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ISBN : 2226186697
Éditeur : Albin Michel (20/08/2008)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 78 notes)
Résumé :
Le domaine de Montaigne, quelque part en Kabylie : 600 hectares de collines, de champs de blé, d’orangers, d’oliviers et de vignes. La terre de la famille de Saint-André depuis un siècle Au cœur de ce petit royaume, une maison de maître et ses dépendances entourées de palmiers, d’acacias, de pins et de figuiers. Six personnages : le père, la mère, les trois enfants (dont un a embrassé la cause du FLN) et la domestique kabyle. Tout au long du roman, leurs voix s’inte... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
caro64
  29 avril 2010
Un grand domaine en Algérie française. Trois générations s'y succèdent, prenant tour à tour la parole : il y a d'abord la figure du père, Ernest, honni et craint par ses enfants et par sa femme. Qu'il soit vivant ou mort, tout tourne autour de lui ; d'ailleurs les voix mêlées de ceux qui l'ont côtoyé se renvoient toutes à son corps, dans le cercueil. Personnage maudit, « devenu riche par la simple opération du mariage », passant plus de temps au lupanar qu'à s'occuper de sa descendance, celle-ci ne le pleure pas vraiment. Il y a sa femme, Hortense, blessée par les tromperies, qui ne peut se résoudre à quitter le domaine. Enfin, les trois enfants apportent leurs voix à ce sombre discours ainsi que leur bonne à tout faire, Fatima.
L'autre grand personnage, c'est le domaine de Montaigne, vaste propriété avec ses vignes, ses champs, ses oliveraies, appartenant à la famille de Saint-André, construit dans la haine et la brutalité : « C'est dans le sang de ta grand-mère et celui de ses assassins que Montaigne s'est construit, et c'est dans le sang des colons et celui des arabes que l'Algérie est devenue française, pas autrement, alors c'est dans ce sang toujours prêt à couler qu'il fallait vous tenir pour garder le pays ».
C'est l'amère nostalgie de ce domaine perdu qui pousse, trente ans plus tard, les héritières du patriarche à faire renaître un petit Montaigne dans un appartement du quartier Saint-Gabriel à Marseille. Elles redécorent le lieu, créent des liens de vassalité avec leur employée d'origine algérienne, montrant toute leur rancoeur et rejoignant par là-même l'avis du père détesté.
Faut-il voir en ce domaine meurtri une métaphore de l'Algérie Coloniale tendant vers sa fin ? En figure du père dominateur, une France incarnée ? Peu importe : Mathieu Belezi a composé dans ce livre le cantique funéraire de l'Algérie française, nouant aux distorsions familiales romanesques la fin historique de ce pays colonisé, et offre avec ces personnages une superbe symphonie. Chacun possédant sa propre incarnation, une étrange litanie se crée entre les différentes voix, tantôt chargées de haine, tantôt d'amertume, et les morts se relèvent, évoquent leur vie, hantent les vivants. La beauté du texte vient de ce mélange de voix ; de chant, de poésie. La construction est particulière, liée à l'absence de points, aux phrases hachées, scandées à l'envi, loin de déranger la lecture.
On l'aura compris, C'était notre terre n'est pas un roman sur la guerre d'Algérie, ni un témoignage. L'écrivain conte avec subtilité l'histoire d'une famille de colons. C'est la saga d'une famille broyée par les meules impitoyables de l'Histoire. L'auteur ne juge pas, n'excuse rien, n'épargne personne.
Apre, douloureux, le roman choral de Mathieu Belezi se lâche difficilement. Les personnages sont terriblement humains, terriblement poignants, lâches et cruels, haïssables et attachants, viscéralement attachés à leur pays, et leurs monologues résonnent encore dans la tête bien après avoir posé le livre.
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MicheleP
  21 août 2012
Je ne vois ici que des critiques positives, or ,moi, ce livre m'a profondément déplu, malgré une certaine qualité d'écriture (technique bien connue de l'entrelacement : chaque personnage parle à son tour). Mais l'ouvrage ruisselle de haine, aucun personnage n'est sympathique, disons même que tous les personnages sont odieux. Certaines scènes sont forcées et relèvent d'une imagination malsaine, cf. celle de la bonne soeur avec son crucifix, ou la scène d'antropophagie militante. de plus, il ne faut pas prendre le roman pour une peinture véridique de l'Algérie coloniale, l'auteur est né après l'Indépendance et le pays qu'il imagine ressemble plus au Sud esclavagiste de "La case de l'oncle Tom" qu'au pays que j'ai connu, pays difficile, certes, où la vie pouvait être très dure, où le racisme affleurait souvent, mais dans le respect (et oui ! ça paraît contradictoire, mais ça ne l'est pas complètement), la dignité et une certaine multiculturalité qui subsiste encore chez les survivants de cette époque.
Je sais qu'on "ne fait pas de bonne littérature" avec de bons sentiments, mais en fait-on avec juste de mauvais ?
