AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Claude Roy (Autre)Michel Jamet (Éditeur scientifique)
ISBN : 2221502019
Éditeur : Robert Laffont (01/11/1980)

Note moyenne : 4.85/5 (sur 26 notes)
Résumé :
Le flamboiement noir des Fleurs du mal, le "frisson nouveau" ressenti par Victor Hugo au passage de cette comète dans son ciel poétique, semblent avoir occulté le reste de l'oeuvre pour la plupart des amoureux de Baudelaire et, avec les Petits Poèmes en prose qui ont ouvert la voie à la poésie de la modernité s'achève, en général, le cycle des curiosités et des admirations.
Pourtant il existe nombre de baudelairiens qui seraient disposés à tout abandonner des... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Parataxe
  22 juin 2019
« Traité de dynamique morale » Mon coeur mis à nu, LXV [1]
[1]
Charles Baudelaire, Oeuvres complètes, Paris, coll.…
« […] il me semble que je pourrais commencer, forme par forme, à t'évoquer ce monde de la pensée de Baudelaire, ce pays de son génie, dont chaque poème n'est qu'un fragment, et qui dès qu'on le lit se rejoint aux autres fragments que nous en connaissons, comme dans un salon, dans un cadre que nous n'y avions par encore vu, certaine montagne antique où le soir rougeoie et où passe un poète à figure de femme suivi de deux ou trois Muses […] »
Proust, Contre Sainte-Beuve
1Baudelaire aime les cadres, les bordures, les fenêtres, les cadres surtout qui comblent son imaginaire de la forme et offrent, à tout le moins, un imaginaire à sa poétique. le cadre donne figure à sa morale et à sa définition de l'amour : le besoin de « sortir de soi ». Comme lui, nous avons besoin de cadres – de formes, de bords – pour contenir nos fantômes.
2Séparant le visible du visible, le cadre met en évidence le visible lui-même, l'arrachant au flux confus et continu des circonstances, à ce que l'on pourrait appeler leur « affluence ». le cadre encadre, délimite, et ainsi, grâce à lui, un peu de notre visible est sauvé, exposé d'abord à notre attention, puis à notre contemplation. le cadre est ce templum offert à notre regard pour que nous ne nous perdions pas de vue. Si le tableau nous enseigne à voir ce que nous avons sous les yeux (c'est la leçon d'Elstir au narrateur de la Recherche), il le fait d'abord parce qu'il oblige à voir cela, empêchant la dérive tranquille et quotidienne du regard à fleur de monde. le cadre, comme le bourreau de Michel Strogoff, contraint à regarder : regarde, de tous tes yeux regarde… Et c'est une fenêtre, d'ailleurs, qui ouvre le récit de Jules Verne [2]
[2]
Je renvoie ici aux analyses d'Andrea del Lungo, La Fenêtre.….
3Cette opération est double : elle concerne tout ensemble le voyant et le visible. Avec le cadre, le voyant, peintre ou spectateur (mais la leçon vaudrait aussi pour le cinéma [3]
[3]
Jean-Louis Comolli, Voir et pouvoir, L'innocence perdue :…) réduit le spectacle visible à sa stricte dimension de visibilité. Domination, découpage, encadrement : avec le cadre je me découpe une portion du visible. Et pour ce qui est du visible, dans le cadre du tableau, il ne reste de la chose que ce qui d'elle se peut voir. La phénoménologie dirait : tout le phénoménal est devenu visible ; ou encore : la présentation l'emporte sur « l'apprésentation ». Ainsi, le cadre transforme le visible en hypervisible – le fameux ekphanestaton du Phèdre de Platon (250 d). Et qu'est-ce, jusqu'à l'épiphanie joycienne, que le beau, sinon le visible rendu visible en tant que tel ? On pourrait dire que le cadre découpe dans le visible le passage du voir à la vue, la vue comme portion du visible encadrée par le cadre (la langue italienne distingue heureusement la veduta de la vista – la vue cadrée à la vue). Au moment d'envoyer La Manne à Paul Fréart de Chantelou, Poussin lui écrit : « … je vous aviserai seulement que je vous envoie votre tableau de la manne, par Bertholin, Courrier de Lyon […]. Quand vous aurez reçu le vôtre, je vous supplie, si vous le trouvez bon, de l'orner d'un peu de corniche, car il en a besoin, afin qu'en le considérant en toutes ses parties les rayons de l'oeil soient retenus et non point épars au dehors en recevant les espèces des autres objets voisins qui venant pêle-mêle, avec les choses dépeintes confondent le jour. Il serait fort à propos que la dite corniche fut dorée d'or mat tout simplement, car il s'unit très-doucement avec les couleurs sans les offenser [4]
