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EAN : 9782070323517
408 pages
Éditeur : Gallimard (21/04/1986)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 618 notes)
Résumé :
"Nous commencerons par discuter les points de vue pris sur la femme par la biologie, la psychanalyse, le matérialisme historique. Nous essaierons de montrer ensuite positivement comment la "réalité féminine" s'est constituée, pourquoi la femme a été définie comme l'Autre et quelles en ont été les conséquences du point de vue des hommes. Alors nous décrirons du point de vue des femmes le monde tel qu'il leur est proposé ; et nous pourrons comprendre à quelles difficu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (52) Voir plus Ajouter une critique
Nowowak
  12 avril 2021
– Lâche-moi !
C'est le cri désespéré que poussent les femmes face à un agresseur. Un homme sûr de sa légitimité : il est tellement au-dessus de cette proie facile. Arrogant, maître de sa force, libéré de ses pulsions, il se permet de considérer cette créature aguichante comme une victime facile et consentante malgré ses appels au secours et sa mine atterrée. Ce n'est plus du harcèlement, c'est du passage à l'acte et la presse people est remplie de ces exemples où l'on dénonce des hommes de pouvoir qui jouissent d'une impunité folle et s'autorisent des exactions dignes des barbares qu'ils sont.
– Laisse-toi faire ma poulette…
Entre posséder une libido active ou une sexualité inactive, rien n'excuse la lâcheté et la violence. Naître homme est déjà un pouvoir en soi : aberrant. Aucune égalité au berceau. Vous parlez d'un monde ! Aucun baiser dans le cou ne doit être administré sans l'approbation de la dépositaire. Ne parlons pas des autres gestes. Indigne. Les rebellions sont de plus en plus fréquentes et médiatiques. Tant mieux. On casse le silence. Marre de ces animaux grotesques incapables de se retenir.
« L'idéal de l'homme occidental moyen, c'est une femme qui subisse librement sa domination, qui n'accepte pas ses idées sans discussion, mais qui cède à ses raisons, qui lui résiste avec intelligence pour finir par se laisser convaincre. » explique Simone de Beauvoir. L'histoire des femmes a été écrite par les hommes. Ils dirigent le monde. Au point où les mots « homme » et « humain » sont devenus synonymes. N'ouvrons pas la longue parenthèse dans notre langue où en matière de grammaire le masculin l'emporte sur le féminin.
Elles doivent se cacher pour marcher dans la rue tranquillement. Porter une jupe est une provocation. Les choses vont plus loin. Avoir été violée consiste pour une femme une preuve qu'elle est une garce éhontée qui provoque les hommes… alors que cela devrait être une preuve que le mec est un gros porc. le procès serait inutile : hop en cabane. La plupart du temps, c'est la femme qui est suspecte. On comprend le souhait de balancer ces types en place publique. C'est du désespoir arrivé au terme de son ras-le-bol. Les choses changent doucement mais on traîne cet hyper sexisme depuis la Préhistoire.
Dans « Teen Spirit » de Virginie Despentes, on trouve un passage assez éloquent.
– de toute manière, si je lui réponds quelque chose, il va me traiter de meuf mal baisée, soi-disant c'est manquer d'humour… comme s'il fallait forcément apprécier de se faire appeler « ma chérie » par un type de trois cent kilos avec sa putain de gueule de porc. Est-ce que qui que ce soit avec qui il bosse sous-entend qu'il s'occuperait bien de son petit trou du cul, lui ?
Dans « le Deuxième sexe » Simone de Beauvoir va au-delà du constat. "Une femme qui n'a pas peur des hommes leur fait peur" , nous dit-elle. L'existentialisme qu'elle propose incrimine presque autant les femmes, dont elle dénonce la passivité, la soumission et le manque d'ambition, que les hommes, qu'elle accuse de sexisme, de lâcheté et parfois de cruauté. Elle estime en conséquence que l'émancipation féminine réussira grâce à la volonté solidaire des hommes et des femmes.
