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EAN : 9782070711772
154 pages
Éditeur : Gallimard (13/11/1987)
3.58/5   20 notes
Résumé :
Combien de temps l'archéologue a-t-il encore à vivre ? Étendu sur la terrasse, face au Nil, il parle. Il parle de lui-même, de la vie, de la mort, de quelques personnages qui ont traversé sa vie aux quatre coins des vieux continents où il a travaillé à reconstruire les temples séculaires : un vieux Nubien, un conteur cambodgien, un musicien allemand à Bali, une femme, jadis, près d'une église romane. Il parle de musique aussi : celle d'Orient, celle d'Occident, cell... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
si-bemol
  17 mars 2019
Faute d'avoir pu recevoir à temps l'injection qui l'aurait peut-être sauvé, un homme se meurt sur sa terrasse au bord du Nil, mordu par un cobra royal dans les sables du désert. Combien de temps, combien d'heures lui reste-t-il à vivre ? - nul ne le sait, pas même le médecin ami venu en toute hâte l'accompagner dans son dernier voyage.
Hier encore il avait mis à jour une tombe, dénudé une momie de ses linges protecteurs, arraché un homme “à sa demeure d'éternité, qu'il avait construite avec plus de soin que sa maison”. Aujourd'hui, à son tour, l'archéologue doit affronter la mort qui lui fait signe et son éternité. Face aux ténèbres glacées qui peu à peu l'envahissent tandis que le venin progresse lentement jusqu'à son coeur, l'archéologue rêve tout haut, raconte et se souvient.
Et nous l'accompagnons à notre tour, emportés par la langue superbe de Philippe Beaussant, nous cheminons à ses côtés jusqu'au Cambodge, jusqu'au temple de Vat Preah Theat - la grande oeuvre de sa vie d'archéologue. Cambodge, Laos, Égypte, Indonésie… de l'Orient à l'Occident, aux quatre coins du monde, au gré de ses voyages, de ses rencontres, de ses souvenirs - visages aimés, parfums d'enfance, instants de bonheur partagés, chants des flûtes dans l'air du soir - nous suivons l'archéologue, pas à pas.
Nous écoutons ses mots profonds et graves, sa parole qui se confie à nous, pressante, pressée - le serpent a frappé, l'avenir s'évapore, le temps n'est plus qu'une ombre -, sa parole qui interroge, qui fouille le sens caché des choses et de la vie, de son métier surtout qui “profane l'ordre des choses” au nom de l'histoire et de la science, violente le sacré, offense la nature et les dieux… et où toujours revient le serpent, créature divine, figure ambivalente, présente depuis l'enfance comme un présage, comme la juste punition par avance destinée aux violeurs de secrets. “Docteur, je crois que je voudrais maintenant pleurer, je crois qu'il y a des larmes dans ma gorge”...
Monologue profond et déchirant, méditation lente et splendide sur la vie, sur la mort, sur l'harmonie du monde et sur l'ordre des choses, sur la musique aussi, très présente et presque audible dans ce très court roman, "L'archéologue" de Philippe Beaussant est une oeuvre de haute littérature, hypnotique, envoûtante, dont chaque ligne fut pour moi un bonheur et une émotion intense.
Un petit bijou - trop peu connu - de la littérature française, une pépite comme il y en a peu, à découvrir absolument, et pour moi un vrai coup de coeur ! ❤❤❤
[Challenge MULTI-DÉFIS 2019]
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Moglug
  10 décembre 2014
En déambulant entre les étals de la librairie Passages, à la recherche du Bleu est une couleur chaude, mes yeux se sont arrêtés sur le mot du libraire accompagnant L'archéologue de Philippe Beaussant. Accroche-regard nécessaire pour une couverture plutôt neutre, voire insignifiante (cf. image jointe). Accroche ambitieuse aussi puisque le libraire en question n'hésitait pas à utiliser le terme de « chef-d'oeuvre » pour qualifier ce tout petit livre. Mot valise ou véritable perle ? J'ai choisi de faire confiance au libraire en espérant qu'il n'abuse pas trop du poids de certains mots.
