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ISBN : 2264068213
Éditeur : 10-18 (07/09/2017)

Note moyenne : 3.38/5 (sur 28 notes)
Résumé :
Pour servir ce qu’il croit être le bien de sa propre communauté, un afro-américain va aller jusqu’à rétablir l’esclavage et la ségrégation à l’échelle d’un quartier, s’engageant dans une forme d’expérience extrême et paradoxale qui lui vaudra d’être trainé devant la Cour suprême. Un sommet d’humour grinçant.
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
Ingannmic
  04 juin 2017
Voir un noir, en ce début de XXIe siècle, jugé par la Cour Suprême pour avoir rétabli la ségrégation raciale et pratiqué l'esclavage, peut paraître pour le moins surprenant... Mais il faudra vous y faire, car le roman de Paul Beatty est un florilège de surprises à l'avenant, un violent coup de pied lancé dans la fourmilière des idées reçues !
Et ne vous laissez surtout pas décourager par l'obscure logorrhée du narrateur qui constitue le prologue à ce récit. Elle vous semblera sans doute souvent indéchiffrable, mais sachez que la suite, bien qu'empreinte de ce ton irrévérencieux et cinglant qu'on y décèle déjà, s'avère bien plus limpide.
"C'est sans doute difficile à croire venant d'un noir, mais je n'ai jamais rien volé".
Si Bonbon Moi -car tel est son nom, le "x" du Moix de ses ancêtres ayant été supprimé à l'initiative d'un de ses aïeux-, a en effet rétabli la ségrégation à Dickens, c'est dans l'espoir de ressusciter cette petite ville où il a passé toute sa vie, et dont le territoire a progressivement été grignoté par la banlieue de Los Angeles, pour finir par être littéralement rayé de la carte. Plus qu'une ville, Dickens était une communauté. Enclave agricole majoritairement peuplée d'afro-américains, sa réputation de zone dangereuse, gangrenée par la délinquance, a vite fait oublier son originelle dimension bucolique... Moi est d'ailleurs dorénavant le seul de ses habitants à pratiquer l'agriculture et l'élevage, ce cow-boy des temps modernes ne circulant par ailleurs qu'à cheval...
C'est Hominy, célébrité du quartier pour avoir fait partie du casting des Petites Canailles, dans le rôle du noir de service subissant avanies et humiliations cuisantes, qui est au départ à l'initiative du fou projet de Moi. le nonagénaire, nostalgique d'un monde où chacun savait où était sa place, a par ailleurs quasiment supplié ce dernier de le prendre à son service comme esclave, exigeant d'être fouetté quotidiennement. le constat que le rétablissement de la ségrégation ravivait le sentiment d'appartenance communautaire des habitants de feue Dickens, a conforté Moi dans sa démarche.
Quel paradoxe pour notre héros, qui a été élevé dans le culte de la culture afro-américaine, abreuvé de leçons de fierté raciale... Fils d'un chercheur en psychologie à qui il a servi de cobaye, il a ainsi subi toute une batterie d'expériences parfois complètement déjantées voire proches de la torture, destinées à l'imprégner d'une conscience aiguë de sa race, et de l'héritage laissé par des siècles de servitude puis de ségrégation.
"Il m'arrive de regretter que Dark Vador n'ait pas été mon père. J'aurais été mieux loti".
Par ailleurs fondateur des "Dums Dums Donuts Intellectual", sorte de club dédié à la réflexion sur la condition noire, son père était une icone de Dickens, ses capacités d'écoute et de persuasion lui ayant valu le surnom de "l'homme qui murmurait à l'oreille des négros". Abattu par la police, il a laissé à Moi un bien lourd héritage, en la difficulté à assumer une identité singulière.
Bafouer les droits des noirs, en revenant sur les acquis obtenus notamment grâce aux mouvements civiques, et démontrer que ces derniers peuvent de surcroît y trouver des avantages, est donc aussi pour Bonbon une façon de prendre le contre-pied des opinions paternelles pour s'affirmer en tant qu'individu à part entière.
