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ISBN : 2818035422
Éditeur : P.O.L. (31/12/2014)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 97 notes)
Résumé :
"Je viens" est un roman comique. Il mouline les sujets qui fâchent, le racisme qui a la vie dure, la vieillesse qui est un naufrage, et les familles que l’on hait. Il illustre une fois de plus les lois ineptes de l’existence et leurs multiples variantes : l’amour n’est pas aimé, le bon sens est la chose du monde la moins partagée, les adultes sont plus immatures que les enfants, les riches se reproduisent entre eux et prospèrent sur le dos des pauvres, etc. Il vérif... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Josephine2
  12 mars 2015
On fait d'abord la connaissance de Charonne, petite fille de 6 ans, adoptée par un couple, Régis et Gladys, parents qui décident, au bout d'un an, de rendre leur fille à l'adoption, car ils ne la supportent pas et la négligent. En fait, au sein de cette famille, Charonne détonne complétement. Elle est noire, a les cheveux filandreux et surtout est très grosse. Elle est boulimique. Mais comment ne pas le devenir, lorsque l'on a des parents qui ne vous aiment pas, un grand-père, Charlie, qui vous emmène, lors de ses promenades, dans des cafés où le racisme y est légion et où elle est sans cesse critiquée ?
Charonne vit entourée de vieux, qui ne se gênent pas pour faire part, devant elle, de leurs états d'âme et de leurs problèmes intestinaux, de prostate, j'en passe et des meilleurs. Seule sa grand-mère, Nelly, fait exception. C'est la seule qui semble s'y intéresser un peu et l'aimer à sa façon.
On découvre également que Charonne a appris à lire très vite et ce, grâce à un fantôme qui vient lui rendre visite la nuit, dans le bureau et avec qui elle va lier une relation amicale. C'est l'exutoire qui lui faut pour ne pas sombrer dans la déprime. A travers ce portrait, on connaîtra les sentiments de Charonne qui n'est dupe de rien, qui est à bonne école pour se forger une carapace redoutable, lors de ses pérégrinations avec son grand-père, et de son évolution au sein de cette famille atypique.
C'est certain, elle ne manque de rien, elle n'est pas maltraitée, mais comment survivre à un deuxième abandon, et à un manque total d'amour ?
La deuxième voix est celle de la grand-mère, Nelly. Elle ne supporte pas de vieillir, elle qui était si belle, si adulée par les hommes, jalousée par les femmes. Elle porte un regard sans complaisance sur elle-même et sur le fait de vieillir, également en ce qui concerne Charlie. On connaîtra tout de sa sexualité, à travers ses deux maris. Rien ne nous est caché. Elle raconte également les rapports qu'elle a créés avec sa petite-fille, qu'elle apprend à aimer et qu'elle trouve très belle, malgré son obésité. Elle explique également les relations entre Régis et Gladys, enfants respectifs de la famille recomposée et qui se sont mariés entre eux. D'ailleurs, ceux-ci n'ont pas pardonné à leurs parents leur mariage, et ils font vivre à Nelly et Charlie un vrai calvaire. Ils ne sont satisfaits de rien, alors qu'ils n'ont jamais eu à se battre pour vivre, la famille ayant des biens leur permettant de ne pas travailler.
Le troisième portrait est celui de Gladys, fille de Nelly et du premier mari de celle-ci, Fernand. C'est une fille mal dans sa peau, qui ne trouve pas sa place dans ce monde. Tout est la faute des autres, si cela ne se passe pas bien avec Charonne, c'est elle qui fait tout pour que Gladys ne puisse l'aimer. Sa mère, son père et ensuite son beau-père sont responsables de son désamour d'elle-même, de la vie. Pourtant, elle a tout pour être heureuse. Elle ne manque pas d'argent, elle a un certain talent pour la décoration, mais cela ne suffit pas. Elle fait peser sur sa famille tout son venin. Elle est aigrie, déconfite. Elle ne ressent que du dégout et du mépris pour tout le monde. Elle seule est sincère. Elle part pour de longs voyages avec son mari, revient vivre chez ses parents, mais là non plus, elle n'est pas satisfaite. Tout ce qu'elle fait, elle le fait pour faire du mal à sa mère et à son beau-père, même si c'est à son détriment. Elle passe à côté du bonheur.

Ce roman est atypique, un langage corrosif et caustique, franc du collier, sans concession, aucune, lui donne toute sa force, le tout est très cohérant, on rit à certains passages, bref, vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé !
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tiben
  25 mai 2015
"Je viens" de Emmanuelle Bayamack-Tam est un drôle de roman que je ne sais pas trop comment critiquer mais surtout noter.
Ce que je peux dire rapidement, c'est qu'il se lit bien, qu'il est parfois drôle, parfois très triste. Qu'il nous énerve mais qu'il nous fait également souvent réfléchir.
Car au travers des 461 pages réparties en 3 parties, on passe par toutes les couleurs et toutes les humeurs.
Roman polyphonique, on démarre d'abord avec Charonne, jeune femme abandonnée à sa naissance, puis adoptée par Gladys et Régis. Malheureusement pour elle, ses parents adoptifs l'ignorent tout autant et elle a du mal dans sa jeunesse. Noire, "grosse", abandonnée, elle traverse des moments difficiles. Heureusement elle se raccroche à ses rêves et à sa grand mère Nelly.
Cette première partie dans lequel le racisme est explicitement évoqué est émotionnellement compliquée.
Puis, vient le tour de Nelly la grand mère. Dans cette deuxième partie, c'est le refus de vieillir qui est au coeur du texte. La vie de Nelly, sa carrière illustre, ses deux maris nous sont racontés. Rien ne nous est caché. C'est direct, cash, voire trash. Pas forcément ce que j'apprécie dans une lecture...
Enfin, le roman se conclut avec le point de vue de Gladys, la fille de Nelly et la mère adoptive de Charonne. Cette partie traite davantage de la famille (et de l'adultère) , de la maladie (Celle de Charlie son beau père, père de son mari Régis) et du déni (elle n'a jamais accepté sa fille adoptive)... La encore, pas forcément évident comme partie. Gladys m'a souvent énervé avec ses réflexions, son comportement et son nombrilisme. On prend du coup facilement la défense de Charonne.
Mais parler de "Je viens", c'est avant tout parler du style.
Il est également original. On le qualifiera de contemporain tant il est cru, direct. Rien ne nous est épargné et les choses sont très explicitement dites (notamment dans la seconde partie, celle que j'ai le moins apprécié...). J'ai toujours du mal à voir l'intérêt de parler aussi ouvertement de sexe dans un roman "classique".
Mais il est aussi ancien tant il est poétique, doux, agréable à la lecture. L'utilisation de locutions latines donne encore plus de crédit à l'écriture de Emmanuelle Bayamack-Tam.
En conclusion, il est difficile de parler de "Je viens" tant il y aurait de choses à dire.
Je ne peux que vous encourager à le lire et on en reparle si vous le souhaitez ;)
3/5
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DamePlume
  29 mai 2015
Ce roman m'a perdu plus d'une fois, entre fort intérêt, désintérêt, attirance, agacement, perplexité.. Il est pourtant particulièrement intéressant, ce point de vue de trois personnes, trois générations de femmes d'une même famille en souffrance.
Ce roman est rarement drôle, le plus souvent triste, alourdi de méchancetés, regrets, violences psychologiques.
Charonne est la voix de l'enfance, mais le style m'a surpris par son vocabulaire recherché, littéraire, cultivé. Elle passe effectivement sa vie dans les livres, malgré tout j'ai eu parfois du mal à accepter la manière de parler un peu trop décalée par rapport à l'âge. Ceci mis à part, j'en suis restée à "pourquoi pas".
J'ai énormément accroché à cette partie du livre, jusqu'à ce qu'apparaisse Liberato. Ce personnage présenté comme voleur puis proxénète, m'a profondément agacée d'autant qu'il reste présent dans sa vie malgré une tentative de viol organisée par ses soins. Elle semble pourtant plus intelligente que ça Charonne.
Je n'ai pas su comment prendre le déferlement raciste qui m'est tombé dessus, nageant dans des eaux troubles : l'auteur participe-t-elle à l'idée, dénonce-t-elle uniquement ? Je pense avoir tranché par un "elle dénonce, il y a des maladresses". Je crois que c'était trop, tout au long du livre, simplement. Les répétitions continues, les rappels racistes et bêtes, m'ont laissé un gout un peu amer : je sais lire un livre et ce qu'il veut véhiculer sans qu'on m'assomme avec.
Charonne aura une chance que n'aura pas eu Gladys : l'amour ; certes pas de ses parents adoptifs, mais de sa grand-mère, et c'est ce qui compte finalement, l'amour pour grandir.
