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ISBN : 2707318906
Éditeur : Editions de Minuit (01/10/2004)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 119 notes)
Résumé :
De même que Dante chemine de cercle en cercle pour atteindre son Enfer ou son Paradis, de même Samuel Beckett situe-t-il, chacun dans un cercle bien distinct, les trois principaux protagonistes des romans de sa trilogie. Molloy, Malone meurt et L'Innommable, afin qu'ils atteignent, peut-être, le néant auquel ils aspirent. D'un roman à l'autre, ce cercle est de plus en plus réduit. Beaucoup plus à l'étroit que Molloy, voici donc Malone figé dans une chambre close, gi... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Davjo
24 avril 2014
Beckett va à l'essentiel pour dire le sentiment d'inadaptation, il invente des phrases nues dites par une conscience malheureuse qui semble ne même pas savoir si elle a un corps. Il part du réel le plus terre à terre, un quotidien gris et réduit pour aller jusqu'à une sorte d'abstraction. Les phrases sont comme des silex taillés qui affirment la primauté du langage. Il sort l'invisible de son gris pour lui donner corps par les mots. Et cette invisible, c'est l'absurde de nos vies qui vont vers leur mort.
Voici quelqu'un qui nous dit, sans rien affirmer, qu'il sera bientôt mort. Il se décrit comme un impotent paralysé sur un lit, il ramène à lui les objets grâce à une perche. Dire, dédire, se contredire dans la même phrase ou dans la phrase suivante. En gros: j'existe, mais je pourrais très bien ne pas exister.
Tout le roman n'est qu'un va et vient entre la vie très réduite du grabataire dans son lit, son regard sur les objets qui l'entoure et les histoires qu'il invente dans son petit cahier. Sont-elles vraies, sont-elles fausses ?
Souvenirs d'enfance ? Malone etait-il Sapo, fils de mr et madame Saposcat, Malone est-il Macmann ?
Si on essaie de comprendre le roman d'un point de vue rationnel, il s'agirait des derniers vagissements d'un vieillard grabataire dans une chambre d'hospice. Tel qu'il le décrit de son point de vue sur le monde rétréci, on le croit chez lui, dans sa chambre close. Il ne sait pas qui vient lui servir la soupe.
Il raconte l'histoire des Saposcat. Et celle de leurs voisins, les Louis. le gros Louis tue les cochons et ne parle que de ça. le gros Louis enterre un mulet avec son fils et il creuse le trou bien profond pour contrer la tendance des enterrés à remonter.
Puis le narrateur revient à sa chambre, les bruits reprennent avec une force étrange, le portail en fer, les arbres qui ont leur façon de crier. Il ignore à quel étage il se trouve. Il passe en revue le petit tas de ses possessions, il décrit son système de nutrition et d'élimination. Chez lui, il ne fait jamais clair, il vit dans une sorte d'incandescence grisâtre. Quand il oublie d'écrire dans son cahier, cela donne cette phrase: « Je viens de passer deux jours inoubliables dont nous ne saurons rien. »
Il s'appelle Malone à présent (p.79). La fenêtre est en quelque sorte son ombilic. Et il voit « ...luire aux confins de ces inquiètes ténèbres comme des ossements...». Il n'est plus qu'un vieux foetus qui se demande s'il n'est pas mort à son insu. Qui rêve d'immenses fougère claquantes ou de steppes battues par la tempête. Il est seul et immobile au bord de la folie de son dédale imaginaire où les mots sont choses, prétexte à rebondir.
Il conte l'histoire de Macmann surpris par la pluie loin de tout abri, qui se couche sur le ventre. Il est lui-même surpris de son idée. Macmann qui a bien essayé de travailler, mais qui est incapable de biner sans tout dévaster.
Puis le narrateur revient à ses possessions, le lit, l'armoire, les couvertures, le cahier qu'il cache, la mine qui ne lui sert à rien sans le cahier. Ses impressions, des hypothèses.
Le roman va sur sa fin, il se boucle. Ce gisant est peut-être Macmann dans l'asile. Servi par Moll, une vieillarde à la canine branlante qui lui apprend à se laver, qui lui apporte son chapeau sorti du fumier. Elle contemple avec attendrissement le vieux visage ahuri qui se détendait. Ils s'accouplent. Ils manquent d'expérience tous les deux. Moll perd son chicot-crucifix, elle commence à sentir, elle est sujette à des vomissements, et un jour on vient annoncer à Macmann qu'elle est morte.
Lemuel, bête et méchant, la remplace. La douleur physique lui est d'un précieux secours, il se donne des coups de marteau sur la tête. Malone sur son lit se demande comment il fait pour être encore vivant, sans manger « Je dois m'abreuver par en dedans, à mes sécrétions ». Et la fin arrive, une excursion dans l'île, le petit monde rassemblé, une corde reliant leur cheville. Et c'est sa vision de la mort, une barque remplie de corps grisâtre qui s'éloigne du rivage, les rames qui traînent dans l'eau sous la nuit parsemée d'absurdes lumières.
Lien : http://killing-ego.blogspot...