Mais n'est-ce pas aussi un moyen de rendre évidente des inégalités et une discrimination qui perdurent, sous des formes plus insidieuses ?
En se faisant l'avocat du diable, Paul Beatty secoue les consciences, et interroge sur la notion d'identité, d'appartenance. Entre le choix d'Hominy, qui consiste à préférer la ségrégation à l'invisibilité (mieux vaut être vu comme un noir inférieur que de n'être pas vu du tout), et celui du père de Moi, d'affirmer sa fierté d'être noir -quitte à tomber dans une forme de manichéisme-, émerge la question suivante : le fait de se revendiquer en tant que noir, quel que soit le sens que l'on donne à cette revendication, ne revient-il pas à inciter l'autre à ne considérer que nos différences ? Comment concilier l'identité de l'individu, le respect de tout ce qui fait sa particularité, et l'évidence morale de l'égalité entre tous les hommes ?
"Moi contre les Etats-Unis d'Amérique" semble avoir été écrit sous l'emprise d'une folie complètement maîtrisée, l'auteur développant un sens de l'analyse à la fois débridé et pertinent. Rien n'échappe au regard et à la plume acérée de Paul Beatty dans cette farce burlesque et éreintante, où il abuse du second degré de manière réjouissante : les mécanismes du racisme, l'inconscient sentiment de culpabilité et le complexe d'infériorité que des siècles d'asservissement et de discrimination ont laissé en héritage aux afro-américains... et j'en passe, car vous l'aurez compris, "Moi contre les Etats-unis d'Amérique" est un texte qui aborde, avec un humour à la fois cinglant et cocasse, des thématiques multiples et complexes...
A lire, bien sûr !

Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
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sweetie
  06 juin 2018
D'abord le titre, Moi contre les États-Unis d'Amérique, annonciateur d'un récit irrévérencieux, jouissif et hors norme; je sais qu'il ne faut pas toujours s'y fier mais celui-ci tient ses promesses. Paul Beatty déverse sur le lecteur un cours accéléré sur la ségrégation raciale, le racisme et la culture afro-américaine dans le pays de l'oncle Sam. Campée dans la banlieue de Los Angeles, aux quartiers multiraciaux et parfois sauvages, l'histoire de ce Noir, enfant unique éduqué par un père sociologue aux idées franchement déjantées, surprend par son propos et par son style. Comment penser que réinstaurer la ségrégation basée sur la race peut redonner un sentiment d'appartenance à une communauté? Et que le terme nègre ou négro, saupoudré presque à chaque page, peut faire rigoler encore aujourd'hui? Chapitres courts, langage percutant, écriture fébrile, voilà un conte moderne qui a du mordant et de l'humour.
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BettieRose
  01 novembre 2017
Bien, j'ai classé cet article dans les chroniques et je l'ai également noté dans le titre. Toutefois, je dois avouer que j'ai abandonné ce roman très rapidement, agacée par un style qui ne me correspondait simplement pas ou qui, finalement, tombait juste au mauvais moment, malheureusement.
Quand j'ai vu ce livre dans la Masse critique Babelio, je l'ai coché avec assurance. le thème m'intéressait, je voulais comprendre comment traiter le sujet dans notre actualité et je me suis dit que j'allais forcément apprécier ma lecture. À aucun moment, je ne me suis imaginé autant buter sur les mots, devoir relire les phrases plusieurs fois pour comprendre où l'auteur voulait nous mener. J'ai donc fait plusieurs tentatives avec ce roman, à des moments différents, rien à faire. Alors, voilà, je ne peux pas vraiment parler de l'ensemble du roman, mais juste vous éclairer sur ce que j'ai lu et ce qui a bloqué avec moi...
