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Christophe Rosson (Traducteur)
EAN : 9782841565207
384 pages
Editions du Rouergue (10/11/2003)
3.88/5   4 notes
Résumé :
Temps accéléré, rencontres décousues, engagements momentanés, obsession de la forme, recherche de la sensation vraie, déplacements incessants, rencontre de l'étranger faite dans le tourisme ou la xénophobie, commerce de la violence, surveillance de la vie et toute-puissance technique : voilà ce qui compose notre vie contemporaine décomposée, « en miettes ».

Comment vivre sans codes ni règles sans tomber dans le chaos ? Zygmunt Bauman, influencé par Le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
colimasson
  19 juillet 2021
« Il devient de plus en plus difficile d'être prudent et prévoyant, de penser à l'avenir, dans la mesure où accumuler des capacités pour lesquelles il n'y aura peut-être plus de demande demain n'a pas grand sens, pas plus qu'économiser de l'argent qui, demain, peut perdre une grande partie de son pouvoir d'achat. Au moment où de jeunes gens s'engagent dans le jeu de la vie, il leur est impossible de savoir à quoi les règles du jeu ressembleront, au fil du temps ; ce dont tout le monde peut être tout à fait sûr, c'est qu'elles auront changé plus d'une fois avant la fin de la partie. »

ZB situe la naissance de la modernité avec la fin de l'Ancien Régime (rationalité, loi, abandon de la tradition, culte du progrès). Il en situe la fin avec la chute du mur de Berlin. Après trois années de latence, une nouvelle période se révèle avec la signature du traité de Maastricht. Bienvenue dans la post-modernité, c'est-à-dire dans l'époque qui n'a pas d'autre nom que d'être la suite d'une suite de transitions qui ne savent pas où elles vont. Mon favori, Philippe Muray, a bien décrit cette période d'auto-célébration. L'Empire du Bien n'allait cesser de se féliciter d'être si permissif, si festif, si tolérant, si bienveillant. le délire n'a pas duré plus de trois décennies. C'est ça d'oublier l'enseignement des religions ou, dans une autre veine, c'est ça d'oublier la psychanalyse freudienne ; c'est ça de croire que c'est la société qui crée la contrainte alors que c'est parce que l'homme est structurellement lié à la contrainte qu'il forme une société. Enlevez-lui artificiellement ses contraintes, il les fera ressurgir d'ailleurs, encore plus contraignantes, encore plus délirantes.

La première partie du livre de ZB sera consacrée à l'analyse des phénomènes de la vie postmoderne. Vous pouvez toujours la lire si vous avez envie de vous rappeler de bons vieux souvenirs désormais révolus. A l'époque, on s'en plaignait, maintenant on est contents d'en être débarrassés, mais ce qui remplace l'expérience postmoderne n'est pas franchement bandant non plus. Surgit dans cette partie l'heureuse invention épistémique de « société liquide ». Pas besoin de faire un dessin.

La deuxième partie s'interroge sur l'éthique et la moralité qui peuvent émerger de cette société liquide. Si les valeurs et les principes qui ont régi le monde jusqu'à présent sont condamnés à s'écouler eux aussi avec l'eau des chiottes de la mode, comment s'assurer d'une stabilité permettant de continuer d'émettre des jugements ? Plutôt optimiste, ZB considère que la moralité naît naturellement dans la rencontre avec l'autre. Des codes propres à chaque époque et à chaque lieu infléchiraient toutefois la direction de cette moralité : religieux à l'époque prémoderne, légaux à l'époque moderne, consuméristes à l'époque post-moderne. Arrivé là, l'homme se transforme en consommateur. Il lui importe de situer sa moralité dans sa manière de consommer le monde, aussi bien ses produits que ses habitants et ses habitats. Si la terreur morale de l'individu moderne était de révéler sa non-conformité, celle de l'individu postmoderne est de faillir à se créer l'identité qui attesterait de sa bonne implication dans le monde des produits, des services et des loisirs du monde marchand. Dans ce rapport à soi-même, l'autre devient outil ou ennemi de la réalisation de l'apparence. Il peut aussi ne servir à rien, et c'est la pente sur laquelle s'est dirigée la post-modernité pour arriver à aujourd'hui. Aujourd'hui, elle est quoi notre moralité ? La question, elle est vite répondue. Elle consiste, encore une fois, à se vouer aux « offrandes aux dieux obscurs ». Chacun responsable d'un autre fétichisé, personne responsable de soi.