Ce court récit se présente comme le long monologue d'un architecte, devenu archéologue. Mortellement blessé, il revient sur les souvenirs marquants de son existence, essentiellement des rencontres faites au quatre coins du monde, au détour de l'une ou l'autre mission archéologique, rencontres-témoins de l'évolution des civilisations qu'il étudie, ou traces inaliénables de la constance de la nature humaine. Les grandes questions de l'humanité sont abordées, finement et concisément, en s'appuyant sur ces événements fondateurs d'une vie : la mort, l'amour, l'art, la musique, l'architecture, la chute ou le salut, le sens de l'existence, la condition humaine.
Je ne sais pas encore exprimer ce que je cherche en littérature mais il est évident que je l'ai retrouvé ici. Une amorce de réponse au sens de la vie, sans doute, là où Kafka, Sartre ou d'autres Camus pointeraient l'absurde pour me laisser désemparée. J'ai lu L'archéologue de Philippe Beaussant après avoir terminé la Légende des siècles. Victor Hugo est l'un des mes auteurs fétiches et il m'est souvent difficile d'enchaîner sur une lecture « à la hauteur » lorsque je referme l'un de ses livres. A l'échelle de mon panthéon littéraire, L'archéologue et L'homme qui rit s'accommodent volontiers du même barreau, et plutôt dans les étages supérieurs.
Véritable chef-d'oeuvre et point de mot-valise aujourd'hui ! Il est parfois bon de suivre les conseils de nos libraires ;)
Cette chronique relève également de ma participation au Challenge ABC Critiques de Babelio 2014/2015.
Lien : http://synchroniciteetserend..
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Tricape
  14 décembre 2020
Voici un petit livre précieux écrit par un académicien musicologue dont j'avoue avoir ignoré jusqu'à ce jour l'existence. Je savais qu'un de mes amis tenait en haute estime ce court ouvrage, aussi ai-je eu plaisir qu'il me le prête.
Un homme meurt d'une morsure de serpent royal et mythique. le médecin que l'on a envoyé chercher n'arrivera pas à temps ; le mourant le sait et nous délivre dans un vertigineux monologue ses réflexions sur son passé. Archéologue, il a travaillé dans le désert et dans la jungle et, tout récemment encore, a découvert une momie qu'il délivra de ses bandelettes avec tendresse, effrayé par les siècles qui le séparent de l'objet de son étude et, simultanément, plein de respect et d'empathie pour cet homme "de son âge".
On admire le contraste entre le désert égypto-soudanais qui conserve les traits d'êtres ensevelis il y a quatre mille ans et la forêt cambodgienne dont la végétation étouffante va jusqu'à effacer dans la pierre les traces laissées beaucoup plus récemment par l'homme.
Il y a dans ce court texte une profondeur impressionnante. La pierre et la flûte, l'architecture et la musique, le temple antique et la modeste chapelle romane, le vieux sage et le fidèle serviteur, le souffle et le rythme, la beauté sublime du visage d'une jeune fille et l'insondable profondeur de la sagesse d'un vieillard s'y mêlent harmonieusement et nous sont donnés à méditer dans l'écrin d'une langue superbe et profonde.
L'archéologue passe avec déchirement du sorcier khmer au danseur arabe, contemple des mondes qui s'ignorent l'un l'autre, tente de les remonter "l'un et l'autre de la nuit des temps et de l'obscurité de l'oubli", mais "se vide lui-même dans cette tentative".
"Le monde n'est pauvre que pour ceux qui n'attendent rien." et "Les choses sont précieuses à proportion que l'esprit s'est aiguisé à déceler leur richesse".
Ce livre est d'un rare éclat.
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livredailleurs
  16 juin 2014
Sur une terrasse au bord du Nil, un vieil homme attend la mort. Alors qu'il remuait les pierres de la frise aux cobras, tel un éclair la morsure du serpent l'a surpris ; elle ne lui laisse aucune chance. Sachant ses heures comptées, il égraine ses souvenirs. Lui, l'architecte que rien ne destinait à passer sa vie au milieu de monuments en ruines, fait revivre le passé.
