AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782246819233
240 pages
Éditeur : Grasset (02/01/2020)

Note moyenne : 3.16/5 (sur 226 notes)
Résumé :
Octave Parango a été concepteur-rédacteur dans les années 1990, model scout dans les années 2.000 . Le voici qui découvre dans les années 2010 un nouveau métier…
Après 99 Francs sur la tyrannie de la publicité et Au secours pardon sur le marchandisation de la beauté féminine, ce nouveau roman satirique, hilarant et désespéré clôt la trilogie d’Octave Parango sur les aliénations contemporaines.

Tout est malheureusement vrai (et vécu) dans cett... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (64) Voir plus Ajouter une critique
viou1108
  21 janvier 2020
La couverture se résume à un smiley, une émoticône qui penche la tête en riant aux larmes. Puisqu'il faut bien un titre en toutes lettres, ne serait-ce que pour référencer le livre, le petit bonhomme qui rit en pleurant a été traduit par "l'homme qui pleure de rire". Je ne suis pas familière de l'oeuvre de Frédéric Beigbeder, ni du personnage people et médiatique, ni de l'homme (quand les deux ne se confondent pas), mais j'ai cru comprendre que cet opus mettant en scène Octave Parango, son double littéraire, venait clore une trilogie, après "99 francs" et "Au secours pardon". Après la pub dans les années 90 et la mode dans les années 2000, voici qu'Octave Beigbeder s'attaque à l'humour des années 2010 et à sa tyrannie : "l'humour est une dictature parce qu'il n'autorise jamais de droit de réponse", et en particulier à l'humour des chroniqueurs radiophoniques du service public : "L'humour des insolents chroniqueurs de France Publique consiste à saper les fondements de la démocratie en se faisant passer pour son dernier rempart". C'est là qu'il faut indiquer (personnellement, ça m'avait totalement échappé à l'époque) que Frédéric Parango a sabordé en beauté sa carrière de chroniqueur humoriste de la matinale de France Inter/Publique, un beau matin de novembre 2018. Arrivé en studio après une nuit blanche de débauche, sans avoir rien préparé, il avait tenté de meubler ses trois minutes et quelque d'antenne avec beaucoup de vent et de vide, sous le regard consterné et crispé des autres animateurs (j'ai regardé le podcast de cette séquence, et le mépris agressif de ceux-ci m'a interloquée. J'ai essayé de transposer la scène sur La Première – RTBF, mais je ne suis pas arrivée à imaginer la même pression féroce. Trouvez-moi naïve si vous voulez).
Aussitôt éjecté de la chaîne, Octave/Frédéric décide d'en tirer un livre, dans lequel il raconte la fameuse scène et les heures qui l'ont précédée, ceci devant peut-être expliquer cela, mais de toute façon argument irrecevable pour la matinale "la plus écoutée de France". Et nous accompagnons donc Octave au fil de la nuit, au terme d'une journée qui a vu des "gilets fluo" enflammer les Champs-Elysées. de bars en boîtes de nuit, il erre entre alcools, drogues et tentatives de séduction, et son esprit vagabonde de réflexions sur les gilets jaunes, sur l'humour obligatoire et dévastateur, sur les médias et les réseaux sociaux, en digressions nostalgiques sur son passé orgiaque aux antipodes de sa vie actuelle de papa-gâteau convaincu. Avec virulence, Octave Parango règle ses comptes avec son ex-employeur et ses ex-confrères spécialistes ès dérision. "L'homme qui pleure de rire" est en réalité un homme qui pleure d'être obligé de rire, et le smiley de la couverture a un côté effrayant.
Difficile pour moi de faire la part des choses entre le vrai, l'exagéré et l'inventé, mais ce Frédéric/Octave m'a paru sincère (trouvez-moi dupe si vous voulez), bien qu'assez barbant avec toutes ces références à un certain milieu parisiano-culturo-médiatique qui ne me parle pas. le bougre est parvenu à me toucher, avec son humour désespéré, son inadaptation à l'air du temps, son côté ado-qui-ne-veut-pas-grandir, ses difficultés existentielles à concilier sa sempiternelle image de dandy parisien et sa vie rangée de père de famille dans le sud-ouest.
