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EAN : 9782072874819
416 pages
Éditeur : Gallimard (16/04/2020)

Note moyenne : 3.53/5 (sur 339 notes)
Résumé :
Prix du Livre Inter 2019

"Si l’on n’aimait que les gens qui le méritent, la vie serait une distribution de prix très ennuyeuse."

Farah et ses parents ont trouvé refuge dans une communauté libertaire qui rassemble des gens fragiles, inadaptés au monde extérieur tel que le façonnent les nouvelles technologies, la mondialisation et les réseaux sociaux. Farah pense être une fille mais découvre qu’elle n’a pas tous les attributs attendus. C... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (104) Voir plus Ajouter une critique
Sebthocal
  25 février 2019
Liberty House ?
C'est à peine âgée de six ans que la jeune Farah fait son entrée dans ce lieu hautement symbolique nommé « Maison de la Liberté ». Elle est accompagnée de ses parents en fuite d'un monde qui les agressse : sa mère, « emmaillotée de tissus blindés » par peur des ondes, menacée « d'une extinction à petit feu dans les souffrances atroces de l'électrohypersensibilité », son père angoissé pour sa femme et sa grand-mère, naturiste patentée dont le sexe est orné d'un piercing bien placé.
C'est toute cette petite famille qui rejoint en pleine nuit ce « refuge pour freaks », la tête pleine d'espérances et de désirs inassouvis. Comme la sécurité, vivre dans une « zone blanche » vierge de toute substance toxique, vivre en autarcie en cultivant et se nourrissant des légumes du jardin, mais surtout vivre loin de leur peur du monde extérieur.
Ils sont une trentaine à cohabiter dans cette communauté hétéroclite. Tous réfugiés d'une société qui les refusent.
L'illusion peut alors commencer. Arcady en est le maître d'oeuvre. C'est lui qui tient les rênes de la liberté, donnant ou refusant son assentiment. Un des premiers commandements est « vivre et jouir sans entraves », ce à quoi s'emploient la plupart des membres de la communauté. Ici, point d'amour exclusif et réservé, l'amour doit être commun et débridé.
C'est assez vite, à l'âge de ses premiers émois de jeune fille, que Farah tombera totalement amoureuse d'Arcady, le gourou de son âme. Commencera alors pour elle une quête de l'amour qui ne la quittera pas.
Mais la recherche de l'amour est du bonheur sera semée d'embûches pour Farah. C'est son corps qui parle en premier : elle se transforme comme tous les adolescents, mais pas elle le voudrait. Son corps prend en effet les atours de plus en plus visibles de la virilité. Virilisme, c'est le nom donné à cette métamorphose. On la surnomme Farah Fawcett, mais elle a le physique de Silvester Stallone.
Elle complète la galerie des « monstres » mais en pire, car même si un des premiers principes est de « s'accepter tel que l'on est, avec ses tares éventuelles », celle de Farah est trop choquante pour être supportée.
Seule et abandonnée, sont les sentiments qui l'envahiront peu à peu. Ses parents l'ont confiée à la communauté et ne s'en soucient guère. Chacun vaque à ses occupations et selon son propre ego. Tous ensemble, chacun pour soi, semble être la règle de vie des habitants de « Liberty House »
Arcady l'oublie, après avoir su profiter de son corps, il préfère s'adonner à d'autres plaisirs dans les bras de jeunes hommes. Elle qui voulait « s'oublier dans cette servitude ». « Biberonnée à l'amour fou » dès le plus jeune âge, elle s'aperçoit vite que c'est un amour faux. « La langue ardente du désir » prend parfois des tournures qui chasse la vérité pour se réfugier dans le mensonge. Elle préfère se cacher et se retrouver dans la nuit : « cette volonté de gagner du temps sur la vie », et la quête éperdue pour l'amour passionné. C'est la nature qui lui fera prendre conscience petit à petit de la réalité.
