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EAN : 9782844850812
124 pages
Éditeur : Allia (28/01/2002)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 24 notes)
Résumé :
Cet essai atypique se présente sous la forme d'une suite de courts textes, comme autant de tableaux urbains arrachés de la fenêtre d'une voiture. Véritable non-ville, Zéropolis, Las Vegas annonce le futur de nos métropoles. Mais l'auteur sait également être sensible à la poésie des motels et la beauté des cimetières d'enseignes au néon ; sa ?méthode?, toute de finesse, part d'observations de détails précis pour en extraire la dimension sociologique, politique et phi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
MarianneL
  26 juin 2013
Une irrépressible envie de m'enfuir, c'est ce que j'ai ressenti dans les rues de Las Vegas. Bruce Bégout met des mots sur ce cauchemar, annonçant dans cet essai de 2002 l'extraordinaire le ParK publié en 2010.
«Las Vegas a la capacité singulière de nous laisser croire à notre propre irréalité.»
Tout est conçu ici pour faire perdre le sens des réalités, pour oublier cette peur de perdre de l'argent. Las Vegas tend à euphoriser et sécuriser pour faire consommer, dans un univers qui a l'apparence d'un bric-à-brac festif, mais où en réalité tout est surveillé par des polices privées, «opulence et normalisation, pays de cocagne et univers totalitaire».
Bruce Bégout nous bombarde d'images de ce mirage réel : Hommes cryogénisés par l'air conditionné, qui déambulent avec ses margharitas glacées comme des fantômes dans les couloirs des palaces, joueurs promenant devant les bandits-manchot leur seau en plastique, tel le pot de chambre d'un malade dans les allées sans vie d'un sanatorium.
« Ce n'est pas une bonne ville pour les drogues psychédéliques. La réalité elle-même est trop déformée.» (Hunter Thompson, Las Vegas Parano)
Comme une éponge, Las Vegas a absorbé les valeurs de la contre-culture, dans un mouvement emblématique de la manière dont le capitalisme sait incorporer une partie des valeurs au nom desquelles il est critiqué. Las Vegas a ainsi digéré tous les registres de la fête et du jeu, l'expression du désir de vivre et de la liberté, et paradoxalement le refus des formes domestiques de subordination.
«Las Vegas a traduit les paradis artificiels en Eden de l'artifice.»
Cette absorption des valeurs au profit du capitalisme et le divertissement total, englobant toute activité humaine, font de Las Vegas non pas un lieu à part mais un miroir grossissant de nos sociétés humaines, bric-à-brac culturel où tout est fait pour susciter le désir de consommer et la passion de l'instant.
La seule poésie est aux frontières de la ville, le spectacle des ruines des motels ou des enseignes abandonnées aux abords du désert, elle est dans le rêve d'un black-out total qui éteindrait ce maelström électrique, et redonnerait une profondeur à cette toile de fond nocturne constellée de néons. À Vegas finalement, la seule voie de contestation possible pour ne pas être l'esprit chagrin du lieu, est vraiment de partir.
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LeCombatOculaire
  18 mars 2019
Welcome to Fabulous Zeropolis Nevada, proclame la couverture. Et déjà elle donne le ton : du néant noir absolu du fond de l'image et qui recouvre le livre, flottent dans le vide des points de lumière, des panneaux à néons, des phares de voitures. Une rangée d'autos et d'immeubles qui s'auto-reflètent. Zéropolis, Las Vegas, ville nouvelle créée à partir de rien, qui ne proclame rien, malgré son fracas terrible qui saute aux yeux et aux oreilles et qui avale tout cru. Bruce Bégout en fait le tour (la ligne)(rapide) en peu de pages, avec une simplicité tout efficace qui contraste avec l'exubérance.
Ce qui ressort en premier, avant tout, c'est l'électricité, la lumière, le son, l'aspect "feu d'artifice" qui fait autant exploser les sensations que le porte-monnaie. Et comme l'électricité, ce que promeut Las Vegas est impalpable : un sentiment, une exaltation, la promesse du vide, de repartir à zéro, d'être hors du monde, de n'avoir rien à faire d'autre que le fun. de toute façon il n'y a rien d'autre à faire : Las Vegas n'a pas d'histoire culturelle ni sociale, elle ne promet que des histoires, des fabulettes, de la poudre aux yeux. Elle vous promet de faire partie de l'histoire, à sa manière, d'une façon totalement inconséquente mais satisfaisante.
Telles des enfants, les personnes qui viennent à Las Vegas pour écumer les casinos ont comme l'impression de jouer à la dinette : l'argent est dissimulé, plastique, on est là seulement pour faire comme si, pour s'amuser, sans penser aux conséquences réelles pour soi - et plus globalement, aux conséquences directes de la ville en terme d'écologie / économie. Las Vegas est un parc d'attraction pour adultes, qui brouille tous les codes et les recrache en une bouillasse indigeste pour tous les sens.
