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ISBN : 2370210044
Éditeur : Raconter la vie (04/09/2014)

Note moyenne : 3.29/5 (sur 28 notes)
Résumé :
Comment continuer à aimer son métier lorsque l’institution à laquelle on a été attaché se transforme si profondément ?

"Avec la cruauté réglementaire de l’existence, il n’y a pas de position médiane. Il faut la fuir ou la prendre en main. Elle la prendra en main. C’est ça qu’elle fera. A travers chaque patient, c’est son père un peu qu’elle soulagera."

Isabelle est infirmière au service de chirurgie du Centre hospitalier de Figeac, aprè... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
babel95
  13 septembre 2014
Le moindre mal, de François Begaudeau, fait partie des témoignages recueillis dans le cadre de la série "Raconter la vie" "le roman vrai de la société française"des Editions du Seuil.
Ce petit ouvrage bleu, de 73 pages, écrit très simpement se lit tout aussi rapidement. Il est écrit en deux temps : il nous raconte la vie d'Isabelle Pacitti, infirmière, l'histoire de sa famille, la maladie de son père qui a été déterminante dans le choix de sa profession, puis dépeint une journée complète de la vie professionnelle d'Isabelle dans un service de chirurgie indifférenciée à l'hôpital de Figeac.
Bien sûr, tout ce que nous raconte ce livre, nous le savons déjà, nous avons tous lu des articles de journaux sur les mouvements de grève des infirmières liées à leurs conditions de travail difficiles.
Mais tout le mérite de ce livre réside dans le témoignage : il donne un nom, un visage, à l'une de ces infirmières, il raconte dans le détail l'histoire d'une vie, et une journée de travail. Il met à jour tout ce que l'on devinait, que l'on soupçonnait.
Dès les premières pages, le ton est donné : "Pour les cas désespérés, soigner se limite à prendre soin. Viser le moindre mal". Mais quel est ce "moindre mal" qui donne son titre à l'ouvrage ?
A travers l'exemple d'Isabelle, François Begaudeau décrit la mutation du monde de l'hôpital, qui doit pratiquer la tarification à l'activité, depuis l'application du Plan Hôpital en 2007. Son application a entraîné la necessité d'économiser, d'où la multiplication des fusions, la multiplication des actes, et la compression directe de personnel
La charge de travail ne cesse d'augmenter. A travers la description minutieuse d'une journée dans la vie d'Isabelle, le 11 juin 2013, nous mesurons les difficultés auxquelles l'infirmière est confrontée - nombre de malades, manque de moyens, difficulté d'exercice de la profession, fatigue chronique... le témoignage met aussi en lumière le divorce qui existe entre le monde des médecins et celui des infirmières.
Isabelle, de même que toutes ses collègues infirmières, fait de son mieux. Elles sont seules, elles exercent une profession qui ressemble fort à une vocation. Elles manquent de reconnaissance mais non de force et de détermination.
La seconde partie de l'ouvrage, la description quasi "clinique" de la journée de l'infirmière, est rédigée dans un style rapide, original, qui donne l'impression de suivre le regard de l'infirmière. Curieusement, l'auteur s'efface, donnant peu à peu la parole à Isabelle.
La conclusion, qui tient en quelques phrases, est particulièrement émouvante. Isabelle évoque sa lecture "en cours", L'Enfant de Jules Vallès. "Je me souviens avoir eu des moments comme ça dans mon enfance. Je m'en souviens parce que finalement c'est rare les moments où on se sent bien. J'ai lu et relu le passage et oui c'était exactement la même sensation. de toute façon toutes les pages de ce roman me plaisent. Je freine la lecture, j'aimerais ne jamais le finir. du coup j'en ai plein d'autres lâchés en route qui attendent au pied du lit. Certains je ne suis pas si pressée de les rouvrir. Ca dépend ce que ça raconte et comment. Et puis des fois j'ai pas du tout envie de lire. Plutôt de me préparer des petits dessers gourmands ou regarder un DVD. Ou carrément ne rien faire. Oui ne rien faire c'est bien aussi".
C'est sur cette dernière phrase que se termine le petit ouvrage. Ces quelques mots, simples, s'opposent à l'activité incessante d'Isabelle tout au long de sa journée. Ils concluent de manière optimiste un témoignage bouleversant qui nous interpelle.