Drolatique, enlevé, le ton d'Emmanuelle Bayamack-Tam l‘est, et cette dénonciation sans vergogne du phénomène sectaire est sans appel. Utilisant le mode de la dérision ou de la parodie, parfois irrésistible, comme à propos du naturisme, dont « l'un des bienfaits est de dissiper toute illusion sur les ravages du temps », peut aussi en choquer certains. Son récit est cependant parfaitement maîtrisé et limpide aux yeux de tous, car au fond la seule chose que cherche tous ces laissés-pour-compte, c'est l'Amour !
Lu en novembre 2018.
Ma chronique complète à retrouver sur mon blog le conseil des libraires/Fnac :

Lien : https://www.fnac.com/Arcadie..
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Cancie
  07 octobre 2019
Le roman débute avec l'arrivée, au domaine de Liberty House, de la narratrice Farah, avec ses parents, dans la voiture conduite par sa grand-mère Kirsten. le domaine, situé en zone blanche, aujourd'hui refuge pour freaks, était autrefois un pensionnat pour jeunes filles. Cette communauté libertaire et bucolique compte environ une trentaine de pensionnaires avec des obèses, des dépigmentés, des ¬bipolaires, des électro¬sensibles, des grands dépressifs, des cancéreux, des poly¬toxicomanes et des déments séniles. Les téléphones portables et autres technologies de communication y sont bannis.
La vie champêtre, le végétarisme, le naturisme et l'amour libre permettent à ces exclus de s'épanouir. Ils ont fait leur, la devise virgilienne "Omnia vincit amor" : L'amour triomphe de tout. Arcady est le mentor charismatique de cette communauté. Farah, se trouvant laide s'assimile à tous ces êtres fragiles. de plus, à l'âge de la puberté des problèmes sur son identité sexuelle vont se présenter à elle, Elle qui se pensait fille est en train de vivre une virilisation galopante et le syndrome de Rokitanski sera médicalement reconnu.
Qu'à cela ne tienne, Arcadie n'est pas seulement le roman d'une fillette qui devient un homme, c'est aussi celui d'une adolescente en quête d'elle-même, curieuse du monde extérieur. L'intrusion d'un jeune migrant sans papiers venu d'Érythrée va créer un bouleversement et la réaction du gourou et de ses pensionnaires sera pour le moins inattendue dans ce havre de paix ouvert à tous où la nature luxuriante est omniprésente et enchanteresse, véritable éden.
Emmanuelle Bayamack-Tam réussit à décrire la beauté luxuriante des lieux avec réalisme et beaucoup de poésie. Elle nous livre là, un roman audacieux, cru, trivial, une véritable utopie libertaire où, malheureusement va s'inviter la violence extérieure.
Arcadie est une ode à la beauté du monde et des hommes où se côtoient de superbes envolées lyriques et un parler cru tout aussi poétique, un roman très contemporain et en même temps intemporel. C'est aussi un roman politique, il aborde tous les enjeux contemporains, qu'ils soient éducatifs, technologiques, sexuels, écologiques, migratoires.
Arcadie d'Emmanuelle Bayamack-Tam a remporté le Prix Livre Inter 2019, un prix bien mérité pour un roman qui sort franchement des sentiers battus !

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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nadiouchka
  28 novembre 2018
Quand on évoquait le mot « Arcadie » dans l'Antiquité, il était synonyme de « lieu béni des dieux qui représentait un âge d'or désormais perdu. »
C'est le titre qu'a choisi Emmanuelle Bayamack-Tam, une écrivaine française (née à Marseille, cocorico...), pour son dernier livre. Celui-ci ayant déjà été largement chroniqué, je vais me contenter de me faire une petite place, juste « me caser ».
Dans une interview, l'auteure reconnaît que toutes les utopies l'intéressent et c'est ce qu'elle a voulu incarner avec « Arcadie ».
