du personnage principal et à chaque fois, c'est pour être contaminé, sali, rabaissé et finalement rejeté à l'extérieur des possibilités actualisées par le personnage principal.
Manifestement, pour Bataille, la femme comporte quelque chose de beau, de bien, de saint qui doit être rabaissé, traîné dans la boue, maltraité. Chacune des femmes qui croise sa route est détentrice d'une qualité (beauté physique pour Dorothée (surnommée Dirty dans le roman)), empathie pour Xénie (nom qui évoque l'étranger, l'extérieur), implication politique idéaliste pour Lazare (qui ne ressuscite pas d'ailleurs) que le personnage s'ingénie à entraîner dans son désarrois vers quelques mauvais quarts d'heures de mal être profond.
Rien ne résume mieux le contenu du roman que la citation suivante :
« Un soir, à la lumière du gaz, j'avais levé mon pupitre devant moi. Personne ne pouvait me voir. J'avais saisi mon porte-plume, le tenant, dans le poing droit fermé, comme un couteau, je me donnai de grands coups de plume d'acier sur le dos de la main gauche et sur l'avant-bras. Pour voir... Pour voir, et encore : Je voulais m'endurcir contre la douleur. Je m'étais fait un certain nombre de blessures sales, moins rouges que noirâtres (à cause de l'encre). Ces petites blessures avaient la forme d'un croissant, qui avait en coupe la forme de la plume. »(149)
Ces méchants chapitres défilent en effet comme de petits coups sournois sur l'âme bonne, sur l'esprit serein, sur l'existence saine, pour en faire gicler le sang en le maculant d'encre noire et sale.
Bref, ce roman sans âme, souillé, rance, où la déchéance est si complète et dénuée de grandeur qu'elle en devient franchement ennuyante saura à coup sur affecter la bonne humeur la plus radieuse et ne décevra certainement pas son lecteur averti.
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GuillaumeTM
  21 novembre 2013
« Le bleu du ciel », écrit en 1935 mais publié dans son intégralité qu'en 1957, est un récit assez étrange parce qu'il n'y a pas de réelle évolution de la narration entre le début et le dénouement de l'histoire. On est très loin, ici, d'autres de ses oeuvres obscènes tel que « Histoire de l'oeil ».
On pourrait penser justement, en lisant l'introduction, que l'auteur succomberait encore une fois à ses vieux démons d'écriture, lors de cette soirée d'ivresse dans la chambre d'un bouge des plus crasseux d'un quartier de Londres, entre le narrateur Troppmann et sa femme surnommée Dirty.
Puis arrive la première partie et l'intrigue se resserre uniquement sur Troppmann à Paris et de sa rencontre avec Lazare, une femme pour laquelle il ne ressent aucune attirance aux premiers abords mais avec qui va finalement se nouer une amitié si l'on peut dire. Enfin, Il rencontrera, lors d'un dîner, Xénie. Son dégoût de lui-même ainsi que son instinct bilieux le mèneront jusqu'à Barcelone, en pleine guerre civile, là où sa femme le rejoindra dans un état aussi misérable que lui. Étrangers en partie de ce qui approche à grand pas, l'horreur de la seconde guerre mondiale, mais sous la nécessité de subir ses aléas, ils voguent de-ci de-là sur un torrent d'amertume et de douleur d'où ils se sortiront par la seule force de leur courage à vivre malgré tout.
On peut s'apercevoir que chaque protagoniste possède son lieu, son décor de prédilection : pour Troppmann et Xénie il s'agit de Paris, pour Dirty c'est toujours à l'étranger que ce soit Londres ou l'Allemagne et Barcelone pour Lazare.
L'un des meilleurs romans de Georges Bataille, et on comprend également pourquoi le cinéaste Jean Eustache s'en est inspiré en filigrane dans son film fleuve "La maman et la putain" car la mort, la terre et la cendre y sont présents à chaque page.
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brigittelascombe
  27 juillet 2011
J'avoue ne pas avoir vraiment aimé ce livre écrit en 1934 ( en Espagne au moment des prémices de la guerre d'Espagne et de la deuxième guerre mondiale) et au sadisme omni-présent.
Le bleu du ciel relate la fuite d'un homme déchiré Tropmann, en quête d'identité à travers l'Europe
Un bleu chargé des lourds nuages noirs de la mort, de la maladie,de l'exhibitionisme et de la nécrophilie.
Tropmann va être, tour à tour, attiré par trois femmes et va osciller entre ses pulsions érotiques, sa perversion et ses pulsions de mort. En parrallèle, émerge le conflit du monde.
Tout d'abord un bordel de Londres: il croise Dirty (Dorothéa) qui prend son pied face aux représentations cadavériques et se laisse planter une fourchette dans la cuisse. Tropmann qui trompe sa femme Edith, se retrouve impuissant.
Puis, c'est Vienne.Paris.Il rencontre Lazare "oiseau de malheur"hideuse de haine.
Enfin, la gentille Xénie qui lui servira de garde malade lorsqu'il se noiera dans l'alcool et que son "existence" s'effritera "comme une matière pourrie.