« Personne n'est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu'un homme inquiet pour sa virilité. »
La société est censée nous civiliser. Malgré le printemps et les petits zoziaux qui chantent on doit éviter de se comporter en animal en rut. Se retourner sur une belle femme pourquoi pas… mais la traiter de salope ou lui mettre la main au cul (en dehors d'une sphère intime et partagée) c'est pire que le Moyen-Age. le conditionnement ne date pas d'hier mais sans tomber dans l'extrême avec des femmes qui ressembleraient à des hommes il est temps de modifier ce lamentable état d'esprit.
C'est l'affaire de chacun.
Nowowak

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Levant
  22 juin 2019
"Toute l'histoire des femmes a été faite par les hommes", et la hiérarchie instaurée, perverse et tenace, qui veut que la femme soit inférieure à l'homme remonte aux temps primitifs. Époque où l'impact du représentant de l'espèce sur son environnement dépendait avant tout de sa force physique. Caractéristique qui avantageait le mâle, on l'aura bien compris. C'est la biologie qui l'a voulu. Cela ne nous dit pas qui a voulu la biologie, mais c'est un autre sujet.
Quelques milliers d'années plus tard, cet avantage n'en est plus un. Même les mâles n'usent plus de leur force physique dans leur rapport au monde. Monsieur Colt aura pu faire dire dans une publicité restée célèbre vantant sa machine de mort que son invention avait supprimé l'inégalité originelle fondée sur la force. D'autres machines plus pacifiques celles-là ont pris le relais, avec le même succès pour supprimer le recours à la force physique, mais il faut l'avouer, avec tout l'orgueil que l'homme peut tirer de son évolution, dans son rapport à l'espèce il est resté primitif. La position qu'il s'est octroyée sur le fondement de la force physique est restée à son avantage. Il y a encore du chemin à faire pour arriver à ce que Simone de Beauvoir n'avait pas encore appelé la parité.
En 1949, lorsqu'elle écrit le deuxième sexe, la femme vient tout juste d'obtenir le droit de vote en France. En porte drapeau de la pensée féministe Simone de Beauvoir cherche à répondre à la question concernant ses consoeurs : "pourquoi la femme est-elle l'Autre ? … comment en elle la nature a été reprise au cours de l'histoire; il s'agit de savoir ce que l'humanité a fait de la femelle humaine".
Il faut parfois savoir se mettre en danger. Il faut parfois savoir se mesurer à plus fort que soi. Pour le représentant mâle de l'espèce que je suis, se mettre en danger c'est oser entendre les arguments qui battent en brèche l'orgueil masculin. Se mesurer à plus fort que soi, c'est faire une pause dans la lecture facile, et affronter des esprits hauts et forts. Comme par exemple lire Simone de Beauvoir.
J'ai quand même pour moi d'avoir compris, à l'éclairage de son ouvrage, que je me sentais inconsciemment plus d'affinité avec un Stendhal qui "jamais ne se borne à décrire ses héroïnes en fonction de ses héros" plutôt qu'un Montherlant pour qui "la chair féminine est haïssable dès qu'une conscience l'habite. Ce qui convient à la femme, c'est d'être purement chair." Sans remonter jusqu'à ce cher Pythagore qui a fait nos délices dans les classes de mathématiques, dont j'ai découvert un autre de ses théorèmes, lequel s'énonce ainsi : "Il y a un principe bon qui a créé l'ordre, la lumière et l'homme et un principe mauvais qui a créé le chaos, les ténèbres et la femme." Celui-là n'est le résultat d'aucune démonstration. Il est le résultat de ce qui reste de primitif en nous. Difficile d'abandonner les avantages acquis. Difficile de rétrograder, même quand l'évidence s'impose.
Mais attention les machos de tous bords, dès lors que la force physique n'est plus une norme déterminante dans le rapport à la nature, celui qui a coutume de s'en prévaloir au regard du sexe dit faible pourrait bien se voir déclassé. Elles commencent à nous voler nos défauts, mais nous pas encore leur qualités, elles ont de l'audience au foot, elles fument bientôt plus que nous. Le troisième millénaire sera féminin ou ne sera pas.
Jusqu'à ce jour le mâle se vantait d'incarner la transcendance, cantonnant la femme à l'immanence, à puiser dans ses propres ressources pour exister et servir de nids douillet pour héberger l'embryon qu'il aura condescendu à lui confier le temps d'une gestation. Priant pour que ce soit un garçon. Oubliant avec sa virilité triomphante que s'il n'y avait plus de fille, la survie de l'espèce tournerait court. On avait appris que la prise au monde de la femme était moins étendue que celle de son congénère mâle, la voici plus étroitement asservie à l'espèce.