Octave/Frédéric écrit/parle avec lucidité, poésie parfois, et un sens aigu de la formule. Pas exactement optimiste sur le monde comme il va, "l'homme qui pleure de rire", derrière son masque de clown, voudrait simplement pouvoir pleurer de joie.
En partenariat avec les Editions Grasset via Netgalley.
#Lhommequipleurederire #NetGalleyFrance
Lien : https://voyagesaufildespages..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          542
Nowowak
  15 septembre 2020
Je sors de France-Inter et je looke pour une terrasse digne du dandy fatigué que je suis. Mes lunettes noires (Ray-Ban) cachent mal mes nuits blanches (Wanderlust) où j'ai péché à la ligne. Seigneur, ce ne sont que quelques taffes ! Sans mon whisky-teckel et quelques pilules récréatives (cocaïne, ecstasy, MDMA, LSD), je me sens passablement handicapé, tétraplégique, mongolien, comateux, paranoïaque, névrosé et maniaco-dépressif. le premier qui dit que même à jeun je ne fais pas blanc bleu, je lui éclate la tronche. Je crois me souvenir cette nuit de m'être tapé deux tonnes de nanas en rut à Bagdad qui ne demandaient que ça les garçonnettes au sortir de cette boîte où viennent chahuter tous les revenants qui n'ont pas pu entrer aux Bains-Douches. Mon fan-club ne me quitte jamais. Toujours présent pour accroître mon overdose de vide. Il faut être du sexe féminin pour y entrer. Si je suis défoncé, j'accepte les travelos nommés désir. Je les laisse chercher le cochonnet qui réside en moi tout en jouant aux boules. Sortant du terrier, je me fourgue par wagons des top-models épilées jusqu'à l'aine, chopées sur Instagram… porc épique et coller grammes, bourre et bourre et rata d'âme.
Je n'ai beurre de rien, la sodomie est mon amie comme disait Bukowski et quand j'ai les rillettes en fusion, je me tape parfois plusieurs chaudasses à la fois. le premier qui dit que Bukowski n'a jamais dit ça, je lui éclate la tronche. Cela ne sert qu'à ça la célébrité : 1) éclater la tronche de qui on veut sans que le quidam porte plainte 2) ne jamais payer l'addition 3) ne pas avoir besoin de payer restau-ciné pour emballer et déballer. En plus les nanas que tu as baisées et biaisées… à la fin elles te demandent un selfie pour le montrer toutes fières à leur mec. le mec plus ultra fait d'abord la gueule ensuite il bande. Même moche comme un pou elle te lèchent partout les Sandrine, Séverine, Amandine, Justine, Aline. Elles adorent ma sale gueule, mon menton carré, je me laisse pousser la barbe pour planquer toutes ces horreurs. Tout ce qui est in me cut-off. Sur la balance, les radasses de la semaine dépassent en cargaison le tonnage d'un pétrolier en provenance du Qatar. Tous les matins, j'ai les yeux en cul de poule à force d'avoir fait mon coq.
C'est chiant d'être une star. Je m'attable au « Club des Princes », un endroit smart où je pourrais boire un Hendrick's tonic concombre tout en chipotant dans une petite assiette en porcelaine de Limoges (Amara) des tranchettes de saucisson de bellota tout en fumant une Royale Menthol légère. Un oeil sur mon compte Facebook où mon dernier post a reçu 100 000 likes me montre le chemin accompli. Mon âme a soif de clicks. C'est la preuve absolue de mon bonheur. Elle se met au garde à vous dès que l'admiration transpire béatement des vertiges énamourés. J'aime quand les verticalités se courbent pour me saluer, je n'ai plus un poil de sec. C'est presque aussi bon que de manger des pistaches en balançant les coques vides sur les canards de Trafalgar Square. le premier qui dit qu'il n'y a pas de canards à Trafalgar Square, je lui éclate la tronche. J'aime plaire, j'aime séduire, c'est dans mon ADN. Je n'ai pas le physique pour mais quand tu passes à la télé ça ne compte plus. Si un jour j'ai des enfants j'aimerais qu'il fassent une demande d'ami à leur père et cliquent toutes mes photos sauf celle où je m'envoie en l'air avec leur mère, Ève, une hôtesse de l'air qui me fait planer quand elle croque ma pomme.
