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Francis Moulinat (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253060909
Éditeur : Le Livre de Poche (01/06/1992)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 38 notes)
Résumé :
« Je crois sincèrement que la meilleure critique est celle qui est amusante et poétique ; non pas celle-ci, froide et algébrique, qui, sous prétexte de tout expliquer, n'a ni haine ni amour, et se dépouille volontairement de toute espèce de tempérament ; mais, - un beau tableau étant la nature réfléchie par un artiste, - celle qui sera ce tableau réfléchi par un esprit intelligent et sensible. [...] Pour être juste, c'est-à-dire pour avoir sa raison d'être, la criti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
NMTB
  20 décembre 2014
Ce recueil de tous les écrits sur l'art de Baudelaire, au moins aussi imposant par le nombre de pages que toute son oeuvre poétique, est d'une qualité inégale. le malheur est qu'il commence, comme l'ordre chronologique l'impose, par une introduction assez longue et fastidieuse, c'est-à-dire le compte-rendu du salon de 1845, qui, de tout le livre, est la partie la plus inintéressante ; à peine plus qu'un catalogage. Second bémol, comme Baudelaire n'avait probablement jamais envisagé que tous ces articles pussent être un jour réunis dans un même livre, il y a d'assez nombreuses et rébarbatives répétitions. Malgré tout, l'ensemble reflète assez bien les différents débats qui ont animé la vie artistique française au milieu du dix-neuvième siècle. « Glorifier le culte des images (ma grande, mon unique, ma primitive passion) » a écrit Baudelaire dans Mon coeur mis à nu. Iconolâtre dans son adoration de la peinture, il fut aussi iconoclaste dans ses attaques contre la tradition classique. La dualité est une constante dans les critiques artistiques de Baudelaire. Il défend toujours contre. le romantisme contre le classicisme, l'imagination contre le réalisme, les sentiments contre l'idéal, la couleur contre le dessin, le génie contre les ouvriers d'atelier, l'individualité contre la conformité (ce qu'il appelle dédaigneusement le style, le manque de personnalité). Mais, toutes ses prises de position n'ont pratiquement qu'une cause : l'adoration qu'il voue à Delacroix et sa ferveur à l'exalter. Son admiration est sans bornes, c'est le génie du siècle. Il en parle avec passion, à tel point que le peintre et le poète se confondent et, parfois, on ne sait plus si Baudelaire décrit les tableaux de Delacroix ou sa propre oeuvre à venir : « Ce petit poème d'intérieur, plein de repos et de silence, encombré de riches étoffes et de brimborions de toilette, exhale je ne sais quel haut parfum de mauvais lieu qui nous guide assez vite vers les limbes insondés de la tristesse. En général, il ne peint pas de jolies femmes, au point de vue des gens du monde toutefois. Presque toutes sont malades, et resplendissent d'une certaine beauté intérieure. Il n'exprime point la force par la grosseur des muscles, mais par la tension des nerfs. C'est non seulement la douleur qu'il sait le mieux exprimer, mais surtout, - prodigieux mystère de sa peinture, - la douleur morale ! » On sent Les fleurs du mal en gestation. D'ailleurs à l'occasion, toujours en commentant Delacroix, il n'hésite pas à citer et expliciter les vers « d'un poète dont la sincérité peut faire passer la bizarrerie » qui n'est autre que lui-même. Cependant, s'il soutient indéfectiblement Delacroix contre Ingres, son grand rival (en particulier dans le débat qui consistait à faire d'Ingres un meilleur dessinateur), il reconnait tout de même à ce dernier un « admirable talent » et n'hésite pas à le défendre tant qu'il ne se trouve pas en concurrence avec son champion (voir l'article sur le musée classique du bazar Bonne-Nouvelle). Par contre, il est sans pitié pour les imitateurs de toutes sortes, que ce soit des grands maîtres, des antiquités ou de la nature ; il ne leur pardonne pas leur manque d'imagination. L'art est une affaire de sentiments et un plat imitateur ne peut en aucun cas transmettre des sentiments intimes et sincères. Cette primauté de l'imagination qu'il développe surtout dans le salon de 1859 recoupe en grande partie, il me semble, la notion de naïveté à laquelle il donne beaucoup d'importance dans ses premiers Salons. L'Art, le Beau, est le mélange d'un idéal éternel, insaisissable, et d'une multiplicité de sentiments tout aussi fuyants. D'où la bienveillance de Baudelaire envers les caricaturistes toujours prêts à reproduire, avec un humour satanique, le caractère mouvementé de ses contemporains. Ainsi que son intérêt pour Constantin Guys, peintre de la modernité (et précurseur d'artistes tels que Degas ou Toulouse-Lautrec) qui serait probablement tombé dans l'oubli sans son illustre commentateur. À part ça, il y a dans ces Ecrits sur l'art quelques passages assez savoureux quand Baudelaire se risque à des considérations politiques. Des introductions à ses deux premiers Salons, qui ne sont qu'apologies du bourgeois (rouage essentiel de la société, il est vrai, et accessoirement son lectorat), jusqu'au Salon de 1859 - après une révolution passée sur les barricades et un procès pour atteinte aux bonnes moeurs - où il exprime son envie d'envoyer « son écritoire à la face de l'âme bourgeoise » et « avec une vigueur qu'elle ne soupçonne pas »… tout ça est plutôt drôle.
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Tyty68
  26 juillet 2015
Malgré une certaine férocité de critique assumée et parfois excessive , Baudelaire porte un regard aigu sur ses contemporains, c'est fabuleux de parcourir une partie de l'histoire de l'Art avec un tel guide.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
AlexeinAlexein   30 juin 2016
Je crois sincèrement que la meilleure critique est celle qui est amusante et poétique ; non pas celle-ci, froide et algébrique, qui, sous prétexte de tout expliquer, n’a ni haine ni amour, et se dépouille volontairement de toute espèce de tempérament ; mais, — un beau tableau étant la nature réfléchie par un artiste, — celle qui sera ce tableau réfléchi par un esprit intelligent et sensible. Ainsi le meilleur compte rendu d’un tableau pourra être un sonnet ou une élégie.