Quand la religion s'est mise en demeure de régner sur les consciences, le sort de la femme ne s'en est pas trouvé amélioré pour autant. Figurez-vous qu'il s'en est découvert un pour déclarer que si l'âme n'habite l'embryon qu'à partir du quarantième jour de sa conception pour un garçon, il faut attendre le double pour une fille. L'auteur de ce postulat a été sanctifié pour sa perspicacité. Convenez qu'avec cette finesse dans l'observation, la femme n'avait pas encore trouvé d'allier dans les prédicateurs en religion monothéiste. Quel que soit le prophète promu seul et unique dieu, ils ont tous eu grand soin de conserver à la femme le statut que sa masse musculaire lui avait fait attribuer.
Voilà un ouvrage qui parle de l'homme avec une minuscule. Non pas dans le sens où il ne représente que la moitié de l'espèce, excluant l'Autre, mais dans le sens où la minuscule convient fort bien pour rabaisser le prétentieux à ce qu'il est : un être de chair pétri de peur de se voir détrôné de la position qu'il s'est arrogée au fil des millénaires. Et si l'Autre, la femme donc, reste un mystère à ses yeux éblouis de lui-même, elle ne l'est pas plus du fait de son sexe mais bien du fait qu'elle est une autre personne. Chacun est un mystère pour l'autre.
Je ne cacherai pas qu'il est certaines des phrases de cet ouvrage que j'ai relues plusieurs fois avant de les croire apprivoisées par mon entendement. Non que je fasse le sourd à la pertinence de son argumentation, mais bien parce qu'elles sont d'une force conceptuelle qui a réveillé quelques uns de mes neurones assoupis. Le deuxième sexe est un essai philosophico sociologique qui est forcément plus fouillé et élaboré que ce que je pourrais en restituer. Il a encore toute sa valeur aujourd'hui, et quand ces dames utilisent les réseaux sociaux pour secouer le cocotier je ne suis pas sûr qu'elles fassent encore descendre sur terre toutes les noix récalcitrantes à entendre raison.
Pour ce qui me concerne, je ne voudrais pas non plus passer pour un ange. On n'a d'ailleurs toujours pas déterminé leur sexe. Je dirai simplement en toute sincérité que la seule chose qui me retiendrait à envisager une réincarnation en femme, ce sont les chaussures. Celles qui perchent le talon et élancent la jambe à faire fantasmer les hommes. Envisager la souffrance n'est pas notre fort à nous les mâles.
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Nadou38
  18 août 2019
« Tout ce qui a été écrit par les hommes sur les femmes doit être suspect, car ils sont à la fois juge et partie. » Poulain de la Barre
Alors lisons cet essai sur les femmes, écrit par une femme : Simone de Beauvoir…
Premier des deux tomes qui composent « Le deuxième Sexe », cet ouvrage est divisé en 3 parties : Destin, Histoire et Mythes.
La première partie est celle qui m'a le plus intéressée car elle cherche à répondre au Pourquoi. Simone de Beauvoir reprend et analyse les 3 approches généralement utilisées pour expliquer le statut et l'évolution de la femme par rapport à celle de l'homme : l'approche biologique, psychanalytique et enfin celle du matérialisme historique.
« Pour découvrir la femme, nous ne refuserons pas certaines contributions de la biologie, de la psychanalyse, du matérialisme historique : mais nous considérerons que le corps, la vie sexuelle, les techniques n'existent concrètement pour l'homme qu'en tant qu'il les saisit dans la perspective globale de son existence. » (P107)
« La perspective globale de son existence »… La nature de l'être humain n'est pas seulement de reproduire la vie, mais d'y donner du sens. Pour cela, il a besoin de développer sa prise sur le monde pour affirmer son existence et changer l'avenir.