A part Dieu j'aimerais que personne ne meurt. J'aime tout le monde. Surtout ceux qui achètent mes livres et encore plus ceux qui en disent du bien. J'aime l'intelligence et qu'ils sachent reconnaître le talent est la preuve de leur valeur. Cela m'excite autant que de manger une fondue aux « Flocons de Sel », le chic du chic à Megève. J'aime bien tous les mots qui se terminent en Ève. Ils ont toujours la bouche pleine. J'ai le glaive quand je pense à Ève. Mes r'Ève prennent l'avion et s'évaporent dans des nuages licencieux et légèrement concupiscents (je love ce mot). J'imagine des jambes interminables, des seins en forme de poires, des lèvres dessinées pour sucer du tube et je débute une érection matinale même si c'est seize heures. J'aime gicler le soir au fond des bois. Je m'en tape du quand-baisera-t-on. En Suisse quand t'as du flouze, tu te sens immortel. le Roi des Aulnes. le Baron Perché. le premier qui dit que Megève n'est pas en Suisse je lui éclate la tronche. J'aimerais être Dieu, contrôler l'inhumanité de l'humanité et la mettre à mon service. La serveuse me demande pieusement si je veux autre chose. Je lui réponds l'oeil lubrique : « – Oui vous ! » et cinq minutes après je lui bâillonne la bouche avec ma main et je la culbute sur l'évier des toilettes. Elle a gardé sa culotte pour ne pas prendre froid aux miches.
Ève je l'aime et je m'aime mais pas les deux en même temps. Moi d'abord. le jour où l'amour impossible sera possible plus rien ne sera possible. J'aimerais qu'elle fasse partie de mon passé, de mon présent et de mon futur. Pour l'instant elle est surtout partie de mon présent. La serveuse a fini son service, une autre a pris sa place. Encore plus jolie. Ses yeux bleus me transpercent. Je dis ça mais l'autre bonniche à poil sous sa blouse je serais incapable de dire de quelle couleur étaient ses hublots quand je l'ai torpillée. C'est le grand inconvénient de la levrette, tu dois faire confiance à la vigie s'il n'y a pas de glace dans les sanitaires. J'aime néanmoins baiser sans connaître le prénom, ça évite d'encombrer mon agenda Louis Vuitton. J'ai posé sur la table un roman avec ma bobine. La serveuse aux yeux bleus m'a tout de suite reconnu. Sa démarche est devenue plus humide. J'ai senti un incendie se propager dans mon boxer. Un Levi's acheté chez Zara.
Elle était aussi chaude qu'un coupé sport cabriolet quand tu t'es envoyé la Riviera par la corniche. Ses enjoliveurs brillaient comme des écus. Je dus commander à la blue-belle girl un milk-shake vanille-banane-gingembre pour me regonfler les soutes, excellent kérosène avant un imminent lâcher de Canadair sur les terrains déboisés de cette ingénue personne. La place est chaude voire brûlante. Je lui demande où se trouve les toilettes et comme elle a peur que je me perde en route, Caroline m'accompagne. Elle m'a dit son prénom au moment où je lui mettais la main aux fesses. L'amour ressemble à ça : quand toutes les autres filles semblent fades et qu'une fleur des champs t'offre ses pétales. La serveuse porte une jupe très courte et un string, elle a le sens pratique, c'est ce genre de détails qui vous font tomber amoureux.
Nowowak

Lien : https://www.facebook.com/BSM..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          464
Christophe_bj
  10 janvier 2020
C'est une nuit d'errance d'Octave Parango, qui n'a pas encore écrit la chronique qu'il doit faire sur « France Publique » le lendemain, dans l'ouest de Paris, pendant les émeutes des « gilets fluo ». J'avais vu sur You Tube la déconfiture de Beigbeder devant les regards consternés des animateurs lors de la matinale de France Inter, lorsque, devant lire sa chronique du jeudi, il apparut qu'il n'avait rien préparé du tout et essayait en vain de meubler le temps qui lui était imparti. Je m'étais dit qu'il n'usurpait pas sa réputation de désinvolture et de j'menfoutisme.