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Kessia
  23 septembre 2014
Je n'ai pas compris ce livre particulièrement mal écrit. Je n'y ai pas trouvé d'intérêt. Bégaudeau voulait être au plus près du geste médical, en effet, c'est le cas avec ses flopées d'actes et de mots techniques, rendant le texte indigeste et le métier d'infirmière sans humanité.
Il dit faire le portrait d'une "femme animée par la passion du soin", du soin ? de l'acte technique plutôt. Et cette femme d'ailleurs, qui est-elle, qu'aime-t-elle dans la vie ? A-t-elle des passions ? est-elle mariée ? des enfants ? Des détails qui pourraient donner un peu de chair à cette infirmière mais non, rien de tout ça. Par contre des digressions en tout genre dont l'intérêt m'échappe totalement, 1/2 page qui retranscrit la démonstration d'un représentant, 1/2 page sur un passage d'un livre qu'aime une collègue...
A croire qu'il n'arrivait même pas à écrire 70 pages sur ce métier si riche !
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Gribouille_idf
  12 septembre 2015
En l'espace de trois temps, François Bégaudeau raconte de manière resserrée le parcours d'Isabelle, devenue infirmière. D'abord, il s'agit de son père, Joseph, de sa mère et de sa soeur, plus loin de ses grands-parents. Son père disparaît. Après une orientation universitaire incertaine, elle fait le choix du champ médical. Elle devient infirmière. Ensuite, les expériences du soin, au sein de différents services, dans un monde inhospitalier, laissent apparaître une atmosphère sous tension, un milieu en voie de sous-développement et en prise aux logiques marchandes. Enfin, la routine s'installe. Isabelle se "flexibilise". Elle trouve finalement matière à rapprochement avec l'Enfant de Jules Vallès. Elle goûte la même conception du bonheur; un bonheur court, fragile et rare.
Si le fond du récit donne à ce petit livre tout son intérêt, comme la plupart des ouvrages de la collection « Raconter la vie » aux éditions du Seuil, le style, quant à lui, m'a laissé indifférent, parfois l'accumulation des phrases courtes et les paragraphes excessivement hachés vont même jusqu'à agacer.
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VivianeB
  10 octobre 2014
Description réaliste d'un métier, celui d'infirmière au travers de l'histoire d'Isabelle. Un portrait simple et bien fait, qui pose les réalités et les difficultés d'un métier utile mais parfois mal considéré.
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SophieLesBasBleus
  10 octobre 2017
La plume affûtée de François Bégaudeau excelle à "raconter la vie" telle qu'elle est avec ses rêves, ses projets, ses déceptions et ses chemins caillouteux. La vie d'Isabelle, par exemple. Infirmière elle fuit les soins routiniers de l'hôpital de jour et opte pour la complexité : pneumologie, endocrinologie, gériatrie... Efficace, elle apprend à multiplier les gestes pour pallier aux réductions de postes, à économiser les déplacements, à gérer sa fatigue due à des rythmes intenables. Mais comment préserver le temps d'être encore compatissante lorsque les conditions de travail se dégradent ?
Isabelle telle que François Bégaudeau la fait vivre sous nos yeux personnifie admirablement les bonheurs et les contradictions d'un métier entre vie et mort. Précis, documenté comme un reportage, ce roman qui ne laisse que peu de place à la fiction agit comme un révélateur de l'état des services de santé et des contraintes que subit le personnel soignant. Un petit livre qui plonge dans la réalité pour la décrypter.
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critiques presse (2)
Bibliobs   15 décembre 2014
A François Bégaudeau, l'auteur de « la Blessure la vraie », l'infirmière ne raconte pas seulement sa vie quotidienne, elle la lui montre, et il la restitue avec une grande probité. C'est ainsi qu'entre les murs de l'hôpital se dessine le destin banal d'une femme d'exception.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Bibliobs   12 décembre 2014
A François Bégaudeau, l'auteur de « la Blessure la vraie », l'infirmière ne raconte pas seulement sa vie quotidienne, elle la lui montre, et il la restitue avec une grande probité. C'est ainsi qu'entre les murs de l'hôpital se dessine le destin banal d'une femme d'exception.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
babel95babel95   13 septembre 2014
Avec la cruauté réglementaire de l'existence, il n'y a pas de position médiane. Il faut la fuir ou la prendre en main. Elle la prendra en main. C'est ça qu'elle fera. A travers chaque patient, c'est son père un peu qu'elle soulagera.
Orientée dans le milieu hospitalier par une cousine secrétaire, elle s'inscrit au concours d'entrée en institut de formation en soins infirmiers. A l'oral on l'invite à traiter le sujet : comment intégrer la notion de dignité humaine dans notre vie quoditienne. Elle le traite.