[4]
Cité par Victor Stoichita, dans L'Instauration du tableau,…. » Pour éviter la surabondance désordonnée de l'affluence, le cadre retient l'attention.
4Pour commenter cette opération, on ne propose pas ici une phénoménologie [5]
[5]
Voir Jean-Luc Marion, de surcroît. Études sur les phénomènes… ou une sémiotique [6]
[6]
Voir « Sémiotique et rhétorique du cadre du Groupe µ » (Francio… du cadre, et pas davantage une histoire [7]
[7]
Jackie Pigeaud, « La rêverie de la limite dans la peinture… de l'encadrement, mais une herméneutique.
Contour des yeux
5Loi paradoxale du cadre où Baudelaire dépasse Kant [8]
[8]
Voir les pages consacrées à Kant par Jacques Derrida,…. Alors que le second fait du sublime le moment où l'infini annule le cadre, le premier fait du cadre le lieu d'approfondissement du sublime, le moment, où s'approfondissant, le sublime touche en plein coeur. Kant : « le beau de la nature (Das Schöne der Natur) concerne la forme de l'objet, qui consiste dans la limitation ; en revanche le sublime pourra être trouvé aussi dans un objet informe, pour autant que l'illimité (Unbegrenzenheit) sera représenté en lui ou grâce à lui et que néanmoins s'y ajoutera par la pensée la notion de sa totalité : ainsi le beau semble convenir à la représentation d'un concept indéterminé subordonné à l'entendement, et le sublime, à celle d'un concept indéterminé de la raison [9]
[9]
Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger, Livre II,…. » le sublime dépasse les bornes, les limites, il déplace les lignes : « il est dépourvu de forme » (Formlosigkeit) [10]
[10]
Id., Critique de la faculté de juger, Livre II, Analytique du… – il sort des cadres. Chez Baudelaire le cadre délimite l'objet, lui donne sa forme et par là, en approfondit le sublime : il est la porte de l'infini.
6Cette loi baudelairienne vaut pour les yeux, pour les miroirs, pour les tableaux et pour les fenêtres aussi. Pour les yeux ? Éloge du maquillage : ce « cadre noir rend le regard plus profond et plus singulier, [et] donne à l'oeil une apparence plus décidée de fenêtre ouverte sur l'infini [11]
[11]
Charles Baudelaire, Oeuvres complètes, Paris, Gallimard, coll.… ». Eye liner, kajal au triple effet. D'une part, il fait de l'oeil un gouffre où plonger, mais, d'autre part il ne le noie pas, il le souligne. Kant est déjoué : la limitation est la condition de l'illimitation, le beau la condition du sublime, le contour noir la condition de la plongée. Enfin, et c'est le troisième effet, qui prend son tour paradoxal : le maquillage appuie le contour, il en fait le cadre décidé de l'échappée intérieure, du maelström, de la plongée, de la sonde [12]
[12]
Le contour des yeux est noir (à l'opposé du rouge des…. le contour des yeux transforme l'oeil, non en miroir de l'âme, selon l'antique tradition de l'Alcibiade [13]
[13]
Alcibiade, 132 et sq. Cf. Antonia Soulez, « le paradigme de la…, mais en son « soupirail [14]
[14]
Si l'oeil est soupirail et non miroir c'est que sa profondeur… ».
7Pour les tableaux ? le cadre fait la supériorité de la peinture sur la sculpture : « un tableau n'est que ce qu'il veut ; il n'y a pas moyen de le regarder autrement que dans son jour. La peinture n'est qu'un point de vue ; elle est exclusive et despotique » ; la sculpture est « vague et insaisissable » : « Elle montre trop de faces à la fois [15]
[15]
Charles Baudelaire, Pourquoi la sculpture est ennuyeuse, Salon…. » Au mauvais infini de la sculpture promise à l'espace et à ses variations [16]
[16]
« C'est en vain que le sculpteur s'efforce de se mettre à un…, à la déperdition des regards dans le hors cadre, Baudelaire oppose la supériorité de la peinture dont le mystère ne se touche pas avec les doigts parce qu'il appartient au temps resserré et concentré du cadre. le tableau découpe, la statue s'emporte (il en irait tout autrement chez Hegel). L'image cadrée fixe et, en fixant, elle ouvre [17]
[17]
Michel Schneider dit bien : « La profondeur poétique, l'infini…. Sa limitation délivre : la liberté de la statue l'enchaîne, inversant pour toujours le rêve de Dédale [18]
[18]