Le chapitre sur le matérialisme historique explique justement à quel point le développement des outils va permettre à l'homme d'avancer en ce sens, d'accroître son pouvoir et de se valoriser auprès de ses semblables, mais aux dépens de sa compagne…
Car la femme n'a pas les mêmes possibilités, elle est contrainte, freinée biologiquement par son « asservissement à l'espèce » (maternités, menstrues…) qui affaiblit par ailleurs sa santé.. C'est ce que développe SdB dans son chapitre sur les données biologiques.
L'auteure m'a un peu perdue en revanche dans son chapitre sur Freud et sa psychanalyse. C'est que je ne l'ai pas lu ce bon monsieur ! Et toujours pas très tentée d'ailleurs, je dois l'avouer… Si j'ai bien compris son propos, elle estime trop réducteur le système proposé par Freud « qui fait reposer sur la seule sexualité le développement de la vie humaine. »
Dans la seconde partie intitulée Histoire, SdB reprend, depuis les tribus primitives jusqu'à la fin des années 40, le statut et l'évolution de la femme au sein des différentes sociétés. Elle liste les droits, ou plutôt devrais-je dire la privation de droits qu'a eu la femme depuis la haute antiquité. Qu'est-ce qu'on a pris dans la tête ! Je m'en doutais mais c'est toujours impressionnant quand on lit tant d'exemples et situations. Plaidoyer accablant, le statut de la femme s'avère étroitement lié à la propriété privée.
SdB mentionne aussi deux éléments essentiels pour que la femme accède à la même liberté que les hommes : les lois abstraites ET les pouvoirs concrets (moeurs). Elle n'a pu fournir aucun exemple d'une telle situation dans l'Histoire lorsqu'elle a publié son essai. Très intéressant en tout cas de voir les nuances entre la femme égyptienne, grecque et romaine, ainsi que la terrible influence religieuse durant tout le Moyen-âge et après.
Je dois avouer que la dernière partie sur les Mythes m'a un peu moins intéressée. Elle développe les différents mythes autour de la femme (Eternel Féminin, croyances autour des menstrues, vision de la Mère…), le mythe féminin à travers la littérature, en choisissant quelques auteurs présentant chacun une vision très différente de la femme idéale (Montherlant, Lawrence, Claudel, Breton et Stendhal) et enfin le mythe de la femme dans la vie quotidienne, s'il joue sur les moeurs et conduites individuelles.
La lecture de ce premier volume fut très instructive en ce qui me concerne, j'ai pris beaucoup de notes. C'est long et souvent complexe à lire, enfin pour moi en tout cas, par le vocabulaire employé et les concepts souvent abstraits évoqués (surtout dans la dernière partie). Mais c'est très riche, des argumentaires appuyés par de nombreuses citations et références, on imagine aisément la quantité colossale de travail effectuée par l'auteure pour aboutir à cet ouvrage.
Certains aspects peuvent paraître désuets aujourd'hui car il faut bien reconnaître que la place de la femme dans notre société a considérablement évolué depuis la publication de cet essai, mais cela demeure cependant une lecture incontournable par la quantité d'informations rassemblées, compulsées et analysées.
Ce que j'apprécie aussi, c'est que ce document ne cherche pas à faire un procès aux hommes, mais établit seulement les faits et le processus qui a amené progressivement à cette situation déséquilibrée entre les hommes et les femmes.
Il va de soi que je lirai le second volume, mais digérons un peu celui-là pour le moment…
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ATOS
  01 octobre 2015
« La perspective que nous adoptons, c'est celle de la morale existentialiste. Tout sujet se pose concrètement à travers des projets comme une transcendance ; il n'accomplit sa liberté que par son perpétuel dépassement vers d'autres libertés ; il n'y a d'autre justification de l'existence présente que son expansion vers un avenir indéfiniment ouvert. Chaque fois que la transcendance retombe en immanence il y a dégradation de l'existence en «  en soi », de la liberté en facticité ; une chute est une faute morale si elle est consentie par le sujet ; si elle lui est infligée, elle prend la figure d'une frustration et d'une oppression ; elle est dans les deux cas un mal absolu ».
Voilà posé en introduction l'intérêt de cet essai .