Qui choisira t il, alors qu'à Francfort-sur-le-Main, la jeunesse hitlérienne monte "vers les temps nouveaux"?
Dur à lire! Surtout lorsque la mort est jouissive et que "la terre sous ce corps était ouverte comme une tombe, son ventre s'ouvrit à moi comme une tombe fraiche."
Mais bon, il en faut pour tous les gouts!
Une écriture douloureuse issue sans doute d'une enfance entre un père paralysé aveugle et une mère dépressive, à moins que ce ne soit de la vie dissolue entre sexe, jeu et beuveries dont Georges Bataille était friand ou tout simplement d'une psychopathologie sous-jacente.
Les thèmes de l'angoisse,la mort,les femmes,la recherche des limites,la provocation,l'interdit,la jouissance,encore et toujours.
Idem pour les autres oeuvres de Georges Bataille qui pourraient s'apparenter à Sade et au Procés de Gilles de Rais.
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Entournantlespages
  13 octobre 2015
Si je trouvais Les carnets du sous-sol de Dostoevski assez spécial dans le genre, je ne sais que dire pour ce livre-ci. Car si l'auteur y apporte des références, il va beaucoup plus loin pour ce qui est des fantasmes glauques de son personnage principal. Ce livre conte l'histoire de Jean qui erre entre France et Espagne (lors de la guerre civile) entouré de Dirty, Xénie et Lazare, trois femmes très différentes qui vivent à peu près les mêmes déchéances que le narrateur.
Car cet homme ne sait que faire pour s'élever parmi les siens. Il n'ose s'attacher à quiconque par peur, voire lâcheté, et à ces moments-là du récit, je n'ai pu que détester ce personnage qui n'essaye même pas de se battre, qui se flagelle en n'essayant nullement d'évoluer. En plus de cela, il s'adonne à des fantasmes assez spéciaux, dû en partie à son grand intérêt des cadavres et des travers humains.
Les trois femmes vont lui apporter chacune des choses différentes. Lazare le met hors de lui, il n'arrive pas forcément à la cerner et se sent toujours inférieur face à elle, même s'il essaye toujours de la représenter uniquement par sa laideur pour avoir quelque ascendant. Dirty qui se complaît dans ce style de vie et qui s'adonne à certains penchants communs avec Jean. J'ai eu l'impression qu'elle avait plus le contrôle d'elle-même que notre personnage, qu'elle était maître de sa vie. Et enfin Xénie, la gentille fille qui essaye d'aider Jean. On se demande pourquoi elle se retrouve mêlée à cette histoire sordide, moi qui l'est vu comme l'agneau blanc réuni avec les loups. Mais elle apporte une certaine douceur et un petit espoir pour Jean et toute cette vie dévastatrice.
Donc, malgré toute cette atmosphère poreuse et noire, cette fin sans grand espoir, j'ai réussi à être captivée par ce récit. Les pensées parfois floues, parfois glauques de ce personnages m'ont intéressé, j'ai eu envie de le connaître davantage pour en comprendre toute sa psychologie (ce que j'aurais aimé si ça fait été encore plus approfondi). Ce livre a su se montrer intriguant, et le sera pour ceux qui aiment ce genre (littéraire ou autre). À ne pas laisser cet ouvrage entre toutes les mains. Mais si j'ai apprécié ce livre, je recommande largement Les carnets du sous-sol, référant du genre !
Lien : http://entournantlespages.bl..
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chartel
  26 juillet 2017
Ecrit en 1935, mais paru en 1957, le Bleu du Ciel annonce la Seconde Guerre mondiale qui ébranlera encore une fois toute l'Europe. On suit le narrateur, Henry Troppman, dans ses pérégrinations à travers l'Europe et ses désirs morbides, ses souffrances nauséeuses. Des bouges de Londres aux cabarets de Paris, des insurrections communistes de Barcelone aux défilés nazis de l'Allemagne, ce roman est un long cauchemar parsemé de quelques lueurs d'espoir. Henry Troppman annonce le Meursault de Camus ou le Corentin de Sartre, des êtres un peu perdus face à l'absurdité du monde, dégoûtés par les horreurs de la réalité. Mais plus qu'un simple regard lucide et froid sur notre condition, le personnage de Bataille fusionne les pulsions de mort et de vie, allie Éros et Thanatos.
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
peloignonpeloignon   23 octobre 2013
Un soir, à la lumière du gaz, j'avais levé mon pupitre devant moi. Personne ne pouvait me voir. J'avais saisi mon porte-plume, le tenant, dans le poing droit fermé, comme un couteau, je me donnai de grands coups de plume d'acier sur le dos de la main gauche et sur l'avant-bras. Pour voir... Pour voir, et encore : Je voulais m'endurcir contre la douleur. Je m'étais fait un certain nombre de blessures sales, moins rouges que noirâtres (à cause de l'encre). Ces petites blessures avaient la forme d'un croissant, qui avait en coupe la forme de la plume.
