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EAN : 9782246738114
217 pages
Grasset (27/08/2008)
2.9/5   21 notes
Résumé :
Quelques semaines avant sa mort, à Florence, Machiavel est surpris par la peste. La ville est comme son tombeau. Derrière les palissades, on vit dans la peur, on abandonne ses enfants, on vole du pain gris, on se lave au vinaigre. En quelques heures, l’humanité s’effondre. Sur les bords du fleuve, un prophète réclame des bûchers. Une sorcière tombe en transe. Etrange enfer que cette ville somptueuse, encerclée par les soldats, où se multiplient les meurtres et les v... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
J'ai choisi ce livre un peu au hasard ou plus exactement sur la présence dans le titre de Machiavel, cet homme qui donna son nom à toute idée de manipulation, de perfidie voire de torture et dont le visage sur le buste découvert dans un musée à Florence, reflétait, je trouve, ses turpitudes.

1527 - Machiavel est au soir de sa vie et a fui Florence pour échapper à la peste. Il arrive dans une ville de Toscane dont on ne connaît pas le nom mais où l'épidémie fait des ravages. Il va déambuler pendant plusieurs jours, faire des rencontres (mais surtout voir des cadavres) et être amené à se pencher sur ce qu'il représente pour les autres (son visage étant reconnaissable) mais aussi va se découvrir bon samaritain en sauvant la vie à une jeune fille accusée de sorcellerie et assister une autre dans ses derniers instants.

Quel esprit torturé ce Machiavel. L'auteur en fait le principal narrateur mais par quelques interventions, Christophe Bataille explique également sa démarche :

"Je prends Machiavel à ses mots. Je le prends au temps et à sa légende. J'en fais un homme. Je me sens libre comme Racine écrivant l'Enéide. Voilà en peu de mots tout le sujet de cette tragédie : j'écris un roman sur la peur, la maladie, les rêves, le néant, un roman sur la pauvre science et la glorieuse astrologie ; ou bien, après tout est-ce un roman sur la nuit, sur la marche, sur les poules noires et ce diable de vinaigre. (p141)"

Face à la peste, Machiavel comprend que malgré sa réputation, sa richesse (il a sur lui des diamants) il se retrouve démuni, impuissant, faible et même en danger car certains veulent se venger des conseils qu'il a suggérés aux puissants (en tirant un bénéfice bien sûr de ceux-ci), basculant dans le camp des faibles, des craintifs, de ceux qu'ils terrifiaient autrefois. Ici celle qui gouverne est désormais la Peste. Elle abolit fortune et pouvoir. Alors il erre avec le vinaigre comme seul bouclier et va vivre chaque moment comme le dernier.

Je ne sais pas si c'est le fait d'un énième récit sur une épidémie ces derniers temps (ce roman date de 2008) mais j'ai eu beaucoup de difficultés à aller au bout de ce roman, ayant même eu envie à plusieurs reprises de l'abandonner sans trop savoir d'ailleurs pourquoi. le fond m'intéressait, l'histoire aussi mais il y avait quelque chose dans la narration qui me gênait.

Pour moi, cela tourne un peu en rond, Machiavel par ci, Machiavel par là (répétition du nom x fois alors que le "je" aurait peut-être allégé la narration), vinaigre à profusion et j'ai trouvé le temps long, parfois figé et n'ai pas du tout compati au sort de cet homme. Rencontres féminines, débauche avec de très jeunes filles, idées malsaines etc.... sont prétextes parfois à des scènes scabreuses.

En fin de récit, l'auteur justifie sa démarche, en expliquant qu'il a voulu démontrer que toute personne à une part d'humanité lorsqu'elle se trouve confronter au désastre, à des scènes de mort, d'horreur et d'impuissance ou sentant sa mort prochaine. Machiavel vit un cauchemar et rêve et là est également le problème car on se perd parfois, souvent, ne sachant plus dans quel univers on se situe : rêve ou réalité. L'écriture est sèche (peut-être comme l'était le personnage) faite souvent de courtes phrases et sans émotion. Intéressant mais déroutant.

Une lecture machiavélique finalement !....
Lien : https://mumudanslebocage.wor..
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Un étonnant questionnement du rôle de l'intellect en temps de crise absolue...

