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EAN : 9782221109748
144 pages
Robert Laffont (10/05/2007)
3.84/5   944 notes
Résumé :
À jamais statufié, muet exilé à l'intérieur de lui-même, il jette toute sa vie dans ce carnet de voyage immobile parce qu'elle va finir dans peu de temps. Après son accident cardiovasculaire, Jean-Dominique Bauby est ce mort vivant qu'un seul battement de cils rattache encore au monde et à la confidente qui déchiffre, un à un, ses derniers mots. Adieu à la vie, dont les images dansent encore devant lui. Le visage d'une femme aimée, un air populaire, une nuit blanche... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (83) Voir plus Ajouter une critique
3,84

sur 944 notes

« A Berck-plage le fauteuil roulant est aussi banal que la Ferrari à Monte-Carlo. »

Avec le témoignage que je viens de lire, je préfère débuter par une note d'humour dont ce récit est intelligemment truffé car si l'on y réfléchit trop, ce texte va jusqu'à fendre le coeur.

En ce qui concerne le papillon il est resté en noeud dans ma gorge.

A la suite d'un grave accident cardio-vasculaire, Jean-Dominique Bauby est totalement paralysé, seule sa paupière gauche fonctionne.

Grâce à un alphabet classé en fonction des lettres les plus utilisées, il va dicter par des clignements de cils ce roman dont il est le héros conscient.

« Locked-in syndrome », quelle appellation ! on dirait que les termes en anglais crédibilisent favorablement un état, donnent du sérieux. Comme si l'enfermement était moins verrouillé en français. Pfff…Sornettes et balivernes !

A la découverte de chaque court chapitre aux intitulés appropriés : le fauteuil, la prière, le bain, l'alphabet, l'ange gardien, le rêve, la voix off, le jour de chance, le légume, le message et enfin « A day in a life » (les Beatles comme un baume), je suis passé par tous les états, autant ému que choqué souvent décontenancé mais toujours surpris par la force et la lucidité de cet homme à la carrière de journaliste riche de ses activités et de ses relations.

Déposer tellement de ferveur et de passion dans un clin d'oeil force le respect.

« Etais-je aveugle et sourd ou bien faut-il nécessairement la lumière d'un malheur pour éclairer un homme sous son vrai jour ? »

Ce livre m'a été prêté et vivement conseillé par une amie. Franchement à la lecture de la 4ème de couverture, j'ai douté de son intérêt, j'ai même eu un peu peur. Je m'étais trompé.

« Même pour le simple envol d'un papillon, tout le ciel est nécessaire. »

Paul Claudel.

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“ESARINTULOMDPCFBVHGJQZYXKW”

Voici un alphabet à l'ordre étrange dont je ne connaissais pas l'existence avant de voir le film de Julian Schnabel, un soir, par hasard, à la télévision.

Ce film raconte l'histoire de l'avènement du livre du même nom : le scaphandre et le papillon.Ce texte court est un récit incroyablement vif et brillant, rédigé avec la force et l'énergie du désespoir.

L'auteur, victime d'un Locked-in Syndrome, ne peut plus communiquer qu'avec le battement de ses paupières.

Son orthophoniste va lui proposer de parler : elle récite son alphabet et il l'arrête d'un clignement d'oeil lorsqu'elle dit la bonne lettre.

Peu à peu, l'entourage de cet homme se prête à l'exercice fastidieux, et il peut de nouveau s'exprimer avec les siens.

Très vite, cet homme "emmuré" fait le projet d'écrire un livre racontant sa nouvelle vie, sa nouvelle condition,son expérience de vie, faite de rêves, de sensations et d'émotions intenses.

Il tiendra son pari : le texte composé et appris par coeur le matin, sera ensuite dicté à une assistante de rédaction.

En publiant ce travail de titan, l'auteur nous livre un condensé d'humanité, arraché aux douleurs d'un "voyage immobile" menant aux limites de l'imaginable.

Ce texte force l'admiration.

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C'est à l'âge de 43 ans que Jean Dominique Baudy plonge dans un coma profond suite à un accident vasculaire cérébral.

Lorsqu'il en sort ses fonctions vitales sont déteriorées. Il s'agit d'un locked in syndrome.