On va suivre la petite Farah, qui toute jeune, grandit dans une communauté (attention, pas une secte), « Liberty House », gérée par une sorte de gourou, un certain Arcady. On y trouve des personnages pas gâtés par leur physique mais ici on ne les rejette pas (ils sont comme ils sont) – d'autres ont une vision de la vie tendant à évoluer au contact de la nature (même au point d'être naturistes à n'importe quel âge) – peu importe que l'on soit jeune ou vieux, beau ou laid – obèse ou maigre… Non, ici c'est une vie idéale sans tabous physiques ou moraux. Cet endroit apparemment idyllique se trouve à la frontière franco-italienne, une « zone blanche « car les téléphones portables et autres technologies de communication sont bannis de Liberty House et de son projet communautaire.

Quant aux noms des personnages, « Arcady a débaptisé à peu près tout le monde, multipliant les diminutifs et les sobriquets ». le père de Sarah est devenu « Marqui » (sans le « s ») - sa mère est « Bichette » - la cuisinière Fiorentina est « Mrs Danvers – Dolores et Teresa sont « Dos » et « Tres » - Daniel, l'ami qui le restera très longtemps, est « Nello »… J'en passe car je ne peux pas énumérer tout le monde. J'ajoute seulement que Farah aussi n'y coupe pas et a droit à : « Farah Facette » ou « Farah Diba » ou encore « Farah Fawcette ».
La jeunesse de Farah se passe donc dans la plus grande liberté mais son problème est qu'elle ne peut rien contre son corps. Elle a le sentiment d'être une fille mais des signes masculins s'affirment. Alors, est-elle une fille ou un garçon ? Est-elle une fille-garçon ou un garçon-fille ?
« Farah, au fait : vous êtes une fille ou un garçon ? Parce que si j'en crois l'état-civil, vous êtes une fille, mais bon, à vous voir, ce n'est pas si clair... » (p.417).
Comme on la laisse grandir librement, son corps se développe tout seul et ce thème des « corps hors normes » intéresse beaucoup l'auteure.
L'été de ses quinze ans, on organise une quinceañera, une fête qui marque le passage à la féminité (en principe). C'est le moment qu'a choisi Farah pour être (enfin) déflorée par Arcady qu'elle aime depuis longtemps tandis que lui, attendait qu'elle soit femme. Mais comme à son âge elle n'a toujours pas ses règles, il va même jusqu'à l'emmener chez une gynécologue qui lui explique que cela n'est pas bien rare.
On retrouve le thème de l'amour tout au long du livre, la passion folle, la sexualité débridée, l'érotisme torride….
Puis un jour, apparaît un migrant, surnommé « Angossom », que Farah et Daniel essaient de cacher dans cette arche de Noé mais qui sera vite découvert. Et là, voici que l'accueil tant prôné par la communauté, vole en morceaux : on veut bien reconnaître ce gros problème, mais pas ici, pas chez eux, non : ailleurs.
C'est ainsi que Farah, qui raisonne autrement, va s'éloigner. Elle voit qu'elle vit dans un végétarisme imposé dans ces lieux où l'on préfère respecter les animaux plutôt que les Syriens qui arrivent après avoir risqué mille occasions de mourir.
Emmanuelle Bayamack-Tam passe par une brutalité de la description et de l'écriture. Elle n'a reproduit qu'à petite échelle ce qui se passe actuellement (mais aussi depuis un certain temps. On dit bien que nous sommes tous des migrants…). Derrière les beaux principes des Droits de l'Homme, la politique n'est pas à la hauteur – des paroles mais pas des actes et pendant ce temps des milliers d'êtres humains perdent la vie en voulant fuir la mort dans leurs pays.
L'auteure dit s'intéresser à la décrépitude des corps, la vieillesse (par exemple avec « Dadah ») pour raconter que le désir n'est pas réservé seulement aux gens jeunes, beaux, parfaits.
Dans cet ouvrage, on trouve ainsi plusieurs thèmes, plusieurs fins et l'auteure a voulu que le dénouement soit une forme d'espoir. Elle dit également qu'il n'y a pas vraiment une morale à tirer de ce récit…
On verra que l'AMOUR y est très présent. Ce livre est d'une grande beauté même si les personnages ne le sont pas tous (physiquement) et on peut conclure avec la règle de cette communauté, ce paradis perdu, cette maison du jouir : « Omnia vincit amore » (« L'amour triomphe de tout »).
