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Critique de Soleney


Soleney
  04 janvier 2016
Eden est une planète sans soleil où la seule lumière et la seule chaleur est produite par les arbres. Pour les hommes, la vie y est possible, mais difficile : la nourriture est peu abondante. Pourtant, Famille se restreint par superstition à un tout petit endroit (Vallée Cercle), convaincue que c'est ici et seulement ici que les Terriens viendront les chercher pour les ramener sur leur planète de lumière. Cette situation ne plaît pas du tout à John, qui veut vivre autrement qu'en attendant la potentielle venue de sauveurs. Pour lui, la seule manière de vivre est de s'adapter. Mais ses idées dérangent beaucoup ses pairs…

Dark Eden est un roman très particulier. L'environnement étant différent du nôtre, Chris Beckett a changé tout le vocabulaire : les jours deviennent des veillées, les années deviennent des ventrées (qui durent en réalité neuf mois), avoir un rapport sexuel, c'est cocher, et les mots employés sur Terre sont transformés car incompris : les lectricités, universaire, secret-air, gang-reine… Même la manière de parler est différente parce qu'elle se fonde sur la répétition : triste-triste, malin-malin… le premier chapitre est un peu compliqué, car aucun personnage ne s'arrête pour nous expliquer le topo. Ça parle de pubieux (adolescents), de laineux (sorte de mammouths fluorescents), de plongeon ( ?), de face-de-rat (bec-de-lièvre), de Tourbillon-Étoilé (je suppose que c'est notre galaxie)… Il faut s'accrocher et se dire qu'on comprendra plus tard.
Car l'histoire vaut le coup. Une fois les quelques notions de base apprises, ça devient beaucoup plus simple et j'ai été complètement absorbée par le devenir de John Lampionrouge et des autres. Notre héros va tenter d'imposer ses idées, à n'importe quel prix, et ses agissements vont entrainer des conséquences inimaginables qui feront murir leur groupe : de Famille, ils deviennent Humanité. Ils découvrent les conflits, la séparation, le meurtre, le viol, et toutes ces jolies choses qui font partie de notre nature (et qu'ils ne connaissaient pas car étant trop peu nombreux). Cette évolution m'a faite penser à la Genèse, où Adam et Ève, parents de tous les êtres humains, voient leurs fils se déchirer, et Caïn tuer Abel. L'histoire est-elle vouée à se rejouer ?
Pourtant, cette évolution est-elle vraiment un mal ? N'est-ce pas un passage obligé pour la survie ?

Mine de rien, c'est un roman qui soulève beaucoup de questions. Terre viendra ou viendra pas ? Famille survivra ou survivra pas ? Qui a raison : celui qui s'accroche à un espoir ou celui qui tente de s'adapter à son environnement ? John est plein de bonnes intentions tandis qu'il bouleverse les traditions, mais il cherche aussi à passer à la postérité. Il n'agit pas seulement pour Famille, mais aussi et surtout pour lui. Est-ce pour autant que ce qu'il fait est mauvais ? Est-ce l'intention ou le résultat qui compte ?

Du fait de ces questionnements, je l'ai beaucoup aimé. C'est un personnage complexe et travaillé qui s'étoffe au fur et à mesure de la lecture.
Il n'est toutefois pas le seul : ils sont cinq ou six à prendre la parole, et la plupart ne sont que des publieux : la belle Tina Picarbre, qui ne manque pas de répondant, Gerry Lampionrouge, et son petit frère, l'étrange Jeff Lampionrouge, le vieux et sénile Mitch Londres... Ils sont tous attachants, ont tous leurs particularités, et font même la force du roman. Mais ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux qu'on se perd en passant de l'un à l'autre. L'auteur change de narrateur en même temps que de chapitre : on sait qui parle et quand, c'est simple et clair.

Pour couronner le tout, l'écriture de Chris Beckett est fluide et laisse peu de temps mort dans la narration. Certes, l'auteur aborde des thèmes très dérangeants (la majorité sexuelle est une notion parfaitement inconnue, à Eden), mais je n'ai pas eu trop de mal avec ça en regard du contexte. C'est une question de survie : les femmes doivent avoir des enfants – quitte à coucher avec des ados de 14-15 ans. D'ailleurs, la relation à la vie et à la mort est différente de la nôtre. Pour nous, qui avons peu d'enfants et relativement tard, une naissance est exceptionnelle. Mais au cours du roman, ce ne sont pas moins de cinq ou six pubieuses qui vont tomber enceintes et accoucher de leur premier enfant sous le regard à peine ému de leurs compatriotes. Beaucoup de ces nouveaux-nés, consanguins donc mal-formés, meurent dès les premiers jours ou vivent avec leur handicap toute leur vie (c'est pourquoi il y a autant de faces-de-rat et de pieds-griffus), et la mort fait elle aussi partie du quotidien.

En bref, ce livre est très dépaysant ! Merci à toi, Witchblade ! Pour moi, cette lecture a été une très bonne découverte, et je l'aurais recommandé sans hésiter s'il n'avait pas eu autant d'avis négatifs.
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