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JLM56
05 avril 2012
De même que Dante chemine de cercle en cercle pour atteindre son Enfer ou son Paradis, de même Samuel Beckett situe-t-il, chacun dans un cercle bien distinct, les trois principaux protagonistes des romans de sa trilogie. Molloy, Malone meurt et L'Innommable, afin qu'ils atteignent, peut-être, le néant auquel ils aspirent. D'un roman à l'autre, ce cercle est de plus en plus réduit. Beaucoup plus à l'étroit que Molloy, voici donc Malone figé dans une chambre close, gisant quasi immobile dans son lit, attendant sa mort prochaine. le seul cheminement apparemment possible est celui du regard qu'il pose sur les objets qui l'entourent. Cependant Malone possède un crayon et un cahier : il va écrire. Il va décrire son état par le menu, de façon tout à la fois savoureuse et bouleversante, mais aussi il va enfin s'exiler de soi vers la périphérie où réside l'imaginaire : il va pouvoir inventer. " Vivre et inventer. [...] vivre, faire vivre, être autrui, en moi, en autrui. " Dès lors, ce sont d'incessants allers et retours du centre jusqu'à la circonférence, cet ailleurs où prennent vie les personnages rocambolesques qu'il crée. " Et doucement mon petit espace vrombit, à nouveau. Vous me direz que c'est dans ma tête, et il me semble souvent en effet que je suis dans une tête, que ces huit, non, ces six parois sont en os massif, mais de là à dire que c'est ma tête à moi, non, ça jamais. " Malone gagne ce domaine périphérique où tantôt il semble s'inventer lui-même, tantôt il se métamorphose en l'un ou l'autre des personnages qu'il invente. Est-il encore Malone ou serait-il devenu Macmann ? Les limites deviennent floues, la frontière s'abolit entre l'écrivain Malone et ses personnages, comme aussi, fort subtilement, entre l'écrivain Samuel Beckett et Malone, son personnage. Malone meurt est l'oeuvre dans laquelle, avec un humour extrême, une acuité et un sens poétique infinis, Samuel Beckett s'exprime le plus explicitement sur l'acte d'écrire et sur la complexité des rapports entre un écrivain, sa création et ses créatures.
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Sivoj
21 décembre 2016
Comme dans Molloy, on reste dans le monologue intérieur, ou plus spécifiquement le flux de conscience ; le personnage discours à la première personne, nous informe de chacune de ses pensées de vieux sénile à moitié mort et incapable de se lever de son lit ; le lecteur plongé dans sa tête doit suivre ses raisonnements tortueux, sautant d'une idée à l'autre par un lien parfois obscur, et changeant de sujet à chaque instant ; Malone sentant la fin arriver, nous décrit tout ce qui lui passe par la tête, qu'il s'agisse de sensations, de souvenirs, de raisonnements, ou d'histoires qu'il nous raconte et à propos desquels ont ne sait jamais si elles sont vraies et si elles parlent de lui d'une manière détournée ou s'il reste dans la pure invention délirante.
Contrairement au premier livre de cette trilogie, qui était divisé en deux (la première partie sur Molloy avec beaucoup de monologue ; la seconde sur Moran contenant plus de narration), Malone meurt ne forme qu'un seul récit dans lequel s'entrecroise les histoires de Malone et de Sapo et Macmann, le premier racontant celles des seconds.
Plus je le lis Beckett plus je me rends compte des caractéristiques d'écrivains plus tardifs qu'on retrouve déjà chez lui : l'ironie et les commentaires sur son propre récit ; le narrateur argumentant jusqu'au délire métaphysique ; le personnage fêlé faisant des choses incongrues ou les subissant passivement ; les interruptions de phrase ; les blancs typographiques ; les phrases courtes et nominales ; les phrases longues accumulant participes présents ; le discours oral s'intégrant directement dans la phrase et se signalant par une simple majuscule ; les références intertextuelles...
Malgré tout, j'ai plus apprécié Molloy que Malone meurt ; il offre plus d'humour et de situations délirantes, et délaisse moins l'intrigue – même si ce n'est déjà plus l'intérêt premier de ce genre de roman.
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olivberne
01 juin 2013
Un homme est couché, il dort, il mange, il vit couché et il attend la mort. Il ne pense même pas, il n'y a pas de réflexion, il décrit les minutes, les secondes, ce qu'il ressent, de minces petits détails.
C'est bien écrit, c'est je crois le Nouveau Roman, mais qu'est-ce que c'est long (et chi....)! Il faut avoir la clef, il faut s'accrocher pour ne pas s'endormir ou mourir avec lui. C'est tout de même une belle représentation de la fin de vie.
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colimasson
27 janvier 2016
Eh bien qu'il crève !
P.S. : « Malone meurt » ne représente rien de moins que le corrélatif inversé de « Malone vit ». Pensez-y à chaque fois que vous commettez l'usurpation de dire « Je ».