D'ailleurs, j'avouerai que, pour les mêmes raisons, je n'aime pas Céline non plus.
P.S. Pour des témoignages lucides sur l'Algérie coloniale, lisez plutôt : " Une enfance singulière" de Fadela M'Rabet, "Une éducation algérienne" de Wassyla Tamzali ou, plus romancé, mais absolument délicieux "Mon frère ennemi" de Djilali Bencheikh. Côté colons, "Rio Salado", d'Andrée Montero, n'est pas mal non. plus
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frandj
  21 mars 2014
La présence française en Algérie et la guerre qui a abouti à son indépendance restent au XXIème siècle des questions sur lesquels les avis sont très partagés. En effet, beaucoup de Français (surtout les jeunes) sont malheureusement ignorants et indifférents à ce sujet. Une autre partie de l'opinion publique, suivant l'opinion d'historiens et de journalistes progressistes, ont définitivement jeté l'opprobre sur les Pieds-Noirs et sur l'armée française, en "oubliant" les atrocités du FLN. Enfin une majorité de rapatriés, dont la mémoire est fixée sur leur pays natal et sur le traumatisme de 1962, restent très amers et fustigent le parti-pris des Métropolitains à leur encontre.
Comment parler sereinement de ce drame, au cours duquel tout le monde a fait du mal à tout le monde ? C'est presque impossible; je n'ai jamais lu un ouvrage écrit à ce sujet qui me satisfasse entièrement. Mais la moindre des choses, me semble-t-il, est de donner la parole à tous les protagonistes et surtout d'éviter des jugements de valeur (a posteriori !) trop catégoriques.
Qu'en est-il du roman de Mathieu Belezi ? D'abord, l'auteur a choisi de mettre sur le devant de la scène des grands propriétaires terriens qui sont des caricatures des "gros colons" méprisants et brutaux vis-à-vis des indigènes, sûrs de leur bon droit. Certes, ce genre de personnages, passablement odieux, a réellement existé dans "l'Algérie de Papa"; mais ils ne représentaient qu'une minime fraction du peuplement d'origine européenne. S'il en était resté à ces figures, l'écrivain aurait apporté de l'eau à un moulin qui - selon moi - ne tourne pas rond. Heureusement, Mathieu Belezi a su introduire dans son roman d'autres figures, très différentes, qui viennent nuancer le tableau. Par exemple, dans le livre, l'un des fils de la famille aide le FLN - mais il ne faut pas s'y tromper: il n'est qu'une exception rarissime, absolument pas représentative de la population des Pied-Noirs. Par ailleurs, la domestique (kabyle) de la maison des maitres joue (assez tardivement) un rôle dans le roman et apporte son point de vue très intéressant, sortant des polémiques franco-françaises. Enfin, l'auteur n'occulte pas les abominations commises par tous les belligérants, y compris le FLN, et je lui en sais gré. Si on cherche la petite bête, on peut noter que le romancier ne donne pas une grande place aux "petits Blancs" des villes d'Algérie, qui formaient pourtant une grande partie des Pieds-Noirs et dont une bonne partie votait à gauche avant le début des hostilités. Malgré cela, je pense sincèrement que Mathieu Belezi a réussi à donner une image presque exhaustive de ce que fut cette société (trop) passionnée et de cette période brûlante, qui ont disparu corps et bien dans un passé oublié ou occulté.
Mais ce livre a encore un autre grand intérêt, déjà souligné à juste titre par d'autres commentateurs: son style, lyrique, incantatoire, donc visant à l'empathie. Personnellement je ne suis pas du tout porté sur ce genre d'écriture et, au début du livre, j'ai beaucoup renâclé. Mais j'ai fini par accepter ce lyrisme, qui donne une très vive couleur à ce pays de soleil et de violence - très loin des schémas intellectuels pré-fabriqués que certains projettent sur la présence française en Algérie.
Donc, oui: en conscience, j'ai aimé ce livre que je trouve à la fois remarquable et juste.
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carre
  14 mars 2012
La vie de colons sur trois générations dans une région berbère. Au domaine de Montaigne, il vaut mieux être bien vu, et obéir au doigt et au l'oeil sinon humiliations et violence vous remettent sur le droit chemin. Les Saint André gros propriétaire terrien se comportent avec suffisance et mépris. Belezi à travers cette famille, montre comment la page de l'Algérie reste une blessure douloureuse. Plus on avance dans ce roman, plus le chant funeste de la fin de la colonisation se fait entendre.
Les Saint André comme de nombreux colonialistes recevront le juste retour de leur comportement. Une fois, le point de non-retour atteint les personnages connaitrons à leur tour le déracinement et l'humiliation. Un grand roman choral, écrasant comme un soleil d'Afrique. Et pour ma part, la découverte d'un auteur qui maitrise de façon impressionnante un récit qui résonne comme un chant funèbre.
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ManouParis
  20 février 2013
S'il y a un livre qui m'a chamboulée à la fin de l'année 2012 , c'est bien celui-là.