Son rang parmi les 600 admis lui permet d'obtenir son premier voeu : l'IFSI qui dépend de l'hôpital Paul Brousse, à Villejuif. Isabelle s'y plaît mieux qu'en fac et c'est peu dire. L'effectif de moins de cent élèves humanise les cours, et pour le coup elle a soif d'apprendre. Dans le domaine, tout l'intéresse. Faire une toilette, prendre une tension, bouger un hémiplégique, changer un pansement, poser une sonde naso-gastrique. Des gestes pour soigner et parfois guérir. Tout lui va, rien ne la rebute. La sensation inédite d'être à sa place lui fait tout drôle. Les stages successifs l'aident à mieux circonscrire son lieu de plénitude...
Au fil des années, elle se découvrira peu bavarde avec les patients. Les écoutera s'ils se confient, mais d'une oreille seulement, concentrée sur ses gestes, à rebours de certaines aides-soignantes douées pour alimenter la conversation mais plus lentes dans l'exécution des protocoles techniques. Isabelle pense qu'on fait bien ce métier si on a le sens des priorités. Les mains avant la bouche.
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Gribouille_idfGribouille_idf   12 septembre 2015
Isabelle a connu des répartitions de service stables: matin et soir, jamais les deux en alternance. Sauf lors de ses passages dans le privé, où les deux-huit sont la norme.
Puisque décidément le privé est l'avant-garde des nécessaires réformes structurelles de notre pays conservateur, le public a fini par adopter le système deux-huit. On y gagne en souplesse dans les remplacements au pied levé.
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babel95babel95   13 septembre 2014
Dans la pratique il existe un diagnostic infirmier, lequel détermine la nature du soin infirmier à prodiguer. Le repérage d'une anxiété motive la mise en place de plages d'écoute ou de massages, un risque de constipation appelle des précautions spécifiques, etc. Autant de symptômes qui s'observent et s'analysent sans consulter le médecin. Au cas où l'initiative lui est rapportée, il valide sous réserve que son inférieure ne prétende pas établir un diagnostic, car le diagnostic est la prérogative du médecin.
Au fil des années, la pratique a fait jurisprudence, et certains actes médicaux sont passés dans le domaine de compétence des infirmières. Par exemple les gaz du sang, qui quantifient le taux d'oxygène. Comme les infirmières ne sont pas habilitées à piquer dans les artères, il a fallu que cette pratique se développe et que les médecins débordés souhaitent s'en décharger sur les infirmières dès lors habilitées à piquer dans les artères. Reste que la plupart des actes infirmiers ne sont pas actés. C'est-à-dire quantifiés. C'est-à-dire pris en compte dans la rémunération. Ils relèvent du zèle désintéressé et admirable. De l'immémorial esprit de sacrifice des femmes. C'est le passif bénévole d'une fonction pour laquelle les premières formations diplomantes datent des années 1940, pas avant. Jusqu'à récemment, le personnel soignant était essentiellement composé de bonnes soeurs. C'est resté dans la tête des gens. L'épicier a un crayon sur l'oreille et l'infirmière des cornettes.
Comme des nurses.
Nourrices, en français.
Peut-être que la représentation collective changera avec la hausse prévisible du nombre d'hommes dans les rangs infirmiers. L'enseignement et d'autres professions se sont déclassés en se féminisant ; elle est permis de parier sur le mouvement inverse dans les métiers du soin.
D'ici là les infirmières en grève continueront à écrire "ni bonnes ni connes ni nonnes" sur leurs banderoles. Et martèleront que leur métier n'est pas un sacerdoce mais un métier, avec des compétences, une expertise, des gestes quantifiables qui méritent salaire. Rétribuées en bonté divine, les bonnes soeurs ne comptent pas leurs efforts. Prosaïquement payée en euros, Isabelle les compte.
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Gribouille_idfGribouille_idf   12 septembre 2015
C'est ça qu'elle fera. A travers chaque patient, c'est son père un peu qu'elle soulagera (...) Des gestes pour soigner et parfois guérir. Tout lui va, rien ne la rebute. La sensation inédite d'être à sa place lui fait tout drôle.
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Gribouille_idfGribouille_idf   12 septembre 2015
Pour 9000 francs mensuels, Isabelle se flexibilise comme elle peut, assurant des journées de douze heures, avec alternance trois jours travaillés/deux jours de repos.
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