Souhaitant peut-être ne pas contribuer à l'ambiance mortifère de la postmodernité, encore jeune et fraîche à l'époque où il publie son livre (1995), ZB tente de conclure son essai par une pensée optimiste. Si, pour l'instant, le constat est aussi déprimant, c'est peut-être que parce que nous n'avons pas encore trouvé la posture adéquate face à la nouvelle configuration des phénomènes et des événements. ZB suggère : « ce qui peut se révéler utile […], c'est la conscience de la relation (et non de la contradiction) intime unissant le citoyen autonome et indépendant sur le plan moral (et donc souvent indiscipliné, peu maniable et gênant) à une communauté politique à part entière, autocorrectrice et qui réfléchit par elle-même ». C'est beau mais le temps de l'idéalisme a cessé. Par le péché originel dont nous parle le christianisme, ou par l'inconscient dont nous parle la psychanalyse freudienne, nous savons bien que ce n'est pas un défaut de volonté qui empêche le gouvernement des hommes et les hommes eux-mêmes d'être bons mais que cette impossibilité est structurelle, qu'elle définit notre condition et que nous ne pouvons rien faire de mieux que de nous en prémunir. Ce n'est pas en nourrissant des rêves niais que nous pourrons parvenir à cette vigilance de tous les instants.

Je ne critique pas ZB car je suis sûre qu'il ne croyait pas non plus à son optimisme. Mais il essayait de le faire croire à ses lecteurs, et c'est une bonne intention. ZB est un mec bien, et son livre vaut le détour.
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   03 août 2021
Ce qu’elle [la philosophie de Gillian Rose] rejette, au final, c’est l’espoir moderne de voir l’Humain remplacer le Divin et faire Son travail. En ce sens, le plus important de tous, la philosophie de Rose, malgré les protestations de l’auteur, est absolument postmoderne. D’une manière typiquement postmoderne, cette philosophie continue de penser que ce serait bien si les espoirs de la modernité se réalisaient, mais elle ne croit plus que ce sera jamais le cas.
La philosophie de Rose convient bien à l’humeur actuelle de « désenchantement deuxième du nom » : un désenchantement doté de la puissance et de la sagesse des mêmes raison et volonté humaines auxquelles le premier désenchantement, le désenchantement moderne, celui de la Nature (nom de code du Divin), accorda des pouvoirs magiques et le don d’infaillibilité (acte qui refondit ce désenchantement en une philosophie d’optimisme et de tumultueuse confiance en soi).
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colimassoncolimasson   15 août 2021
Le monde aux allures de désert commande à la vie d’être vécue comme un pèlerinage. Mais parce que la vie a déjà été transformée en pèlerinage, le monde au pas de la porte a des allures de désert, il est monotone ; sa signification demande encore à être introduite par le biais de pérégrinations qui la transformeraient en piste menant à une ligne d’arrivée où réside la signification. Cette « introduction » de la signification a reçu le nom de « construction d’identité ».
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colimassoncolimasson   08 août 2021
La principale anxiété concernant l’identité, à l’époque moderne, était le souci de durabilité : aujourd’hui, c’est le souci d’éviter les engagements. La modernité bâtissait en béton et en acier ; la modernité en plastique biodégradable.
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colimassoncolimasson   18 août 2021
La pierre angulaire de la stratégie de vie postmoderne n’est pas la construction de l’identité, mais le fait d’éviter d’être fixé.
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colimassoncolimasson   20 juillet 2021
L’essence même des solutions religieuses à l’ambivalence morale tient, pour ainsi dire, dans l’approche rétrospective – en offrant les moyens de contrebalancer le poids d’un choix malheureux.
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La modernité liquide, la vie en miettes, la vie dans le déplacement.
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