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Éditeur : Mosquito (01/01/2002)

Note moyenne : 4.29/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Les contes existent pour être transmis. S'il est donc licite de les transposer, encore faut-il ne les point trahir. Chez Maupassant, un style concis, époustouflant de précision, dissèque l'âme humaine jusqu'au tréfonds, dans ses faiblesses insignes et ses surprenants courages, la guerre de 1870 en toile de fond. Battaglia prolonge miraculeusement ces universelles oppositions entre ombres et lumières, ses gris récurrents habillant de fatalité officiers brutaux, putai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Alzie
  20 janvier 2015
Un album que j'aime particulièrement, sans doute pour des raisons d'ordre esthétique mais pas uniquement. Il est toujours possible d'imaginer une autre adaptation pour ces contes et nouvelles De Maupassant. On a ici une splendide création graphique où la transposition par le dessin de Dino Battaglia s'accorde complètement au style et à la substance écrite de ces oeuvres courtes de Maupassant. Fidélité recréatrice, qui respecte les textes originaux et restitue toute la folie hallucinée de ces huit récits de guerre de Maupassant, presque au-delà de ce que l'imagination peut suggérer.
Le contexte commun aux huit récits est la guerre de 1870 et le siège de Paris. L'invasion prussienne qui suit le désastre de Sedan, les désordres de la capitale et de la province leur servent de toile de fonds. Tout se cristallise entre l'occupant et l'occupé ; Battaglia retient des séquences de beuveries, de lâcheté ou de bravoure, de cruauté ; putains héroïques, patriotes désabusés, paysans madrés surgissent sous son trait expressif. Sa très grande liberté de composition et de mise en page trouve un écho retentissant avec les textes de Maupassant : alternance d'ellipses ou de raccourcis spectaculaires renforçant les effets de stupeur ou de saisissement comme dans "Mademoiselle Fifi"- (parue dans le Gil-Blas du 23 mars 1882), ou "Deux amis" (Gil-Blas du 5 février 1883), ou encore "Le Père Milon" (Le Gaulois du 22 mai 1883) et donnent à la lecture de ces histoires, même les plus brèves, un rythme et une intensité d'ensemble très forts. le dessin conserve un certain classicisme mais il est vif, incisif, à hauteur de l'écriture ; il saisit souvent les personnages, leurs visages ou leurs regards, en plan serrés ; l'angle retenu est plus ample pour les bourgs et les paysages de la campagne normande.
Le dessin qui offre de très beaux effets de contraste et use de bien des finesses dans l'utilisation de dégradés du gris. Il jaillit parfois au milieu d'immenses réserves blanches où s'enfoncent les uniformes noirs et les casques à pointes des vainqueurs, dont l'envie de déserter est au moins équivalente à celle de fanfaronner de la soldatesque française ("L'aventure de Walter Schnaffs" - "Le Gaulois du 11 avril 1883"). Un supplément de couleurs (apporté par Laura Battaglia) en touches légères, éparses, d'une gamme très atténuée, pastel, a été retenu pour "Boule de Suif" (Les Soirées de Médan, 1880) et quelques flamboiements sont réservés à "La Mère Sauvage" (Le Gaulois du 3 mars 1884).
L'atmosphère est parfaitement rendue. Certain aspect granuleux du rendu visuel fait penser à la lithographie, il y a comme un savant mélange de précision graphique et de flou hautement artistique, d'opacité parfois. La guerre répand entre les pages son lot banal de détonations meurtrières et de silences, de violences, de brutalités et d'horreurs qui s'infiltrent aussi entre l'alcool et le jambon ("Saint-Antoine" Gil-Blas du 3 avril 1883) car le ridicule et la farce sont tout aussi bien captés ("Un coup d'état" - Clair de Lune en 1884).
En BD, comme pour toutes les autres lectures, chacun se repère dans sa géographie intime délimitée par des territoires de prédilections et d'aventures secrètes. Tout cela finit souvent par former un petit panthéon bien à soi. Cet album de 2002, mais publié dans la revue italienne Linus en 1976-1977, figure en bonne place dans le mien, tant le plaisir de le relire est grand à chaque fois. L'écriture de Maupassant, maître de la nouvelle, magnifiée par un dessinateur au talent immense qui s'est illustré dans de nombreuses autres adaptations littéraires. Comme autrefois des graveurs interprétaient les peintres, les dessinateurs s'emparent aujourd'hui de la littérature à laquelle ils donnent une nouvelle visibilité. Du grand Battaglia, comme on dit dans ces cas-là.
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wens
  19 mai 2011

