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EAN : 9782070361373
151 pages
Gallimard (29/06/1972)
3.94/5   382 notes
Résumé :
Quatrième de couverture:
La journée du mardi se passa bien. La nuit, maman fit des cauchemars. "On me met dans une boîte", disait-elle à ma soeur. "Je suis là, mais je suis dans la boîte. Je suis moi, et ce n'est plus moi. Des hommes emportent la boîte !" Elle se débattait : "Ne les laisse pas m'emporter !" Longtemps Poupette a gardé la main posée sur son front : "Je te promets. Ils ne te mettront pas dans la boîte." Elle a réclamé un supplément d'Equanil.... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
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Accompagner un être cher en fin de vie est une épreuve dont on ne sort jamais indemne. Impuissant face au processus destructeur, partagé entre espoir et résignation, l'accompagnant longtemps conservera la marque de cette terrible expérience.

Une femme âgée, “belle comme un Léonard de Vinci”, se repose sur un lit de clinique. L'opération qu'elle a subie la veille s'est passée aussi bien que possible mais la tumeur maligne empêche tout espoir de guérison. Dans quelques semaines, aux dires des médecins, elle ne sera plus là et ses deux filles à son chevet prennent pleinement conscience de la finitude de leur maman.

Simone de Beauvoir est l'une de ces deux femmes. Quelques mois plus tard, en 1964, elle publie un récit autobiographique bouleversant intitulé “Une mort très douce” relatant dans le détail cette douloureuse séparation

Assise près de la malade Simone observe ce visage ou se mêle le désarroi, le courage, l'espoir, l'angoisse ; ce pauvre corps supplicié qui tend un peu plus chaque jour vers l'animalité ; cette vie qui n'est plus que malaise et tourment dans ce lit d'agonie.

Pourquoi ce long martyre sous équanil et morphine ? Pourquoi cet acharnement thérapeutique ? L'euthanasie ne serait-elle pas en l'occurrence la plus humaine des décisions ?

Et puis ces brèves phases de rémission où Simone retrouve avec la moribonde un dialogue brisé pendant son adolescence, une tendresse qu'elle avait crue tout à fait éteinte.

La 8ème Journée mondiale pour le droit de mourir dans la dignité s'est tenue voici quelques jours. Belle occasion de re(lire) les écrits d'une grande féministe attachée sa vie durant aux idées de progrès !

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Un livre magnifique. Sartre considérait que Simone de Beauvoir avait écrit là son plus beau livre. Un court récit exceptionnel tant par sincérité et son émotion que par sa profondeur de réflexion. Un récit dont la lecture devrait, j'en suis persuadé, apporter réconfort et réflexion à celles et ceux qui ont connu récemment la mort d'un proche, ou qui sont confrontés douloureusement à sa fin de vie.

Et pourtant, Simone de Beauvoir m'a toujours laissé une impression de femme dure et radicale, ainsi que j'ai pu la percevoir de ses entretiens télévisés, et des phrases cruelles et méprisantes qu'elle a écrites sur la production picturale de sa soeur Hélène, dite Poupette. Si j'admire son engagement féministe, je ne peux comprendre son aveuglement (ainsi que celui de Sartre) devant les méfaits des régimes communistes, soviétiques ou chinois. Et la façon qu'elle avait d'utiliser ses jeunes élèves adolescentes pour satisfaire les besoins sexuels de Sartre et les siens, évidemment ça ne colle pas bien avec son image de féministe.

De ses écrits, j'ai beaucoup apprécié l'ouvrage formidablement argumenté et toujours d'actualité le deuxième sexe, une partie de son son autobiographie Mémoires d'une jeune fille rangée, et enfin son très beau roman Les mandarins.

Mais ce court récit magistral et bouleversant de la fin de vie de sa mère, c'est autre chose.

Sur le mode du journal intime, auquel se mêle celui du documentaire et de l'essai philosophique,Simone de Beauvoir raconte, quasiment au jour le jour, comment sa mère , Françoise, à la suite d'une fracture du col du fémur occasionnée par une chute à son domicile, est hospitalisée, et que durant son hospitalisation, suite à la survenue d'une péritonite, on lui découvre une énorme tumeur de l'intestin grêle, qu'un chirurgien décide d'opérer. Personnel médical et famille (Simone,sa soeur Poupette et son gendre Lionel) lui cachent cette découverte, ce qui suscite chez l'auteure un sentiment de culpabilité et de remords.

