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EAN : 9782752911414
155 pages
Éditeur : Phébus (18/01/2018)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 8 notes)
Résumé :
Diyarbakir, capitale du Kurdistan turc, aujourd’hui : sur les remparts de la forteresse antique de Sur, la neige tombe. Lente, douce et tranquille.


Dialoguant avec une mystérieuse interlocutrice, Oya Baydar, figure majeure de la littérature turque et ancienne militante marxiste, revient sur une vie de luttes dont la tragédie kurde contemporaine est l’ultime chapitre.


L’idéal révolutionnaire et les bonnes intentions d’un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
de
  27 février 2020
Puiser de l'espoir dans ton existence, pour te sentir dans mon coeur
« Ce texte relate la rencontre et la dispute entre une Turque de l'Ouest et une Kurde de Diyarbakur. Il en découle un examen de conscience, un règlement de comptes intérieur de la part de cette intellectuelle stambouliote, lucide sur l'inévitable tragédie en train de se nouer : la tragédie des divisions et des conflits ethniques qui se poursuivent aux quatre coins du monde »
Les neiges, les bruits, « jusqu'à l'épuisement de l'espoir », naître kurde à Diyarbakir ou arménienne en 1915, l'impossible neutralité, « tu ne peux rester neutre et te tenir à égale distance entre qui défend sa vie et qui vient la lui arracher », les liens créés et ce qui nous rassemblent, les bastions de la forteresse derrière les remparts, « nous parlons tous de nous quand nous parlons de notre ville », voir et ne rien voir, celle qui n'a rien vu à Hiroshima, « toi, tu n'as rien vu à Sur », les fumées, « mon coeur est plein de ces fumées noires, j'étouffe, mais je fais mine de ne pas voir et je le tais », les roses, les retards et les contretemps, « Comprends-moi : nous sommes fatigués d'attendre, fatigués d'espérer, fatigués es souffrances, des morts, des destructions transmisses de génération en génération », le refroidissement des coeurs, les mort·es sans sépulture, « Les morts sont parfois plus dangereux que les vivants. Voilà des jours qu'on se démène pour récupérer les corps, qu'on fait le siège des bureaux du préfet, du commandant militaire, des organisations de la société civile, des autorités religieuses »…
Je souligne particulièrement les discussions autour du « oui, mais… », le point aveugle, la responsabilité, le point de vue situé, la raison se jouant du coeur, « tu veux que j'occulte un aspect de la réalité, que j'aveugle partiellement mes yeux et mon coeur », le fil à retordre, les chats, « Par ce biais des chats, peut-être cherchait-il à créer un lien, à te dire « Regarde à quoi nous en sommes réduits et sois de notre coté » ».
Comment vivre privé·e de sa langue ?, « la langue est un pays pour les gens. Tenir à sa terre et tenir à sa langue sont deux choses qui vont de pair »…
La liberté, « Les droits et les libertés ne sont pas offerts aux peuples comme un bouquet de fleur. Il faut hélas se battre pour les obtenir, et il n'existe pas de guerre sans crimes, sans violence et sans meurtres », la mémoire et la vengeance, il n'y a pas de point surplombant – impartial et équitable -, les chemins vers la vérité, la tranquillité d'esprit et l'aveuglement, le luxe de pouvoir rester pacifiste, l'espoir cependant chevillé au corps, le bruits des armes…
Plus tard, un retour, le désastre et l'anéantissement, la vérité sur une guerre, Cizre comme Guernica, « le Cizre que tu as vu datait du temps de l'innocence. Maintenant, si je t'enjoignais d'y aller, tu ne pourrais même pas y entrer. Si tu voyais, si tu savais les atrocités commises là-bas, la balance de la conscience à laquelle tu te fies tant se déréglerait de nouveau. Tu n'as rien vu à Cizre », faire une route et tenir des mains, la blessure béante, le monstre de la vengeance, « Nous sommes les premiers à avoir eu peur de ce monstre vorace, toxique et corrosif qui croissait en nous », les dépouilles mortelles comme marchepieds des pouvoirs, le choix de l'exportation de la guerre, « tout ce qui te heurtes ici, nous avons l'habitude de le vivre », le manque d'eau pour « éteindre les flammes du temps », l'intranquillité…
Un peu plus tard, à l'intérieur des remparts de Diyarbakir, des adieux, « le Renard a raison, nous pleurerons bien sûr, mais toutes deux nous y avons gagné. Nous avons gagné de rêver ensemble à un monde nouveau que nous ne verrons sans doute pas nous-mêmes, mais que nos enfants et nos petits-enfants construiront en commun »…
« Au lieu de construire des ponts entre nous, les mots qu'on échange créent des blancs ». Sous les remparts, trois discussions entre une femme turque d'Istanbul et une habitante kurde de Diyarbakir. Des échos aussi de déchirements internes. Des mots inscrits dans une situation précise, la guerre menée par l'Etat turc contre des populations kurdes parce que kurdes.