Nelly est la seconde voix, celle de la vieillesse. Regrettant sa jeunesse et sa célébrité, elle ne songe plus qu'à ce passé. Passé qui aura une seconde vie à travers Charonne qui s'identifie à cette grand-mère qui finit par lui donner tout cet amour qu'elle n'a jamais pris le temps de donner à sa propre fille, Gladys. On sent à la lecture, la confusion légère de l'âge, elle passe facilement d'un sujet à un autre sans que cela soit gênant. La rupture de style, bien que le même pourtant, est intéressante : j'ai bien fait la différence de narration entre Charonne et elle. J'ai aimé sentir l'amour pour sa petite fille prendre de la place au fil des pages, j'ai aimé l'inscription de son histoire dans la filiation.
Gladys est la troisième voix, mais cette fois je n'ai guère sentie de différence dans l'écriture et cela m'a gênée autant que le racisme, la méchanceté, la rancune profonde, cruelle parce que d'autres l'ont été avec elle. Rien en elle ne m'a permis de compassion, je n'avais, c'est triste, pas vraiment envie de l'écouter. Pourtant son histoire était intéressante, sa détresse face à la futilité des apparences aurait pu être touchante, son besoin de l'essentiel qu'elle cherche sans le trouver : on a besoin d'amour pour se construire. Ce rejet de sa fille "qui n'est pas sa fille" m'a plombée à l'overdose, je n'ai pu m'attacher.
Au milieu, des fantômes (mais que font-ils là ?), la femme de ménage (raciste forcément) et sa famille envahissante (voleuse, moche, méprisante), et ce racisme encore et toujours présent partout et encore, tous ces personnes m'ont laissée globalement froide, et c'est mon regret. Pas d'attirance particulière sinon une bouffée de gratitude envers Régis qui sort de sa torpeur à la fin du livre, un peu pour Charonne qui tente de vivre malgré cet abandon et ce rejet familial terrible.
J'ai passé un moment parfois agréable, le plus souvent j'étais agacée par les propos répétitifs du roman (et les répétitions racistes, c'est usant), peu attirée par les souffrances diverses hormis Nelly.
Les hommes sont feignants, racistes, violents, les femmes sont racistes, jalouses, égoïstes, en détresse, vivant dans le passé. C'est un roman uniquement de femmes, centrées sur elles-mêmes où l'homme n'a que peu à dire.
La lecture est relativement agréable, mais le livre ne m'a pas passionnée autant qu'il l'aurait pu.
3/5
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yv1
  01 avril 2015
Reprenons dans le calme la composition de la famille : Nelly et Charlie sont mariés et ont recomposé une famille avec leurs enfants respectifs, Gladys et Régis qui eux-mêmes se sont mariés et ont adopté Charonne. Une sorte de famille recomposée qui se referme sur elle-même. La seule ouverture est l'adoption de Charonne qui débouche sur un échec.
Une fois que cela est dit, je dois dire ma difficulté à parler de ce livre qui m'a tour à tour plu, déçu et agacé voire faché. L'écriture est surprenante, faite de belles phrases usant d'un vocabulaire riche parfois savant ; mais on peut passer aussi à des propos grossiers, insultants et racistes tenus par Charlie notamment. Je ne soupçonne pas l'auteure de racisme ordinaire mais certaines phrases me font bondir : "Je transpire. C'est ce qui arrive fréquemment aux petites filles quand elles sont grosses et noires..." (p.14) -pour moi, aussi con que de dire que tous les noirs courent vite et qu'ils ont le rythme dans la peau-, ou d'autres pires, franchement dégueulasses qui transcrivent les idées de Charlie totalement désinhibé avec l'âge et la maladie ; j'imagine qu'elles sont là pour dénoncer le racisme, mais trop c'est trop, on peut comprendre à moins*. de même l'auteure fait de multiples retours sur des situations par le jeu des différentes narratrices, sans rien y ajouter comme si ses lecteurs étaient atteints d'Alzheimer et qu'il fallait leur ressasser sans cesse. Je préfère un écrivain qui fait confiance à son lectorat. On me reprochera sans doute mon manque d'humour et de second degré face à une auteure qui fait de la provocation et ce dès le tout début de son ouvrage : "L'un des grands avantages de la négligence parentale, c'est qu'elle habitue les enfants à se tenir pour négligeables. Une fois adultes, ils auront pris le pli et seront d'un commerce aisé, faciles à satisfaire, contents d'un rien." (p. 11). Je travaille auprès d'enfants confiés à l'Aide Sociale à l'Enfance, que ne lisent-ils ces propos, ça me simplifierait mes journées...