En arrivant à la fin de l'ouvrage on remarque que si l'on s'est pris une grande gifle, on peut malgré tout remercier Emmanuelle pour avoir écrit un livre aussi fort, magnifique et fi de la pudibonderie car certains passages sont très explicites.
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michfred
  16 juillet 2019
Freaks de tous les pays, unissez-vous!
Créez , contre toute tentative de normalisation, une utopie de l'anormalité, une arcadie du monstrueux, un phalanstère des rebuts, des rebelles et  autres reubeus, une zone blanche impolluée et inviolée, hors radar, hors sol, hors réseaux, une zone de libre échange sexuel où s'expriment,  royalement libertaires,  phéromones et cyprines,  une  jungle édenique où bêtes et gens,  loin des peurs et des haines, proclameront la grande égalité du vivant.
Proclamez la liberté du jouir  et jouissez- en!
Non, je n'ai pas fumé la moquette!
 Liberty House, l'Arcadie varoise d'Arcady, c'est à peu près cela.
La jeune Farah nous en décrit les charmes- ambigus- les hôtes- étranges- ,  les us et coutumes- si particuliers.
Non sans humour - et même avec un humour ravageur!- , car son amour inconditionnel pour le gourou fondateur des lieux,  Arcady en personne,  n'empêche pas cette jeune et sagace narratrice de conserver lucidité et quant à soi à l'egard de son éden libertaire.  Même si elle y vit depuis sa tendre enfance.
D'autant que l'enfance, justement, est en train de la quitter et que la puberté la tourmente de bien étrange façon : plus elle sent naitre en elle un impérieux désir de femme pour son gourou chéri, plus son corps la trahit , optant quant à lui pour une virilité disgracieuse, décevante,  plutôt velue même.
Les meilleures utopies ont une fin, c'est-à-dire,  si l'on joue sur la sémantique, qu'elles ont une limite,  un achèvement et une finalité.
Une limite qui est celle, toute triviale, de la frontière. le meilleur des mondes , même lui, ne peut accueillir toute la misère du monde. Et quand Farah prend la mesure de cette frilosité-là, c'est toute sa mythologie personnelle qui s'effondre. Déception. Désacralisation. Candide quitte Thunder-ten-Tronck...Liberty House ne serait donc qu'une secte parmi tant d'autres?
Un achèvement. "Et in Arcadia ego" dit la Camarde, et cette grande Faucheuse , on le sait, a toujours le dernier mot.
Une finalité aussi, et bien forte. Car l'éducation libertaire laisse des traces, réveille des faims, lève des attentes. Et tout paradis perdu porte en soi le désir d'être retrouvé,  voire recréé,  remodelé. 
Un peu comme ce corps sauvage qui veut assigner à Farah un rôle qu'elle refuse.
Farah n'a pas connu l'utopie seulement pour la renier ou la perdre: elle lui a appris à écouter ses désirs,  sa soif de justice et d'amour. Elle lui à appris à vouloir. 
Et tous les diktats du monde, fussent-ils ceux de son propre corps, ne sauraient infléchir cette loi-là, une loi non-écrite,  impérieuse comme celle d'Antigone.
Une lecture fascinante, rondement menée, fichtrement bien écrite, crue, drôle et décapante, qui secoue bien des cocotiers, abat bien des marronniers,  mais vous laisse des graines et des pousses plein la tête.
De quoi faire pousser un jardin sauvage et beau, prêt pour une nouvelle utopie.
Une  jungle édenique où bêtes et gens,  loin des peurs et des haines, proclameront la grande égalité du vivant...

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Patsales
  22 juin 2019
Vous avez aimé "Zazie dans le métro"? Vous adorerez Farah in Arcadia. Même gouaille, mêmes ambiguïtés sexuelles et textuelles, même joie à jouer sur et de la langue, même amour de la liberté, même trouble identitaire, même manque de fiabilité des adultes, même insolente modernité...