Dans ce livre, il transfigure cet épisode et contredit sa réputation, sinon dans le fond – car il lui plaît souvent de l'entretenir –, du moins dans la forme, car il s'agit d'une prose très travaillée, souvent brillante et pleine d'esprit et de verve. Les formules fusent, étincelantes : « le mouvement #MeToo a considérablement rallongé le délai entre la rencontre et la pénétration. Tout le malheur des hommes vient de ce que Harvey Weinstein n'a pas su demeurer seul au repos dans sa chambre. » (p. 130). « le 14 Juillet, fête nationale française, est l'anniversaire d'une manifestation interdite par la police. C'est pourquoi en France les insurrections sont sacrées. On ne touche pas au droit à la colère dans notre pays. La Révolution est notre ADN, notre République est née d'un foutoir violent organisé par une bande d'émeutiers qui ont libéré une prison avant de guillotiner le roi et sa femme. » (p. 200).
Le premier tiers, sur l'invasion de nos sociétés par l'humour et ce qu'il appelle assez justement le « comico-populisme », est très convaincant, pertinent, profond et souvent désopilant : « Les hommes politiques se bousculent pour passer chez Cyril Hanouna sans comprendre que bientôt, Cyril Hanouna prendra leur place. le bouffon du roi, c'est sain ; le bouffon qui devient le roi, c'est un nouveau système : le comico-populisme. […] le rire sardonique prépare l'élection des clowns maléfiques avec l'appui des réseaux sociaux. » (pp. 62 et 64) La critique de France Inter est géniale et hilarante – et fait mouche.
Il s'éloigne ensuite de cette thématique pour relater des souvenirs de jeunesse, nous faire vivre en direct ses expériences de drogue et se lamenter sur son âge. Ce n'est qu'aux deux tiers du livre qu'il s'essouffle et l'on se dit que l'ouvrage aurait gagné à avoir cent pages de moins.
Bien sûr, on pourrait s'appesantir sur le paradoxe du livre : il utilise les recettes de la Société du spectacle debordienne qu'il dénonce, dont il est un des membres les plus actifs et dont il a tant profité, à la manière du paradoxe de ce smiley en guise de titre (« Les ennemis de l'intelligence auront gagné quand les romans auront pour titre ces petits visages à la géométrie stupide », p. 125). Mais ne boudons pas notre plaisir de lecture !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          180
LettresItBe
  01 janvier 2020
Après Une vie sans fin, autobiographie transhumaniste pas vraiment captivante, Frédéric Beigbeder revient en librairie ! En bon communiquant, l'auteur n'a choisi rien d'autre qu'un smiley pour titre, smiley que l'on traduire par L'homme qui pleure de rire. Alors, un retour à la hauteur des attentes après plusieurs livres en demi-teinte ?
# La bande-annonce
Octave Parango a travaillé dans la publicité durant les années 1990 et dans la mode durant les années 2000. Il est désormais humoriste à 8h55, le jeudi matin, sur la plus grande radio nationale de service public.
L'homme qui pleure de rire clôt la trilogie d'Octave Parango sur les aliénations contemporaines : après la tyrannie de la réclame puis la marchandisation de la beauté féminine, Frédéric Beigbeder s'attaque à la dictature du rire.
Une satire réjouissante des dérives de notre société du divertissement.