Pouf pouf, je me calme et je reprends par ordre d'apparition. Charonne est une jeune fille attachante, un personnage fort et puissant qui sans nul doute réussira sa vie telle qu'elle l'entend. Elle est sans doute à peine crédible, une enfant doublement abandonnée ne le vit pas aussi bien, mais bon chaque individu est différent, alors peut-être sa force de caractère lui permet-elle la résilience. Elle vit bien sa couleur de peau et son surpoids, en joue même. Elle sait qu'elle n'est pas aimée par ses mères biologique et adoptive et se retourne donc vers sa grand-mère, Nelly. Celle-ci a été follement aimée par Fernand son premier mari et le père de Gladys qui, loin d'être un Apollon était un amant prodigieux et également celui qui a fait d'elle une vedette de cinéma. A la mort d'icelui, elle tombe follement amoureuse de Charlie, beau comme un dieu, mais piètre amant. A 88 ans Nelly fait un point final sur sa vie qui ces dernières années a changé grâce à Charonne. Quant à Gladys, elle n'aime personne sauf son mari Régis. Mal-aimée, revancharde, égoïste, c'est une femme qui a toujours souffert.
La jalousie, l'égoïsme, la solitude, l'amour, la mort, les relations mères-filles sont en plein coeur de ce roman dans lequel E. Bayamack-Tam ajoute aussi des personnages virtuels, que chaque femme voit dans le bureau de la maison familiale, des personnages rêvés, des hommes qui leur permettent de vivre, de faire le point sur leur vie, de s'intéresser aux autres. C'est un roman sur une famille qui dysfonctionne, une famille handicapée du lien maternel et paternel.
Je finis mon billet sur ce roman qui ne laisse pas indifférent, qui se répète trop, souffre de longueurs, associe une langue très personnelle à des propos parfois à la limite de l'overdose parce que trop rabâchés, qui met en scène des femmes blessées, fortes et/ou en pleine interrogation sur le sens de leurs vies. Autant de points positifs que de négatifs. Je vous l'avais dit, je ne sais par quel bout prendre ce livre...
Dans un genre différent mais parlant de certains des thèmes évoqués ici, j'ai préféré Reproduction, de Bernardo Carvalho, moins racoleur.
* Cette parole qui se libère en ce moment à la faveur de la montée du FN m'exaspère au plus haut point. Je ne suis pas pour ce qu'on nomme le politiquement correct, mais franchement, certains propos m'énervent comme de dire que les petites filles grosses et noires transpirent et puent... Je vis quotidiennement avec deux garçons noirs qui me rapportent des propos tenus dans les cours d'école qui me sidèrent, du racisme quotidien qui n'a rien à voir avec les petites vacheries entre enfants, c'est beaucoup plus profond que cela ; ou alors ma grande naïveté m'avait jusqu'à maintenant -j'approche quand même de la cinquantaine !- épargné, pourtant il ne me semblait pas avoir vécu dans du coton loin des réalités...
Lien : http://lyvres.fr
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mademoisellechristelle
  30 juillet 2016
Ce livre a tout de suite éveillé ma curiosité. le titre, d'abord « Je viens ». Puis, la quatrième de couv', qui évoque des thèmes dans l'air du temps : le racisme, le fait de vieillir, les familles que l'on hait. Aussi, quand j'ai vu que « Je viens » était dans les nouveautés Folio, je n'ai pas hésité et je l'ai choisi. Je remercie donc les éditions Folio pour cette jolie découverte.
Le roman d'Emmanuelle Bayamack-Tam est un roman à trois voix. La petite fille, Charonne, est une enfant adoptée par Gladys et Régis, un couple de blancs. Charonne est noire, obèse, elle a des cheveux filandreux et des grosses lèvres bleues. Selon ses parents adoptifs, elle ne mérite pas d'être aimée à cause de son physique ingrat. Charlie, son grand-père la traite de « négresse » à longueur de journée, et l'emmène faire la tournée des bars où le racisme y est légion. Seule Nelly, sa grand-mère, semble se soucier de son bien-être et la trouve belle à sa façon.
