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Citations sur Chamanes - Voyage au coeur de la nature (28)

jahann
jahann   06 septembre 2021
Devenir chamane, c'est partir en quête des esprits ou répondre à leur appel. Devenir chamane procède d'un profond accablement, d'une meurtrissure du corps ou d'une confrontation à des états émotionnels intenses… comme si la personne se plaçait dans une situation de vulnérabilité et de détresse, afin d'apitoyer les esprits et de solliciter leur compassion ; comme si les esprits tourmentaient la personne, la plaçaient dans une situation intenable, sauf à reconnaitre leur vouloir. Devenir chamane donc, c'est prendre le risque de l'errance, de celle qui a pour finalité, non pas une accumulation d'informations, mais une ouverture de l'esprit (Kenneth White). C'est consentir à un dépaysement radical et effrayant, à un ensauvagement (au sens d'une présence, non plus à soi et au collectif humain, mais au sauvage et aux existants non humains) au dénouement incertain. C'est accéder à l'altérité dans un crescendo initiatique ou à partir d'une expérience brute, inattendue, qui modifie le devenir ordinaire et ouvre la personne sur l'invisible.
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Ledraveur
Ledraveur   14 avril 2021
Dans les sociétés à chamanes, où le désordre est imputé à un invisible débordant de vitalité, où l'irruption du malheur appelle la négociation, où l'environnement dans lequel se meuvent les êtres humains est un espace aux limites imprécises, habité de personnes non humaines, où la séparation entre les mondes est floue, voire ignorée, où en somme, écrit Jean-Pierre Chaumeil, les rapports entre nature et culture ne sont pas pensés en termes de rupture mais de continuité, il est indispensable pour les êtres humains, et pour le chamane en particulier, de reconnaître l'authenticité de l'animal ou de la personne rencontrée et d'en percevoir l'intentionnalité. Un chant inhabituel, une plume ou un bec d'une coloration exceptionnelle, suffisent parfois à déjouer l'imposture des esprits. Dans les sociétés à chamanes, le corps n'est donc pas une entité stable, ni une réalité très sûre aux yeux de l'observateur ; d'où l'intérêt bien marqué dans celles-ci pour les récits qui parlent de métamorphoses et d'identités incertaines ...
p. 153
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« CHAMANES» - “Voyage au cœur de la nature”, Corine Sombrun – Sébastien Baud, éditions Michel Lafon © 2020
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Ledraveur
Ledraveur   14 avril 2021
« Tout réside, explique “celui qui sait” (sandatia) à Alberto Prohaho, chamane yagua, dans l'esprit des végétaux : leur essence, hamwo. C'est l'unique chemin de la connaissance ». Quant au tabac, « c'est le chemin des âmes, mbayàtu rëpwirnu, la nourriture des esprits, qui doit pénétrer dans ton corps. Tu dois en faire ton allié, car il te conduira où tu voudras, il te fera voir » (Jean-Pierre Chaumeil). C'est dans la mesure, écrit Pierre Déléage, où le chamane devient lui-même un esprit qu'il peut percevoir ce que perçoivent les esprits et chanter ce que chantent les esprits ; c'est cette transformation qui lui permet d'avoir accès à l'univers référentiel des existants non humains. Comprendre, dans l'épistémologie chamanique, c'est se transformer.
p. 151
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Ledraveur
Ledraveur   14 avril 2021
La première fois, elle morcelle le corps et arrache la tête ; les termes employés pour désigner l'expérience (tomber brusquement, être saisi...) témoignent d'une absence temporaire à son corps et au collectif humain. La personne est alors introduite dans le sein (ukhupi) d'une montagne (urqu), où elle côtoie les esprits (apu) de la cordillère andine, qui lui font don de capacités nouvelles ; plus haute est la montagne, plus grand est son glacier (la source même de toute fertilité), plus fort sera le chamane. La deuxième fois, le corps est rassemblé. La troisième fois, la personne revient à elle. À présent, elle sait (yachaq) et découvre les objets de pouvoir attestant une relation privilégiée avec les montagnes (cristal de roche, clochette, etc.) qu'elle fera parler dans le rituel. « Être appelé » dit un chamane, c'est « devenir esprit ». Dans cet en-cours, chaque souffle d'air est perçu comme une décharge électrique, chaque battement d'ailes de ses esprits auxiliaires …
p. 150
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Ledraveur
Ledraveur   14 avril 2021
Dans cette brève description d'une initiation spirituelle, la métamorphose est condition d'accès à l'apparence humaine des existants non humains. La dévoration et la renaissance consécutive marquent l'adoption par la personne d'une perspective de subjectivité autre. Le chamane est à même de percevoir le monde des esprits, là où la montagne est une tente et les existants des personnes, avec lesquelles il est alors possible d'interagir. Signes et épreuves disent ainsi une réflexivité singulière : l'existence de deux identités relationnelles définies par alliance ou pour le dire autrement, l'idée qu'il puisse y avoir de l'altérité en soi. À condition de dépasser la confrontation avec celle-ci, conçue comme un risque et une menace d'altération — cette autre manière de concevoir la maladie initiatique rapportée dans nombre d'histoires de chamanes —, un dessoulement se produit alors, un ravissement de la personne dans et par sa vision, un « en face » qui regarde dans les yeux. À condition de consentir à ce dépaysement radical et effrayant — un lâcher-prise —, la personne a le sentiment d'être sauvée, soutenue alors qu'elle s'approche dangereusement du fond de l'abîme, cette part de soi non négociable qui autorise toutes sortes de débordements, parfois dévastateurs, souvent salutaires.