Après une période où sa maman va mieux et compte bien se rétablir de sa « péritonite », le cancer gagne du terrain, et c'est la lente agonie, puis comme la qualifie une infirmière, « une mort très douce ».

Ce récit décrit crûment et sans concession l'état de dénuement auquel conduit la maladie, et tous les désordres du corps. Mais aussi, la solidarité entre Simone et sa soeur, leur dévouement, sa tendresse et sa compassion à l'égard de sa mère.

C'est aussi un moment de retour sur ses rapports conflictuels avec sa mère, la fille reprochant à sa mère sa morale bourgeoise, et sa religiosité, la mère à la fois impressionnée par les capacités intellectuelles de Simone, et pleine de reproches à l'égard de sa vie libertaire et sans la foi en Dieu. Durant cette période où elle est en permanence auprès de sa mère, Simone approuve son attitude qui est de préférer se battre pour la vie plutôt que se résigner à la mort, et de remettre à plus tard prières et sacrement des malades. Une paix s'installe tout doucement entre elles, dont on ne sait si c'est le chemin parcouru par Simone vers sa mère ou l'inverse.

Le récit est aussi l'occasion d'une réflexion profonde sur la condition féminine, et encore plus sur la mort. Les dernières pages du livre contiennent des phrases bouleversantes et d'une grande hauteur de propos, sur le rapport à la mort, à Dieu, et à la finitude de l'être humain.

Enfin, il y a de la part de cette femme engagée une description très critique des conditions de travail difficiles des infirmières (rien n'a changé depuis, c'est même pire) de la pression exercée par leur hiérarchie. Et aussi une analyse impitoyable du comportement sans empathie, sans humanité, de certains médecins ( pas tous heureusement, l'un d'eux se montre attentif aux attentes de sa mère). Ainsi le portrait de ce chirurgien qui paraît plus préoccupé de la « performance », de l'exploit que représente son intervention chirurgicale, bien plus que de l'intérêt de sa patiente, du réel bénéfice qu'apportera son intervention, et qui ira presque jusqu'à reprocher à celles-ci qu'elle n'ait pas réussi à tenir la suture impeccable qu'il avait faite. Et les critiques de l'auteure à l'égard de l'acharnement thérapeutique, m'ont paru tout à fait actuelles, ainsi que celles sur l'euthanasie.

Voilà. Un livre émouvant et profond, que je conseille vraiment et que je relirai sûrement.

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"Pour moi, ma mère avait toujours existé et je n'avais jamais sérieusement pensé que je la verrais disparaître un jour, bientôt. Sa fin se situait, comme sa naissance, dans un temps mythique."

Mais le mythe va voler en éclat : entrée à l'hôpital pour un col du fémur cassé, les radios lui découvriront un cancer. Brutalement confrontées à la réalité tangible de la mort de leur mère, Simone de Beauvoir et sa soeur vont alors se relayer à son chevet pendant plusieurs semaines, jusqu'à la fin inéluctable.

Publié en 1964, ce livre poignant et intemporel relate les derniers instants que Simone de Beauvoir a vécus auprès de sa mère, des instants douloureux mais non moins remplis d'amour, qui vont susciter à tour de rôle impuissance, culpabilité, et questionnements. Elle observe la déchéance physique, la perte de dignité, le renversement des rôles, s'étonne et admire le stoïcisme de sa mère. Elle revient sur sa relation avec elle, leurs rendez-vous manqués, leurs incompréhensions et enterre les vieilles rancunes. Dans un registre toujours d'actualité, elle s'insurge également contre l'acharnement thérapeutique et dénonce les conditions de travail des infirmières.

La plume admirable et percutante de Simone de Beauvoir dissèque la souffrance et rationalise la mort. C'est tragique, c'est émouvant, c'est fort. Et oui, c'est beau !

"Il n'y a pas de mort naturelle : rien de ce qui arrive à l'homme n'est jamais naturel puisque sa présence met le monde en question. Tous les hommes sont mortels : mais pour chaque homme sa mort est un accident et, même s'il la connaît et y consent, une violence indue."

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Presque sans émotions mais non sans amour, le récit précis et naturaliste de la maladie et de l’agonie d’une mère. Quand le talent de Simone de Beauvoir sublime la souffrance et donne un sens à la mort parce qu’il en fait une œuvre d’art.