Et si le buste échappe à la démolition de la sculpture, c'est…. le cadre limite et, en limitant, il illimite : « Avez-vous observé qu'un morceau de ciel, aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminées, deux rochers, ou par une arcade, etc., donnait une idée plus profonde de l'infini que le grand panorama vu du haut d'une montagne [19]
[19]
Il s'agit de la lettre à Armand Fraisse, datée du 18 février… ? » On pense à Friedrich [20]
[20]
Friedrich enserre l'infini au défilé des clochers (La ville au… ; mais c'est quand il veut cerner la « spécialité de Delacroix » que Baudelaire évoque « l'infini dans le fini » : « On pourrait dire que, doué d'une plus riche imagination, il exprime surtout l'intime du cerveau, l'aspect étonnant des choses, tant son ouvrage garde fidèlement la marque et l'humeur de sa conception. C'est l'infini dans le fini [21]
[21]
Charles Baudelaire, Salon de 1859, O.C. II, p. 636.. » Formule qu'on ne saurait confondre avec un autre système d'inclusion exclusive : « l'irrégulier dans le régulier [22]
[22]
Cette qualification négative de Gautier (« quoi de plus… ».
8Pour les fenêtres ? « Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond, plus mystérieux, plus ténébreux, plus éblouissant qu'une fenêtre éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux, vit la vie, rêve la vie, souffre la vie [23]
[23]
Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, XXXV, O.C. I, p.…. » Au paradoxe de la porte (si fermée ou ouverte), Baudelaire répond par sa thèse des fenêtres : qu'elles doivent être fermées, illuminées par l'artifice d'une chandelle. Que leur gouffre ait un bord et que leur bord ouvre au rêve [24]
[24]
Le poème de Mallarmé Les Fenêtres reprend et inverse le thème :….
9Noirceur enivrante du cadre, puits sombre où s'engouffrer, où s'enivrer d'infini – enfer ou ciel, qu'importe. Par le cadre, l'infini traverse le noir limité.
10Je n'omets pas que cette porte de l'infini dont les contours délimitent la forme d'une image est la clef de la poétique baudelairienne. Elle définit d'abord l'esthétique du poème lui-même, ce cadre noir découpé sur la page [25]
[25]
La poésie moderne s'en souviendra. Cf. les ekphrasis réunies…. Leçon d'Edgar Allan Poe à laquelle souscrit le traducteur dans ses Notes Nouvelles sur Edgar Poe : « Je recours naturellement à l'article intitulé : the Poetic Principle et j'y trouve, dès le commencement, une vigoureuse protestation contre ce qu'on pourrait appeler, en matière de poésie, l'hérésie de la longueur, ou de la dimension, – la valeur absurde attribuée aux gros poèmes [26]
[26]
Charles Baudelaire, Études sur Poe, O.C. II, p. 332.. » La dimension du poème est un principe tout à la fois qualitatif et intensif : « En effet un poème ne mérite son titre qu'autant qu'il excite, qu'il enlève l'âme, et la valeur positive d'un poème est en raison de cette excitation, de cet enlèvement de l'âme [27]
[27]
Ibid., p. 332.. » La loi énergétique peut se résumer en une proportion : plus le poème est resserré, plus l'énergie qu'il dégage est grande, plus l'énergie qu'il dégage est grande, plus vive est l'excitation du lecteur. Or Poe avait énoncé cette loi dans les termes du cadre : « Il m'a toujours paru qu'un espace étroit et resserré est absolument nécessaire pour l'effet d'un incident isolé : il lui donne l'énergie qu'un cadre ajoute à une peinture [28]
[28]
« The next point to be considered was the mode of bringing…. »
11Cette leçon vaut pour le sonnet, forme poétique d'élection des Fleurs du Mal [29]
[29]
Sur les cent-vingt-sept poèmes de l'édition de 1861 des Fleurs… : « Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense. Tout va bien au Sonnet, la bouffonnerie, la galanterie, la passion, la rêverie, la méditation philosophique [30]
[30]
Charles Baudelaire, lettre à Armand Fraisse du 18 février 1860,…. » Un commentateur a bien fait de dire : « esthétique du cadre (fini) et de la profondeur (infinie), la forme contraignante du sonnet fait jaillir l'idée plus intense [31]
[31]
Michel Schneider, op. cit., p. 96. ». C'est bien de jaillissement qu'il s'agit car le cadre n'est pas une structure statique imposée à l'image : c'est la force d'une énergie – « quant aux longs poèmes, nous savons ce qu'il faut en penser ; c'est la ressource de ceux qui sont incapables d'en faire de courts. Tout ce qui dépasse la longueur de l'attention de l'être humain peut prêter à la forme poétique n'est pas un poème [32]
