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Critique de Pois0n


Pois0n
  28 mai 2019
Il est toujours délicat de se lancer dans la relecture d'un coup de coeur : sans la surprise et le plaisir de la découverte, va-t-on aimer autant ? Ou bien la mémoire a-t-elle enjolivé le souvenir que l'on gardait du livre ? Question d'autant plus pertinente quand le coup de coeur en question date d'il y a plus de vingt ans. Redécouvrir adulte un livre que l'on a aimé jeune, c'est l'aborder avec un tout autre regard, inévitablement plus critique, surtout lorsque l'on est un gros lecteur...

Dans le cas de Nuit noire, dès les premières pages, le charme opère, intact. le livre est toujours aussi bon, et ce en grande partie grâce à son héros incroyablement bien écrit.
Car le titre, « Nuit noire », fait référence à la cécité de celui-ci.
Très moderne pour son époque, le livre dénonce de façon très bien intégrée le validisme constant auxquels sont soumis les handicapés. Arthur est peut-être aveugle, mais il n'est pas en sucre et presque autonome ; bien souvent, ce sont les valides qui, en voulant à tout prix « aider » (même et surtout quand on ne leur a rien demandé), compliquent inutilement sa vie ou le placent dans des situations embarrassantes. Gravitent donc autour d'Arthur le colloc pétri de bonnes intentions mais lourdaud, les camarades de classe un peu curieux, le prof bienveillant qui a tout compris, les parents surprotecteurs... On se rend vite compte que ce sont celles et ceux qui n'en tiennent pas grand cas qui s'en sortent le mieux. Avant d'être « un handicapé » Arthur est surtout un jeune comme les autres qui a envie de vivre sa vie sans qu'on vienne constamment lui rappeler qu'il est « différent » !

L'autre point fort du livre, c'est la relation qui unit Arthur à Lord, son chien-guide. On a même droit à quelques passages dans la tête de celui-ci, déterminé à protéger son maître. Car Arthur a beau pouvoir se débrouiller et être plus sensible au danger qui le poursuit que ses camarades dotés de la vue, il est aussi plus vulnérable aux attaques-surprise. Lord est donc un personnage à part entière, servant aussi bien de garde du corps que d'yeux à Arthur. Mais Lord n'est aussi qu'un chien, dont les actes semblent parfois mystérieux pour les humains qui l'entourent, d'autant qu'eux ne se doutent de rien concernant la menace tapie dans l'ombre.

De ce côté-là, Nuit noire ne fleure pas l'originalité, mais avoir affaire à un ennemi dont Arthur ne peut que sentir la présence – généralement lorsqu'il est déjà trop près – et contre lequel il ne peut rien donne à l'histoire une atmosphère sacrément angoissante. On tremble autant lorsque le danger est palpable que quand Arthur se retrouve à progresser sans repères ou presque.

Alors oui, la narration saute parfois rapidement d'une scène à une autre : à peine une conversation est-elle finie qu'on se retrouve plusieurs heures plus tard au paragraphe d'après sans le savoir tout de suite. L'ensemble manque aussi un peu de descriptions, mais bon, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un bouquin jeunesse.

Non, franchement, vingt ans après, Nuit noire n'a absolument rien perdu de sa superbe. Certes, la magie s'est un peu atténuée, j'ai moins frissonné... mais le texte n'est pas en cause : c'est moi qui ai, depuis, lu et écrit bien pire. Néanmoins, le suspense est toujours là et aussi efficace qu'à l'époque.
L'ouvrage passe donc avec succès la confirmation du coup de coeur comme l'épreuve des ans, ce qui n'est vraiment pas rien !
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