# L'avis de Lettres it be
Octave Parango est chroniqueur dans une matinale sur la radio publique. Les digues ont définitivement cédé entre lui et son inventeur, qu'importe, Frédéric Beigbeder est de retour. C'est peut-être l'heure du grand retour attendu de longue date. Ainsi, Octave nous raconte dès les premières pages la réalité d'un monde des médias qui ricane sur les cendres encore chaudes de l'éthique journalistique. Octave n'a pas préparé sa chronique, le mauvais élève est renvoyé manu militari. C'est ainsi que démarre L'homme qui pleure de rire. En somme, Frédéric Beigbeder continue de raconter sa vie, délire autobiographique peu communicatif entamé de longue date mais ayant pris un tourment bien plus marqué dans Une vie sans fin notamment. Mais ce n'est pas le pire…
Des considérations hâtives sur l'humour en 2019, des réflexions brumeuses sur le rôle du rire dans notre société… Très vite, ne semblant pas vraiment savoir comment tisser une nouvelle histoire, Frédéric Beigbeder (à travers un Octave Parango qui a décidément bon dos) se lance dans des diatribes modernes trop modernes sur la rigolade qui réussissent en un domaine, de toute évidence : nous pousser à (re)lire Bergson et son chef-d'oeuvre sur le rire, histoire d'y réfléchir vraiment. Avec Beigbeder, sur bien des points, ça commence déjà à sentir le coup fourré pour cette fois…
Des pages sur ses vieilles années et les émois du Caca's, des pages sur le Moulin Rouge, des femmes qu'il faut « baiser », de la drogue, encore de la drogue… Passée le premier quart du livre, Frédéric Beigbeder poursuit son enlisement. Oona & Salinger annonçait une redescente, Une vie sans fin la confirmait. L'homme qui pleure de rire scelle le sort de notre homme : Frédéric Beigbeder n'a (vraiment) plus rien à dire. Ce qui semblait être la fausse marque de fabrique d'un auteur décidément brillant et inventif devient aujourd'hui un leitmotiv poussiéreux et plus que jamais vérifiable. L'homme qui pleure de rire, sur plusieurs centaines de pages, est un empilement de souvenirs désuets, de passages pas finis, d'idées jamais vraiment développées.
Que dire du personnage d'Octave Parango… Autrefois double littéraire séparé par une frontière poreuse mais mystérieuse d'avec son auteur, Octave devient le paravent égotique d'un Frédéric Beigbeder devenu bien trop feignant. On ne sait plus vraiment qui est qui, on ne sait plus des souvenirs et des inventions ceux qui ont la plus grande part de véracité. Et le roman de prendre une tournure dispensable, inintéressante précisément là où les deux premiers volets de la « trilogie Parango » parvenaient à décrire le vrai décoré de fiction dans un remarquable numéro d'équilibriste. le voltigeur est à la retraite, écrivain embourgeoisé et aviné (et plus si affinités) de ses succès passés. Circulez, il n'y a plus rien à voir !
L'étranger sensation de voir les vieilles gloires littéraires s'enferraient dans un mélange de nostalgie bougonne et de considérations râleuses sans grande inventivité avait touché un sommet avec le White de Bret Easton Ellis. Frédéric Beigbeder va plus loin et parvient à montrer que nos auteurs, jadis parmi les plus inventifs et les plus marquants, peuvent aujourd'hui davantage ressembler à l'oncle bourré qui râle à son coin de table, les dimanches des repas de famille, un tonton vexé des tourments de la vie, rancunier au possible. Même bourré H24, même avec le nez poudré et les veines blindées de substances en tous genres, l'effet Beigbeder ne prend plus vraiment.
Frédéric Beigbeder a critiqué le monde de la publicité, celui de la mode, maintenant celui de l'humour. Comme une impression de déjà-vu, comme l'impression de retrouver celui qui quitte le navire après avoir grassement profité du confort des cabines et du sourire des hôtesses. Après avoir raconté l'intérieur du monde de la pub', après avoir infiltré le monde de la radio et des médias pour mieux le dénoncer dans son nouveau livre, Frédéric Beigbeder va-t-il aller plus loin ? Dans quelques années, va-t-il nous faire connaître l'intérieur du monde de la littérature qui, une fois pénétré, permet malgré tout à des auteurs reconnus et bankables d'écrire des textes peu ou pas aboutis ? L'homme qui pleure de rire semble être la triste première pierre de ce sombre édifice…
Découvrez la chronique en intégralité sur le site Internet de Lettres it be
Lien : https://www.lettres-it-be.fr..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          154
Agathethebook
  02 janvier 2020
Je n'avais pas écouté la radio. Une amie dans la journée m'a téléphoné : « Ton idole a foiré sa chronique ce matin, il n'avait rien préparé, apparemment ils vont le virer ». J'avais souri. Pourquoi quitter France Inter comme tout le monde ? Tôt ou tard, il en ferait un livre.