Mais ce genre de critique est destiné aux recueils de poésie et aux lecteurs poétiques. Quant à la critique proprement dite, j’espère que les philosophes comprendront ce que je vais dire : pour être juste, c’est-à-dire pour avoir sa raison d’être, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c’est-à-dire faite à un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d’horizons.

Exalter la ligne au détriment de la couleur, ou la couleur aux dépens de la ligne, sans doute, c’est un point de vue ; mais ce n’est ni très large ni très juste, et cela accuse une grande ignorance des destinées particulières.

Vous ignorez à quelle dose la nature a mêlé dans chaque esprit le goût de la ligne et le goût de la couleur, et par quels mystérieux procédés elle opère cette fusion, dont le résultat est un tableau.

Ainsi un point de vue plus large sera l’individualisme bien entendu : commander à l’artiste la naïveté et l’expression sincère de son tempérament, aidée par tous les moyens que lui fournit son métier. Qui n’a pas de tempérament n’est pas digne de faire des tableaux, et, — comme nous sommes las des imitateurs, et surtout des éclectiques, — doit entrer comme ouvrier au service d’un peintre à tempérament.

[…]

Désormais muni d’un critérium certain, critérium tiré de la nature, le critique doit accomplir son devoir avec passion ; car pour être critique on n’est pas moins homme, et la passion rapproche les tempéraments analogues et soulève la raison à des hauteurs nouvelles.

Comme [les arts] sont toujours le beau exprimé par le sentiment la passion et la rêverie de chacun, c’est-à-dire la variété dans l’unité, ou les faces diverses de l’absolu, — la critique touche à chaque instant à la métaphysique.

Chaque siècle, chaque peuple ayant possédé l’expression de sa beauté et de sa morale, — si l’on veut entendre par romantisme l’expression la plus récente et la plus moderne de la beauté, — le grand artiste sera donc, — pour le critique raisonnable et passionné, — celui qui unira à la condition demandée ci-dessus, la naïveté, — le plus de romantisme possible.

