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EAN : 9782070133567
300 pages
Éditeur : Gallimard (18/08/2011)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 29 notes)
Résumé :
Quatre jeunes Allemands de vingt ans partent découvrir le monde, portés par le train de l’histoire : Otto, un peu pitre, Simon, déjà poète, Heinrich, photographe, et Nathan, musicien virtuose. Quand ils quittent le bourg bavarois où ils ont grandi, leurs désirs affleurent à peine et ils ne connaissent de la vie que cette belle amitié. À leur arrivée, ils comprennent vite vers quoi on les a envoyés. Nous sommes en 1915, en Lorraine.
Après les charges terrifian... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
horline
  28 mars 2012
1915, en Lorraine. Dans les tranchées, la boue, confronté à l'ennemi, à la solitude et finalement à soi-même, Simon, tout comme ses trois amis d'enfance, découvre l'infamie et l'angoisse de la guerre. Ils ont à peine connu la vie qu'ils apprennent à côtoyer la mort.
La guerre est un véritable chaos, elle dépouille les soldats de leurs rêves et de leurs espoirs, blesse plus profondément leur âme que leur chair. Il y a certes les assauts, les explosions qui tuent vite mais il y a aussi « quelque chose d'autre qui tue lentement ». Tout est imprévisible pour ceux qui ont à peine quitté l'adolescence, tout est aussi plus fort, plus intense, plus douloureux. Face à ces émotions qui ne peuvent s'exprimer à voix haute et qui ne peuvent être partagées, Simon les consigne par écrit dans un journal de guerre, comme pour soulager une conscience meurtrie et résignée.
Pas de récit chronologique, ni de reconstitution historique, encore moins de trame factuelle millimétrée. de manière inédite, le roman s'inscrit dans la densité humaine. Il explore les replis de l'âme damnée de quatre jeunes soldats allemands sur le front de l'est. C'est un concentré d'émotions, « d'avalées de tristesse » et de rêves renoncés, mais aussi de tendres souvenirs, de rires dérivatifs ou d'enchantements intérieurs pour abandonner pour quelques instants la réalité qui vrille l'estomac.
Lilyane Beauquel c'est une leçon de style époustouflant. Loin des canons du genre, le récit qu'elle nous propose est une plainte, un lamento, une élégie. C'est un chant d'âmes damnées sublimé par l'obstination de l'auteur à extraire le beau, la grâce lorsque la réalité est sombre. Les sentiments de joie, de résignation ou d'espérance ne sont jamais aussi beaux que lorsqu'on les devine fragiles. Avec une prose contemplative et poétique, elle parvient à magnifier la fragilité de l'instant, à sublimer ces vies anonymes pour en faire des destinées.
Ce style si particulier produit même l'impression d'un réalisme patiné (sans pour autant épargner le lecteur de l'horreur), il se dégage comme une délicatesse et une sérénité quelque peu à contre-courant des faits.
Pour certains ce serait peut être une écriture trop sophistiquée ou trop féminine au regard du thème choisi. Pour d'autres, un style magnifique qui veut faire percevoir la réalité des choses par les émotions, rappelant ainsi que la beauté de la guerre est rare, la marche forcée vers la haine réellement destructrice pour ces armées d'invisibles.
En reliant l'intime à l'universel, Avant le silence des forêts constitue une leçon de littérature autant qu'une réflexion sur la barbarie de la guerre.
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Kittiwake
  24 janvier 2012
Donner mes impressions sur ce récit m'intimide : mes mots seront indigents devant la beauté troublante de cette écriture qui dit l'indicible. c'est l'une des proses les plus poétiques qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps. Avec des accents rimbaldiens : on croit apercevoir ce «trou de verdure où chante une rivière» lorsque la nature exhibant inexorablement ses saisons ignore les déflagrations et la chair offerte dans les tranchées infâmes. La vie s'accroche aux souvenirs et aux bribes des nouvelles lointaines, et à l'espérance d'un avenir meilleur, pourtant mutilé par les oublis impossibles, et les séquelles physiques. Mais la mort est là, présente, inéluctable, fauchant une à une les âmes qui ne sont plus certaines d'être humaines; l'ennemi n'est qu'un autre soi-même, et parfois l'alliance est à portée d'un tir : les officiers sont là pour détruire cette aspiration tacite.
Un mot-clef ouvre chaque chapitre, qui égrène le temps qui passe au rythme des saisons, impression furtive, acte de barbarie, joie infime...., bribes et lambeaux d'une mélopée funèbre, requiem pour une jeunesse immolée sur l'autel de vains idéaux belliqueux.
Ils enterreront leurs rêves de paix dans la boue mêlée de sang, Otto, Heinrich le photographe, Nathan et Simon le poète narrateur et des millions d'autres qui n'ont pas eu le temps de comprendre l'enjeu de leur présence sur ces terres étrangères, de réaliser l'immensité du mensonge qui les a précipités au sein de ce carnage
J'aurais hésité à me plonger dans ce livre si j'en avais connu le thème : encore un livre sur la guerre....Cela aurait été une erreur. C'est un livre sur la conscience, sur la fragilité du destin, sur la possibilité d'éprouver un sentiment de beauté devant un détail aussi ténu qu'un brin d'herbe si celui-ci affleure au creux d'un sillon de terre souillée de sang humain.