De l'occident à l'orient, sa vie a la couleur de la pierre, le parfum des rencontres, le son d'un chalumeau. Une petite église romane quelque part en France, un temple envahi par la végétation au Cambodge, un village perdu au nord du Laos, une maison pleine d'instruments de musique à Bali, et partout des visages : celui de la femme aimée, d'un conteur cambodgien, d'un musicien allemand, d'un vieux nubien... autant d'épisodes qui s'enchaînent, se croisent, se bousculent en attendant le dernier souffle.
De ces rencontres, de ces pays, l'archéologue conserve un trésor : des flûtes dont chacune a une histoire qu'il veut transmettre avant de mourir. "Voyez-vous cette petite flûte que je tiens dans ma main ? dans le coffre à droite de ma table, vous trouverez les autres. Je vous les laisse. Je les aimais. Ne les dispersez pas. J'ai joué au long de ma vie sur toutes ces flûtes, sauf une, qui est brisée : elle est en terre cuite, elle a été trouvée à Tletecpatl, dans un tumulus...".
En nous parlant de pierres et de musique, l'archéologue nous parle aussi d'hommes et de civilisations, de mythologie, de rites et de traditions. Il suffit de se laisser porter par ses mots pour, soudain, se sentir ailleurs et contempler "un temple dans la forêt, des débris de pierres en désordre au bord du Nil".
Lien : http://livredailleurs.blogsp..
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Daisybraille
  31 mars 2021
J'ai lu ce livre sous toutes les formes possibles : cassettes, Braille, CD, et jamais je ne m'en suis lassée. Il fait appel à tous les sens, remue en nous la fibre artistique, nous fait réfléchir à ce que peut être le passage entre la vie et la mort.
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
raph731raph731   23 décembre 2014
La mère s'identifie au danger tant de fois qu'elle finit par être ce par quoi le danger vient au monde, autant que le recours contre lui. Elle nourrit, et elle ne parle que de poisons. Elle réchauffe, et elle incarne la peur du feu. Elle protège, et elle peuple le monde de loups-garous et de bêtes malfaisantes. Elle est la peur et la fin de la peur. (p. 93)
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raph731raph731   23 décembre 2014
La peur, le désir, le désespoir, l'appel, la peur surtout, et à l'opposé de la peur, lié à elle, l'ordre du monde édifié sur la peur, construit sur elle. (p. 87)
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aimeryjoesselaimeryjoessel   22 août 2018
Pouvez-vous imaginer quel déchirement il y a de passer du sorcier khmer au danseur arabe ? Ils s'excluent l'un l'autre. Ils sont nés de mondes qui s'ignoraient, où les questions n'étaient pas les mêmes, dont les mystères étaient inconciliables. Et moi, je m'exténuais à les réunir, à tenter de communier avec l'un, puis avec l'autre, remontés l'un et l'autre de la nuit des temps et de l'obscurité de l'oubli. Mais on ne peut pas. On ne peut pas, Docteur. On s'efforce. On veut se remplir d'un autre et l'on se vide de soi-même.
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raph731raph731   23 décembre 2014
Je comprends que le monde n'est pauvre que pour ceux qui n'attendent rien. Les choses sont précieuses à proportion que l'esprit s'est aiguisé à déceler leur richesse. (p. 66)
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aimeryjoesselaimeryjoessel   22 août 2018
Voyez-vous cela ? Un monde qui ne cesse d'inventer, de raffiner, de perfectionner, de compliquer, de créer, de fabriquer, et qui, de ce fait même, peu à peu dépouille les hommes de leur identité. Un monde qui se renouvelle sans cesse, et qui, de fait même, leur interdit de se regarder dans l'avenir sans diminuer en eux-mêmes l'image qui leur est nécessaire pour se faire hommes, et qui à mesure qu'il leur donne des objets pour mieux vivre, les plonge dans un désespoir dont ils ne savent d'où il vient.
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