Extrait du chapitre : À quoi bon la critique ?
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AlexeinAlexein   28 juin 2016
Il me reste, pour compléter cette analyse, à noter une dernière qualité chez Delacroix, la plus remarquable de toutes, et qui fait de lui le vrai peintre du XIXe siècle : c’est cette mélancolie singulière et opiniâtre qui s’exhale de toutes ses œuvres, et qui s’exprime et par le choix du sujet, et par l’expression des figures, et par le geste, et par le style de la couleur. Delacroix affectionne Dante et Shakespeare, deux autres grands peintres de la douleur humaine ; il les connaît à fond, et il sait les traduire librement. En contemplant la série de ses tableaux, on dirait qu’on assiste à la célébration de quelque mystère douloureux […]. Dans plusieurs on trouve, par je ne sais quel constant hasard, une figure plus désolée, plus affaissée que les autres, en qui se résument toutes les douleurs environnantes […]. Cette mélancolie respire jusque dans Les Femmes d’Alger, son tableau le plus coquet et le plus fleuri. Ce petit poème d’intérieur, plein de repos et de silence, encombré de riches étoffes et de brimborions de toilette, exhale je ne sais quel haut parfum de mauvais lieu qui nous guide assez vite vers les limbes insondés de la tristesse.
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AlexeinAlexein   28 juin 2016
Monsieur Victor Hugo, dont je ne veux certainement pas diminuer la noblesse et la majesté, est un ouvrier beaucoup plus adroit qu’inventif, un travailleur bien plus correct que créateur. Delacroix est quelquefois maladroit, mais essentiellement créateur. M. Victor Hugo laisse voir dans tous ses tableaux, lyriques et dramatiques, un système d’alignement et de contrastes uniformes. L’excentricité elle-même prend chez lui des formes symétriques. Il possède à fond et emploie froidement tous les tons de la rime, toutes les ressources de l’antithèse, toutes les tricheries de l’apposition. C’est un compositeur de décadence ou de transition, qui se sert de ses outils avec une dextérité véritablement admirable et curieuse. M. Hugo était naturellement académicien avant que de naître, et si nous étions encore au temps des merveilles fabuleuses, je croirais volontiers que les lions verts de l’Institut, quand il passait devant le sanctuaire courroucé, lui ont souvent murmuré d’une voix prophétique : « Tu seras de l’Académie ! »
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AlexeinAlexein   21 juin 2016
Donc, quand nous disons que ce tableau (La Madeleine dans le désert de Delacroix) est bien dessiné, nous ne voulons pas faire entendre qu’il est dessiné comme un Raphaël ; nous voulons dire qu’il est dessiné d’une manière impromptue et spirituelle ; que ce genre de dessin, qui a quelque analogie avec celui de tous les grands coloristes, de Rubens par exemple, rend bien, rend parfaitement le mouvement, la physionomie, le caractère insaisissable et tremblant de la nature, que le dessin de Raphaël ne rend jamais.
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MessagerMessager   18 août 2011
Avez-vous éprouvé, vous tous que la curiosité du flâneur a souvent fourrés dans une émeute, la même joie que moi à voir un gardien du sommeil public, - sergent de ville ou municipal, la véritable armée, - crosser un républicain ? Et comme moi, vous avez dit dans votre cœur : « Crosse, crosse un peu plus fort, crosse encore, municipal de mon cœur ; car en ce crossement suprême, je t’adore, et te juge semblable à Jupiter, le grand justicier. L’homme que tu crosses est un ennemi des roses et des parfums, un fanatique des ustensiles ; c’est un ennemi de Watteau, un ennemi de Raphaël, un ennemi acharné du luxe, des beaux-arts et des belles-lettres, iconoclaste juré, bourreau de Vénus et d’Apollon ! Il ne veut plus travailler, humble et anonyme ouvrier, aux roses et aux parfums publics ; il veut être libre l’ignorant, et il est incapable de fonder un atelier de fleurs et de parfumeries nouvelles. Crosse religieusement les omoplates de l’anarchiste. »
Ainsi, les philosophes et les critiques doivent-ils impitoyablement crosser les singes artistiques, ouvriers émancipés, qui haïssent la force et la souveraineté du génie.
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Vidéo de Charles Baudelaire
Émission des "Nouveaux Chemins" diffusée le 10 mai 2010 sur France Culture à l'occasion d'une série consacrée à l'Imagination. Raphaël Enthoven reçoit Jean-Paul Avice (bibliothécaire adjoint de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris et spécialiste de l’œuvre de Baudelaire).
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