Lorsque nous rencontrons notre narrateur, ce dernier est jugé à la Cour suprême pour avoir rétabli l'esclavage et par conséquent la ségrégation raciale, cet homme étant lui-même noir. Bien entendu, comprenez ici que la plume va exceller à nous perturber et faire remuer les méninges sur un fait historique d'importance dont tout le monde ne prend pas véritablement conscience, et ce, même de nos jours. Seul problème, il me faut impossible d'arriver, sans tricher, à ce passage, cette mise en place dans sa communauté de Dickens, tout simplement parce que le prologue est, à mon sens, imbuvable. Je me suis sentie un peu bête, mais la logorrhée à rallonge du narrateur m'a tout bonnement perdue et agacée. Je ne comprenais rien, je lisais les phrases encore et encore. Pourtant, petit à petit, le ton devient alors cinglant et bien plus intéressant. Mais pour moi, le mal était fait, je fus vaincue par K.O. face à une introduction trop complexe, trop snob, et le livre m'est tombé des mains. Si vous lisez régulièrement mon blog, vous savez pourtant à quel point c'est rare.
Ainsi, j'ai mis le livre de côté, non, je ne l'ai pas définitivement rayé de ma liste, je me suis dit que peut-être qu'un jour, il tomberait mieux et que je pourrais alors en apprécier pleinement le style et le sens, comprendre le but de l'histoire et en ressortir grandie. Car oui, je reste persuadée du potentiel énorme de ce roman, et je me refuse à noter un roman que je n'ai pas lu en entier, ni même à moitié. C'est donc plus la chronique d'un abandon que je vous ai proposé dans ces quelques lignes, mais je ne peux malheureusement pas vous en dire beaucoup plus, si ce n'est, mais ça, vous l'avez déjà compris, que je regrette de ne pas voir pu aller au bout de cette lecture. Je dois abandonner maximum 2 livres par an, voire parfois aucun, mais malheureusement, c'est tombé sur celui-ci.
Si jamais vous le lisez ou l'avez lu, n'hésitez pas à me faire part de votre ressenti, je trouve toujours intéressant d'échanger sur un livre qu'on n'a pas réussi à aimer assez pour le lire en entier. Je n'abandonne jamais à la légère et peut-être que certains de vos avis pourraient me motiver à reprendre cette lecture. Quoi qu'il en soit, je le laisse de côté pour 2017, qui sait ce que 2018 nous réserve. Je remercie les éditions 10/18 et Babelio pour leur patience.
En bref :
Moi contre les États-Unis d'Amérique parie sur un thème très sensible et semble aller jusqu'au bout, à l'aide d'un ton cinglant et amer, afin de piétiner idées reçues et les préjugés. Malheureusement, le prologue et de manière générale, le style, m'a perdue et découragée et je n'ai pas réussi à dépasser les 15% de ce roman. Dommage, mais je n'ai pas dit mon dernier mot et tenterait l'an prochain de lui donner une seconde chance. Je pense également manquer de références culturelles pertinentes pour mieux comprendre le texte. Ainsi, avant de réitérer l'expérience, je prendrai le temps de correctement situer l'histoire et aussi le parcours de l'auteur.
Lien : https://bettierosebooks.com/..
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strummer
  08 octobre 2017
Reçu dans le cadre de masse critique grand merci a Babelio et à 10/18. un hasard a fait qu'un ami m'est offert un livre de Beatty, American Prophet pour "s'excuser" de m'avoir offert un livre que je n'ai pas aimé. Bref, bon moment de lecture avec ce livre empreint d'humanité, d'intelligence, d'humour et de réflexion, Bouquin paru en 2015, Ça se passe en 2009, Barak vient d'être élu, l'élection d'un homme noir va t elle enfin permettre à l'Amérique de tourner une page douloureuse de son histoire ?
L'action se déroule à Dickens ville proche de LA est en passe d'être absorbée par cette gigantesque mégalopole, analogie d'un espace, d'une population vampirisée par les standards en vigueur.