J'ai gloussé de rire une bonne partie du roman, tout en me doutant que ça n'allait pas durer: on le sait, "ego in arcadia" dit la mort, il n'est de monde rêvé qui ne déçoive.
Farah vit donc en utopie, au milieu d'une nature préservée, jouissant de la bienveillance généralisée des adultes, comblée de livres et de sexe... Généralement, les romans d'éducation nous invitent à une austère émancipation: Candide doit quitter le beau château de Thunder-Ten-Tronck et découvre l'horreur du monde, il ne se consolera que très médiocrement à cultiver son jardin. Pour Farah, si le monde idéal de l'enfance se fissure - et pas qu'un peu -, si elle devient adulte en découvrant les vertus du compromis (mieux vaut des idéalistes petits-bourgeois que pas d'idéalisme du tout), c'est pour s'affranchir de toute limite: nous avons pouvoir sur tout, rien ne nous détermine et surtout pas notre corps, et ce fichu monde idéal, il est hors de question de nous dire qu'il n'existe pas, parce qu'on va le construire, et fissa!
Et comme la liberté demande à se défaire de tout genre assigné, ce liv/bre n'est pas tout à fait un roman et navigue entre conte philosophique et centon, actualité brûlante et sagesse antique, oralité débridée et écriture ciselée.
"Mon héritage est là aussi, dans la certitude que l'infraction doit primer sur la norme, dans la conviction qu'il ne peut y avoir de vie qu'irrégulière et de beauté que monstrueuse. Je suis née pour abolir l'ancien testament, qui a toujours légué le monde à ceux qui avaient déjà tout, reconduisant éternellement les mêmes dynasties dans leurs privilèges exorbitants. La guerre des trônes n'a pas eu lieu, elle n'a été qu'un simulacre, un jeu de chaises musicales, un échange de bons procédés entre nantis, qui excluait toujours les forçats de la faim, les captifs, les vaincus – et bien d'autres encore."
Encore.
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critiques presse (9)
Lexpress   01 juillet 2019
On n'oubliera pas "Arcadie" (P.O.L) d'Emmanuelle Byamack-Tam, roman libertaire et libertin, aussi subversif qu'érudit, qui vient d'être récompensé par le prix du Livre.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeMonde   17 juin 2019
L’autrice traite avec finesse le queer (individu à ­l’identité non hétéro­normée) non comme sujet, mais plutôt comme personnage romanesque à part entière.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaCroix   14 juin 2019
Les auditeurs de Radio France ont couronné, lundi 10 juin, ce roman subversif et poétique sur la recherche d’identité d’une adolescente vivant dans une communauté libertaire, distinguant par la même occasion une écrivaine à la voix singulière.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Lexpress   29 octobre 2018
Alternant ironie mordante et douce bienveillance, langue poétique et parlé cru, Emmanuelle Bayamack-Tam aborde tous les enjeux contemporains, qu'ils soient éducatifs, technologiques, sexuels, écologiques, ou encore migratoires. Du bel ouvrage.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LaCroix   26 octobre 2018
Le cheminement identitaire, subversif et poétique, d’une adolescente intersexuée évoluant au sein d’une communauté repliée sur elle-même.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Actualitte   17 septembre 2018
À travers le récit d'une adolescente drôle et subtile, inquiète de son corps et qui découvre ses désirs, Emmanuelle Bayamack-Tam nous plonge dans une utopie gaie et farfelue. Mais Arcadie réserve des surprises de taille. A l'instar de la folle adolescence. A l'instar de tout le genre humain. Une lecture qui fera empreinte.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Bibliobs   17 septembre 2018
