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ISBN : 2720215627
Éditeur : Fayard/Pauvert (23/01/2019)

Note moyenne : 4.29/5 (sur 7 notes)
Résumé :
S’adressant à l’électeur d’Emmanuel Macron, François Bégaudeau fait la somme des aveuglements qui le font se prendre pour un progressiste de pointe là où il n’est qu’un conservateur de base.
Tu es un bourgeois.
Mais le propre du bourgeois, c’est de ne jamais se reconnaître comme tel.
Petit test :

Tu votes toujours au second tour des élections quand l’extrême droite y est qualifiée, pour lui faire barrage.
Par conséquent,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
ZeroJanvier79
  04 février 2019
Comme beaucoup, je pense que ma « rencontre » avec François Bégaudeau, ou devrais-je dire ma découverte de François Bégaudeau, date du film Entre les murs réalisé par Laurent Cantet, dans lequel François Bégaudeau jouait le rôle d'un professeur de français d'une classe de 4ème dans un collège du XX° arrondissement de Paris. Ce long-métrage était adapté du livre portant le même titre et écrit par François Bégaudeau lui-même.
Depuis, j'avais vaguement suivi les publications littéraires de François Bégaudeau, ses interventions publiques, ses chroniques sur le football dans un quotidien national, mais sans y porter une attention démesurée. J'avais notamment lu son ouvrage intitulé Une vie périphérique, dans lequel il parlait de cette fameuse France périphérique dont on entend souvent parler ces derniers temps.
Cela m'amène à cette Histoire de ta bêtise dont j'ai découvert l'existence et la publication dans ces circonstances que je saurais bien incapable de raconter ici. J'ai sans doute vu un extrait d'un passage de l'auteur dans un quelconque talk-show, sans que je me souvienne duquel. Par contre ses propos et sa façon d'aborder certains sujets d'actualité m'avaient donné envie d'en savoir plus sur son dernier ouvrage.
" Tu es un bourgeois.
Mais le propre du bourgeois, c'est de ne jamais se reconnaître comme tel.
Petit test :

