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Critique de Zebra


Zebra
  01 mai 2015
Chris Beckett est l'auteur de trois romans et de plus d'une vingtaine de nouvelles de SF. Avec « Dark Eden », le britannique signe, si l'on s'en tient à la quatrième de couverture, un ouvrage « envoutant, à la hauteur des plus grands du genre ». Paru chez Corvus en 2012, édité en mars 2015 et en français aux Presses de la Cité, « Dark Eden » a reçu le prestigieux prix Arthur C. Clarke. Sur Babelio, ce roman a actuellement une note moyenne de 4,15/5 : belle performance ! Je pouvais donc m'attendre à un roman de très haut niveau …

L'histoire est relativement simple. Au cours d'une expédition, cinq spationautes s'échouent sur un planète dont la chaleur lui vient de son activité géothermique et dont la lumière lui vient de la bioluminescence de sa flore. Bon. On a déjà vu ça dans « Avatar », mais passons. le vaisseau spatial de nos spationautes ayant subi des avaries, trois d'entre eux se risquent à tenter un retour sur Terre ; Tommy et Angela décident quant à eux de rester sur place. Deux siècles plus tard, les descendants de Tommy et d'Angela (les 532 membres de la Famille) ont créé une société peu évolué, quasi préhistorique, où la consanguinité fait des ravages (mongolisme, déformations du visage ou des membres) et où le survivalisme règne en maître (aujourd'hui, c'est très tendance !). le lecteur est transporté dans une atmosphère digne de « La planète des singes » : du déjà-vu. Parmi ces descendants, John Lampionrouge cherche désespérément à regrouper autour de lui quelques volontaires afin d'explorer les alentours de l'endroit où cette société s'est installée, et ce dans le but de découvrir de nouvelles sources de nourriture. Cette quête va présenter des risques.

Sans présenter une originalité exceptionnelle, « Dark Eden » constitue d'emblée une lecture intéressante par sa dimension psychologique : les chapitres du livre sont l'occasion, pour un nombre limité des descendants de Tommy et d'Angela, de nous livrer leurs impressions sur le déroulement de ladite quête. de ce point de vue, « Dark Eden » est une réussite compte tenu de la diversité et du réalisme des profils choisis et du ressenti des protagonistes. le lecteur pourra également être captivé par cette recherche de nourriture qui mène nos quêteurs par monts et par vaux, et les pousse à affronter des dangers bien réels (animaux, conditions climatiques, poursuivants ...). de ce point de vue, l'ouvrage est aussi une réussite compte tenu du suspense qui va grandissant au fur et à mesure (un vrai « page-turner »). Et puis, Chris Beckett nous conduit à réfléchir à différentes thématiques : l'utilité du sacrifice (ici, des cinq spationautes), le degré de règles et de contraintes souhaitable pour une société vivant en autarcie (ici, il y a des rigidités ou des pesanteurs qui ne plaisent pas à tous), l'équilibre hommes-femmes dans l'exercice du commandement (ici, le matriarcat est de rigueur), les comportements à adopter en cas d'insuffisance alimentaire (Malthus, es-tu là?), la croyance (superstition ou religion) comme ciment agrégeant un groupe humain désespéré, l'inceste, la polyandrie, la place de l'école et des séniors dans une société de subsistance, et j'en passe et des meilleures. Parmi ce fourre-tout, certains éléments ne m'ont pas séduit, à savoir l'utilisation récurrente d'Hitler et de Jésus comme comportements de référence, et puis l'utilisation d'un procédé d'écriture qui consiste à doubler sans arrêt certains adjectifs (par exemple, dur-dur, méchant-méchant, mignon-mignon) dans le but sans doute de nous faire toucher du doigt le niveau probablement très bas du QI de cette société dégénérée. Original, certes, mais un peu lourdingue (l'ouvrage pèse 414 pages). La répétition des scènes de coucherie et de masturbation devient lassante, mais le lecteur peu toujours accélérer sa vitesse de lecture.

Au final, John Lampionrouge est vraiment le héros incontestable de cette fable philosophico-morale pour grands adolescents : avec lui, il faut penser quatre à cinq coups d'avance, remettre en cause les certitudes les plus établies, prendre la parole même si on ne vous la donne pas, appeler un chat un chat, mettre le doigt sur les problèmes, faire preuve d'initiative, de force et de courage, créer de nouvelles choses, ne pas craindre le changement, garder le contrôle de soi et protéger ses proches. Ambitieux comme programme, non ? John finira par découvrir la Vérité, aussi L Histoire ne parlera bientôt plus que de John Lampionrouge, héros britannique des temps futurs qui s'est accroché comme une bernique à sa mission : « je savais ce dont ils avaient besoin avant eux et je les sauvais de l'ennui (page 365) en construisant quelque chose de nouveau ». God bless John Redlantern! God bless the United Kingdom! Too much! Je ne mets que trois étoiles, quitte à recevoir quelques boules puantes ...
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