Comment ne pas penser à d'autres mots, d'autres situations, d'oppression nationale, de guerre, de domination… Une situation et des questionnements à dimension universelle. Des questions aussi aux formes et aux limites de l'engagement, lorsque de fait nous nous trouvons du coté « privilégié » des rapports sociaux, « Tu n'as jamais pris la main d'aucun d'eux dans la tienne, tu ne les as jamais regardés au fond des yeux, tu n'as pas pleuré avec eux, tu n'as pas partagé leur pain ».
Un texte magnifique. Il faut entendre ces voix ici kurdes, ailleurs palestiniennes ou kurdes ou yezidis, ne pas oublier celles des arménien·nes et de mille autres groupes, privés de leur langue et écrasés par les nationalismes dominants…
Lien : https://entreleslignesentrel..
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Colchik
  24 mars 2018
Diyarbakır, ville du sud-est de la Turquie, épicentre de la répression des forces de sécurité gouvernementales après les affrontements qui ont opposé de jeunes kurdes du mouvement marxiste révolutionnaire aux unités de protection civile. La partie la plus ancienne de la ville, Sur, située à l'intérieur des remparts, a été le théâtre de violents affrontements qui ont fait de nombreuses victimes dans la population. Là, au pied des remparts, deux femmes engagent un dialogue, l'une kurde et l'autre turque, venue de l'ouest pour manifester pacifiquement son opposition à la répression. La discussion est âpre, difficile. L'une reproche à l'autre ses atermoiements, ses postures de pacifiste, sa bonne volonté compassionnelle. Que fait-elle devant la vieille ville dévastée si ce n'est essayer encore et encore de départager les responsabilités entre combattants d'une juste cause et militaires à la solde de l'oppresseur ? Que peut-elle comprendre des aspirations à la liberté d'une population abandonnée à la violence ? Malmenée dans sa tentative d'honnêteté intellectuelle, l'autre est contrainte peu à peu d'abandonner sa posture de militante de gauche, pacifiste. Elle en vient à s'interroger sur sa vision du conflit qui est forcément construite – au sens sociologique du terme – par le discours nationaliste de l'État républicain depuis sa fondation kémaliste. Mais elle en vient aussi à s'interroger sur son militantisme dans une Turquie qui a fait disparaître bon nombre de ses opposants sous la torture et en prison. le « virus de la bonne conscience » que produit-il sinon de la culpabilité, de la douleur et de l'impuissance ?
Formidable dialogue où nous entraîne Oya Baydar dont la force repose sur la sincérité du ton et l'humanité du propos. Deux voix qui essaient d'échanger malgré le rempart de la guerre qui se dresse entre elles et les espoirs déçus de part et d'autre. Il n'y a pas de réconciliation parce qu'il n'y a pas de fraternité dans le creuset d'un combat qui les sépare irrémédiablement. Et pourtant, chacune y a gagné quelque chose, de rêver un monde qui ne sera plus gouverné par la haine et la colère. le livre se referme sur une magnifique et poignante ode à l'amitié dans ce qu'elle a de plus difficile : accepter de se perdre pour se trouver dans l'autre.
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Pixie-Flore
  10 mars 2018
Dans ce dialogue - peut-être avec une autre personne ou peut-être avec elle-même - Oya Baydar confronte deux visions de la Turquie et de ses déchirures. le peuple Kurde est opprimé depuis longtemps en Turquie. Les Kurdes sont traités comme des sous être-humains. Cela a entrainé de nombreux conflits et des violences innommables. Une guerre sévit entre les Turcs et les Kurdes.
Oya Baydar évoque la guerre, le fait que la guerre et la violence ne mènent à rien. Elle est partagée entre les souffrances des Turcs et celles des Kurdes. Et alors que sa deuxième interlocutrice - ou sa deuxième petite voix intérieure - prend partie pour les Kurdes et lui démontre tout ce qu'ils ont enduré, Oya Baydar défend un pacifisme à tout épreuve et souffre de voir souffrir tant de gens qui aimeraient juste vivre tranquillement.
Je comprend ce dialogue. C'est une discussion que toute personne modérée et aux valeurs humanistes pourrait avoir avec elle-même. La guerre est un déchirement pour ceux qui la vivent et on aimerait tellement que tout ça s'arrête. Mais on se sent souvent impuissant(e) et désespéré(e) devant ces peuples qui souffrent. Que faire ? Que dire ? Pour qui prendre parti ? Peut-on mener une guerre "propre" ? Et puis à quoi, à qui, ça sert toutes ces guerres ? A ceux qui ont soif de puissance et de domination. Qui ne voit pas l'autre dans son humanité mais dans son utilité.
Bref. C'est un très beau texte, superbement écrit. Mais malheureusement, le dialogue tourne un peu en rond. C'est un sentiment d'impuissance et de désolation qui me reste sur le coeur en refermant ce livre. J'ai de la peine pour Oya Baydar et pour tout ceux dont la vie est déchirée par des conflits qui n'en finissent pas.