Publié en 2008, ce septième roman de Christophe Bataille était le premier que je lisais. Court (215 pages) mais dense, il nous emmène aux côtés d'un étonnant Nicolas Machiavel vieillissant, fuyant l'épidémie de peste qui dévaste Florence pour se retrouver malgré tout enfermé dans une petite cité toscane des environs, où se déchaînent les peurs, les horreurs et les passions avec la mort qui approche... et où Machiavel lui-même, conseiller des princes, en viendra à douter de lui-même dans une ambiance en effet largement onirique.

« Il n'y a pas de Renaissance, il n'y a pas de temps anciens mais il y a dit-on des images secrètes. Il y a sainte Agathe, les seins tranchés par le vitrail. Il y a l'aubépine en son tablier pourpre. Il y a les enfants d'autrefois qui marchent, le placenta séché autour du cou. Il y a le sang des oiseaux qui mousse sur ton ventre glabre. Il y a cette tête d'âne fichée sur un corps d'homme. On dit que ce crâne, c'est le monde. Et l'homme, est-ce moi ? Ou est-ce Machiavel qui fuit la peste ? Alors voici : je raconte un homme dans le déchirement, il paraît que c'était il y a des siècles, que cet homme a vécu, qu'il n'y a plus de peste, que tout change, or j'invente très peu, je porte le regard au coeur de ce qui est. »

« Ces pierres taillées sont tout son trésor. Avec ça, il peut acheter une ville, du pain, des bougies, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de récoltes, plus de bras, plus d'air, plus de feu. Mais rien dans sa paume ne peut lui obtenir un regard ou un geste humain. Il a donc fallu ce long chemin. Il a fallu les voyages, l'exil, la peur, il a fallu les livres, la gloire, les femmes, la bizarre course du temps pour qu'il ne reste rien du grand esprit, rien de la gloire, rien de l'expérience. Il a fallu que Machaivel soit vieux et sage pour qu'il rêve d'être courageux, vif, fuyant de nuit vers Menton puis Aix. »

