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EAN : 9782844857736
384 pages
Éditeur : Allia (07/01/2014)
3.97/5   15 notes
Résumé :
Révéler ce que l'extraordinaire a d'ordinaire : voici ce qui relierait les nouvelles de ce recueil. Chacune s'attache à des personnages singuliers, souvent seuls et désarmés, aux prises avec l'époque dans ce qu'elle a de plus excessif et de violent. Portraits de maniaques, de désaxés, d'originaux qui luttent contre "le dispositif", ainsi qu'ils nomment la combinaison d'airain de la marchandise, de la technologie et du spectacle.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Ingannmic
  03 avril 2014
Voilà un ouvrage bien singulier... Sans doute peut-on le qualifier de recueil de nouvelles, mais cela ne rend pas la juste mesure de l'originalité de ces textes qui naviguent entre la fable et l'anecdote, flirtent parfois avec le surnaturel, se parent régulièrement d'une atmosphère étrange et inquiétante...
Ce qui s'impose assez rapidement à l'esprit du lecteur, c'est l'ancrage profond de ces récits dans la modernité, ou du moins dans une certaine expression de la modernité, révélée par les traumatismes, les compulsions, les angoisses que suscitent l'espace urbain et l'invasion par la technicité de notre quotidien.
Le monde ainsi décrit foisonne d'objets (on ne s'étonnera pas d'y trouver des collectionneurs, voire des fétichistes, tel ce pianiste qui possède tout en double) ; y surgissent parfois aussi des objets incongrus, qui, en perturbant les règles établies de la banalité quotidienne, suscitent des réactions surprenantes.
C'est aussi un monde de nouvelles icônes, dans lequel un compositeur de musique électro ou un designer à la mode peuvent être les dieux éphémères que choisissent d'aduler des quidam en mal de modèles. Mais le véritable maître, qui trône au-dessus de tous et de tout, c'est l'argent, qui détermine le positionnement des individus, et conditionne leurs comportements, l'argent dont le manque induit la peur, dont la jouissance autorise tous les abus, permet et exonère toutes les folies.
Les lieux qui servent de cadres aux histoires sont représentatifs d'un espace urbain qui, parallèlement à son développement effrené, commence à montrer des signes de déclin. Centres commerciaux des années 70 tristement démodés et mal entretenus, collège désaffecté, probablement bourré d'amiante, opposent leur déréliction à la froideur des tours de verre lisses et brillantes qui abritent open space déshumanisés et parkings souterrains anxiogènes.
C'est, enfin, un monde automatisé, dans lequel les individus se croisent sans se voir, où la possession tourne à l'obsession, où l'existence se réduit à une course trépidante, vaine et dénué de sens, hormis celui, illusoire, fourni par un vague impératif économique et productif. Rares sont ceux qui osent interrompre cette course, du moins de manière consciente : s'arrêter reviendrait à remettre en question les fondements d'un système (le Dispositif, ainsi qu'il est désigné à plusieurs reprises) auquel il est plus facile de contribuer.
Certains, malgré tout, à leur modeste échelle, contestent, et tombent ainsi parfois dans la violence. D'autres, pourtant entièrement investis dans les rouages de ce système, sont pris d'une folie soudaine, ou se métamorphosent en terroristes...
Tel un anthropologue de notre société contemporaine, doté en sus d'un solide sens de l'humour... noir, Bruce Bégout se penche sur les comportements déviants provoqués par la modernité et les maux qu'elle occasionne. le trait est volontairement forcé, ses textes nous plongent dans des ambiances glauques, gothiques (rendues par des environnements oppressants, où tout semble pouvoir arriver, y compris l'irrationnel), et nous mènent à la rencontre de personnages excessifs, souvent mal dans leur peau, ou mal tout court, parce qu'écrasés par le poids d'une société individualiste et insensible qui n'a rien à leur offrir.
