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EAN : 9782234044760
258 pages
Stock (01/11/1995)
4/5   1 notes
Résumé :
Stock / Moyen Age, 1995, broché, 258 p. Textes établis, traduits et présentés par Pierre Bec.

"Messager, levez-vous de bon matin, portez cette chanson à mon ami jusque dans son pays : dites-lui que je me souviens de cet air qu'il me chanta lorsqu'il m'eût embrassée sous le pavillon de mon lit !"
Les "trobairitz" fascinent ceux qui veulent entendre la voix des femmes au moyen-âge. Voici une anthologie de trente-quatre textes qui s'attachent au r... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
leboncoinlecture
  01 septembre 2021
Je dois avouer que c'est davantage une curiosité historique et sociologique que poétique qui m'a poussée vers cet ouvrage au départ. Et j'y ai trouvé mon compte grâce à une introduction bien développée sur la place des femmes dans la société au Moyen-Age, en particulier dans les pays d'Oc (beaucoup plus libre et ouverte que dans le Nord), la vision négative dûe à la religion, les statuts de la femme dans le concept du "fin'amor" (amour courtois) etc. Etant novice en poésie médiévale, j'ai regretté le manque d'explications de certains mots techniques (nécessité de chercher ailleurs, la majorité est finalement expliquée plus tard ou se laisse comprendre par le contexte - par exemple ce que sont les "tenso, canso, vidas, razos" etc.).
Ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant, c'est l'interrogation sur l'éventualité d'une écriture féminine spécifique qui permettrait de distinguer un troubadour (homme) d'une trobaraitz (femme) : il n'y en a pas, ni sur le forme, ni sur le fond, seules les biographies (vidas) et explications (razos) qui accompagnent parfois les textes permettent d'assurer la maternité ou la paternité d'une oeuvre.
Autre point intéressant : le statut social de ces autrices (toujours de haute naissance, contrairement aux hommes) et le statut du "je" dans leurs textes. Je cite : « La dame-poétesse reste donc bien dans le système, mais elle s'y intègre beaucoup moins en tant que femme, c'est-à-dire avec l'expression éventuelle de sa féminité authentique, qu'en tant que "dòmna", c'est-à-dire, encore et toujours, comme protectrice et dominatrice » (dans le respect du fin'amor donc). La femme, dans ces textes, peut remplir notamment le rôle d'amoureuse esseulée, éventuellement trahie (à tort ou à raison...), de mal-mariée (qui se plaint d'un mari violent et se donne passionnément et effrontément à un amant – Olympe de Gouges et sa dénonciation du mariage comme esclavage ainsi que sa promotion d'un « contrat social de l'homme et de la femme » m'ont paru assez proches !), d'intermédiaire entre deux amants (j'ai pensé à Lunette d'Yvain, le chevalier au lion, qui joue l'entre-metteuse de nombreuses fois entre Yvain et Laudine). On y retrouve également des raisonnements paradoxaux mais tellement ancrés qu'ils deviennent instinctifs, et que l'on peut encore voir aujourd'hui, de femmes qui ont tendance à perpétuer un monde patriarcal et machiste.
Nous pouvons découvrir les trente-quatre poèmes et chansons de vingt-huit autrices, dans leur langue originale, l'occitan, et bien entendu dans leur traduction en français contemporain.
Je ne connais pas la prononciation de l'occitan mais cela ne m'a pas empêché d'apprécier la qualité du rythme et des jeux de sonorités par endroits (je n'ai pas lu tous les textes en occitan, je vous rassure…). Un petit exemple en citation ci-dessous pour les curieux.
Un constat : la forme est extrêmement travaillée et requiert indéniablement un grand talent d'une part, mais également des connaissances pointues sur ces formes littéraires. Ces femmes ne sont donc vraiment pas n'importe qui. de fait, à la lecture de leurs oeuvres autant que des commentaires de Pierre Bec, on comprend qu'elles étaient éminemment cultivées voire savantes, affirmées et respectées, avec du caractère, sensibles, mais pas sans humour (l'une des chansons met en scène une femme qui ne veut pas se marier pour ne pas avoir d'enfant car elle ne veut pas avoir les seins qui tombent…).
En ce qui concerne la littérature du Moyen-Age en général, j'ai trouvé très intéressant d'observer la variété des genres – très codifiés – qui ont pour moi fait écho ici ou là à d'autres formes ou topoi littéraires, médiévaux mais aussi plus tardifs (chanson, chanson dialoguée – basé sur un débat, sur ce que doit faire ou non un bon amant par exemple, impliquant une réelle casuistique amoureuse -, lamentation funèbre, aube – un poème mettant en scène le guetteur, serviteur surveillant la venue de l'aube pour que les amants ne se fassent pas surprendre, dialoguant éventuellement avec l'un d'eux – ça peut paraître stupide mais je trouve ça fascinant qu'il ait existé une forme littéraire spécifique pour relater cette situation ! Et cela en dit long sur les rapports hommes / femmes, époux / épouses etc.).
Même si les textes en eux-mêmes sont souvent courts, j'ai retiré de cet ouvrage une multitude d'informations passionnantes. Une lecture enthousiasmante (il faut être un peu intello pour ça, soit…;-) !
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
leboncoinlectureleboncoinlecture   28 août 2021
Mais d'autre part, du moins en pays occitan, la femme mariée pouvait jouir de presque tous les droits de son seigneur, ce qui impliquait aussi des devoirs. Elle pouvait remplacer son époux pendant son absence et gérer ses propres biens dans une relative indépendance. Comme fille de seigneur féodal, elle héritait des domaines de son père avec les mêmes droits que ses frères et soeurs, tandis qu'au Nord, les filles devaient fournir une dot. Le domaine féodal était donc accessible à la femme et la responsable du fief pouvait être tutrice, recevoir et prêter des serments de foi et d'honneur, présider aux jugements civils et militaires, battre monnaie, lever des impôts, etc. : en somme, se comporter en véritable souveraine sur toute l'étendue de son fief.
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leboncoinlectureleboncoinlecture   28 août 2021
Ar em al freg temps vengut
Que'l gèls e'l nèus e la fanha.
E l'aucelet estàn mut
Qu'uns de chantar non s'afranha ;
E son sec li ram pels plais,
Que flors ni fòlha no'i nais.
Ni rossinhòls non i crida
Qui lai in mai me reissida. .

