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ISBN : 2707302708
Éditeur : Editions de Minuit (01/01/1947)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 29 notes)
Résumé :
Murphy doit travailler pour subvenir aux besoins de la femme qui a abandonné la prostitution pour lui. En travaillant comme infirmier dans un asile il y trouve un refuge face au monde, ce 'colossal fiasco'. Samuel Beckett ouvre ici la porte sur le monde clos de la vie intérieure.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Nastasia-B
  23 août 2013
Murphy. Un drôle de truc, soyez-en sûrs. Samuel Beckett, dans la droite ligne de James Joyce, mais tout de même un tant soit peu plus lisible nous dresse le portrait d'un magnifique inadapté (ou le portrait magnifique d'un inadapté ou l'inadapté portrait d'un magnifique ou le magnifique inadapté d'un portrait, comme vous voudrez).
Murphy est, comme son nom l'indique, irlandais. Mais, à vrai dire, on s'en fiche un peu car là n'est pas l'essentiel. Qu'est-ce qui est essentiel ? Rien, probablement.
Pas toujours facile de comprendre ce qu'a voulu exprimer l'auteur. Selon moi, mais c'est très sujet à caution, ce roman est une variation sur le thème de l'absurdité de la vie.
Murphy ne trouve pas sa place dans le monde. Alors il végète, en proie à sa propre rêverie, au fond d'un rocking-chair à longueur de journée. Il a beaucoup de traits autistiques.
Les jours s'égrainent pour lui, dans un logement qui en est à peine un, dans un immeuble destiné à la destruction.
Il a des amis qui n'en sont pas.
Il rencontre une femme avec laquelle il a une liaison qui n'en est pas une. La femme en question, Célia, dont on comprend qu'elle est prostituée, le pousse à chercher du travail.
Quête longue et fastidieuse pour qui n'a pas envie d'en chercher ni d'occuper une quelconque fonction.
Jusqu'au jour où, — révélation pour Murphy — un inconnu lui propose de le remplacer dans un asile psychiatrique.
Murphy, sans rien comprendre à sa fonction, se sent transfiguré par le côtoiement de ces êtres dérangés mentaux. Il se sent une communauté d'appartenance avec eux bien plus grande qu'avec quiconque auparavant.
Notamment l'un d'eux, Monsieur Endon, avec lequel il entretient une relation de non amitié autour d'un échiquier qu'ils ne fréquentent jamais tous deux au même moment.
Ils se non opposent l'un et l'autre lors de non parties, en déplaçant des pièces sans jamais en prendre une à l'autre, juste pour le plaisir poétique du mouvement de pièces sur l'échiquier.
Vous pouvez vous faire une idée de l'une de ces non parties, décrite précisément dans le roman en appuyant sur "play" dans le lien suivant :
http://www.redhotpawn.com/gameanalysis/boardhistory.php?gameid=3007756
La symbolique de la partie d'échec semble prépondérante en représentant la vie et son non sens. Les gens naissent, se meuvent, gagnent ou perdent et finalement, tout cela ne rime à rien puisque la fin est déjà connue, l'inéluctable mort.
La symbolique de la folie et de l'inutilité de toute chose vont dans le même sens : la vie est une folie, inutile par essence.
Je ne vous dis rien du dénouement et j'en viens plutôt au chapitre du style.
Très irrégulier. Parfois des flamboyances sensationnelles, parfois des engluements " joycesques ". (Pour ceux qui ont lu du Joyce version Ulysse ou Finnegans wake, cet adjectif évoquera sûrement des souvenirs non anodins, pour les autres, figurez-vous une sorte de mélasse, de la poix plein les mains ou bien un très long écheveau totalement indémêlable, même avec la meilleure volonté.)
J'ai pris grand plaisir à la lecture par moments, me suis totalement ennuyée à d'autres, d'où cette impression finale mitigée qui ne signifie pas grand-chose. À vous de voir si vous vous laisserez davantage séduire par les fulgurances que rebuter par les passages chaotiques.
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colimasson
  26 janvier 2016
Beckett est une brêle –si l'on exclut de la portée de notre considération « En attendant Godot » ainsi que quelques autres petits travaux qui apaisent à peine ceux que tiraille l'absurde. Pourtant, Murphy fut refusé 36 fois avant d'être publié, ce qui aurait dû être le signe d'une qualité supérieure. C'est à ne rien y comprendre. Fut-il un temps où les maisons d'édition avaient encore du goût ?