[32]
Charles Baudelaire, Lettre à Armand Fraisse du 18 février 1860,… ». le poème est un condensé selon la formule chérie de Pound et cette condensation appelle une doctrine des facultés : elle correspond à l'attention qu'un lecteur peut mobiliser, mais surtout, elle est la condition de l'enthousiasme, de l'excitation, de l'enlèvement de l'âme.
12La puissance du cadre se mesure enfin à l'échelle du vers, ce concentré d'énergie. Michel Deguy a su repérer cette diction de l'infini : « La diction de la figure de l'infini est une figure de diction que l'infini conforme, frappe sensiblement d'une “infinitisation” et que le terme “d'infini” peut aussi nommer. L'infinité, oeuvre de l'imagination se fait entendre dans la diction par l'expansibilité, par une certaine distension (extensibilité) des unités (phonétiques, lexicales, phrastiques ; et intervalles, et coupes, etc.) où se retient l'unité dans la diérèse de son liant. La diérèse serait la figure de l'infini dans sa diction [33]
[33]
Michel Deguy, « L'infini et sa diction, ou de la diérèse (Étude…. » Deguy propose de lire dans Mon coeur mis à nu XXX une doctrine de la diction. Ce que Baudelaire dit de la mer (« voilà un infini diminutif. Qu'importe s'il suffit à suggérer l'idée de l'infini total. Douze ou quatorze lieues (sur le diamètre), douze ou quatorze de liquide en mouvement suffisent pour donner la plus haute idée de beauté qui soit offerte à l'homme sur son habitacle transitoire ») il l'entend surtout de l'alexandrin : « Quels sont les chiffres de la proportion ? Ce n'est point un hasard si nous lisons “6 ou 7 lieues – 12 ou 14” […] Dans la cadence rythmique 6 ou 7 ×, l'infini prend une mesure. le vers est ce défilé où l'infini prend finition et le fini s'infinitise. le vers est cette chose ayant sa limitation métrée qui est travaillée par la distension, l'extensibilité – expans-i-on de chose infinie [34]
[34]
Ibid., p. 129.. » le vers est le cadre métrique de l'ondulation : la forme finie de l'infini. Par quoi il ne faut pas entendre que l'infini trouve ici sa forme finie mais que sans cette forme finie, l'infini ne se donnerait pas [35]
[35]
Ce qui donne au rapport du symbolisme de Baudelaire et du….
13La dynamique du cadre vaut pour les trois niveaux de la poétique baudelairienne : elle vaut pour le poème, elle vaut pour le sonnet, elle vaut pour le vers. Ces trois cadres sont les trois anneaux qui resserrent la puissance du poème – rayons (concentriques) de l'infini. Elle vaut aussi bien sûr pour le recueil comme ensemble. Les exigences architectoniques de Baudelaire sont bien connues [36]
[36]
« le livre doit être jugé dans son ensemble, et alors il en… et on peut rappeler que le poète les a énoncées en recourant au motif du cadre. Dans la grande lettre à Vigny : « Voici les Fleurs, le dernier exemplaire sur bon papier. La vérité est qu'il vous était destiné depuis très longtemps. Tous les anciens poèmes sont remaniés. Tous les nouveaux, je les marque au crayon à la table des matières. le seul éloge que je sollicite pour ce livre est qu'on reconnaisse qu'il n'est pas un pur album et qu'il a un commencement et une fin. Tous les poèmes nouveaux ont été faits pour être adaptés à un cadre particulier que j'avais choisi [37]
[37]
Charles Baudelaire, Lettre à Alfred de Vigny, le 16 décembre…. » Au recueil-album s'oppose le recueil-cadre : principe d'encadrement de chaque poème au sein de la structure.
14Limite énergétisante, le cadre est dynamique dans sa rigidité même. Ce n'est pas une frontière entre deux surfaces, mais une limite, une ligne de force entre deux énergies. Qu'on ne s'attende donc pas à trouver chez Baudelaire les jeux raffinés de l'intérieur de l'extérieur et de l'extérieur de l'intérieur que les amateurs d'art comme de narratologie affectionnent. Pour les uns une mouche peinte sur un cadre indique que l'extérieur de l'intérieur est le réel [38]
[38]
Qu'on pense au Portrait du chartreux de Petrus Christus (1446),…, pour les autres, un cad
Lien : https://www.babelio.com/monp..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Floyd2408
  12 avril 2013
C 'est ma drogue .....
Commenter  J’apprécie          31