Boule de suif est une des huit nouvelles adaptées De Maupassant par Dino Battaglia, décédé en 1983, sous le titre de Contes et récits de guerre. La bande dessinée parue en Italie en 1978 ne se trouvera disponible en France qu'en 2002. Maupassant a écrit et publié ces récits dans les années 1880, il revient sur une période sombre de l'histoire de la France. En 1870, éclate la guerre entre le second empire et la Prusse, les armées françaises sont balayées la France est envahie, le territoire national est amputé de l'Alsace et de la Lorraine. Sur les cendres de l'Empire va naître une fragile république.
Dino Battaglia reste extrêmement fidèle au récit De Maupassant. Il ne fait pas le pari de rendre le style De Maupassant : nerveux, concis, dense, caustique… Il sait que l'adaptation à la lettre est impossible et aboutirait à un appauvrissement. Mais il cherche à illustrer sa conception de la nouvelle De Maupassant en créant son propre univers, fait de nostalgie, de tristesse, d'humour noir. Maupassant montre en action les personnages, Dino Battaglia peint des instants. Ses dessins extrêmement fins, tout en nuances, subtils, figent des scènes pleines d'une mélancolie tragique.
La colorisation par Laura Battaglia tout en teintes discrètes, en retenue, met en valeur l'image et les textes en leur donnant plus de force. Ces dessins où le portrait de Boule de Suif en gros plan, vue de profil, en train de pleurer avec dignité, apparaît de manière récurrente, sont d'une grande finesse. L'adaptation conserve l'esprit tragique de la nouvelle De Maupassant.
(sur les huit nouvelles du recueil seules deux sont en couleur, les autres sont en noir et blanc).
Voir la comparaison avec le roman et le film ici :
http://francisfery.canalblog.com/archives/p10-10.html
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alouett
  23 février 2011
Dans ce recueil d'une centaine de pages, Dino Battaglia adapte huit nouvelles de Guy de Maupassant, huit récits qui se construisent autour de tranches de vie se situant dans le contexte de la Guerre de 1870 qui a opposé la France aux Prussiens.
Ces adaptations de Battaglia sont pour nous l'occasion de redécouvrir :
* Deux amis : nouvelle publiée en 1883
* Saint-Antoine : nouvelle publiée en 1883 dans les Contes de la Bécasse
* L'aventure de Walter Schnaffs : texte rédigé par Maupassant en 1883
* Un coup d'état : publié dans le recueil Clair de Lune en 1883
* Boule de Suif : nouvelle qu'il a publié en 1880
* La mère Sauvage : publié dans le recueil le Gaulois en 1884
* Mademoiselle Fifi : nouvelle publiée en 1882
* le Père Milon : nouvelle éditée à titre posthume en 1899

Lien : http://chezmo.wordpress.com/..
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
AlzieAlzie   20 janvier 2015
Alors, soit par une de ces ententes tacites, de ces complaisances voilées, où excelle quiconque porte un habit ecclésiastique, soit simplement par l'effet d'une inintelligence heureuse, d'une secourable bêtise, la vieille religieuse apporta à la conspiration un formidable appui. On la croyait timide, elle se montra hardie, verbeuse, violente. Celle - là n'était pas troublée par les tâtonnements de la casuistique ; sa doctrine semblait une barre de fer ; sa foi n'hésitait jamais ; sa conscience n'avait point de scrupules. Elle trouvait tout simple le sacrifice d'Abraham car elle aurait immédiatement tué père et mère sur un simple ordre venu d'en haut ; et rien à son avis, ne pouvait déplaire au Seigneur quand l'intention était louable.
Boule de suif (p.113).
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AlzieAlzie   19 janvier 2015
Elle resta donc toute seule dans cette maison isolée si loin du village, sur la lisière du bois. Elle n'avait pas peur, du reste, étant de la même race que ses hommes, une rude vieille, haute et maigre, qui ne riait pas souvent et avec qui on ne plaisantait point. Les femmes des champs ne rient guère d'ailleurs. C'est l'affaire aux hommes, cela ! Elles ont l'âme triste et bornée, ayant une vie morne et sans éclaircie. Le paysan apprend un peu de gaieté bruyante au cabaret, mais sa compagne reste sérieuse avec une physionomie constamment sévère. Les muscles de leur face n'ont point appris les mouvements du rire.
La Mère Sauvage (p.1218)
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AlzieAlzie   19 janvier 2015
Et tranquillement ils se mirent à discuter, débrouillant les grands problèmes politiques avec une raison saine d'hommes doux et bornés, tombant d'accord sur ce point, qu'on ne serait jamais libres. Et le Mont-Valérien tonnait sans repos, démolissant à coups de boulets des maisons françaises, broyant des vies, écrasant des êtres, mettant fin à bien des rêves, à bien des joies attendues, à bien des bonheurs espérés, ouvrant en des coeurs de femmes, en des coeurs de filles, en des coeurs de mères, là-bas, en d'autres pays, des souffrances qui ne finiraient plus.
"C'est la vie", déclara M. Sauvage.
"Dites plutôt que c'est la mort", reprit en riant Morissot.
Deux amis (P. 736)
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AlzieAlzie   20 janvier 2015
Mais bientôt la conversation reprit entre les trois dames que la présence de cette fille avait rendues subitement amies, presque intimes. Elles devaient faire, leur semblait-il, comme un faisceau de leurs dignités d'épouses en face de cette vendue sans vergogne ; car l'amour légal le prend toujours de haut avec son libre confrère.
Boule de suif (p.91-92).
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AlzieAlzie   20 janvier 2015
A côté d'eux se tenait, plus digne, appartenant à une caste supérieure, M. Carré-Lamadon, homme considérable, posé dans les cotons, propriétaire de trois filatures, officier de la légion d'honneur et membre du Conseil général. Il était resté tout le temps de l'Empire chef de l'opposition bienveillante, uniquement pour se faire payer plus cher son ralliement à la cause qu'il combattait avec des armes courtoises, selon sa propre expression. Mme Carré-Lamadon, beaucoup plus jeune que son mari, demeurait la consolation des officiers de bonne famille envoyés à Rouen en garnison.
Boule de suif (p.89).
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