Tu votes toujours au second tour des élections quand l'extrême droite y est qualifiée, pour lui faire barrage.
Par conséquent, l'abstention te paraît à la fois indigne et incompréhensible.
Tu redoutes les populismes, dont tu parles le plus souvent au pluriel.
Tu es bien convaincu qu'au fond les extrêmes se touchent.
L'élection de Donald Trump et le Brexit t'ont inspiré une sainte horreur, mais depuis lors tu ne suis que d'assez loin ce qui se passe aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
Naturellement tu dénonces les conflits d'intérêts, mais tu penses qu'en voir partout relève du complotisme.
Tu utilises parfois (souvent ?) dans une même phrase les mots racisme, nationalisme, xénophobie et repli sur soi.
Tu leur préfères définitivement le mot ouverture.
Si tu as répondu oui au moins une fois, ce livre parle de toi.
Prends le risque de l'ouvrir. "
Dans ce long texte de 220 pages, François Bégaudeau s'adresse à la bourgeoisie (plutôt de gauche) qui constitue une grande partie de son entourage. Il identifie cette classe sociale, il la nomme, et il l'accuse clairement de bêtise, à savoir de ne plus penser.
François Bégaudeau parcourt plusieurs sujets et développe une analyse que je ne pourrai pas détailler ni résumer ici. On y trouve notamment l'affirmation de l'existence de la bourgeoisie comme classe sociale, sa volonté – au moins inconsciente – de ne pas apparaître comme une classe sociale à part entière et de maintenir un ordre social dans elle profite.
Si je devais retenir un (long) extrait pour présenter la pensée développée par l'auteur, ce serait celui-ci :
" Quand tu t'es mis, comme un seul homme, à parler des populismes, on a d'abord cru que par là tu prenais acte de la multiplication des foyers européens de la peste –sur tes cartes de chaînes d'info, la Pologne, l'Italie, la Slovénie et l'Autriche étaient en noir. Puis il est apparu que le pluriel visait à inclure des mouvements de gauche. Or aux mille tares que tu prêtes aux Insoumis, entre allégeance vénézuélienne et archaïsme économique, tu n'aurais quand même pas l'indécence d'ajouter le racisme et autres bazinstincts à la flatterie desquels on reconnaît censément le populisme. Rien à faire, pas de trace d'un tweet xénophobe ou misogyne sur le compte de Mélenchon. Et ses ambiguïtés sur les migrants ne sont ambiguës que dans tes rêves.
Mais alors qu'est-ce qui vaut aux Insoumis leur intégration à l'axe du mal populiste ? La réponse n'est pas dans la récente réhabilitation du mot au sein de la gauche critique, via les travaux de Mouffe et Laclau que tu ignores. Elle n'est pas dans la mégalomanie du leader charismatique des Insoumis –ton Macron n'y est pas moins sujet, et pas moins autocrate. La réponse est dans le mot, dans sa morphologie. Peuple + isme, donc. Au plus sincère de ta perception, le populiste est bien celui qui, non pas trompe le peuple comme tu le prétends en le taxant de démagogie, mais le défend. Et par peuple ton inconscient social sait très bien ce que tu désignes. Ce signifiant creux est plein. Plein de ta peur. Plein de la vieille peur qui t'anime, te mobilise, te structure. Définition de peuple dans ton dictionnaire intime ? Ce qui te menace. Menace ta place. La repère, la conteste, parfois l'assiège.
Parlant du peuple, tu penses gens du peuple. Tu penses classes populaires. Dont tu crains qu'elles montent, en effet, qu'elles montent comme la Seine en crue jusqu'à ta position ; qu'elles dressent des échelles contre le mur du château et t'embrochent sur une fourche. Aussi vrai que le procès en égalitarisme sert de cheval de Troie au procès de l'égalité, l'hostilité au populisme est le masque présentable de ce que Rancière appelle ta haine de la démocratie, coextensive à ta sainte terreur de l'irruption des gueux dans tes hautes sphères. Les prolos, tu les aimes comme les racistes aiment les Africains : chez eux. Tu les aimes s'ils restent à leur niveau, et les hais quand ils prétendent s'asseoir à la table du conseil d'administration de la société.
Qui es-tu ? Qui est « tu » ?
Tu es celui que tout ébranlement des classes populaires inquiète et crispe en tant qu'il menace ta place. Celui que tout ébranlement des classes populaires inquiète et crispe en tant qu'il menace sa place peut sans écart de langage être nommé bourgeois.
« Tu » est un bourgeois.
Tu es un bourgeois. Un bourgeois de gauche si tu y tiens. Sous les espèces de la structure, la nuance est négligeable. Tu peux être conjoncturellement de gauche, tu demeures structurellement bourgeois. Dans bourgeois de gauche, le nom prime sur son complément. Ta sollicitude à l'égard des classes populaires sera toujours seconde par rapport à ce foncier de méfiance. Dans bourgeois de gauche, gauche est une variable d'ajustement, une veste que tu endosses ou retournes selon les nécessités du moment, selon qu'on se trouve en février ou en juin 1848, selon le degré de dangerosité de la foule.
Tu es de gauche si le prolo sait se tenir. Alors tu loues sa faculté d'endurer le sort –sa passivité. Tu appelles dignité sa résignation. Digne est le pauvre qui te ménage, qui t'épargne. S'il ne se tient pas, tu fais les gros yeux. À Ruffin en maillot de foot à la tribune de l'Assemblée, tu colles une amende, précédée d'un conseil de discipline où tu le sermonnes. Tu es le proviseur adjoint du lycée France, et le proviseur Attali en remet une couche à la télé, pose la limite, marque la règle, en rappelant qu'une tenue négligée n'est pas tolérable car député oblige. Oblige à quoi ? Oblige le gueux à se costumer avant d'entrer dans l'hémicycle. L'oblige à se déguiser en toi. En bourgeois. "
En lisant ce livre, j'ai passé beaucoup de temps à surligner des passages qui m'ont plu ou qui m'ont marqué. C'est généralement le signe que le livre va beaucoup me plaire, ce qui est bien le cas de celui-ci. J'y ai retrouvé des réflexions que je me suis souvent faites, même si évidemment je n'ai pas développé cette pensée aussi précisément et longuement que François Bégaudeau le fait dans cet ouvrage.
François Bégaudeau se présente comme un bourgeois qui n'accepte pas l'ordre social et qui se tient à l'écart de sa classe sociale. Je me suis retrouvé en partie dans cette description. Je suis un transfuge de classe mais je ne me suis jamais senti totalement intégré à cette bourgeoisie à laquelle mes revenus et mon mode de vie devraient pourtant me faire appartenir. Ce rejet, ou pour employer une expression moins forte, cette intégration seulement partielle, je pense qu'elle vient autant de moi que « d'eux » (de vous ?).
Comme François Bégaudeau, j'ai une certain radicalité de pensée, un besoin de m'interroger sur le monde et les rapports sociaux, qui s'accorde mal avec l'idéologie dominante mais aussi avec mes propres intérêts. A plusieurs reprises, j'ai eu l'impression récurrente de voter contre mes propres intérêts, parce que pour moi la pensée est plus forte que ses impacts sur mon mode de vie, qu'être cohérent avec mes valeurs est plus important que mon intérêt à court ou moyen terme.
Mais je suis peut-être coupable de la même hypocrisie que celle avouée par l'auteur à la fin de son texte : il souhaite la révolution et le bouleversement de l'ordre social, tant que cela paraît irréalisable.
J'ai dévoré ce livre en moins de trois jours et il m'a passionné. Je ne suis pas forcément d'accord à 100% avec tout ce que François Bégaudeau déclare dans ce texte, mais je pourrai en reprendre une très grande partie à mon compte. Je sais parfaitement que ce livre peut en agacer plus d'un, d'ailleurs l'auteur lui-même le savait certainement en l'écrivant. Pour ma part, c'est déjà l'une de mes lectures marquantes de 2019, et sans doute un livre que j'aurai plaisir à relire dans quelques années.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
jmquentinjmquentin   12 février 2019
L’autre, le différent, mon idée première n’est pas de l’aimer, de l’adopter, de l’assimiler, de le blanchir. Mais de m’en étonner. Je veux le jauger comme un chat jauge le poisson rouge ; comme un chien renifle le cul d’un semblable, qui justement n’est pas son semblable – si l’autre a un prix c’est précisément de n’être pas semblable.