N'est-il pas génial et improbable, ce smiley imprimé sur la couverture jaune côtelée des éditions Grasset ? Ceux qui critiquent avant d'avoir lu doivent bien avouer qu'ils n'ont jamais vu ça. Quiconque parvient à raconter son suicide a le droit d'imposer son audace. Oui, il s'agit bien d'un suicide en direct. Il est venu sans feuille, juste avec une jolie gueule de bois, et il n'a rien dit, ou pas grand chose. Comme il le dit lui-même, il aurait dû ne pas venir. Oui mais voilà, Frédéric Beigbeder est trop bien élevé ou pas assez, et surtout, il n'avait plus envie de faire rire.
C'est un secret pour personne : Octave Parango, son double littéraire, n'est pas vraiment un modèle de vertu. C'est lui qui arpente Paris les mercredis soirs en poussant le chroniqueur à sortir, regarder les filles et ingurgiter un panel de substances illicites —chacun se prépare comme il peut avant de passer à l'antenne. le job était le suivant : faire l'aller-retour à Paris pour 3 minutes de chronique hebdomadaire, rivaliser d'inventivité pour maintenir l'audience et son statut d'« humoriste le plus écouté de France ». Vraisemblablement, il n'y prenait plus de plaisir, et ce livre explique pourquoi.
Regardez de plus près cet émoticône qui « pleure de rire », vous donne-t-il vraiment envie de sourire ? Non, on dirait le mélange d'un clown et d'un masque de Scream. Il est grotesque et effrayant. « La drôlerie est devenue obligatoire » et toutes les époques et les sujets ne s'y prêtent pas. Octave se remémore avec nostalgie ses années folles, où le ton était libre, sans doute beaucoup plus qu'aujourd'hui. À travers cette déambulation nocturne, Octave revient sur son passé, ses rencontres, ses soirées, fait des détours par le monde de la politique, celui de la radio et de la littérature.
Ce livre est un grand cri de résistance, non seulement contre l'uniformisation de l'humour et de ses codes, mais aussi contre le temps qui passe et la bienséance. Beigbeder n'a jamais autant été Beigbeder, drôle, subversif et en phase avec son Octave intérieur. Il l'avoue avec humilité, même auprès de la plus belle femme du monde, ce n'est pas évident de faire le grand-écart des vies, de célèbre dandy parisien à celle du papa de Tchoupi dans le Sud-Ouest… le dilemme est répandu, « il y a un Octave qui sommeille en tout homme. C'est lui, qui, le soir de Noël, a envie de finir la prune cul sec. »
Ce texte raconte la peur universelle du bonheur, il explore les forces destructrices et créatrices qui s'agitent en chacun de nous. Sincérité et pudeur se disputent le propos de l'inadaptation au réel. Source inspirante de liberté et d'audace que je n'ai jamais retrouvée chez personne, Frédéric Beigbeder n'ose pas, il sur-ose. Il ne se met pas à nu, il nous offre son squelette aux rayons X. Il ne se drogue pas, il invente un paradis perdu. Il ne se suicide pas, il sublime sa part sombre. Ce n'est pas exagéré, c'est surréaliste.
Rien n'est grave après tout, tant que cela sert la littérature. Demeure l'éternelle question : peut-on tout oser dans la vie si c'est pour l'écrire un jour ?