Parlant de parc d'attraction, c'est un thème plutôt familier à Bruce Bégout, puisqu'il a aussi écrit le ParK. On est donc en terrain déjà conquis. Il n'y a pas grand chose à apprendre de nouveau de son analyse de Las Vegas, et d'ailleurs ça résonne bien avec une de ses phrases d'entrée : « Je ne serais pas très loin de la vérité, me semble-t-il, si, à celui qui, d'aventure, me poserait la question de savoir ce que j'ai appris à Las Vegas, je répondais tout simplement : "rien". Par là, non seulement je voudrais dire que la ville ne ressemble elle-même à rien, pur chaos urbain, mais je signifierais aussi que je n'y ai rien vu que je n'aie déjà su. » Néanmoins, c'est un livre que j'ai réellement apprécié - quand bien même la simple pensée de Las Vegas me donne des frissons de fièvre -, parce que j'aime tout particulièrement l'écriture de Bruce Bégout. Lucide, simple, parfois pragmatique, parfois fantaisiste, cynique - clairement, analytique et joueuse. Après le Sauvetage qui m'avait quelque peu laissée sur ma faim, j'ai lu avec un vrai plaisir ce livre-ci, seulement parce qu'il arrive à m'entraîner là où je n'ai pas envie d'aller et à me rendre plaisant un voyage que j'aurais détesté.
Lien : https://lecombatoculaire.blo..
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Cacha
  22 mars 2016
Tout petit livre intéressant qui analyse de manière pertinente l'urbanisme de Las Vegas.
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Samypoussin
  21 avril 2021
ATTENTION : ceci n'est pas une critique. Je ne saurais donner mon avis sur ce livre qui est un essai et non un roman. Comment donner un avis de lecteur sur un essai ? C'est en tout cas un livre érudit, plein de références et qui présente la réflexion de son auteur sur la ville de Las Vegas et sur la société du "fun". La ville de Las Vegas est l'objet central de cet essai qui aborde des thèmes architecturaux, sociologiques et philosophiques.
Ps : pour les profs de Français en Term Bac Pro qui lorgneraient sur ce court livre pour en faire une etude en oeuvre intégrale ... ce n'est pas un roman et ce n'est pas du tout accessible. Je m'étonne même du choix de cette oeuvre dans la liste du programme.
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parisienne12
  19 mars 2019
Bruce Begout nous entraîne à Las Vegas jusqu'au dégoût. L'autre ville lumière montre sans fin le "néant du néon". le terrain de jeu de l'Amérique, comme le dit Daniel Océan avant de s'en prendre à ses trois plus gros casinos est en fin de compte le dernier endroit où l'on peut trouver la liberté tant la vie y est codifiée, régentée, réglementée,surveillée. Toutes les lumières clignotantes, vibrantes , énervantes et excitantes n'illuminent que le vide du désert qui rode et où l'on vient se perdre lorsque l'inconscience nous gagne.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
LeCombatOculaireLeCombatOculaire   18 mars 2019
Je ne serais pas très loin de la vérité, me semble-t-il, si, à celui qui, d'aventure, me poserait la question de savoir ce que j'ai appris à Las Vegas, je répondais tout simplement : "rien". Par là, non seulement je voudrais dire que la ville ne ressemble elle-même à rien, pur chaos urbain, mais je signifierais aussi que je n'y ai rien vu que je n'aie déjà su.
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   18 mars 2019
En 1513, sur ses brochures, l'Atomic View Motel garantissait pour sa part une vue imprenable, de n'importe laquelle de ses chambres, sur le phénomène. Aujourd'hui les dangers de l'irradiation nucléaire sont mieux connus, et cet épisode tragique de l'histoire de la ville semble vouloir être passé sous silence (la plupart des spectateurs ne sont d'ailleurs plus là pour en témoigner). Toutefois les effets secondaires de la Bombe se font encore largement sentir. Presque tout, dans la manière d'être la plus habituelle de la ville, rappelle en effet une déflagration : explosion démographique, boom économique, ville champignon, etc. Las Vegas est née pour briller, fuser, éclater. Ville nuclaire mais sans noyau, où tout, des places de parking aux chambres de motel, des casinos aux centres commerciaux, devient fission et effusion, où la technologie la plus moderne le dispute à l'occupation la plus ancienne : le jeu. Gouffre d'énergie, dévoreuse et rieuse, la cité du jeu s'est donc placée sous le double sceau de l'électricité et de l'atome, de l'onde et du choc.
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   18 mars 2019
Pour tous les promoteurs de jeux et d'attractions de Las Vegas, il s'agit donc à présent de suivre une unique loi : proposer aux visiteurs et aux touristes des expériences. Il ne convient plus simplement d'assister à un spectacle, voire d'y participer, mais d'en faire l'expérience, de devenir soi-même in toto le spectacle, metteur en scène de son propre divertissement. Du moindre repas dans un restaurant à thème à une plongée dans un sous-marin atomique, en passant par la possibilité de jouer, pour un soir et pour cent dollars, un bout de rôle dans sa série télévisée favorite (en l'occurrence Star Treak, au dernier étage de la Stratosphere Tower), tout n'est qu'experiment, tout doit être prétexte à un évènement inoubliable. Considérant sans doute l'âme des clients comme une tabula rasa, les créateurs de Las Vegas ont décidé de la soumettre à une guerre totale faite d'impressions violentes et de surprises sans limite. Toutefois la Blitzkrieg du spectacle doit toujours rester fun.
