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Jean-Christophe Bailly (Autre)
ISBN : 2264007508
Éditeur : 10-18 (31/12/1998)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Collection Classique
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
ElGatoMaloElGatoMalo   12 février 2012
Je parlais tout à l’heure des artistes qui cherchent à étonner le public. Le désir d’étonner et d’être étonné est très-légitime. It is a happiness to wonder, « c’est un bonheur d’être étonné" ; mais aussi, it is a happiness to dream, « c’est un bonheur de rêver". Toute la question, si vous exigez que je vous confère le titre d’artiste ou d’amateur des beaux-arts, est donc de savoir par quels procédés vous voulez créer ou sentir l’étonnement. Parce que le Beau est toujours étonnant, il serait absurde de supposer que ce qui est étonnant est toujours beau. Or notre public, qui est singulièrement impuissant à sentir le bonheur de la rêverie ou de l’admiration (signe des petites âmes), veut être étonné par des moyens étrangers à l’art, et ses artistes obéissants se conforment à son goût ; ils veulent le frapper, le surprendre, le stupéfier par des stratagèmes indignes, parce qu’ils le savent incapable de s’extasier devant la tactique naturelle de l’art véritable.

Dans ces jours déplorables, une industrie nouvelle se produisit, qui ne contribua pas peu à confirmer la sottise dans sa foi et à ruiner ce qui pouvait rester de divin dans l’esprit français. Cette foule idolâtre postulait un idéal digne d’elle et approprié à sa nature, cela est bien entendu. En matière de peinture et de statuaire, le Credo actuel des gens du monde, surtout en France (et je ne crois pas que qui que ce soit ose affirmer le contraire), est celui-ci : « Je crois à la nature et je ne crois qu’à la nature (il y a de bonnes raisons pour cela). Je crois que l’art est et ne peut être que la reproduction exacte de la nature (une secte timide et dissidente veut que les objets de nature répugnante soient écartés, ainsi un pot de chambre ou un squelette). Ainsi l’industrie qui nous donnerait un résultat identique à la nature serait l’art absolu. » Un Dieu vengeur a exaucé les vœux de cette multitude. Daguerre fut son Messie. Et alors elle se dit : « Puisque la photographie nous donne toutes les garanties désirables d’exactitude (ils croient cela, les insensés !), l’art, c’est la photographie. » À partir de ce moment, la société immonde se rua, comme un seul Narcisse, pour contempler sa triviale image sur le métal.
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ElGatoMaloElGatoMalo   11 février 2012
Mystérieuse faculté que cette reine des facultés ! Elle touche à toutes les autres ; elle les excite, elle les envoie au combat. Elle leur ressemble quelquefois au point de se confondre avec elles, et cependant elle est toujours bien elle-même, et les hommes qu’elle n’agite pas sont facilement reconnaissables à je ne sais quelle malédiction qui dessèche leurs productions comme le figuier de l’Évangile.
Elle est l’analyse, elle est la synthèse ; et cependant des hommes habiles dans l’analyse et suffisamment aptes à faire un résumé peuvent être privés d’imagination. Elle est cela, et elle n’est pas tout à fait cela. Elle est la sensibilité, et pourtant il y a des personnes très sensibles, trop sensibles peut-être, qui en sont privées. C’est l’imagination qui a enseigné à l’homme le sens moral de la couleur, du contour, du son et du parfum. Elle a créé, au commencement du monde, l’analogie et la métaphore. Elle décompose toute la création, et, avec les matériaux amassés et disposés suivant des règles dont on ne peut trouver l’origine que dans le plus profond de l’âme, elle crée un monde nouveau, elle produit la sensation du neuf. Comme elle a créé le monde (on peut bien dire cela, je crois, même dans un sens religieux), il est juste qu’elle le gouverne.
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stekasteka   25 septembre 2014
Il y a quelques années, un homme puissant et singulier, un officier de marine, dit-on, avait commencé une série d'études à l'eau-forte, d'après les points de vue les plus pittoresques de Paris. Par l'âpreté, la finesse et la certitude de son dessin, M. Meryon rappelait les vieux et excellents aquafortistes. J'ai rarement vu représentée avec plus de poésie la solennité naturelle d'une ville immense. Les majestés de la pierre accumulée, les clochers montrant du doigt le ciel, les obélisques de l'industrie vomissant contre le firmament leurs coalitions de fumée, les prodigieux échafaudages des monuments en réparation, appliquant sur le corps solide de l'architecture leur architecture à jour d'une beauté si paradoxale, le ciel tumultueux, chargé de colère et de rancune, la profondeur des perspectives augmentée par la pensée de tous les drames qui y sont contenus, aucun des éléments complexes dont se compose le douloureux et glorieux décor de la civilisation n'était oublié ...
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LongabayLongabay   23 novembre 2017
Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu d'amusements qui ne soient pas coupables !

Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol, — telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l'enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, — et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseront pas prendre ; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s'enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme.

Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.

Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté.

À côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait :

De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l'œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

À travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.
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Vidéo de Charles Baudelaire
Une vie, une œuvre : Charles Baudelaire (1821-1867) [1999]
Par Christine Goémé et Périne Menguy. Émission diffusée sur France Culture le 21.01.1999. ------------------------------------------------------------------------------- Intervenants :
- Max Milner (1923-2008) : Professeur émérite de littérature à l’université Paris III - Sorbonne Nouvelle, spécialiste des XIXe et XXe siècles, et en particulier de Baudelaire, président de la Société des études romantiques et dix-neuviémistes. Auteur notamment de "Le Diable dans la littérature française de Cazotte à Baudelaire", (Paris, Corti, 1960) ; et de "Baudelaire : enfer ou ciel, qu’importe !", (Paris, Plon, 1967).
- André Guyaux : Professeur de littérature française du XIXe siècle à l’université Paris-Sorbonne, directeur du Centre de recherche sur la littérature française du XIXe siècle à la Sorbonne, spécialiste de Rimbaud et de Baudelaire. Auteur notamment de "Baudelaire. Un demi-siècle de lecture des Fleurs du mal", (Paris, PUPS).
- Jérôme Thélot : Professeur des universités, critique littéraire et philologue. Spécialiste de poétique, en particulier des œuvres d'Yves Bonnefoy et de Charles Baudelaire. Ses écrits portent sur la poésie romantique et moderne. Auteur notamment de "Baudelaire : violence et poésie", (Paris, Gallimard, 1993).
- Jean-Paul Avice : Bibliothécaire-adjoint responsable du fonds Apollinaire et d’expositions littéraires (Baudelaire en 1993, Nerval en 1996, Meryon en 2004) à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Co-auteur avec Claude Pichois de : "Baudelaire/Paris", (Quai-Voltaire/Paris-Musées 1993) ; "Dictionnaire Baudelaire", (Paris, Du Lérot, 2002) ; "Baudelaire, Paris sans fin", ( Paris-Musées/Paris-bibliothèques, 2004).
- Pascal Maillard : Professeur à l'Université de Strasbourg, enseigne la poétique et la littérature française des XIXe et XXe siècles. Cours sur la théorie de la littérature et la critique littéraire. Spécialiste, entre autres, de Baudelaire auquel il a consacré de nombreux articles. A notamment collaboré au "Dictionnaire de Poésie de Baudelaire à nos jours", sous la direction de Michel Jarrety, (Paris, PUF, 2001).
- Christian Jambet : Philosophe à l'École pratique des hautes études. A étudié notamment le platonisme et l'épicurisme de Baudelaire.
- Raphael Brossard
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