Beckett était du genre taiseux –la parole qui ne coule pas quand elle veut. On imagine Vladimir et Estragon s'échangeant quelques maigres propos en attendant Godot. Qu'est-ce que Samuel cherche donc à expier lorsqu'il décide d'écrire un roman ? Voilà le mec qui se presse le pis d'une vache morte sur des dizaines de pages. Il en sort quelques pensées plates, apparaissant parfois dotées d'un peu de génie fou, poésie à débusquer au hasard d'une page ouverte aux waters. Mais à lire ça dans la continuité des pages, l'exposition semble plagiée sur cet horrible roman qui a fait le succès de Virginia Woolf – « Mrs Dalloways ». Peu importe la tête de l'écrivain, qu'on mise gros dessus (pour Samuel Beckett) ou qu'on n'en donne pas cher à parier (Virginia Woolf), il est toujours horrible de retrouver le rythme insignifiant et futile de la pensée humaine. Si la forme ne fait pas le fond, en revanche, le fond sans forme morfond.
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vincentf
  25 juin 2015
Chez Beckett, la bizarrerie semble normale. Murphy végète dans sa berceuse, il se lie avec des femmes pour le plaisir de la rupture, se fait engager dans un asile de fous pour y jouer aux échecs et disparaît aux yeux de ses amis qui, presque aussi bizarres que lui, le cherchent sans succès, tout en se cherchant parmi. Tout cela se passe au milieu de réflexions aussi profondes qu'impensables sur la nature de l'esprit. La folie se laisse bercer par la raison ou peut-être est-ce le contraire. le monde de Beckett oublie les corps mais ceux-ci reviennent à l'improviste, avec leur cortège d'incongru. le lecteur assiste, perplexe et subtilisé, à un jeu d'ombres. Il parvient parfois à y prendre un peu de plaisir.
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Citations et extraits (57) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   21 septembre 2013
Le déjeuner de Murphy était un rite que nulle vile pensée de nutrition ne venait vicier. Il avança précautionneusement le long de la grille jusqu'à ce qu'il arrivât devant un des mille tentacules de l'établissement où chaque jour il avait l'habitude de s'intoxiquer. La sensation d'un siège enfin qui faisait contact avec son cul accablé était si délicieuse qu'il se leva aussitôt et répéta le mouvement. Pour ne pas se laisser émouvoir par de telles tendresses, il aurait fallu qu'il les connût mieux. Cependant la seconde jonction fut une grosse déception.
La serveuse était là devant lui, dans une telle abstraction, apparemment, que Murphy n'osait se considérer comme un élément de sa situation. Enfin, voyant qu'elle ne bougeait pas, il dit :
- Apportez-moi..., sur le ton d'un maître d'école résolu à commander la spécialité de la maison pour toute la caravane. Il pausa après ce signal préparatoire, afin que pût se développer librement et sans encombre l'avant-période réflexive, première, selon l'école de Külpe, des trois phases dont est faite toute réaction et celle où les tourments du répondant se font le plus sentir. Puis il déclencha le stimulus proprement dit :
- ... Une tasse de thé et un paquet de biscuits assortis.
Un franc de thé, un franc de biscuits, un repas parfaitement équilibré.