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mandarine43mandarine43   28 juillet 2011
[ Incipit ]

Dans un bouge de quartier de Londres, dans un lieu hétéroclite des plus sales, au sous-sol, Dirty était ivre. Elle l'était au dernier degré, j'étais près d'elle (ma main avait encore un pansement, suite d'une blessure de verre cassé). Ce jour-là, Dirty avait une robe du soir somptueuse (mais j'étais mal rasé, les cheveux en désordre). Elle étirait ses longues jambes, entrée dans une convulsion violente. Le bouge était plein d'hommes dont les yeux devenaient très sinistres. Ces yeux d'hommes troublés faisaient penser à des cigares éteints. Dirty étreignait ses cuisses nues à deux mains. Elle gémissait en mordant un rideau sale. Elle était aussi saoule qu'elle était belle : elle roulait des yeux ronds et furibonds en fixant la lumière du gaz.
- Qu'y a-t-il ? cria-t-elle.
En même temps. elle sursauta, semblable à un canon qui tire dans un nuage de poussière. Les yeux sortis, comme un épouvantail, elle eut un flot de larmes.
- Troppmann ! cria-t-elle à nouveau.
Elle me regardait en ouvrant des yeux de plus en plus grands. De ses longues mains sales elle caressa ma tête de blessé. Mon front était humide de fièvre. Elle pleurait comme on vomit, avec une folle supplication. Sa chevelure, tant elle sanglotait, fut trempée de larmes.
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UnityUnity   16 janvier 2013
- Pourquoi m'embrasses-tu la main ? Tu le sais bien, je suis ignoble au fond.
J'aurais pleuré à l'idée qu'il ne pouvait rien. Je ne pouvais rien surmonter.
Elle me répondit simplement :
- Je le sais. Tout le monde sait que vous avez une vie sexuelle anormale. Moi, j'ai pensé que vous étiez surtout très malheureux. Je suis très sotte, très rieuse. Je n'ai que des bêtises dans la tête, mais depuis que je vous connais, et que j'ai entendu parler de vos habitudes, j'ai pensé que les gens qui ont des habitudes ignobles... comme vous... c'est probablement qu'ils souffrent.
Je lui ai dit, que, pour moi tout devenait irréel : je n'étais peut-être pas ignoble - à tout prendre - mais j'étais un homme perdu.
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UnityUnity   08 février 2013
A cette marée montante du meurtre, beaucoup plus acide que la vie (parce que la vie n’est pas aussi lumineuse de sang que la mort), il serait impossible d’opposer plus que des vétilles, les supplications comiques de vieilles dames. Toutes choses n’étaient-elles pas destinées à l’embrasement, flammes et tonnerre mêlés, aussi pâles que le souffre allumé, qui prend à la gorge. Une hilarité me tournait la tête : j’avais, à me découvrir en face de cette catastrophe une ironie noire, celle qui accompagne les spasmes dans les moments où personne ne peut se tenir de crier.
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UnityUnity   08 janvier 2013
Je traînais pas déchéance et mon hébétude dans des endroits détestables. Tout était faux, jusqu'à ma souffrance. J'ai commencé à pleurer tant que je pus : mes sanglots n'avaient ni queue ni tête.
Le vide continuait. Un idiot qui s'alcoolise et qui pleure, je devenais cela risiblement. Pour échapper au sentiment d'être un déchet oublié le seul remède était de boire alcool sur alcool. J'avais l'espoir de venir à bout de ma santé, peut-être même au bout d'une vie sans raison d'être. J'imaginais que l'alcool me tuerait mais je n'avais pas d'idée précise. Je continuerai peut-être à boire, alors je mourrais ; ou je ne boirai plus... Pour l'instant, rien n'avait d'importance.
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Videos de Georges Bataille (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Bataille
Conférence de Candy Hoffmann "Sacré maléfique et littérature chez Georges Bataille", dans le cadre de "Rencontres ATOPOS", cycle de conférences du département de littérature comparée de l'Université de Montréal
Depuis septembre 2009, Candy Hoffmann fait un doctorat en littératures de langue française en cotutelle entre l'Université Paris IV-Sorbonne et l'Université de Montréal. Son sujet de thèse porte sur le "sacré noir" chez Georges Bataille et Hubert Aquin. Ses directeurs de recherche sont Jean-François Louette et Gilles Dupuis.
Atopos est l'« inclassable, d'une originalité sans cesse imprévue », nous dit Barthes. «L'attitude atopique renvoie à une attitude qui, privant les lieux de leur qualité de "topos", de leurs limites, bouscule la géométrie, voire l'organisation de la cité », définit cette fois l'écrivain Takis Théodoropoulos. Les Rencontres Atopos, discussions entre un(e) conférencier(ière) étudiant(e), les étudiants et les professeurs du département, ont pour but de susciter une réflexion, chez les étudiants préparant un mémoire ou une thèse en littérature comparée, sur la rencontre entre l'objet d'étude, avec lequel on entretient une relation de lecture unique, inclassable, et son propre processus d'écriture, donnant forme à cette relation atopique. La méthode que l'on se donne devient dès lors, précisément, cet atopos, rapport sans lieu préalablement défini, ébranlant la géométrie existante de la méthode. La littérature comparée se distinguant elle-même, comme discipline, par ce rapport méthodologique original, nous vous invitons à un échange entre chacune de vos démarches intellectuelles imprévisibles.
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