Lien : https://agathethebook.com/20..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150


critiques presse (1)
Bibliobs   31 décembre 2019
Un an après son éviction de France-Inter, l’écrivain règle ses comptes dans « l’Homme qui pleure de rire ». Un roman sur fond de critique de la société du tout-dérisoire et sur la puissance du déterminisme social.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (109) Voir plus Ajouter une citation
lrntvlrntv   25 juillet 2020
Dans la démocratie de divertissement, un président de la République est moins important qu’un bouffon car il doit supporter la caricature quotidienne, alors que le bouffon est incritiquable , celui-ci est donc un tyran. Vous verrez. À la parution de ce livre, Octave sera massacré pour crime de lèse-hilarité. Le premier, à ma connaissance, à avoir défini ce totalitarisme de la gaudriole est l’écrivain Michka Assayas. Dans son essai Contre-feu paru en 1991, Assayas exprime une idée nouvelle à propos des marionnettes de TF+ : nous vivrions sous la férule de l’humour obligatoire, un discours sans contrepartie possible. Or un pouvoir sans opposition n’est pas démocratique. L’ironie imposée nous fait basculer dans un système politique inédit. On dirait du Musset mais c’est Michka Assayas qui, le premier de sa génération, a effectué ce constat désabusé : « J’avais l’impression de vivre un âge faux et sans valeur. » Alain Finkielkraut lui a emboîté le pas, plus récemment, dans une diatribe fameuse sur les humoristes du service public : « Je trouve irrespirable le climat de dérision dans lequel nous baignons. » Mais le plus ancien critique de la farce permanente, c’est Étienne de La Boétie. Dans son Discours de la servitude volontaire (1576), le copain de Montaigne dénonce la bouffonnerie comme instrument de la soumission du peuple. Plus on distrait la populace de sa servitude, plus on l’écrase aisément. On contrôle mieux un pays en tranformant ses citoyens en enfants assistant à un spectacle de marionnettes. Le rire de service public serait-il un moyen de perpétuer la domination étatique ? Dans Se distraire à en mourir en 1985, le théoricien de la communication de la New York University, Neil Postman, ne dit rien d’autre. « Nul besoin de tyran, ni de grilles, ni de ministre de la Vérité. Quand une population devient folle de fadaises, quand la vie culturelle prend la forme d’une ronde perpétuelle de divertissements, quand les conversations publiques sérieuses deviennent des sortes de babillages, quand, en bref, un peuple devient un auditoire et les affaires publiques un vaudeville, la nation court un grand risque : la mort de la culture la menace. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
lrntvlrntv   25 juillet 2020
Dans les années 2000, je devais faire sourire les mannequins sur les photos des produits de beauté L’Idéal. Et dans les années 2010, j’étais chargé de faire glousser les auditeurs du service public coincés dans les embouteillages sur le boulevard périphérique, lui aussi enroulé sur lui-même. Après avoir donné aux consommateurs l’envie d’acheter des choses dont ils n’avaient pas besoin, puis fait désirer aux hétéros des femmes qui n’existaient pas, je devais à présent provoquer l’hilarité des automobilistes pour leur faire oublier la désintégration du modèle social français. Finalement, tous mes métiers auraient pu avoir le même nom : illusionniste. J’ai consacré ma vie à communiquer, c’est-à-dire mentir. Les gens qui travaillent dans la communication ne fabriquent rien, ne créent nulle œuvre, ne changent pas le monde, mais l’enjolivent, le rendent acceptable, le font digérer. Cette stérilité nous ronge et finit par faire de nous de pauvres loques, des zombies titubant au bord de piscines anthracite, montant et descendant d’Uber aux vitres opaques, coupables de n’avoir rien fait pour la planète, à part trier les déchets, avant d’en devenir un. Les gens de la com’ désobéissent à la parabole des talents : les publicitaires, les model scouts, les chroniqueurs humoristiques sont des collabos de l’Empire du Rien, ils entendent sans cesse la voix de Dieu qui leur demande : « Qu’as-tu fait de ton talent ? » Et quand on n’a rien fait de son talent, Dieu énonce sa sentence : « Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures, là il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Évangile selon Matthieu, chapitre 25). Voilà l’activité principale des impuissants qui ne produisent que des campagnes mensongères et des distractions ineptes : nous grinçons des dents à longueur de vie, jusqu’à ce que notre visage ne soit plus qu’un trou béant, une cicatrice hideuse de malheur et de gâchis.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