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   18 mars 2019
Que ce soit des institutions (mariage, baptême, etc.) ou des traditions, Las Vegas se moque de tout. Chaque réalité, elle la tourne en dérision. Sans se soucier de l'histoire, elle broie tout évènement humain dans un chyme électrochimique et parodique qui ne laisse absolument rien intact. Ce faisant, elle révèle la scène primitive de la société : l'impossibilité de croire à la vérité de l'autre. Elle fait d'autrui un parfait inconnu, puisque tout ce qui signale sa présence, la culture et la civilisation, est ici proprement ridiculisé. Pour la première fois l'excès se mue en défaut, et la capitale de l'exagération laisse poindre des moments de déficience totale : indigence culturelle, sociale, esthétique. Sous son hémorragie de lumières et de spectacles en tous genres, elle met au jour une vérité cruelle et pourtant nécessaire à affronter si l'on veut pouvoir continuer à vivre : "tout n'est qu'une immense et grotesque farce".
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   18 mars 2019
On en joue, on en vit, et néanmoins il se tient en retrait, à jamais inaccessible. Deus absconditus. Par tous les moyens, les promoteurs essaient de le faire disparaître en tant que chose. De manière concertée, il s'agit pour eux de faire oublier au client la notion même d'argent. Il faut que la monnaie se dissipe, pour ne plus avoir à s'en soucier. Pour pouvoir la dépenser, on doit faire comme si elle n'avait plus de valeur. Dévaluée, elle se prête seulement à des jeux de signe : les faux jetons que l'on échange à l'entrée des casinos. Sans consistance tangible, elle pourra ainsi circuler de manière plus efficace, se déplacer avec aisance et fluidité. Effacer sa valeur symbolique pour mieux recueillir sa valeur marchande. Faire croire au joueur que l'argent ne compte pas, que là n'est pas l'essentiel, que l'important est avant tout de prendre du bon temps.
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Vidéo de Bruce Bégout
En partenariat avec le festival Paris en toutes lettres, la BnF accueille chaque année deux écrivains en résidence littéraire. Cette année, Emmanuelle Bayamack-Tam et Arno Bertina proposent une restitution publique de leurs travaux respectifs.
Née en 1966, Emmanuelle Bayamack-Tam a publié aux éditions P.O.L. une douzaine de romans, ainsi qu'une pièce de théâtre, Mon père m'a donné un mari (2013). Elle a reçu le prix Alexandre-Vialatte 2013 pour Si tout n'a pas péri avec mon innocence et le prix du Livre Inter 2019 pour Arcadie (2018), une fable politique et écologique. Sous le pseudonyme de Rebecca Lighieri, elle écrit également des romans plus « noirs », tels Les Garçons de l'été (2017) et Il est des hommes qui se perdront toujours (2020). En 2019, elle publie éden, son premier roman pour la jeunesse.
Pour Emmanuelle Bayamack-Tam, la fonction de la littérature est de déstabiliser. Sa langue volontairement violente et organique aborde des sujets souvent provocants. « J'écris pour déranger. À commencer par moi-même. […] La littérature qui m'intéresse est celle qui fait bouger les lignes, qui déstabilise. Je n'attends pas qu'un livre me conforte dans mes idées reçues, ni qu'il me procure une sérénité factice. Quand j'écris, dès que je sens que le lecteur s'est tranquillement installé dans l'histoire, je le malmène. Je débusque toute position confortable, et je la détruis. », déclarait-elle en 2018.
Né en 1975, Arno Bertina a publié des romans et récits très variés, mais qui ont en commun la forme de l'enquête sur sa propre « identité mobile ». Je suis une aventure (2012) est une sorte de roman picaresque dont un des protagonistes est le tennisman « Rodgeur Fédérère ». Des Châteaux qui brûlent (2017) met en scène un huis clos d'une semaine entre des salariés d'un abattoir breton en grève et le ministre de l'Industrie qu'ils séquestrent. En mars 2020, L'Âge de la première passe, récit documentaire, relate le travail mené durant trois ans auprès de prostituées congolaises mineures.
Arno Bertina se dit également « passionné par les aventures collectives » depuis son année de résidence à la Villa Médicis en 2004-2005, durant laquelle il a coécrit la « farce archéologique » Anastylose (2006). Il a ainsi participé à toutes les aventures de la constellation d'écrivains à géométrie variable (Bruce Bégout, Mathias Énard, Claro, Maylis de Kerangal, Hélène Gaudy, Oliver Rohe…) qui s'est constituée en 2004 autour de la revue et des éditions Inculte.
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