critiques presse (3)
LeMonde   21 septembre 2017
Marie-Christine Natta dresse un portrait du grand poète, axé sur l’intime.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   12 juillet 2017
Un coeur mis à nu.
Lire la critique sur le site : Telerama
Bibliobs   29 août 2011
Au milieu de cette fourmilière, qui permet à Patrick Grainville des morceaux de bravoure hallucinants, faits d'entassements sans fin d'êtres, d'objets, de scènes -listes qui déferlent dans une cataracte d'adjectifs rutilants comme les cuivres des palaces-, s'agitent quelques humains qui ont corps et esprit, portent un nom, pour bref qu'il soit: Shi, An, Lan, Long, Sue, Mei, Shan...
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
TaltanTaltan   28 août 2011
Danse macabre

A Ernest Christophe

Fière, autant qu'un vivant, de sa noble stature,
Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gants,
Elle a la nonchalance et la désinvolture
D'une coquette maigre aux airs extravagants.

Vit-on jamais au bal une taille plus mince ?
Sa robe exagérée, en sa royale ampleur,
S'écroule abondamment sur un pied sec que pince
Un soulier pomponné, joli comme une fleur.

La ruche qui se joue au bord des clavicules,
Comme un ruisseau lascif qui se frotte au rocher,
Défend pudiquement des lazzi ridicules
Les funèbres appas qu'elle tient à cacher.

Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,
Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.
Ô charme d'un néant follement attifé.

Aucuns t'appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L'élégance sans nom de l'humaine armature.
Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher !

Viens-tu troubler, avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie ? ou quelque vieux désir,
Éperonnant encor ta vivante carcasse,
Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir ?

Au chant des violons, aux flammes des bougies,
Espères-tu chasser ton cauchemar moqueur,
Et viens-tu demander au torrent des orgies
De rafraîchir l'enfer allumé dans ton coeur ?

Inépuisable puits de sottise et de fautes !
De l'antique douleur éternel alambic !
A travers le treillis recourbé de tes côtes
Je vois, errant encor, l'insatiable aspic.

Pour dire vrai, je crains que ta coquetterie
Ne trouve pas un prix digne de ses efforts ;
Qui, de ces coeurs mortels, entend la raillerie ?
Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts !

Le gouffre de tes yeux, plein d'horribles pensées,
Exhale le vertige, et les danseurs prudents
Ne contempleront pas sans d'amères nausées
Le sourire éternel de tes trente-deux dents.

Pourtant, qui n'a serré dans ses bras un squelette,
Et qui ne s'est nourri des choses du tombeau ?
Qu'importe le parfum, l'habit ou la toilette ?
Qui fait le dégoûté montre qu'il se croit beau.