Le héros, Bonbon, est fermier à LA dans le ghetto, il se balade à cheval, cultive des fruits et des légumes délicieux, son père est un défenseur acharné de la condition noire et à crée un club dévolu à cette cause. Il décide de redessiner à la peinture les contours de sa ville afin qu'elle ne disparaisse corps et âmes.
Roman délirant, ironique, caustique, jouissif et très contemporain.
Un vrai bon moment de lecture, un auteur lettré, à écouter avec du Cypress HIll.
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Cricri08
  11 mai 2019
Un roman grinçant : le narrateur Bonbon Moi a eu une enfance très étrange pendant laquelle son père, chercheur en sciences sociales, lui a fait subir différents tests : prouver que la peur est une réponse émotionnelle conditionnée (en associant voitures de police miniatures, coups de feu et Sweet Home Alabama en fond sonore) ou encore en lui infligeant des décharges électriques s'il ne connaissant pas les réponses à un questionnaire sur la culture noire.
Après la mort de son père, son quartier Dickens semble être effacé : plus de pancartes, plus d'existence !
Il décide d'alors de faire revivre son quartier, lui redonner une identité en traçant une ligne délimitant la ville, en la jumelant avec d'autres villes fantômes à travers le monde, puis en ré-établissant la ségrégation. L'expérience tentée dans le bus avec l'autocollant « places réservées en priorité aux personnages âgées, aux handicapés et aux blancs » avait démontré que les gens étaient plus polis et plus respectueux !
Ajoutez à cela Hominy Jenkins, un ancien acteur des Petites Canailles, un groupe de noirs qui jouaient des films où les clichés, caricatures et discrimination étaient plus que flagrants, qui décide à la fin de sa vie, qu'il devrait être l'esclave de Bonbon, exigeant d'être fouetté !
Un roman satirique, mordant qui est plutôt assez drôle (malgré un prologue très indigeste).
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Cricri08Cricri08   11 mai 2019
Le problème avec l’histoire, on se plaît à penser que c’est un livre – qu’on peut tourner cette putain de page et passer à autre chose. Mais l’histoire n’est pas le papier sur lequel on l’imprime. L’histoire, c’est la mémoire, le temps, les émotions, une chanson. L’histoire, c’est ce qui te colle à la peau.
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Cricri08Cricri08   11 mai 2019
Rosa Parks a peut-être en fait refusé de céder sa place parce qu’elle savait que le Blanc qui la voulait était un putain de moulin à paroles.
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Cricri08Cricri08   11 mai 2019
Ça se situe où sur l’échelle de la douceur ? Quelque part entre Eva Braun et une mine de sel sud-africaine.
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strummerstrummer   03 octobre 2017
Si Jean Valjean m’avait eu comme avocat, aime-t-il souligner, Les Misérables n’aurait compté que 6 pages. Chapardage de pain : non-lieu.
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sweetiesweetie   06 juin 2018
(...) à L.A., où tout est espace, la valeur de quelqu'un se mesure à son mode de transport. Marcher équivaut à faire la manche. Les taxis sont pour les putes et les étrangers. Les vélos, les skateboards et les rollers pour les gamins, les obsédés de la forme et tous ceux qui n'ont nulle part où aller. Quant aux voitures, toutes les voitures, de la berline étrangère de luxe à la guimbarde des petites annonces, elles sont symboles de réussite, car quel que soit l'état de la garniture, des amortisseurs ou de la peinture, la voiture, n'importe quelle voiture, vaut mieux que le bus.
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Video de Paul Beatty (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Paul Beatty
"Prière pour ceux qui ne sont rien" de Jerry Wilson. Editions su serpent à plumes "La réceptionniste du New-Yorker" de Janet Groth. Editions du Sous-Sol "Sans lendemain" de Jake Hinkson. Editions Gallmeister "Tuff" de Paul Beatty. Editions Cambourakis
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