Son corps est une armure dans laquelle l'inertie s'est installée.

Il est privé du geste et de la parole. Seul son oeil gauche bouge et c'est en le clignant qu'il parvient à communiquer.

C'est avec son oeil qu'il écrit ce livre en mémorisant des pages entières avant de les dicter.

Le scaphandre devient moins oppressant quand son esprit peut vagabonder comme un papillon,

mais ses conditions de vie sont terrifiantes, il est dépendant pour effectuer les moindres gestes de la vie courante.

C'est pourtant avec humour et lucidité et une énergie débordante qu'il nous confie son quotidien, ses pensées.

Un témoignage bouleversant, un cri, une leçon de courage, il envoie ses images d'un monde imaginaire, un monde où seul l'esprit est en vie.

Autant que de respirer, j'ai besoin d'être ému, d'aimer et d'admirer (…..) mais pour rester sur le qui-vive et pas sombrer dans une résignation tiède, je garde une dose de fureur, de détestation, ni trop ni trop peu comme la cocotte minute à sa soupape de sécurité pour ne pas exploser.

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Je suis toujours très embarrassée lorsqu'il s'agit de donner un avis à propos d'un récit ou d'un témoignage authentique. Avec "Le scaphandre et le papillon" c'est une mission purement et simplement impossible. de quel droit émettre un jugement sur la forme et encore moins le fond d'un tel livre? Je ne peux qu'écrire "Respect". A lire!

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Encore un légume vert, encore un Intouchable... Mais un témoignage tellement fort. Ce livre tout mince se lit vite et pourtant on imagine la volonté, le courage qu'il a fallu à son auteur pour l'écrire. Quand on pense que chaque lettre nécessite de faire défiler l'alphabet et de cligner de l'oeil, on se dit qu'écrire ce livre était un peu comme gravir l'Everest. Prisonnier d'un corps inerte, à charge de tous, incapable de ne plus rien faire seul, chose inutile échoué sur un lit pour la vie, il faut pouvoir encaisser ça surtout que par malheur, votre cerveau garde la plus aiguisée des lucidités et que tout devient une torture. Bien sûr, aussi bien J. D. Bauby que Ph Vigan ne tiennent pas ce discours, ils décrivent leur calvaire sans geindre, sans trop se lamenter, mais on perçoit bien dans leur témoignage tous les regrets qu'ils accumulent comme devoir renoncer à prendre leurs proches dans leurs bras, se faire comprendre, exprimer une idée... A ce stade, quand vous n'avez même plus la parole, vous ne pouvez vous permettre que d'aller à l'essentiel mais est-ce suffisant pour survivre ?

Témoignage poignant et bouleversant.