Nous voici maintenant parvenu au temps froid
Avec le gel, la neige et la boue.
Les oiselets sont muets
Et aucun d'eux ne s'efforce à chanter.
Les branches dans les haies sont sèches,
Et ni fleur ni feuille n'y naît.
Le rossignol n'y chante plus,
Lui qui là-bas en mai me réveille

Azalaïs de Porcairagues (XIIème siècle)
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leboncoinlectureleboncoinlecture   28 août 2021
Ami, j'ai tant de peine et de ressentiment de ne point vous voir que, quand je pense chanter, je pleure et je soupire, si bien que mes couplets ne sauraient accomplir ce que voudrait mon coeur.

Clara d'Anduza (XIIème ou XIIIème siècle)
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leboncoinlectureleboncoinlecture   28 août 2021
La dame-poétesse reste donc bien dans le système, mais elle s'y intègre beaucoup moins en tant que femme, c'est-à-dire avec l'expression éventuelle de sa féminité authentique, qu'en tant que "dòmna", c'est-à-dire, encore et toujours, comme protectrice et dominatrice.
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Videos de Pierre Bec (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Bec
TROUBADOURS – Réflexion sur le 'trobar' par Pierre Bec (Documentaire, extrait, 1996) Intervention de Pierre Bec, universitaire érudit, dans un documentaire intitulé 'Le chant de l'alouette ou l'héritage des troubadours', réalisé par Patrick Cazals, en 1996, et produit par Les Films du Horla.
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