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FloHin
  14 mars 2018
Je remercie Babelio et les éditions Phébus pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération "Masse critique"
Deux femmes d'un même pays dialoguent. L'une appartient à la minorité persécutée par l'Etat , l'autre appartient à la caste dominante, c'est une intellectuelle engagée en faveur de la paix. Que se raconte-t-elle?
Le point fort de ce récit c'est son universalisme: j'ai l'impression que ce dialogue (échangé entre kurde et turc) pourrait l'être, en d'autres temps, entre noir et blanc en Afrique du Sud ou entre catholique et protestant en Irlande. On sent le poids du passé, les pertes dans chaque camp, les accusations réciproques....
Malheureusement ce point fort est aussi sa faiblesse: Où est la Turquie? Où sont les kurdes? Je suis un peu resté sur ma faim. Ce qui rassemble ou éloigne ces deux cultures n'est pas du tout abordé. C'est finalement beaucoup plus un récit sur la culpabilité d'appartenir par, sa seule naissance, au clan des oppresseur.
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critiques presse (1)
LeMonde   26 février 2018
Dans un récit né d’un voyage et de conversations dans l’est de la Turquie, l’écrivaine fait le point sur son combat pour la démocratie et sur l’état de son pays.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
ColchikColchik   24 mars 2018
Des mensonges qui ne datent pas d'aujourd'hui. On nous a élevés à coups de mensonges et de préjugés. Certains les ont remis en cause mais la plupart d'entre nous y ont cru. Des mensonges qui nous divisent, et répétés à l'envi à la maison, dans le quartier, à l'école, dans les arènes politiques. Je me souviens de ce que j'entendais dans mon enfance. Les Kurdes n'existaient pas, c'étaient des Turcs des montagnes, on les appelait ainsi à cause du bruit de la neige écrasée sous leurs pas - « kart kurt, kart kurt ». On disait qu'ils avaient une queue. Un ami kurde m'a raconté que, lorsqu'il était enfant, il avait tellement peur de voir pousser un appendice caudal qu'il s'était provoqué des plaies à force de se frotter le coccyx.
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ColchikColchik   24 mars 2018
Si je disais « Reste, ne pars pas », si je disais nous avons beaucoup parlé mais qu'avons-nous gagné, à quoi sommes-nous parvenues...

J'ignore où nous aurions dû arriver, mais moi, j'y ai gagné. « Je pleurerai », dit le Renard quand le Petit Prince vient lui faire ses adieux. « C'est ta faute, dit le Petit Prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise. » « Bien sûr, dit le Renard. » « Mais, tu vas pleurer, dit le Petit Prince. […] Tu n'y gagnes rien ! » « J'y gagne, dit le Renard, à cause de la couleur du blé. Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. […] Mais tu as des cheveux couleur d'or. […] Le blé qui est doré me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé. » Ce n'est pas rien.

Le Renard a raison, nous pleurerons bien sûr, mais toutes deux nous y avons gagné. Nous avons gagné de rêver ensemble à un monde nouveau que nous ne verrons sans doute pas nous-mêmes, mais que nos enfants et nos petits-enfants construiront en commun.
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ColchikColchik   24 mars 2018
Je parle du refroidissement du cœur. De cette distance qui s'est instaurée entre nous, de cette incommunicabilité, de cette amabilité de façade qui teinte nos accolades et nos embrassades, de cette façon qu'ont mes amis de détourner leur regard quand on leur parle. De ce silence glacial qui surgit de façon fugace lorsque j'annonce mon arrivée, quand je dis « Je suis là, informe les autres pour qu'on se voie ».
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ColchikColchik   24 mars 2018
Des intellectuels philanthropes qui arrivent de l'extérieur pour tendre la main à l'autre, à la victime ! Nous autres, ici, nous en subissons quelque peu la meurtrissure. Demain, quand la tempête de neige sera calmée et que l'aéroport rouvrira, vous partirez tous, et la solitude recommencera. Les gens d'ici se retrouveront seuls face à eux-mêmes, sans savoir que faire ni comment s'en sortir.
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dede   27 février 2020
Ce texte relate la rencontre et la dispute entre une Turque de l’Ouest et une Kurde de Diyarbakur. Il en découle un examen de conscience, un règlement de comptes intérieur de la part de cette intellectuelle stambouliote, lucide sur l’inévitable tragédie en train de se nouer : la tragédie des divisions et des conflits ethniques qui se poursuivent aux quatre coins du monde
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Video de Oya Baydar (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Oya Baydar
Oya Baydar - Et ne reste que des cendres .Oya Baydar vous présente son ouvrage "Et ne reste que des cendres". Parution le 20 août 2015 aux éditions Phébus. Rentrée littéraire 2015. Notes de Musique : ?Slow Down? (by Ryan Little) Retrouvez la librairie Mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat You Tube : https://www.youtube.com/user/LibrairieMollat Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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