Emmanuelle Bayamack-Tam [...] signe un manifeste pour l'abolition des frontières, qu'elles soient sexuelles, géographiques ou même littéraires puisque le roman hybride sans complexe des citations de Musil, Michaux, Ellroy ou La Fontaine. Une ébouriffante utopie transgenre.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeMonde   31 août 2018
A Liberty House vit une belle bande d’inadaptés hédonistes. Jusqu’à quand ? « Arcadie », délicieux roman qui célèbre les noces de l’écriture et de la vie.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   24 août 2018
Dans une communauté libertaire et bucolique, grandit une ado hors norme. Un roman d’apprentissage d’une grande liberté, ultra contemporain et politique.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (118) Voir plus Ajouter une citation
SebthocalSebthocal   24 novembre 2018
Sans partager intégralement les phobies de sa fille et de son gendre, elle était tout de même d'accord avec eux pour reconnaître que nous étions une espèce en voie d'extinction. Nous avions peur et nos peurs étaient aussi multiples et insidieuses que les menaces elles-mêmes. Nous avions peur des nouvelles technologies, du réchauffement climatique, de l'électrosmog, des parabènes, des sulfates, du contrôle numérique, de la salade en sachet, de la concentration de mercure dans les océans, du gluten, des sels d'aluminium, de la pollution des nappes phréatiques, du glyphosate, de la déforestation, des produits laitiers, de la grippe aviaire, du diesel, des pesticides, du sucre raffiné, des perturbateurs endocriniens, des arbovirus, des compteurs Linky, et j'en passe. Quant à moi, sans bien comprendre encore qui voulait nous faire la peau, je savais que son nom était légion et que nous étions contaminés. J'endossais des hantises qui n'étaient pas les miennes mais qui frayaient sans peine avec mes propres terreurs enfantines. Sans Arcady, nous serions morts à plus ou moins brève échéance, parce que l'angoisse excédait notre capacité à l'éprouver. Il nous a offert une miraculeuse alternative à la maladie, à la folie, au suicide. Il nous a mis à l'abri. Il nous a dit : « N'ayez pas peur. »

Pages 24-25, P.O.L, 2018.
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SebthocalSebthocal   28 novembre 2018
La vie en communauté, l'amour collectif, c'est bien joli, mais j'aimerais un peu d'exclusivité. Or à Liberty House, l'amour est diffus et indifférencié : chacun en a sa part et tous l'ont tout entier — ce qui me convient mieux en théorie qu'en pratique. Depuis mon arrivée ici, je partage tout avec tous : les douches, les repas, les corvées ménagères, les soirées au coin du feu, ou les salutations au soleil. Même mes parents ont cessé de m'appartenir, et je les surprends parfois à poser sur moi un regard perplexe, comme s'ils avaient complètement oublié mon existence, absorbés qu'ils sont par la leur. Quant à leur autorité parentale, ils l'ont complètement déléguée à Arcady, comme ils se sont déchargés du reste, de toutes leurs responsabilités et préoccupations d'adultes. Quand je leur tombe dessus au détour d'un couloir ou dans les allées du potager, ils répondent à mes caresses de chiot haletant d'assez bonne grâce, mais toujours avec une pointe d'étonnement, comme s'ils se demandaient ce qui leur vaut une telle démonstration de tendresse.
On comprendra donc que j'aie envie d'inspirer à quelqu'un des sentiments plus passionnés et une prédilection plus marquée que l'affection sans ferveur que me dispensent les membres de ma confrérie, parents et tuteur compris. J'essaierais volontiers les sites de rencontre, mais le CDI de mon collège en bloque l'accès, comme s'il était complètement exclu qu'un adolescent veuille chercher l'amour. Non, si Arcady persiste à ne pas vouloir de moi, ma seule chance de tomber sur un partenaire à la hauteur de mes aspirations, c'est de continuer à arpenter les rues de la ville, ces rues qui clignotent sous la pluie comme pour me dire de ne pas désespérer : patience, l'amour viendra.