Nelly, la grand-mère, est une ancienne actrice qui vit dans son passé, à l'époque où elle faisait encore tourner les têtes comme elle faisait virevolter ses robes dans les soirées mondaines qu'elle fréquentait. Nelly a eu deux maris. de son premier mari, Fernand, naquit Gladys ; cette dernière n'acceptera jamais son second mariage avec Charlie. Nelly ne supporte plus de vieillir et pense qu'elle n'a plus aucune raison de vivre. Son mari Charlie perd la tête, sa fille Gladys la déteste et elle est obsédée par la passion qu'elle a vécue avec son premier mari décédé.
Gladys, la fille, est le personnage le plus antipathique de l'histoire. Gladys a épousé Régis, le fils de Charlie (oui, oui, son demi-frère). Elle a toujours vécu dans l'ombre de sa mère et le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle n'a pas hérité de son physique avantageux. Considérant qu'elle n'aura jamais aucun attachement pour Charonne, elle va tenter de la « rendre » au foyer d'adoption. Gladys est mal dans sa peau, elle ne sait pas comment se comporter dans ce monde et connaît un grand mal être. Et cela, c'est entièrement la faute des autres.
Ce roman a suscité tour à tour plusieurs émotions : j'ai pris en pitié Charonne, cette petite fille abandonnée à la naissance par une mère junkie, contrainte à vivre dans une maison où personne ne désire sa présence. J'ai été attendrie par Nelly : cette vieille dame à la gloire passée qui repense toujours à son premier grand amour décédé. Enfin, j'ai été agacée par Gladys, cette enfant gâtée et nombriliste, bouddhiste, végétarienne sans gluten et sans saveur, en lutte perpétuelle contre le monde entier.
Ces trois portraits de femmes à la première personne sont rédigés de manière « brute » et « brutale », ce qui les rend bouleversants. le lecteur se rend vite compte qu'il n'est pas plongé dans une fiction, mais dans la vie, la vraie.
Dans la vie justement, on ne se comprend pas, on ne prend plus le temps d'échanger et on se mure dans son silence. Dans la vie, on s'attend à naviguer sur un long fleuve tranquille mais c'est loin d'être le cas. Vient alors la désillusion : le mépris des êtres chers, l'intolérance irrationnelle, la beauté qui se fane. Enfin, dans la vie, chaque famille cache secrets et cadavres dans son placard. Et quand sonnera l'heure des vérités, sonnera également l'heure des confrontations.
J'ai beaucoup aimé l'écrire d'Emmanuelle Bayamack-Tam. Pour moi, elle a écrit un roman de femmes pour les femmes. Mais pas n'importe quelle femme : l'écriture est tantôt très crue, tantôt soutenue, tantôt poétique. Il faut être forte et sensible à la fois pour lire ce livre.
Le fil conducteur du roman est le lien maternel (chaque mère en est d'ailleurs dépourvu) et les liens familiaux en général. Les femmes sont au centre du roman, les hommes ayant un rôle secondaire. Un roman définitivement féminin en somme.
Le mensonge est également très présent dans le roman. Il s'agit aussi bien du mensonge que l'on raconte aux autres que du mensonge que l'on se raconte à soi-même. le mensonge permet aux personnages de se cacher, parfois des autres, mais aussi d'eux-mêmes. C'est aussi le mensonge qui va cimenter les murs entre lesquels ces trois femmes s'enferment.
Et pour finir, voici un extrait de « Agir, je viens », le poème qui a inspiré le titre du livre :
Agir, je viens
Je suis là
Je te soutiens
Tu n'es plus à l'abandon
Tu n'es plus en difficulté
Ficelles déliées, tes difficultés tombent
Le cauchemar d'où tu revins hagarde n'est plus
Je t'épaule
Tu poses avec moi
Le pied sur le premier degré de l'escalier sans fin
Qui te porte
Qui te monte
Qui t'accomplit
Je t'apaise
Je fais des nappes de paix en toi
Je fais du bien à l'enfant de ton rêve

Lien : http://mademoisellechristell..
