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EAN : 9782744407260
327 pages
Editions Grand Caractère (07/02/2008)
3.93/5   7 notes
Résumé :
Nous sommes en 1924. Baltus le Lorrain est l’histoire d’une famille de trois frères implantée dans un village de Lorraine depuis des générations. L’essentiel du roman se noue autour de Jacques l’instituteur ; son fils Nicolas a disparu pendant la grande guerre et sa femme refusant de croire à sa mort, devenue folle, continue, depuis six ans, à le chercher dans la forêt avoisinante… René Bazin nous raconte le drame poignant de ces Français enrôlés de force dans les a... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
raton-liseur
  21 juin 2017
J'avais aimé le ton bucolique des nouvelles de Bazin (grand-oncle d'Hervé, l'autre auteur du même nom, plus connu d'ailleurs), j'étais moins férue de ses romans moralisateurs à forte tendance catholique. J'ai ouvert ce nouvel opus sans savoir de quel côté pencherait la balance, et l'aventure ne m'a pas déçue !
Les Baltus sont une famille de Lorrains de langue allemande, mais viscéralement attachés à la France. le rattachement à l'Allemagne après la défaite de 1870 est un déchirement et le personnage principal, Jacques Baltus, instituteur, ne peut qu'enfouir ses sentiments patriotiques pour continuer à exercer, en allemand. Mais vient la guerre suivante, celle de 1914, et les déchirements sont douloureux pour ces Lorrains que l'on amène se battre contre ce qu'ils considèrent comme leur pays, la France. Alors, quelle délivrance que la victoire française en 1918, malgré les plaies difficiles à panser.
Mais les Lorrains ne sont pas au bout de leur chemin de croix. Qui peut comprendre le patriotisme, et même l'héroïsme, de ces villages entiers qui ont vécu sous le joug allemand ? Et puis, humiliation supplémentaire, la France retrouvée veut faire subir à la Lorraine l'ignominie de la loi sur la laïcité, passée alors que la Lorraine n'était pas française. Comment Jacques Baltus, catholique fervent (et c'est dans cette religion plus française qu'allemande que René Bazin ancre le patriotisme lorrain en faveur de la France, un point sur la véracité duquel je ne saurais me prononcer), peut accepter d'enseigner dans une école qui deviendrait laïque, comment peut-on lui demander de ne pas vivre sa religion huit heures par jour, car pour lui comme pour son frère l'abbé Gérard, ne pas mentionner sa religion, c'est comme la renier.
Etrange comment ce livre si daté se révèle d'actualité, puisqu'on y voit le tiraillement entre laïcité et expression de sa foi. C'est ici un catholique qui parle, aujourd'hui, les religions se posant ces questions sont plus diverses, mais la question demeure. L'obligation de neutralité, qui n'existe aujourd'hui me semble-t-il que pour les fonctionnaires, est-elle ou non une entrave à la liberté religieuse. Je suis pour ma part convaincue du bien-fondé de la laïcité, d'une laïcité qui libère, mais il est intéressant de voir le point de vue inverse, celui d'un homme qui se sent enfermé par l'interdiction d'exprimer publiquement sa foi, puisque c'est elle et ses valeurs qui sous-tendent son action et ce qu'il est. Publié en 1926, ce roman est loin des débats passionnels actuels et permet donc d'écouter calmement ce point de vue qui remet en cause la laïcité en y voyant une entrave (et ici, une entrave à l'expression pleine de ce qu'est être français, un lien entre identité nationale et religion à l'opposé des tensions actuelles).
Je m'imagine bien où René Bazin, fondateur en 1917 d'un Bureau catholique de la presse (dont je ne connais pas le rôle, mais l'intitulé se suffit à lui-même), veut en venir. Je ne le suivrai pas sur ce chemin-là. La laïcité est pour moi une valeur républicaine insécable des trois mots qui font notre devise. Mais ce livre m'a permis de m'interroger sur le processus d'acceptation de ce principe et de la philosophie qui le sous-tend. Accepter la laïcité, c'est accepter une certaine conception de la religion, celui d'une religion personnelle et non publique, une conception qui n'est pas aussi évidente qu'on veut parfois le croire et qui demande une véritable réflexion et peut-être évolution de certaines conceptions personnelles.
On connait la fin de l'histoire, du moins la fin provisoire, qui fait que les lois de séparation des Eglises et de l'Etat ne s'appliquent toujours pas en Alsace et en Lorraine. Peut-être cela changera-t-il, je crois que je le souhaite même (en mettant tout de même un bémol avant de m'attirer peut-être des foudres régionalistes, je suis assez peu au fait de la question et mon opinion est donc peu fondée et demanderait à être étayée). Mais ce livre est vraiment passionnant, dans sa première partie sur le patriotisme blessé et dans sa seconde partie dans l'affrontement entre religion et laïcité. Modernité de la question de l'engagement, posée dans une situation très marquée historiquement et qui permet de prendre de la distance avec la situation actuelle tout en éclairant un débat très contemporain.
Un livre méconnu, parfois agaçant de bondieuserie, mais passionnant à lire et à réfléchir.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
LaForceduTempsLaForceduTemps   23 mai 2014
deux demandes de secours…

— Mais, ce n'est pas ça !

Le poing d'Hellmuth s'abattit sur la table.

— Vous vous moquez de moi, Baltus ! Belles nouvelles, en effet ! Parlez donc de l'autre, de celle qui tourne les têtes…

— Les cœurs aussi…

— Ah ! enfin, vous y venez ! Je n'aime pas beaucoup ces manières-là. Vous avez assisté à une réunion d'instituteurs, à Saint-Nabor, où les plus graves indications vous ont été données…

— Professionnelles, monsieur le maire.

— Et politiques ! Tout un régime changé ! Osez-vous dire que cela ne concerne que la profession ? Les journaux nous ont appris les intentions du ministère, mais j'ai besoin que vous me fournissiez des renseignements plus particuliers.

— Je n'en ai pas, monsieur le maire, et, si j'en avais, je ne vous les communiquerais pas, parce que les avis donnés aux instituteurs regardent les instituteurs…
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LaForceduTempsLaForceduTemps   23 mai 2014
Ne craignez rien, le père ;
je ne tirerai jamais un coup de fusil contre les Français ; je fais le geste d’épauler, quand il le faut :
je ne tire pas ;
le feldwebel me complimente de la propreté de mon arme,
eh ! je crois bien ! pas une balle n’a passé par le canon ;
je sème mes cartouches dans les tranchées, ou quand je vais en reconnaissance…
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raton-liseurraton-liseur   21 juin 2017
La ligne collatérale [des Baltus] était demeurée dans l’ombre, en tout cas ; elle avait mérité d’une autre manière : au service du blé, du seigle, de l’herbe et de la forêt.
(p. 14, Chapitre 2, “Les trois Baltus”).
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bluesmanbluesman   29 octobre 2017
N'est pas beau ce qui est beau , mais est beau ce qu'on aime .
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