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C'est avec pudeur et retenue que Simone de Beauvoir évoque les derniers instants de sa mère.

La vieille dame hospitalisée pour une fracture du col du fémur est également atteinte d'un cancer à un stade très avancé laissant peu d'espoir de guérison.

C'est une longue attente faite d'espoir et d'abattement qui commence pour Simone et sa soeur Poupette.

L'écriture sèche laisse peu de place au chagrin et à l'émotion. J'ai eu tout au long de cette lecture l'impression qu'il y avait une sorte de malaise entre l'auteure et sa mère, une difficulté à exprimer leurs sentiments.

Cette froideur et cette distance par rapport à un évènement ô combien douloureux qu'est la perte d'un parent m'a destabilisée.

De plus l'auteur a l'air de considérer qu'à partir d'un certain âge, la mort devenant imminente dispense d'avoir du chagrin.

« Je ne comprenais pas qu'on pût pleurer avec sincérité un parent, un aïeul de plus de soixante-dix ans. Si je rencontrais une femme de cinquante-cinq ans accablée parce qu'elle venait de perdre sa mère, je la tenais pour une névrosée : nous sommes tous mortels ; à quatre-vingt ans on est bien assez vieux pour faire un mort… »

J'ai toujours aimé lire Simone de Beauvoir, mais ce texte me laisse perplexe par sa froideur.

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Citations et extraits (77) Voir plus Ajouter une citation

Je ne tenais pas particulièrement à revoir maman avant sa mort ; mais je ne supportais pas l'idée qu'elle ne me reverrait pas. Pourquoi accorder tant d'importance à un instant, puisqu'il n'y aura pas de mémoire ? Il n'y aura pas non plus de réparation. Je compris pour mon propre compte jusque dans la moelle de mes os, que dans les derniers moments d'un moribond on puisse enfermer l'absolu.

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Je ne tenais pas particulièrement à revoir maman avant sa mort; mais je ne supportais pas l'idée qu'elle ne me reverrait pas. Pourquoi accorder tant d'importance à un instant, puisqu'il n'y aura pas de mémoire? Il n'y aura pas non plus de réparation. J'ai compris pour mon propre compte, jusque dans la moelle de mes os, que dans les derniers moments d'un moribond on puisse enfermer l'absolu.

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Nous avons tiré de ce sursis un bénéfice certain ; il nous a sauvées - ou - presque - du remords. Quand quelqu'un de cher disparaît, nous payons de mille regrets poignants la faute de survivre. Sa mort nous découvre sa singularité unique ; il devient vaste comme le monde que son absence anéantit pour lui, que sa présence faisait exister tout entier ; il nous semble qu'il aurait dû tenir plus de place dans notre vie : à la limite toute la place. Nous nous arrachons à ce vertige : il n'était qu'un individu parmi tant d'autres. Mais comme on ne fait jamais tout son possible, pour personne - même dans les limites, contestables, qu'on s'est fixées - il nous reste encore bien des reproches à nous. A l'égard de maman nous étions surtout coupables, ces dernières années, de négligences, d'omissions, d'abstentions. Il nous a semblé les avoir rachetés par ces journées consacrées, par la paix que lui donnait notre présence, par les victoires remportées contre la peur et la douleur. Sans notre vigilance têtue, elle aurait souffert bien davantage.

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Et moi aussi un cancer me dévorait : le remords. « Ne la laissez pas opérer. » Et je n'avais rien empêché. Souvent, quand les malades souffraient un long martyre, je m'étais indignée de l'inertie de leurs proches : « Moi, je le tuerais. » A la première épreuve, j'avais flanché : j'avais renié ma propre morale, vaincue par la morale sociale. « Non, m'avait dit Sartre, vous avez été vaincue par la technique : et c'était fatal. »

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Je ne tenais pas particulièrement à revoir maman avant sa mort; mais je ne supportais pas l'idée qu'elle ne me reverrait pas. Pourquoi accorder tant d'importance à un instant, puisqu'il n'y aura pas de mémoire? Il n'y aura pas non plus de réparation. J'ai compris pour mon propre compte, jusque dans la moelle de mes os, que dans les derniers moments d'un moribond on puisse enfermer l'absolu.

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Simone de Beauvoir

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