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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sylvaine
  17 juin 2012
Ce livre m'a perturbée au point qu'une fois fermé, je suis restée pensive .Qu'en penser ?
Ai-je aimé cette lecture ?
Je serais tentée de faire une réponse de normand ni oui ni non. le thème, quatre amis de 20 ans du même village de Bavière sont appelés sous les drapeaux en 1914.Otto, Simon, Heinrich et Nathan vont se retrouver dans cet enfer que furent ces tranchées séparant les deux fronts de quelques mètres à peine. Chaque sortie vouée au massacre. Lilyane Beauquel avec une écriture ciselée travaillée, trop travaillée ? nous permet d'accompagner ces 4 amis dans cette tourmente. Simon sera le narrateur, Heinrich, le photographe, Otto l'amuseur de service, Nathan l'officier. Une succession de très courts chapitres, voir de paragraphes, chacun avec un nom propre rire, balle, cloche, boue, eau, violon…
Cette lecture m'a parue très ,très longue ; je me suis vue à plusieurs reprises relire la phrase précédente, ou même le chapitre car arrivée au bout je me suis rendue compte que j'avais décroché !Lecture éprouvante donc ,le sujet bien sûr ,l'émotion de certains pages et surtout cette écriture que d'aucun ont comparé à celle de Verlaine excusez du peu !Ecriture trop , trop ou pas assez ,à mon sens du moins, adaptée à une narration car il est écrit qu'il s'agit ici d'un roman et non pas d'un poème .
Rendons justice à ce texte de soulever une fois encore l'horreur de toutes ces guerres, du devenir de ces hommes dans leur vie , de la résurgence des pires instincts meurtriers de l'individu lambda. Bref il est bon que ces choses là soient dites.
Peut être suis-je passée à côté d'une pépite ? je pense sincèrement que ce texte doit se lire petit à petit afin que le lecteur puisse en apprécier toute la beauté je me réserve le plaisir de suivre les autres parutions de Lilyane Beauquel
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Sando
  28 août 2011
« Avant le silence des forêts » est un texte sublime qui raconte, à travers le regard de Simon, jeune allemand d'une vingtaine d'années, la vie dans les tranchées lors de la première guerre mondiale. C'est avec beaucoup de réalisme et de dureté qu'il décrit la sauvagerie des hommes, pire que celle des bêtes, la destruction du corps et de l'âme et l'impossibilité de ressortir indemne d'une telle violence.
Il offre un regard lucide et terriblement humain sur ce qui l'entoure. Parfaitement conscient de l'absurdité et de l'injustice que comportent les ordres lancés, il déplore le meurtre et la surenchère de violence auxquels aucun des soldats présents n'étaient préparés mais auxquels chacun doit se résoudre. Ainsi, Simon nous entraîne aussi bien dans les coulisses de ses réflexions que sur le terrain fangeux de la guerre. Il décrit avec douleur le froid, l'attente, la faim, la solitude et la folie qui guettent les moins résistants, comme les plus forts. Il raconte la punition mortelle réservée aux déserteurs. Il reconnaît l'accoutumance à l'horreur et au désastre qui déshumanise inévitablement l'homme le plus pur. Vivre devient une punition. Il dit la barbarie des armes utilisées, la violence de la baïonnette, la sournoiserie des gaz et la destruction causée par les obus. Face à toute cette violence, aucun espoir n'est possible. La tranchée censée protéger les soldats de l'ennemi, devient peu à peu une tombe pour chacun…
Malgré la dureté du sujet, Lilyane Beauquel parvient à faire de son texte un magnifique moment de poésie et de beauté. Elle sublime l'horreur par la justesse et la pureté des mots qu'elle emploie. Les phrases sont fluides et résonnent avec beaucoup de musicalité. C'est un texte qui se récite plus qu'il ne se lit et fait montre d'un incroyable talent d'écriture.
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estrella_oscura
  09 novembre 2011
Ce livre là est un gros coup de coeur que pourtant je n'ai pas dévoré. Je l'ai lu avec attention, dans la lenteur de ces lectures puissantes, ai goûté l'âpreté des faits et l'empathie du style et j'en suis époustouflée!
Le propos de l'ouvrage tient en peu de mots : Quatre jeunes bavarois, amis d'enfance, partent pour la guerre en 1915. A partir de là, c'est toute une variation sur le quotidien des tranchées ; les peurs, la faim, l'amitié malgré tout, la douleur. Plongé au coeur même de la boue, sans début ni fin, on vit avec eux des instants volés.
Tout y est excellent. La perfection du style ne fait aucune concession à la cruauté du quotidien, simplement cela prend une autre couleur et devient oeuvre d'art. Lilyane Beauquel invente et joue des mots tout en usant de ces petits accents dix-neuvièmistes si savoureux. Rien n'est caricaturé, tout est dans l'instant et le vrai.
On vibre, on est là, on se prend des claques et on essaye d'avancer.
C'est tout à la fois : une leçon de vie, une leçon de littérature. Merveille, merveille, merveille. Lilyane Beauquel dit de son style qu'il est une musique de mort. Je ne peux alors m'empêcher de penser à Baudelaire (tiens, tiens, comme c'est étrange et original) et à l'une de ces fleurs maudites à laquelle elle fait écho : "tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or".