Chapitre V.
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Nastasia-BNastasia-B   11 novembre 2013
La nature de la réalité extérieure restait obscure. Les hommes, femmes et petits enfants de la science savent s'agenouiller devant les données aussi diversement que n'importe quel autre corps d'illuminés. Par conséquent, la définition de la réalité extérieure, ou de la réalité tout court, variait selon la sensibilité de celui qui s'y hasardait. Mais tous semblaient d'accord que le contact avec elle, même le contact cotonneux du laïque, constituait un rare privilège.
Conformément à cette façon de comprendre, on décrivait les malades comme " sevrés " de la réalité, des bienfaits rudimentaires de la réalité laïque, sinon entièrement, comme dans les cas les plus graves, au moins sous certains rapports fondamentaux. Tout traitement devait viser à jeter un pont sur cet abîme, à transférer le patient de son propre petit fumier pernicieux au monde glorieux des quantités discrètes, où il recouvrerait l'inestimable prérogative de s'émerveiller, d'aimer, de haïr, de désirer, de se réjouir et de chialer, d'une façon raisonnable et bien équilibrée, et de s'en consoler dans la société d'autres qui ne valaient pas plus cher.

Chapitre IX.
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Nastasia-BNastasia-B   18 décembre 2013
À son arrivée le matin, Murphy arrangeait les pièces de l'échiquier dans un coin tranquille d'une des salles de récréation, marquait son coup (car il prenait toujours les blancs), s'en allait, revenait trouver la réponse (la réponse !) de Monsieur Endon, s'en allait, et ainsi de suite tout le long de la journée. Ils ne se retrouvaient que rarement devant l'échiquier. Monsieur Endon n'aimait pas s'arrêter plus de quelques minutes dans sa flânerie, et c'était là aussi le maximum que Murphy osait dérober à ses devoirs et à la vigilance de Bom. Chacun marquait donc son coup en l'absence de l'autre, employait les moments qu'il lui restait à inspecter la position, et s'en allait. Ainsi lentement la partie se faisait, et la nuit venait sans qu'une victoire fût proche. Cela venait moins de ce qu'ils étaient de force égale, et moins aussi des conditions si peu favorables à la rencontre, que des méthodes très fabiennes qu'ils adoptaient tous les deux. On peut juger de combien l'action était peu engagée par le fait que, après huit ou neuf heures de cette guérilla, ni l'un ni l'autre n'avait perdu une pièce ni même été échec. Murphy, qui y voyait l'expression de sa parenté avec Monsieur Endon, en était content, et jouait avec même plus de retenue que cela ne lui était naturel.

Chapitre IX.
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Nastasia-BNastasia-B   26 septembre 2013
Cette vue de la situation n'étonnera guère ceux qui ont quelque familiarité avec le genre de pentamère que Ticklepenny se faisait un devoir vis-à-vis de sa patrie de composer, c'est-à-dire aussi libre qu'un canari au dernier pied (pour Ticklepenny une cruelle discipline, car il hoquetait en bouts-rimés) et à la césure aussi constipé que le divin flatus lui-même, et crevant par ailleurs de toutes les menues beautés de la prosodie druidique qui sont à sucer dans un pot de porter Beamish. Comment ne se serait-il pas senti mieux en lavant la vaisselle et en vidant les ordures des aliénés bourgeois ?
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Nastasia-BNastasia-B   31 août 2013
Où aller ? Vers l'eau. La tentation d'y entrer était forte, mais elle l'écarta. Cela ne pressait pas. Elle suivit le quai jusqu'à un point approximativement équidistant des Ponts Battersea et Albert et s'assit sur un banc entre un glorieux invalide manchot et un vendeur de glaces Eldorado, qui s'était dégagé de son impitoyable machine et ronflait aux anges. Des artistes de toute sorte, des romanciers, des poètes, des dramaturges, des cinéastes, des diables, des fantômes, des nègres, des feuilletonistes, des musiciens, des chansonniers, des organistes, des peintres en bâtiment et d'autres moins inoffensifs, des sculpteurs et des statuaires, des critiques et des chiens bâtards, des censeurs et des encenseurs, majeurs et mineurs, mâles et femelles, titubants et dignes, riant et pleurant, réunis et solitaires, allaient et venaient.
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Videos de Samuel Beckett (83) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Samuel Beckett
Daniel Lessard Péril sur le fleuve Éditions Pierre Tissere
Mariève Isabel http://www.histoiredesinspirer.com/
Étienne Beaulieu Splendeur au bois Beckett Nota Bene


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