« Combattre le mal absolu », ce mal qui s'incarne dans le seul fait de refuser à celles, pourtant semblables, considérée comme « Autres», la possibilité de s'élever afin d'atteindre dans le plein épanouissement de ses libertés la complétude infinie et indéfinie d'elle même. Liberté, donc, mais avant études, analyses, dissection des mots, des mythes, des croyances, des systèmes sociaux, culturels, cultuels, économiques, des gouvernances, des lois, us, coutumes et rituels. Et cela en procédant à une première étude « microcosmique » du monde du vivant et en élargissant la focale de sa pensée sur l'échelle macro historique de l'humain. L'humain. Fait d' « humaine nature »… Qui ne cesse jamais de vouloir classer ses membres d'une façon pyramidale. Sexe, race, nations, continent, religion. Établissant moult évaluations perverses lui permettant de croire en l'établissement perpétuel de son règne. Force est de constater que cette évaluation architecturale est sous gouvernance masculine. Nous sommes nés dans une société dite moderne gouvernée par un système bourgeois patriarcal. Et même si en occident la condition de la femelle humaine a évolué, certaines libertés acquises, même si on nous vend trop vite l'image d'une femme modèle moderne, plus de la moitié de l'humanité sait que chaque espace gagné doit être chaque jour défendu, et qu'il reste encore de nombreux murs à abattre dans les tous les temples que les pouvoirs ont dressé pour se protéger .
Alors cet essai, n'est pas dépassé. Il n'est pas d'actualité. Parce que nous ne voulons pas ici faussement faire entendre que son contenu relèverait de l'épisodique. Il est Actualité. Comme tous les domaines sur lesquels la philosophie élabore sa pensée. Il touche à la définition de l'humain, de son identité, de son histoire, de ce qui demain lui permettra d'admettre la perfectibilité de l' « en soi » de chacun de ses membres. En un mot de se réaliser à travers la connaissance approfondie de son être rapporté à l'histoire d'un Ensemble.
La « nature », voilà le point de départ.Un point d'interrogation. Par nature, l'humaine porte la vie. Par nature il est donné à l'humaine la possible de porter la descendance. Disons simplement, que telle est établie sa destinée biologique. Un possible qui devint au cours de notre évolution une nécessite, un fait, plus ou moins un bienfait, jusqu'à en devenir , par concept mental, un devoir. Nous touchons là à l'idée de permanence, à l'idée même d'immortalité, donc à l'idée de la vie, de la Mort, de l'être et de son devenir face à la conception de son avenir. « C'est en exerçant l'activité sexuelle que les hommes définissent les sexes et leurs relations comme ils créent le sens et la valeur de toutes les fonctions qu'ils accomplissent : mais elle n'est pas nécessairement impliquée dans la nature de l'être humain ».
Libération donc face au précepte. Se libérer d'une destinée dite « naturelle ». Faire le choix. Être comme cela ou comme cela, par choix, mais opter pour la transcendance.
Faire usage ou non de sa possibilité d'être. Mais cela à la seule condition d'être totalement libre de ce choix et conscient du renoncement à soi même qu'il pourrait engendrer.
«  la femme est adaptée aux besoins de l'ovule plutôt qu'à elle-même.De la puberté à la ménopause elle est le siège d'une histoire qui se déroule en elle et qui ne la concerne pas personnellement ».
La destinée biologique ne peux soumettre le destin unique d'un être. Tendre à se libérer , se désencarter, de ce qui serait appelée loi naturelle, voir d'un inconscient naturel, d'une objectivité essentielle, et cela par la pleine conscience des capacités son être, par une subjectivité existentielle. La sexualité de notre corps fait partie intégrante de nous, mais il n'explique pas tout. Notre rapport au corps, à la matière,leur imprégnation, implication, interaction, leur niveau de langage, il faut comprendre, questionner l'ensemble. Ainsi il faut interroger le rapport de l'humain au monde. Et pour cela comprendre l'histoire de ce rapport.
« L'homme n'est pas une espèce naturelle : c'est une idée historique. » Merleau-Ponty.
L'humaine fut, et est majoritairement, toujours aliénée, reléguée, maintenue, en son état d'immanence. Elle incarne l'immanence. Celle qui maintient, celle qui transmet, celle qui doit veiller à le reproduction. Reproduction, maintien, génération de la chair. Soutenue par l'élaboration pure et simple d'un conservatisme de lois veillant à ce que ce projet soit assujetti et maintenu.