Brodant à loisir sur un épisode relaté brièvement par Machiavel lui-même, et extrapolant sur l'interprétation qu'en fit jadis Jules Michelet, Christophe Bataille nous livre ici une étonnante machine, puissante et robuste, paradoxalement bien peu politique, à propos de l'auteur du « Prince », mais pleine d'une réflexion sauvage sur l'humanité en temps de crise – et sur le rôle ou l'absence de rôle de l'intellect en la matière...
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Le rêve de Machiavel est plutôt un cauchemar. En l'année 1527, une épidémie de peste se déclare en Toscane. Machiavel fuit Florence et se réfugie dans une ville sans nom où il est autorisé à entrer après un minutieux examen de son corps par des gardes de faction aux portes de la ville pour écarter tout signe apparent de la maladie. Les 200 pages du livre sont un enchaînement d'angoisses, de délires, de visions apocalyptiques de morts dévorés par des rats, de bûchers. Dans le dédale
des ruelles pourries par les cadavres, Machiavel, qui voulait passer incognito, est reconnu et même accusé d'être à l'origine de l'épidémie.
Il est à la fin de sa vie et a perdu de sa superbe, il n'est plus qu'un prince déchu. Ironie du sort, il décède cette même année 1527 non pas de la peste mais ....d'une péritonite.
Cet ouvrage est effrayant mais il a quelque chose d'envoûtant. Heureusement il est assez court.
J'ai lu ce livre à l'heure de l'épidémie de COVID 19 qui sévit en Europe et partout ailleurs dans le monde semant l'angoisse, la méfiance ou la défiance, le désarroi et la mort partout autant que le peste jadis. Pour information le bacille de la peste a été découvert par Alexandre Yersin en 1894. Dans la foulée, il a mis au point un sérum anti-pesteux. Actuellement des cas de peste se manifestent encore çà et là dans le monde. Les antibiotiques sont le meilleur remède à la maladie. Gardons espoir, le monde vaincra la COVID.
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Imaginant une continuation du dernier écrit sorti de la plume de Machiavel, La description de la peste de Florence de 1527, Christophe Bataille nous livre ici un vrai roman poétique, dans lequel l'abject (la peste) et le noble (l'amour) se complètent et se mélangent en même temps.
Machiavel, ce héros déchu de la Renaissance se trouve toujours entre deux idylles : une terrifiante avec la peste (les promenades parmi les morts, la description en détail des de la maladie), et une romantique avec Violetta (le seul personnage féminin du roman pour lequel l'insensible Machiavel éprouve de l'amour).
La différence entre ces deux idylles, ou mieux dit pulsions, est visible, en dehors de la narration, même au niveau linguistique, ou d'un côté nous avons le lexique de l'horreur et de l'autre côté le lexique de l'amour. Tout ceci n'a pour rôle que de montrer aux lecteurs un Nicolas Machiavel purement humain, qui se trouve dans un monde apocalyptique : devant la Mort, sans pouvoir et sans diamants et surtout sans l'image du génie politique que plus personne ne reconnaît à l'heure de la peste.
La structure fragmentaire du récit et les rimes qui se trouvent dans beaucoup de paragraphes (narratifs ou descriptifs) m'ont donné la sensation de lire, à la première vue, un poème gouverné par Éros et Thanatos dans un monde où le rêve et la réalité sont des éléments indissociables.
J'estime que ce roman démontre une complexité particulière qui provoque la lecture et la relecture en fonction de différents seuils d'interprétation : linguistique, symbolique, poétique et même politique.
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Drôle d'objet littéraire ! C'est un roman qui procède du renversement : Machiavel, dont la réputation le devance dans tout le pays, se retrouve prisonnier dans une ville de Toscane dans laquelle la peste provoque l'apocalypse. le notable se retrouve à lutter pour sa survie parmi les gens du peuple. L'or et le diamant n'ont plus cours. Les enfants meurent dans la rue. Machiavel qui conseillait les princes jusqu'à la torture et au crime, trouve dans l'amour la dernière consolation au triomphe de la mort absurde et gratuite.
L'écriture procède par ellipse et par des fulgurances poétiques. C'est le livre des rencontre d'opposés irréconciliables : horreur et beauté, histoire et poésie, réalisme et imaginaire, mort et amour. Un livre qui nous arrache de notre époque technoscientifique et superficielle que nous appréhendons à travers nos écrans pour nous rappeler avec urgence que la vie est bien plus que cela.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
La peur de dormir, la peur de se réveiller, la peur de l’eau qu’on boit ou qu’on ne boit pas, la peur de l’air vagabond, la peur des vêtements qu’on porte, la peur de manger. La peur de sortir. La peur de rester seul. La peur de croiser une femme. La peur de l’aimer. La peur de la peur. La peur, ce mot flottant et court, rêche, innommable. C’est le retour aux crânes.
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J’ai choisi de donner vie au rêve de Michelet. « Ailleurs, sur les degrés de marbre de la grande chapelle, Machiavel trouve sous de longs vêtements une admirable veuve. Suit la description laborieuse, mythologique, de cette divinité. Cupidon, Vénus, les Hespérides, ne réchauffent pas tout cela. Moins froid le marbre funéraire où siège cette idole de mort. » (p212)
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Il pense aux princes retranchés dans leurs palais, eux aussi tremblants, maîtres de leurs barriques de vinaigre avec quoi ils frottent leurs corps, leurs femmes, le sol, les viandes. On comptera bientôt les morts à Florence : par superstition, on s'arrêtera à trente mille. Au delà, c'est l'infini. C'est le démon.
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Mon livre (…) est une guerre à Machiavel et au néant. Je libère Machiavel de son nom. Vous me direz : tu l’humanises, ce salaud. Avec toi il hésite, il échoue, il a peur, il tremble, il aime… Belle marionnette dans la mort. Joli cobaye qui court dans son bocal de peste sans savoir s’il va vivre.
Or je ne l’humanise pas. Je l’arrache à sa légende où il n’y a rien sauf la haine de la pensée par le grand nombre. Que veut notre époque ? La fin des livres et des pensées. Que veut notre époque ? Des morts, et un tombereau d’images et de larmes pour les fêter. (p212)
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Il faut donc vivre ici, où tout est renversé. Machiavel sourit dans la nuit : oui, la raison divise. Et le mal unifie. Dans la maladie, il n’y a plus qu’un seul monde. (p124)
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Videos de Christophe Bataille (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Christophe Bataille
L'éditeur et romancier Christophe Bataille publie "La brûlure" chez Grasset. Ce roman raconte la vie d'un élagueur d'arbres soudain attaqué par des centaines de frelons asiatiques. 
Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/
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