Pages 96-97, P.O.L, 2018
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SebthocalSebthocal   10 décembre 2018
Jusqu'ici je n'avais pas compris que l'amour et la tolérance ne s'adressaient qu'aux bipolaires et électrosensibles blancs : je pensais que nous aviong le cœUr assez grand pour aimer tout le monde Mais non. Les migrants peuvent bien traverser le Sinaï et s'y faire torturer, être mis en esclavage se noyer en Méditerranée, mourir de froid dans un réacteur, se faire faucher par un train, happer par les flots tumultueux de la Roya : les sociétaires de Liberty House ne bougeront pas le petit doigt pour les secourir. Ils réservent leur sollicitude aux lapins, aux vaches, aux poulets, aux visons. Meat is murder, mais soixante-dix Syriens peuvent bien s'entasser dans un camion frigorifique et y trouver la mort, je ne sais pas quel crime et quelle carcasse les scandaliseront le plus. Ou plutôt, non, je le sais, je connais trop bien leur mécanique émotionnelle, leur attendrissement facile concernant nos amies les bêtes, et leur cruauté pragmatique quand il s'agit de nos frères migrants. Ils ne mangent plus de viande et ils ont peur de la jungle, mais ils tolèrent que sa loi s'exerce jusque dans leurs petits cœurs sensibles.

Page 314, P.O.L, 2018.
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SebthocalSebthocal   05 décembre 2018
Un léger soupir soulève notre petite assemblée, à peine une onde, une risée sur les principes végétariens qui nous ont été inculqués. Les grands sont bien gentils d'avoir choisi pour nous, mais ils ont complètement sous-estimé l'attrait qu'un pilon de volaille fricassée pouvait exercer sur de jeunes estomacs. Nous nous séparons sur l'engagement solennel de veiller au grain. Inspection de l'arsenal, quadrillage du royaume, rondes diurnes, tours de garde nocturnes, les esprits s'échauffent et nous aimons ça : rien de tel qu'un ennemi commun pour réveiller l'esprit clanique — et peut-être aussi, soyons justes, rien de tel pour redevenir des enfants tant que c'est encore possible, en cette fin d'été qui voit quatre d'entre nous battre pavillon vers les rives, sans charme ni mystère, de l'âge adulte.

Page 260, P.O.L, 2018.
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SebthocalSebthocal   30 novembre 2018
Je retiens à grand-peine le bourdonnement de liesse qui me monte aux lèvres et m'allonge sur l'herbe dans une pose que j'espère engageante et lascive. Mais avec Arcady, inutile de poser, inutile de chercher à être sexy : il n'a besoin d'aucune incitation pour désirer sans fin. Appuyé sur un coude, il me contemple comme Si j'étais la huitième merveille du monde et entonne une antienne de célébration telle que je n'en ai jamais entendu ni n'en entendrai probablement jamais plus — et je souhaite à chacun d'y avoir droit un jour, parce que tout le monde devrait être désiré comme je l'ai été ce jour-là entre les ombelles de fenouil et les fétuques blondes :
— Tu es trop belle, Farah ! C'est marrant, l'année dernière je te trouvais mignonne, mais un peu fadasse, et là, tu me rends fou! Tu le sais, ça, que tu me rends fou ? Je te regardais tout à l'heure, quand on était à table, et je me disais, putain, mais quand est-ce que je vais pouvoir me la mettre sur le bout? Je n'en pouvais plus !

Pages 174-175, P.O.L, 2018.
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Vidéo de Emmanuelle Bayamack-Tam
LE FESTIVAL AUQUEL VOUS AVEZ [HÉLAS] ÉCHAPPÉ !
Rebecca Lighieri – dont il n'est pas interdit de dire qu'elle écrit aussi (et fort bien !) sous le nom d'Emmanuelle Bayamack-Tam – était invitée du festival à l'occasion de la parution de « Il est des hommes qui se perdront toujours », un roman d'initiation sombre et éblouissant, récemment paru chez P.O.L, qui plonge le lecteur dans les quartiers Nord de Marseille.
À lire : Rebecca Lighieri, Il est des hommes qui se perdront toujours, P.O.L, 2020.
http://www.ohlesbeauxjours.fr
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