N'est elle pas devenue l'arbre du fruit mais également la pécheresse du jardin ? Sainte ou démon. L'humain qui la définit ainsi ne peut choisir. Entre ces deux mensonges se cachent sans aucun doute la question de propre incarnation. L'humain ne doit donc plus choisir, mais se réfléchir. C'est l'heure sans doute , le siècle, le moment de la confrontation.
« La femme n'est pas une réalité figée, mais un devenir ; c'est dans son devenir qu'il faudrait la confronter à l'homme, c'est à dire qu'il faudrait définir ses possibilités : ce qui fausse tant de débats c'est qu'on veut la réduire à ce qu'elle a été, à ce qu'elle est aujourd'hui, cependant qu'on pose la question de ses capacités ; le fait est que des capacités ne se manifestent avec évidence que lorsqu'elles ont été réalisées ; mais le fait est aussi que lorsque l'on considère un être qui est transcendance et dépassement, on ne peut arrêter les comptes ». « Dans l'humanité les « possibilités » individuelles dépendent de la situation économique et sociale. » Dans un sens positif ou négatif. Ainsi peut on voir des bourgeoises totalement aliénée à leur situation sociale, et d'un autre côté voir une ouvrière prendre parole et pleine conscience de soi. L'inverse est tout autant possible. le fait est que la relation sociale et économique ne doit à aucun moment être écarté de l'analyse historique. Cette relation est un facteur, le terreau dans lequel se développe et perdure le mal mais il reste à étudier le germe et l'enracinement de l'idée qui a créé l'image de « l'Autre ».
L'humain, le mâle, quant à lui veut vivre sa transcendance. Se déplacer, aller plus loin, se dépasser, s'élaborer lui même. Inventer, risquer, créer. Découvrir, explorer, trouver de nouvelles prairies. Enfin : posséder. Transcendance vers une liberté. Une conquête que lui imposerait sa destinée biologique…. le biologique explique t il la propriété privée, le libéralisme, l'intérêt outrepassant le besoin, la guerre, les extrémisme politique et religieux ?… On voit bien que la nature de l'homme ne tient pas , ne suffit pas face à l'idée de la transcendance, mais il est étrange de voir comment par contre on voudrait qu'un naturel féminin colle parfaitement à l'idée de l'immanence...
« Mais l'humain n'est pas une espèce naturelle »...Le cerveau de l'humain est bien trop grand pour se loger éternellement dans une caverne... L'inconfort s'installe.
«  C'est dire que nous intéressant aux chances de l'individu, nous ne nous définirons pas ses chances en termes de bonheur, mais en terme de liberté ». Être heureux ? Être Libre ? Faut il choisir ? Que dit le maître ? Que doit comprendre l'esclave, ? Quel visage prend le seigneur ? A quel titre ? de quel droit ?
Quelle est notre histoire ? Quels furent à travers l'histoire de l'humanité notre rapport au corps, à l'autre, à la sexualité, au désir, au plaisir, à l'amour, à la procréation, à l'avortement,
Immanence pour l'Autre. Mais qui est l'Autre ? Quel est cette idée de l'Autre ? Quand , pourquoi et par qui cette Autre a t elle été construite ? L'Autre, la femelle. Celle qui est différence, inconnue, celle qui attire et révulse à la fois, la mère, le ventre de la mère, la femme, la charnelle celle à laquelle on s'attache, à laquelle on se lie, se confie, et que l'on combat « en soi ».
L'Autre que l'on ne reconnaît pas en son « en soi ». L'Autre éternelle et immuable, qui recèle et qui conserve, qui a les bras remplis de gerbes , de descendance, l'Autre qui, ainsi faite, a les deux bras tellement remplis qu'elle ne s'accomplit pas ailleurs qu'elle ne le doit.
Alors Beauvoir va vite très vite, la tâche est immense, l'humain s'est mis en marche depuis si longtemps et sur la terre entière.
L'Autre, que l'on vénère, que l'on craint, objet de magie, de péché, tantôt déesse tantôt sorcière, sourcière /incendiaire. Bref l'Autre, la presque demeurée animale.