Les chutes -ou l'absence de chute- de ses textes sont souvent obscures, et laissent le lecteur quelque peu démuni, avec l'impression de se trouver face à une impasse, à moins qu'il ne s'agisse d'une porte ouverte sur un espace vierge ? Est-ce pour nous signifier qu'il n'y a pas de fin, puisque nous sommes en train de vivre ce qui est relaté, et qu'il nous revient d'écrire la suite de ces histoires, et décider de ce que nous voulons faire de ce monde qui est le nôtre ?
Toujours est-il que l'écriture, minutieuse et juste, et le ton employé par l'auteur, qui pare "L'accumulation primitive de la noirceur" d'une sorte de distance amusée, font de la lecture de ces contes moroses à caractère sociologiques un véritable régal.
Lien : http://bookin-ingannmic.blog..
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estelleogier
  01 janvier 2015
Bruce Bégout nous présente dans son « roman par fragments », L'Accumulation primitive de la noirceur, sa collection d'histoires variées cauchemardement post-gothiques. Un catalogue inquiétant de quotidiens augmentés, de dispositifs psychiques autonomes mis en place par les citadins pour contrer le « Dispositif » ou « nouvel ordre mondial », générateur d'anxiété, de confusion et d'angoisse. L'auteur soulève le voile de la folie humaine pour voir « l'architecture de [l']obsession » de ses protagonistes. le littérateur, préleveur de noirceur, graveur de l'insoluble exécute, en creux et en relief un « dessin nouveau fait de terreur et de douceur », presque « ésotérique » pour que l'on découvre le destin dérangeant de ses personnages pris au piège du « Système » mais « encore bien vivants, non entièrement soumis au Marché, à la Technique, au Spectacle ».
Lien : http://zone-critique.com/201..
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critiques presse (1)
Lexpress   10 mars 2014
Si vous êtes sensible à la poésie des parkings souterrains, ce livre est pour vous. En revanche, si vous préférez la neige au sommet des Rocheuses, passez votre chemin.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
stekasteka   14 septembre 2015
Mais, pour que le possible puisse un jour éclore, encore faut-il que le réel soit au minimum conservé. Or, c'est là que se situe exactement, à mon sens, le problème. La dissolution du monde actuel provoque inévitablement un holocauste des possibles qui auraient pu le transformer dans le sens d'une plus grande justice sociale et d'une amélioration durable du sort du plus grand nombre. De nos jours, tout révolutionnaire doit se faire conservateur afin de préserver la possibilité même de la révolution.
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stekasteka   31 janvier 2014
Au fond du salon de thé encalminé dans une pénombre brune d'ambiances surannées où de vieilles rombières, tannées comme des peaux de bête ayant connu les alternances éprouvantes des hivers rudes et des étés caniculaires, font goûter à leur kiki le thé au lait qu'elles ont commandé et que ledit kiki lape avec une indifférence narquoise qui fait peine à voir, estompant dans un nuage blanc les contours de sa gueule stupide d'être sans esprit, Kate Moss feuillette un magazine de mode : l'exhibition sereine de la fausse conscience.
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stekasteka   31 janvier 2014
Le capitalisme n'était pas un système économique qui, depuis deux siècles, avait prouvé son efficacité, mais un lent, profond et implacable enlaidissement du monde qui appauvrissait l'expérience de tout un chacun pour lui substituer une gangue ridicule de désirs mesquins et jamais satisfaits.
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stekasteka   14 septembre 2015
Je n'ai pas renoncé à l'espoir ni au désir d'éclairer un chemin non frayé vers l'avenir. Et je sais très bien par ailleurs qu'il n'y a pas de logique implacable à l'œuvre dans l'histoire, de sorte que le caractère contingent des affaires humaines laisse toujours ouverte la possibilité de l'inattendu.
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voniovonio   05 octobre 2014
Sur les murs de la ville basse, il inscrivait de nuit toujours la même phrase : "Quelque chose manque."
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Videos de Bruce Bégout (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Bruce Bégout
Bruce Bégout, philosophe, nous parle de son ouvrage « le concept d'ambiance » publié chez #Seuil
L'ouvrage était parmi les cinq finalistes du Prix 2021 des Rencontres Philosophiques de Monaco.
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