PitieryPitiery   20 octobre 2020
La nouvelle guerre civile oppose les Français qui n'écoutent pas France Public à ceux qui écoutent France Public. Les auditeurs de la station leader en France se sentent supérieurs aux autres citoyens. Ils parlent une langue plus élégante, sans accent méridional, ni intonations parigotes. Leurs bouches sont minces et leur élocution pointue. Ils ont des raisonnements intelligents, des références érudites, des solutions de quatre syllabes à tous les problèmes. Ils ne sont pas écrasés par la détresse et l'inquiétude existentielle. Ils sont pacifiques et éco-responsables. Ils ont souvent la sécurité d'un emploi public et détestent les conducteurs de camion. À l'inverse, les personnes qui n'écoutent pas France Public n'ont pas le sentiment d' habiter le même pays. Ces personnes sont pauvres et précaires, elles n'ont pas d'autre choix que de consommer des perturbateurs endocriniens. Elle galèrent au boulot pour un revenu dérisoire et si elle se plaignent, la police les tabasse, les eborgne ou leur arrache la main. Elle ne comprennent pas le vocabulaire employé sur France Public et ignorent l'existence des "avocado toasts" . Elles ont honte de ne pas comprendre les chroniques subtiles et la sémantique intellectuelle des animateurs du service public. Elles se sentent non pas inférieurs, mais exclues. La France a perdu sa langue commune. La coupure est totale.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
lrntvlrntv   25 juillet 2020
À part se suicider à l’antenne, il ne me reste plus grand-chose de nouveau à proposer. Je réfléchis : pourquoi ne pas raconter ma rencontre avec les révoltés des Champs-Élysées sur fond de Joe Dassin ? Aucun chroniqueur n’ose en parler. Les contestataires du micro appellent à la révolution anticapitaliste depuis quinze ans et maintenant qu’elle a lieu, dans la rue, dans toute la France, ils flippent comme des jeunes filles de bonne famille. Porter un casque audio et jouer les gauchistes est plus confortable que mettre un casque de moto, un foulard et foutre le feu pour de vrai, au risque de perdre un œil ou une main. La révolution gronde et nous n’y comprenons rien. Nous pensions être les maîtres de la révolte, les lanceurs d’alerte, les esprits farceurs et libres. Alors que nous sommes ce que la plèbe enragée appelle une élite déconnectée. Nous pensions être généreux et altruistes, mais comment en convaincre les vrais rebelles ultraviolents qui brûlent les bagnoles de luxe ? C’est pénible de se faire traiter d’oligarque quand on apprend par cœur Charlie Hebdo tous les mercredis. On a tous passé notre temps à critiquer, disséquer, analyser, contester le système sans s’apercevoir que le système, désormais… c’était nous. France Publique a cessé de militer sincèrement pour la justice sociale, elle a préféré passer l’injustice à la moulinette de la dérision. Cela signifie que même la gauche est devenue une blague à ses propres yeux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
ArchiKeArchiKe   23 janvier 2020
Le rire de service public serait-il un moyen de perpétuer la domination étatique ? Dans "Se distraire à en mourir" en 1985, le théoricien de la communication de la New York University, Neil Postman, ne dit rien d'autre. "Nul besoin de tyran, ni de grilles, ni de ministre de la Vérité.Quand une population devient folle de fadaises, quand la vie culturelle prend la forme d'une ronde perpétuelle de divertissements, quand les conversations publiques sérieuses deviennent des sortes de babillages, quand, en bref, le peuple devient un auditoire et les affaires publiques un vaudeville, la nation court un grand risque : la mort de la culture la menace."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10

Videos de Frédéric Beigbeder (72) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Frédéric Beigbeder
Frédéric Beigbeder lit un extrait de Un roman Français à la librairie Filigranes-Bruxelles
autres livres classés : autobiographieVoir plus
Notre sélection Littérature française Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder est d'origine béarnaise. Que signifie son nom de famille en béarnais ?

Horizon lointain
Bord de mer
Belle vue
Littoral calme

12 questions
187 lecteurs ont répondu
Thème : Frédéric BeigbederCréer un quiz sur ce livre

.. ..