L'humanité a t elle élaborer la théorie de la différence par crainte de faire face à sa plus élémentaire substance ? A t on crée un leurre, une fausse idée, perverti l'altérité?
le premier tome du deuxième texte est extrêmement dense, mais il contient ce qui peut aujourd'hui nous faire mieux comprendre la complexité de toutes les interactions et réactions humaines qui ne cessent de surgirent, ressurgirent, naître et mourir. L'Autre, est ici est femelle puisque tel est le sujet de cet essai. Mais cette réflexion portée sur l'Autre peut nous amener à établir le schéma mental de l'élaboration de tout Autre. L'Autre faisant toujours face à soi il convient donc d'en un premier temps de ne pas méconnaître cet en soi à partir duquel nous élaborons depuis des millénaires tous les déclinaisons, inclinaisons, torsions, et perversions d'un réel à partir desquels nous inventons toujours l'Autre qui n'est en fait que l'image retour de nous mêmes.
Bien sûr, beaucoup , notamment ceux qui se considèrent exemptés par ce sujet du seul fait du privilège d'être « bien nés » relégueront cet essai au rayon d'une histoire dépassée. D'autres l'ignoreront. Mais pour celles qui n'y ont malheureusement pas accès. C'est à celles là , mais aussi à ceux, et celles également qui les maintiennent et les contraignent à vivre un état qu'ils déclarent naturelles, à tous , il faut que ce livre soit lu, enseigné, traduit, transmis, étudié, discuté. Qu'il soit ainsi débattu de cet essai. «  La biologie ne suffit pas à fournir une réponse à la question qui nous préoccupe : pourquoi la femme est elle Autre ? Il s'agit de savoir comment en elle la nature a été reprise au cours de l'histoire ; il s'agit de savoir ce que l'humanité a fait de la femelle humaine. »
Ce n'est pas un essai appelant une révolution mais une totale exhortation à notre évolution.
Dans « les proscrits » , en une seule phrase, Balzac a fait passer Dante de la verticalité à l'horizontalité.
Dans cet essai, Beauvoir, invite l'humaine à dépasser une horizontalité par la pensée de sa verticalité, un ordre que l'auteure a souhaité transmettre pour donner plein sens au devenir de l'humanité. Lecture à poursuivre.
Astrid Shriqui Garain
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lecassin
  27 novembre 2012
« le deuxième sexe » constitue une étude fouillée qui pose, entre autres questions, la question de l'existence ou non d'une identité féminine innée, pour mieux la récuser : « on ne naît pas femme on le devient »…
S'appuyant sur l'infériorisation de la femme à travers les âges dans tous les domaines de la société, hors la maison, Simone de Beauvoir s'attache à démontrer que tout, les parents, la société, la religion, formate les femmes dans leur infériorité par rapport au « mâle » ; et que mariage et enfants sont un piège qui les cloue à la maison et les empêche de se réaliser en tant qu'individu à l'extérieur. D'où le militantisme de Simone de Beauvoir pour une égalité homme/femme qui selon elle rendrait les deux plus libres…
Le deuxième sexe constitue un des piliers du néo-féminisme post soixante-huitard qui connaîtra son apogée dans le milieu des années soixante-dix. le slogan, car c'en est un, «On ne naît pas femme on le devient » faisant écho à l'autre, celui du mouvement de mai 68, «Il est interdit d'interdire».
Quoiqu'il en soit, les faits sont là…présentés, détaillés, analysés. Il n'en reste pas moins que l'interprétation qu'en fait Simone de Beauvoir est parfois un peu « tirée par les cheveux ». Un grand texte, à lire, tout en gardant à l'esprit qu'il s'agit d'un texte militant : le credo d'une femme engagée pour la reconnaissance du droit des femmes.
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Citations et extraits (173) Voir plus Ajouter une citation
EsaEsa   02 mai 2021
Ce n'est pas la nature qui définit la femme : c'est celle-ci qui se définit en reprenant la nature à son compte dans son affectivité.
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MeghMegh   15 mai 2010
Personne n'est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu'un homme inquiet pour sa virilité.