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Citations et extraits (61) Voir plus Ajouter une citation
«Sais-tu que B. est transformé en légume? disait l'un. - Évidemment, je suis au courant. Un légume, oui, un légume.» Le vocable «légume» devait être doux au palais de ces augures car il était revenu plusieurs fois entre deux bouchées de welsh rarebit. Quant au ton, il sous-entendait que seul un béotien pouvait ignorer que désormais je relevais davantage du commerce des primeurs que de la compagnie des hommes. Nous étions en temps de paix. On ne fusillait pas les porteurs de fausses nouvelles. Si je voulais prouver que mon potentiel intellectuel était resté supérieur à celui d'un salsifis, je ne devais compter que sur moi-même.
Ainsi est née une correspondance collective que je poursuis de mois en mois et qui me permet d'être toujours en communion avec ceux que j'aime. Mon péché d'orgueil a porté ses fruits. A part quelques irréductibles qui gardent un silence obstiné, tout le monde a compris qu'on pouvait me joindre dans mon scaphandre même s'il m'entraine parfois aux confins de terres inexplorées. Je reçois des lettres remarquables. On les ouvre, les déplie et les expose sous mes yeux selon un rituel qui s'est fixé avec le temps et donne à cette arrivée du courrier le caractère d'une cérémonie silencieuse et sacrée. Je lis chaque lettre moi-même scrupuleusement. Certaines ne manquent pas de gravité. Elles me parlent du sens de la vie, de la suprématie de l'âme, du mystère de chaque existence et, par un curieux phénomène de renversement des apparences, ce sont ceux avec lesquels j'avais établi les rapports les plus futiles qui serrent au plus près ces questions essentielles. Leur légèreté masquait des profondeurs. Etais-je aveugle et sourd ou bien faut-il nécessairement la lumière d'un malheur pour éclairer un homme sous son vrai jour?"
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J'ai connu des réveils plus suaves. Quand j'ai repris conscience, ce matin de la fin janvier, un homme était penché sur moi et couturait ma paupière droite avec du fil et une aiguille comme on ravaude une paire de chaussettes. J'ai été saisi d'une crainte irraisonnée. Et si dans son élan l'ophtalmo me cousait aussi l'oeil gauche, mon seul lien avec l'extérieur, l'unique soupirail de mon cachot, le hublot de mon scaphandre? Par bonheur je n'ai pas été plongé dans la nuit. Il a soigneusement rangé son petit matériel dans des boîtes en fer-blanc tapissées d'ouate et, sur le ton d'un procureur qui requiert une peine exemplaire à l'encontre d'un récidiviste, il a juste lâché : "Six mois" De mon oeil valide, j'ai multiplié les signaux interrogateurs, mais le bonhomme, s'il passait ses journées à scruter la prunelle d'autrui, ne savait pas pour autant lire dans les regards. C'était le prototype du docteur Je-m'en-fous, hautain, cassant, plein de morgue, qui pour sa consultation convoquait impérativement les patients à huit heures, arrivait à neuf, et repartait à neuf heures cinq après avoir consacré à chacun quarante-cinq secondes de son précieux temps.
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E S A R I N T U L O M D P C F B V H G J Q Z Y X K W
L'apparent désordre de ce joyeux défilé n'est pas le fruit du hasard mais de savants calculs. Plutôt qu'un alphabet, c'est un hit-parade où chaque lettre est classée en fonction de sa fréquence dans la langue française. Ainsi, le E caracole en tête et le W s'accroche pour ne pas être lâché par le peloton. Le B boude d'avoir été relégué près du V avec lequel on le confond sans cesse. L'orgueilleux J s'étonne d'être situé si loin, lui qui débute tant de phrases. Vexé de s'être fait souffler une place par le H, le gros G fait la gueule et, toujours à tu et à toi, le T et le U savourent le plaisir de ne pas avoir été séparés.
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Derrière le rideau de toile mitée une clarté laiteuse annonce l'approche du petit matin. J'ai mal aux talons, la tête comme une enclume, et une sorte de scaphandre qui m'enserre tout le corps. Ma chambre sort doucement de la pénombre. Je regarde en détails les photos des être chers, les dessins d'enfants, les affiches, le petit cycliste en fer-blanc envoyé par un copain la veille de Paris-Roubaix, et la potence qui surplombe le lit où je suis incrusté depuis six mois comme un bernard-l'ermite sur son rocher. Pas besoin de réfléchir longtemps pour savoir où je suis et me rappeler que ma vie a basculé le vendredi 8 décembre de l'an passé (...)
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"J'ai connu des réveils plus suaves. Quand j'ai repris conscience, ce matin de la fin janvier, un homme était penché sur moi et couturait ma paupière droite avec du fil et une aiguille comme on ravaude une paire de chaussette. J'ai été saisi d'une crainte irraisonnée. Et si dans son élan l'ophtalmo me cousait aussi l'oeil gauche, mon seul lien avec l'extérieur, l'unique soupirail de mon cachot, le hublot de mon scaphandre? Par bonheur je n'ai pas été plongé dans la nuit. Il a soigneusement rangé son petit matériel dans des boîtes en fer blanc tapissée d'ouate et, sur le ton d'un procureur qui requiert une peine exemplaire à l'encontre d'un récidiviste, il a juste lâché :"six mois." De mon oeil valide, j'ai multiplié les signaux interrogateurs, mais le bonhomme, s'il passait ses journées à scruter la prunelle d'autrui, ne savait pas pour autant lire dans les regards."
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Videos de Jean-Dominique Bauby (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Dominique Bauby
Reportage France 3 sur le film "Le Scaphandre et le Papillon" (2007), film franco-américain du réalisateur Julian Schnabel, adapté du livre de Jean-Dominique Bauby.
>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Biographie générale et généalogique (557)
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