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critiques presse (1)
Liberation   16 février 2015
Charonne a 20 ans, elle est une héroïne récurrente mais à la biographie variable des romans d’Emmanuelle Bayamack-Tam. Celui-ci, Je viens, est un conte cruel et très drôle, l’autoportrait de trois femmes d’une même famille qui prennent la parole l’une après l’autre : la grand-mère nonagénaire Nelly, sa fille sexagénaire Gladys et sa petite-fille Charonne.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
Josephine2Josephine2   08 mars 2015
Page 208
Quand j’ai connu Charlie, il était déjà féru de généalogie, mais avec l’âge, c’est devenu chez lui une obsession et un hobby aussi absorbant que ses collections. Il passait des heures à remonter la piste d’un ancêtre drapier du côté de Gand ou à éplucher des relevés d’état civil dans l’espoir de ramifier son arbre. Et quand il a compris les possibilités ouvertes par internet en la matière, la généalogie lui a pris tout son temps de cerveau disponible. C’est dire si l’intrusion d’une petite Noire au beau milieu de tous ces Meuriant, ces Blanckaert et ces Kürenberg, ça la fichait mal. En fait, c’était même inassimilable par l’estomac fragile du descendant de tous ces négociants blancs comme neige.
« - Tu te rends compte, tu te rends compte qu’avec leurs conneries, là, elle va porter mon nom cette négresse ! »
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fannyvincentfannyvincent   26 février 2015
Je transpire. C’est ce qui arrive fréquemment aux petites filles quand elles sont grosses et noires – et nous touchons là au principal motif de déception de mes parents, même si la tête sur le billot ils n’en conviendraient pas : je suis noire. Des gens plus avertis s’en seraient aperçus tout de suite, mais voilà, au moment de mon adoption, j’étais plutôt d’une pâleur olivâtre due au confinement hivernal. Comme par ailleurs j’ai toujours eu des taches de rousseur, je pouvais tout à fait passer pour blanche. Si vous ajoutez à ça le tressage quotidien de ma chevelure par une éducatrice capverdienne, vous comprendrez pourquoi mes parents sont aujourd’hui estomaqués par ma métamorphose, ce vilain tour de passe-passe qui a transformé leur miniature ivoirine en une créature boulotte, basanée et crépue.
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JeannepeJeannepe   24 mars 2017
Au collège puis au lycée, je suis un phénomène de foire, une grosse fille qui sera toujours trop noire pour certains et jamais assez pour d’autres. Notez bien que je pourrais arguer de mon métissage, mais comme je ne suis sûre de rien en la matière, à part de mes propres fantasmes de viol interethnique, je préfère fermer ma gueule et ça tombe bien parce que c’est ce qu’on attend de moi. Même si mon silence irrite, on le juge toujours préférable à mes rares propos, qui ont le don de susciter des mines outrées, des grimaces excédées ou des moues de confusion, chez mes condisciples comme chez les membres du corps enseignant. Je ferme ma gueule, mais même ça, c’est encore trop si j’en crois les saillies drolatiques qu’elle déchaîne depuis que je suis toute petite, les prétendus potes de Charlie n’ayant fait qu’ouvrir le ban en la matière.
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itzamnaitzamna   02 mai 2015
Coco, il faut le reconnaître, accueille complaisamment mes choix éclectiques, et nous passons de Bernanos à Mazo de la Roche sans qu'il y trouve à redire. Je n'ai pas encore osé lui proposer des auteurs contemporains mais il faut dire aussi qu'à part moi, personne dans cette maison n'aurait l'idée d'ouvrir une publication postérieure aux années 1970. Et d'ailleurs, je m'en tiens généralement à ce que je trouve dans la bibliothèque familiale, me fiant aux titres et plus encore aux illustrations parfois fanées : ah, Le Disciple de Paul Bourget, ces messieurs à chapeaux claques et lorgnons plongés dans une conversation grave et passionnée !
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sivounesivoune   31 décembre 2014
L'un des grands avantages de la négligence parentale, c'est qu'elle habitue les enfants à se tenir pour négligeables. Une fois adultes, ils auront pris le pli et seront d'un commerce aisé, faciles à satisfaire, contents d'un rien. A l'inverse, ceux qu'on aura élevés dans le sentiment trompeur qu'ils sont quelque chose multiplieront à l'infini les exigences affectives, s'offusqueront du moindre manquement et n'auront de cesse qu'ils ne vous pourrissent l'existence. Faites le test. Je reconnais tout de suite un adulte dont l'enfance est passée inaperçue, la mienne ayant commencé par un abandon brutal.
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Videos de Emmanuelle Bayamack-Tam (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Emmanuelle Bayamack-Tam
Carole Gutman reçoit Emmanuelle Bayamack-Tam.
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