Je veux qu’un Arabe qui passe me retienne, je veux que sa tête d’Arabe m’arrête, me travaille. Je veux que ça travaille là-dedans. Et que ça bouillonne. Qu’on s’avise, s’examine, se toise, se frictionne, s’érotise.

Je ne confonds pas tolérance et indifférence. Je peux tolérer un fait humain et trouver qu’il ne va pas de soi – sinon quel mérite à le tolérer ? Je peux défendre l’homosexualité et continuer à la relever, à la questionner. Un ami homosexuel ne m’est pas égal. Moi qui ne fraye pas dans les mêmes voies, et peut-être par refoulement va savoir, par étroitesse d’esprit va savoir, par étroitesse de corps, j’escompte qu’il me raconte sa sexualité différente de la mienne. Parce qu’elle m’intrigue. Oui je suis intrigué. Est-ce étonnement de plouc ? Me vaudrait-il moquerie à ta table où le chic consiste à ne s’étonner de rien ?

Dans l’élan de l’étonnement, il me vient des drôles de pensées. Il me vient que les homosexuels forment une avant-garde de l’humanité, dont Genet serait le leader barré ; ou une armée d’avatars de reptiliens introduits dans l’espèce pour causer sa perte. Mon cerveau ne s’interdit aucune rêverie, aucune ânerie. Mon cerveau est un explorateur de jungle. Il a le courage du pionnier. Tout le contraire de moi si peu nomade, si peu courageux. Aventurier dans ma tête, qui est une galaxie.
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ErnestLONDONErnestLONDON   10 février 2019
Tu voteras jusqu’à la lie.
Tu es le sujet idéal de la monarchie républicaine. L’élection par quoi le citoyen délègue et donc abdique sa souveraineté est le pic de jouissance de ta libido citoyenne. Sur ce point comme sur le reste nous sommes à fronts renversés. Tu tiens l’élection pour le lieu exclusif de la politique, je tiens que la politique a lieu partout sauf là. Je sors du jeu au moment où tu y entres. 
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rkhettaouirkhettaoui   09 février 2019
Ce n’est pas dans les coordonnées du fascisme que mon corps est paramétré. Ce n’est pas le fascisme qui détruit la petite paysannerie ; ce n’est pas une coalition de gouvernements d’extrême droite qui extermine les poissons, qui impose à tous le chantage à l’emploi, qui tôt le matin parque des corps amers et hagards dans des RER, qui impose à une caissière des journées 9‑13 / 17‑22, qui esclavagise la moitié de la planète pour mettre l’autre au chômage, transforme en GPS les ouvriers d’entrepôt,m’oriente par algorithmes, privatise la santé et les plages, flique les chômeurs, bourre les pauvres de sucre, bourre tout le monde de perturbateurs endocriniens, soustrait 100 milliards par an au fisc.
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rkhettaouirkhettaoui   09 février 2019
L’idée de la fondation de l’Europe par de valeureux amis du genre humain te fera une vie, comme le récit d’Américains débarquant par altruisme en juin 44, comme la fable d’un abandon de l’Algérie par scrupule anticolonial du Général, tout pétrole mis à part. Tu n’iras pas chercher plus loin ; tu ne fais pas de l’histoire, tu fais dans la mémoire. La mémoire te va comme un gant, qui d’une séquence historique retient les gros traits, l’évide de ses tenants réels pour la débiter en conte édifiant.
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rkhettaouirkhettaoui   09 février 2019
Écrivant qu’il n’y a pas plus mensonger qu’un homme indigné, Nietzsche aurait pu ajouter qu’il n’y a pas plus pénible. La non-consigne de vote des Insoumis, un de tes écrivains organiques l’a jugée, noir sur blanc, une irréparable faute morale. Par définition l’indigné donne dans la morale ; sa haute idée de la vertu ruisselle en jugements.
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Videos de François Bégaudeau (74) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de François Bégaudeau
"Tu es un bourgeois, mais le propre du bourgeois, c'est de ne jamais se reconnaître comme tel."
Dans son dernier essai, l'écrivain François Bégaudeau s'en prend à la bourgeoisie cool, qui se revendique progressiste mais qui défend surtout l'ordre établi.
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