p. 144/45
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Ledraveur
Ledraveur   14 avril 2021
En Sibérie, chez les Iakoutes, à la veille d'un rituel chamanique, des hommes taillent rapidement des oiseaux dans du bois mort (celui d'un arbre abattu par le vent ou foudroyé) et les accrochent au sommet de perches appelées bylyttar oloxtor, « nuages-sièges » (bylyt, le nuage, est le mouvement, l'errance, l'esprit de la folie aussi).
p.138
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Ledraveur
Ledraveur   14 avril 2021
Devenir chamane, c'est partir en quête des esprits ou répondre à leur appel. Devenir chamane procède d'un profond accablement, d'une meurtrissure du corps ou d'une confrontation à des états émotionnels intenses... comme si la personne se plaçait dans une situation de vulnérabilité et de détresse, afin d'apitoyer les esprits et de solliciter leur compassion ; comme si les esprits tourmentaient la personne, la plaçaient dans une situation intenable, sauf à reconnaître leur vouloir. Devenir chamane donc, c'est prendre le risque de l'errance, de celle qui a pour finalité, non pas une accumulation d'informations, mais une ouverture de l'esprit (Kenneth White). C'est consentir à un dépaysement radical et effrayant, à un ensauvagement (au sens d'une présence, non plus à soi et au collectif humain, mais au sauvage et aux existants non humains) au dénouement incertain. C'est accéder à l'altérité dans un crescendo initiatique ou à partir d'une expérience brute, inattendue, qui modifie le devenir ordinaire et ouvre la personne sur l'invisible. Dans ce devenir, il y a l'idée d'un anéantissement suivi d'une recomposition, d'une mort-renaissance, davantage soulignée encore quand l'expérience spirituelle et initiatique s'inscrit dans une logique de construction progressive du corps ; quand la personne est dévorée par les esprits, son corps démembré, puis forgé au feu pour en faire un corps autre...
p. 132
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Ledraveur
Ledraveur   14 avril 2021
Trois moments donc constituent et définissent le processus qui mène à la fonction chamanique, différent selon les sociétés, les histoires personnelles aussi. Ces moments, qui coexistent dans l'expérience initiale ou peuvent être clairement déterminés dans leur succession, sont : la vocation, le désir individuel d'être chamane ou la conformité à un choix collectif ; l'élection spirituelle, l'énonciation du devenir ; et l'apprentissage auprès d'un chamane confirmé. Trois modalités d'accès à la fonction chamanique ou vocations, indépendantes de la structure sociale et économique de la société d'appartenance de la personne, peuvent de même être distinguées : par héritage de la fonction, condition insuffisante cependant puisque devenir chamane demeure de l'ordre de l'alliance (il ne suffit pas d'être fils de chamane pour être chamane, c'est la rencontre avec l'aïeul, dépositaire de l'alliance originelle, ou l'esprit transmis par filiation, qui opère la transformation, et c'est l'apprentissage qui prépare à cette rencontre) ; par choix personnel, par attrait pour la fonction et le prestige qui lui est associé, par souci aussi de préserver les siens du malheur ; à travers enfin un ensemble de signes, qu'un chamane ou un parent averti attribuera à la volonté d'un esprit d'entrer en relation avec la personne (à nouer une alliance) et qui l'amènera à énoncer la vocation. Il n'est pas rare, pour devancer (ou encourager) une possible vocation, que l'enfant soit très tôt mis en contact avec les objets et substances chamaniques, puis initié aux techniques rituelles.
p. 126
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Ledraveur
Ledraveur   14 avril 2021
En d'autres termes, devenir chamane est un processus de transformation de la personne et de sa présence au monde. Ce processus de transformation d'une expérience du sauvage, subie ou recherchée, en une transe apprivoisée et ritualisée (d'une expérience intime en une pratique publique) amène la personne à la condition de chamane. Il comprend trois moments : l'acquisition concomitante d'un corps autre et d'une double citoyenneté (humaine et spirituelle), préalable au devenir autre ; l'établissement d'une alliance ou élection ; et la reconnaissance sociale de cette relation affective avec un non-humain, traditionnellement attaché aux chamanes.
p. 125/26
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Ledraveur
Ledraveur   14 avril 2021
Celui-ci (mode d'action) est fondé sur une phénoménologie intérieure complexe, tendue et jonglant avec des points de vue, des existants, des logiques contradictoires et irréductibles les unes aux autres. Il l'est, pour le dire autrement, sur le sentiment d'une altérité constituante, une alliance spécifique entre un humain et un non-humain. Et s'il en est ainsi, c'est pour capter et incorporer le sauvage ou ce qui en émane ; pour agir d'une façon ou d'une autre sur l'intentionnalité à laquelle est attribué le malheur ; pour agir sur son sort ou encore faire tourner la “chance”, manière de dire cette relation qui lie l'être humain aux puissances aléatoires. Le chamane, écrit Roberte Hamayon, est « celui qui gagne la chance ».
Le chamanisme, trop répandu pour résulter d'emprunts ou de coïncidences, possède une intelligibilité propre, laquelle revêt une multitude de formes, d'imaginaires, d'esthétiques et de dynamiques. Il est une éthique, non seulement une approche commune du réel — le commun y étant une dimension, fort vaste au demeurant, puisque les sociétés à chamanes y incluent nombre d'existants non humains —, mais aussi une discipline, c'est-à-dire une vigilance dans cet espace ouvert, une présence d'esprit [s].
p. 120
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