Bayadère sans nez, irrésistible gouge,
Dis donc à ces danseurs qui font les offusqués :
" Fiers mignons, malgré l'art des poudres et du rouge,
Vous sentez tous la mort ! Ô squelettes musqués,

Antinoüs flétris, dandys, à face glabre,
Cadavres vernissés, lovelaces chenus,
Le branle universel de la danse macabre
Vous entraîne en des lieux qui ne sont pas connus !

Des quais froids de la Seine aux bords brûlants du Gange,
Le troupeau mortel saute et se pâme, sans voir
Dans un trou du plafond la trompette de l'Ange
Sinistrement béante ainsi qu'un tromblon noir.

En tout climat, sous tout soleil, la Mort t'admire
En tes contorsions, risible Humanité,
Et souvent, comme toi, se parfumant de myrrhe,
Mêle son ironie à ton insanité ! "
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
sagesse66sagesse66   29 août 2018
L'Albatros

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
NadiamilanNadiamilan   23 novembre 2013
La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
À dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver
Et le siècle couler, sans qu'amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
TaltanTaltan   28 août 2011
Le chat (2)

I

Dans ma cervelle se promène
Ainsi qu'en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l'entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s'apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C'est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n'a pas besoin de mots.

Non, il n'est pas d'archet qui morde
Sur mon coeur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu'harmonieux !

II

De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu'un soir
J'en fus embaumé, pour l'avoir
Caressée une fois, rien qu'une.

C'est l'esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime
Tirés comme par un aimant
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
TaltanTaltan   28 août 2011
Spleen : J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.

Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Saharah brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
Videos de Charles Baudelaire (77) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Charles Baudelaire
Chaque vendredi matin, Valérie Expert vous donne rendez-vous avec Gérard Collard pour leurs coups de c?ur... Voici les références des livres présentés dans l'émission du 07 juin 2019 :

Le Tour de France: Abécédaire ébaubissant de Christian Laborde et Sonia Lopez aux éditions du Rocher https://www.lagriffenoire.com/1004978-livres----vie-pratique--le-tour-de-france---abecedaire-ebaubissant.html
Le tour de France et la France du tour de Béatrice Houchard aux éditions Calmann-Lévy 9782702166734
Alice de Heidi Perks aux éditions Préludes 9782253045670
Belle-Amie de Harold Cobert aux éditions Les escales https://www.lagriffenoire.com/140522-divers-litterature-belle-amie.html
Bel-Ami de Guy de Maupassant et Murielle Szac aux éditions Pocket 9782266163743
La mésange et l'ogresse de Harold Cobert aux éditions Points https://www.lagriffenoire.com/92779-divers-polar-la-mesange-et-l-ogresse.html
Un hiver avec Baudelaire de Harold Cobert aux éditions Livre de Poche 9782253133537
Frères et s?urs de pouvoir de Katia Chapoutier aux éditions Alisio 9782379350238
Le cahier de recettes de Jacky Durand aux éditions Stock https://www.lagriffenoire.com/146941-divers-litterature-le-cahier-de-recettes.html
La Nuit Ne Dure Pas de Gassot Jules aux éditions Rivages https://www.lagriffenoire.com/146999-divers-litterature-la-nuit-ne-dure-pas.html
Paris-Venise de Florent Oiseau aux éditions Pocket https://www.lagriffenoire.com/138397-divers-litterature-paris-venise.html
Romain Gary : Romans et récits. Coffret en 2 volumes : Tomes 1 et 2 aux éditions Gallimard https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=1003815&id_rubrique=439
Moins 125 de Guy Carlier et Jean-Michel Cohen aux éditions Cherche Midi 9782749161730
La culture décontractée !!!!! ABONNEZ-VOUS A NOTRE CHAINE YOUTUBE ! http://www.youtube.com/user/griffenoiretv/featured (merci) La boutique officielle : http://www.lagriffenoire.com
#soutenezpartagezcommentezlgn Merci pour votre soutien et votre amitié qui nous sont inestimables. @Gérard Collard @Jean-Edgar Casel
+ Lire la suite
autres livres classés : spleenVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr






Quiz Voir plus

Baudelaire

Dans quelle ville est né Charles Baudelaire ?

Bordeaux
Paris
Lille
Lyon

12 questions
253 lecteurs ont répondu
Thème : Charles BaudelaireCréer un quiz sur ce livre