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Citations & extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson07 septembre 2017
Mais mine de rien, car il faut jouer perdant, pour bien se porter, et je n'ai qu'à continuer comme si je devais durer jusqu'à la Saint-Jean, car je me crois parvenu à ce qu'on appelle le mois de mai, je ne sais pourquoi, je veux dire je ne sais pourquoi je m'y crois parvenu, car mai vient de Maia, merde ça aussi je l'ai retenu, déesse de la croissance et de l'abondance, oui, je me crois arrivé dans la saison de la croissance et de l'abondance, c'est une simple croyance, de la croissance tout au moins, car l'abondance ne vient que plus tard, avec les récoltes. Donc du calme, du calme, c'est encore un leurre, je serai encore là à la Toussaint, non, là j'exagère, cette année je ne les entendrai pas chialer sur leurs charniers. Quand même, se sentir étalé à ce point, c'est tentant. Tout tire vers le large le plus proche, et mes pieds notamment, déjà en temps normal tellement plus loin de moi que tout le reste, de ma tête je veux dire, car c'est là où je me suis réfugié, pas d'erreur, mes pieds me font l'effet d'être à plusieurs lieues, et pour les ramener jusqu'à moi, pour les soigner ou les nettoyer, il me semble que je n'aurais pas assez d'un mois, à dater du moment où je les aurais repérés. C'est curieux, je ne sens plus mes pieds, la sensation les ayant miséricordieusement quittés, et cependant je les sens hors de portée du télescope le plus puissant. Serait-ce qu'on appelle avoir un pied dans la tombe ? Et tout à l'avenant, car s'il ne s'agissait que d'un phénomène local je ne l'aurais pas remarqué, n'ayant été toute ma vie qu'une suite ou plutôt une succession de phénomènes locaux, sans que cela ait jamais rien donné.
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colimassoncolimasson05 février 2016
Peu importe que je sois né ou non, que j’aie vécu ou non, que je sois mort ou seulement mourant, je ferai comme j’ai toujours fait, dans l’ignorance de ce que je fais, de qui je suis, d’où je suis, de si je suis. Oui, j’essaierai de faire, pour tenir dans mes bras, une petite créature, mon image, quoi que je dise. Et la voyant mal venue, ou par trop ressemblante, je la mangerai. Puis serai seul un bon moment, malheureux, ne sachant quelle doit être ma prière, ni pour qui.
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NicolasFJNicolasFJ13 avril 2012
Lasse de ma lassitude, blanche lune dernière, seul regret, même pas. Etre mort, avant elle, sur elle, avec elle, et tourner, mort sur morte, autour des pauvres hommes, et n’avoir plus jamais à mourir, d’entre les mourants. Même pas, même pas ça. Ma lune fut ici-bas, ici bien bas, le peu que j’aie su désirer. Et un jour, bientôt, une nuit de terre, bientôt, sous la terre, un mourant dira, comme moi, au clair de terre, Même pas, même pas ça, et mourra, sans avoir pu trouver un regret.
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Anthony-PAnthony-P06 avril 2014
Monde mort, sans eau, sans air. C'est ça, tes souvenirs.De loin en loin, au fond d'un cirque, l'ombre d'un lichen flétri. Et nuits de trois cents heures. Plus chère des clartés, blafarde, grêlée, moins fate des clartés. En voilà des effusions. Qu'a-t-elle bien pu durer, cinq minutes, dix minutes? Oui, pas plus, guère plus. Mais il luit encore, mon filet de ciel. Autrefois je comptais, je comptais jusqu'à trois cents, quatre cents et avec d'autres choses encore, les ondées, les cloches, le babil des moineaux à l'aube, je comptais, ou pour rien, pour compter, puis je divisais par soixante. Ça passait le temps, j'étais le temps, je mangeais l'univers. Plus maintenant. On change. En vieillissant.
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lesfleursdumal1212lesfleursdumal121215 janvier 2017
Je suis né grave comme d’autres syphilitiques. Et c’est gravement que j’ai essayé de ne plus l’être, de vivre, d’inventer, je me comprends. Mais à chaque nouvelle tentative je perdais la tête, me précipitais comme vers le salut dans mes ténèbres, me jetais aux genoux de celui qui ne peut ni vivre ni supporter ce spectacle chez les autres. Vivre. J’en parle sans savoir ce que ça veut dire. Je m’y suis essayé sans savoir à quoi je m’essayais. J’ai peut-être vécu après tout, sans le savoir. Je me demande pourquoi je parle de tout ça. Ah oui, c’est pour me désennuyer. Vivre et faire vivre. Plus la peine de faire le procès aux mots. Ils ne sont pas plus creux que ce qu’ils charrient. Après l’échec, la consolation, le repos, je recommençais, à vouloir vivre, faire vivre, être autrui, en moi, en autrui. Que tout ça est faux. Je n’ai jamais rencontré de semblable.
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Videos de Samuel Beckett (82) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Samuel Beckett
Denis Lavant interprète un extrait de "Cap au pire" de Samuel Beckett .Le comédien Denis Lavant, à la sortie de la Grande Table, interprète "Cap au pire" de Samuel Beckett. Son entretien à retrouver ici : http://bit.ly/2uzYjkq
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