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Nadou38Nadou38   06 août 2019
Les peuples primitifs connaissaient la prostitution hospitalière, concession de la femme à l'hôte de passage, qui avait sans doute des raisons mystiques, et la prostitution sacrée destinée à libérer au profit de la collectivité les mystérieuses puissances de la fécondation. Ces coutumes existaient dans l'Antiquité classique. Hérodote rapporte qu'au Ve siècle avant Jésus-Christ chaque femme de Babylone devait une fois dans sa vie se livrer à un homme étranger dans le temple de Mylitta contre une pièce de monnaie qu'elle remettait au trésor du temple ; elle rentrait ensuite chez elle pour vivre dans la chasteté. La prostitution religieuse s'est perpétuée jusqu'à aujourd'hui chez les « aimées » d'Égypte et les bayadères des Indes qui constituent des castes respectées de musiciennes et de danseuses. Mais le plus souvent, en Égypte, en Inde, dans l'Asie occidentale, il y a eu glissement de la prostitution sacrée à la prostitution légale, la classe sacerdotale trouvant dans ce commerce un moyen de s'enrichir. Chez les Hébreux même il y avait des prostituées vénales. En Grèce, c'est surtout au bord de la mer, dans les îles et les cités où venaient beaucoup d'étrangers qu'existaient des temples où se rencontrent les « jeunes filles hospitalières aux étrangers » comme les appelle Pindare : l'argent qu'elle reçoivent est destiné au culte, c'est-à-dire aux prêtres et indirectement à leur entretien. En réalité, sous une forme hypocrite, on exploite – à Corinthe entre autres – les besoins sexuels des marins, des voyageurs ; et c'est déjà de prostitution vénale qu'il s'agit.
(P147/148)
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picturapictura   18 mars 2014
Mais le principe du mariage est obscène parce qu'il transforme en droits et devoirs un échange qui doit être fondé sur un élan spontané :il donne aux corps en les vouant à se saisir dans leur généralité un caractère instrumental, donc dégradant ;le mari est souvent glacé par l'idée qu'il accomplit un devoir, et la femme a honte de se sentir livrée à quelqu'un qui exerce sur elle un droit.
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euphemieeuphemie   14 octobre 2013
La consigne du de "l'amour conjugal" invite au contraire à tous les refoulements et à tous les mensonges. Et d'abord elle interdit aux époux de véritablement se connaître. L'intimité quotidienne ne crée ni compréhension ni sympathie. Le mari respecte trop sa femme pour intéressé aux avatars de sa vie psychologique : ce serait lui reconnaître une secrète autonomie qui pourrait s'avérer gênante, dangereuse; au lit prend-elle vraiment du plaisir? Aime-t-elle vraiment son mari? Est-elle heureuse de lui obéir? Il préfère ne pas s'interroger; ces questions lui semblent même choquantes. Il a épousé une "honnête femme" ; par essence elle est vertueuse, dévoué, fidèle, pure, heureuse, et elle pense ce qu'il faut penser.
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Une institutrice ? Une femme de pasteur ? Une jeune divorcée ? Une femme de ménage ? Une écrivaine de génie. Une inconnue. La vie d'Hélène Bessette (1918-2000), autrice de treize romans et d'une pièce de théâtre, tous parus chez Gallimard en seulement vingt ans, de 1953 à 1973 (et tous épuisés), semble avoir été faite de rendez-vous manqués et d'incompréhensions. Son premier roman, Lili pleure, obtient le prix Cazes en 1954. Plus tard, ses romans seront régulièrement inscrits sur les listes du prix Goncourt et l'admiration de nombreuses personnalités (Michel Leiris, Simone de Beauvoir, Dominique Aury, Jean Dubuffet, Claude Mauriac, Alain Bosquet, André Malraux) laisse présager une reconnaissance à la hauteur de son talent et d'un style entièrement nouveau qui ne ressemble à aucun autre. Par ces trois lettres aussi : GRP, ou Gang du Roman Poétique, l'occasion pour Bessette d'exprimer une théorie nouvelle et exigeante du roman.
Par Laure Limongi, autrice et éditrice, enseignante en création littéraire à l'École nationale supérieure d'arts de Paris Cergy.
Lecture par Anaïs de Courson, comédienne.
En savoir plus sur le cycle Autrices oubliées : https://www.bnf.fr/fr/agenda/autrices-oubliees-de-lhistoire-litteraire
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