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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
ForsterForster   08 septembre 2011
La qualité d'écriture fait de ce livre un petit bijou loin des modes parisiennes de la rentrée. Le sujet aurait pu rebuter les lecteurs à l'âme fragile qui préfèrent lire les turpitudes sexuelles d'une enfant de 13 ans au dur labeur de soldats de 20 ans, embarqués dans la première guerre mondiale.

Le temps, le paysage, l'amitié, le chaos, tout s'enroule par enchantement dans une langue douce et précise.

Un pur bonheur.
Et comme l'a si bien écrit Sandro dans sa critique, ce texte est autant fait pour être lu à haute voix.

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lilibaliliba   02 novembre 2012
Sa tête, mon bras, mon torse, sa jambe, nos mains, son cou, le Français d'en face, et moi, ce soldat : mon miroir. J'étais seul au milieu de cent, moins qu'un, et tout à l'envers, porté par le groupe et son emballée, obéissant sans résister, perpétuant la seconde vers l'autre seconde, les pieds contre les poitrails, marchant sur les corps. Tout s'effondrait et se bouleversait, le vertical, l'horizontal, le vivant et le mort, le chagrin et la peur, le possible sang à verser, l'impossible passivité. La violence contre moi voulait la violence en moi, elle allait la chercher creusant dans je ne sais quelle part de moi-même, sûre de trouver ce que je ne voulais pas posséder. Tout se précipitait, tout savait comment me faire naître à la férocité. Les yeux, les bottes, les insignes sur les vestes, les cris et les fracas, les odeurs infectes, tout se jetait là, visible, et visqueux, le rouge et le brun mélangeant définitivement le monde, ses bruits et ses couleurs, tout ce qui pouvait être senti et rendu inouï, incompréhensible, détestable. La menace absolue, l'urgence et l'impur. Il m'était confisqué de penser. J'ai consenti, dans un espace que je n'ai pas voulu, le corps meurtri du Français contre l'arme et ses gestes que je sentis maladroits, dans une ivresse sans pareille, honteux aussitôt de ne pas lui laisser le dessus, et de rester contre ce qui allait me céder et m'épargner : j'ai tué. Ma baïonnette a percé sans résistance le ventre qu'elle cherchait. Pour me défendre de quoi ? Je n'ai pas d'emblème et ne rêve d'aucun palais, comme nous tous, victimes promises ou bourreaux affichés. J'ai bataillé sans rien calculer. Le sang m'aveuglait.
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liratouva2liratouva2   14 novembre 2011
Champagne:
De tels prodiges pourraient nous rendre fous : voilà que nous buvons du champagne. Heinrich l’a volé à une maison du bourg, elle bâillait par toutes ses portes, et, dans la nuit, ses lucarnes avaient un regard de louve.
(…) Nous mettons beaucoup d’amitié à tirer sur nos pipes et le champagen circule avec les scintillements des nuits de Noël,il nous en faudrait beaucoup pour renoncer à téter ces bouteilles, à les faire chanter comme flûtes taillées rien que pour nous ! Nous gardons cette volonté d’être très gais.
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mandarine43mandarine43   29 août 2011
[ Incipit ]

Mon sang s'est répandu, il a emporté toutes mes forces, mais je veux dire comment je tente encore, dans l'écrin des fleurs piétinées, tel le bleu du bleu, le vert du vert, comment je retiens les mots inscrits au bord déchiré de mon cerveau alors qu'autour les soldats avancent, tirés par des dogues, l'écume aux dents, me cherchant, ne voulant que ma carcasse.
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krol-francakrol-franca   29 octobre 2011
L’attente de l’assaut. Le tréteau du ciel au-dessus de nos têtes. L’attente, rideau de satin devant la lumière inattaquée de la lune, mouillant le sol d’un lait tourné et inclément. Le silence bientôt des forêts. Les animaux moins battus que nous, attendant dans des trous provisoires la fin de nos folies, le cœur distendu à en mourir aux émois des explosions.
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Videos de Lilyane Beauquel (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Lilyane Beauquel
Renaître de ses cendres - 38ème édition du Livre sur la place Que ce soit l’art, la nature, l’héritage du passé ou de l’Histoire, il y a toujours une lueur d’espoir quand tout s’effondre autour de soi. Metin Arditi L’enfant qui mesurait le monde (Grasset), Lyliane Beauquel L’Apaisement (Gallimard), Jérôme Chantreau Avant que naisse la forêt (Les Escales), Frédéric Couderc Le jour se lève et ce n’est pas le tien (Héloïse d’Ormesson) Animée par Karine Papillaud
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