Parce que ce roman raconte l'histoire d'une famille de colons, les de Saint-André, propriétaires terriens qui vivent et règnent en maîtres sur l'immense domaine de Montaigne. Six personnages interviennent à tour de rôle: le père, la mère, Claudia (la fille cadette), Marie-Claire (la fille ainée), Antoine (le fils) et Fatima, la servante (la seule voix algérienne du récit).
Le père, Ernest, est violent, dénigre sa femme et ses enfants pour s'enivrer de whisky et de prostituées. Il tient le domaine d'une main de fer et n'hésitera pas à aller tuer tous les "fellaghas" qu'il pourra, quand les premiers affrontements auront lieu. La mère, Hortense, est une femme dure, aigrie, remplie de suffisance; elle se croit au dessus de tout et de tout le monde, elle est étouffée par la haine. Claudia, la soeur cadette, est celle qui entame le récit. Elle n'arrive pas à faire le deuil de l'Algérie, malgré son âge avancé et toutes les années passées en France. Marie-Claire elle, déteste l'Algérie. Soulagée de l'avoir quittée et être devenue bonne soeur dans un couvent en Bretagne, la vieillesse la rattrape pourtant. Pour Antoine, le fils, qui s'est engagé dans la lutte armée du côté des algériens, c'est un choix qui prend la forme d'une revanche sur sa famille. Il les méprise; surtout son père et sa mère, qui représentent à ses yeux le symbole même de la colonisation dans ce qu'elle a de plus injuste, de plus barbare. Enfin, c'est la voix de Fatima, la servante qui est là depuis presque toujours, que l'on entend, et toute son abnégation, son dévouement jusqu'au-boutiste.
En ce qui concerne l'écriture, j'ai trouvé la narration très originale; certains personnages nous parlent depuis l'au-delà, les temps se mélangent, et les lieux aussi. C'est un roman polyphonique, mais la multitude des portraits ne perturbe pas du tout le lecteur, car chaque personnage s'exprime à tour de rôle, et la parole de chacun est bien identifiable. L'écriture est puissante, haletante; certaines phrases sont d'une longueur hallucinante mais nécessaire, comme une course contre la vérité, comme le souffle d'un vent du désert, comme la marche de l'histoire, que l'on ne peut arrêter. Car l'histoire de l'indépendance se joue, avec son cortège de violences, d'attentats, de massacres, d'injustices de touts bords. C'est le début de l'OAS et du FLN, des morts des deux côtés, des actes irréparables.
Je dois avouer qu'il me fut très difficile de lire ces discours de haine et de racisme forcéné de la part de pieds-noirs. J'ai été dérangée mais malheureusement, peut-être le fallait-il. Au risque de paraitre très naïve, j'ai sincèrement eu du mal à penser que des Français vivant aux côtés des Algériens depuis 160 ans pouvaient avoir un tel mépris au fond d'eux, et pourtant L Histoire a prouvé qu'il y en avait un certain nombre qui pensaient ainsi (j'espérais juste qu'ils aient été très minoritaires). Peut-être est-ce aussi à cela que sert la littérature. A bousculer nos certitudes, à nous mettre mal à l'aise, à écrire une vérité que l'on ne veut pas voir. Je pense que les blessures ne peuvent cicatriser qu'avec le temps, mais aussi en écoutant les différents points de vue. Il y a toujours une part de bon et de mauvais en chaque homme et si Mathieu Belezi insiste surtout sur le mauvais, je songe, amère, en refermant ce livre, à la détestation que m'inspirent la plupart des personnages, aux cicatrices toujours ouvertes entre nos deux pays, et aux années qu'il faudra encore pour apaiser les plaies, à défaut de les panser.
Un ouvrage dur donc, âpre parfois, mais qui restera longtemps dans ma mémoire...
http://manoulivres.canalblog.com/archives/2013/01/05/26075216.html
Lien : http://manoulivres.canalblog..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
carrecarre   08 décembre 2011
J'ai vu les machoires soudées des hommes qui ne voulaient pas céder, j'ai vu la colère déformer le visage des gens que je croyais connaitre, j'ai entendu les bombes qui explosaient à Oran, j'ai respiré jusqu'à l'écoeurement l'odeur fétide du sang répandu
oui
et pourtant je suis restée là ou mon père et ma mère m'avaient fait naitre
Comprenez-vous mes filles ?
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shousounshousoun   17 novembre 2014
Saint-Gabriel (France)
C’était notre terre
Quand je dis que c’était notre terre, je veux dire que nous de l’avions pas volée, que nous en avions rêvé au temps de nos ancêtres, et que l’Etat français nous avait permis de concrétiser nos rêves en nous vendant une bouchée de pain six cent cinquante-trois hectares de bonne terre africaine

p. 9
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caro64caro64   29 avril 2010
Oui, qu'elle s'excuse pour avoir essayé de m'étrangler, et pour avoir jeté les de Saint-André à la porte de l'Algérie, et pour leur avoir fait tellement de mal qu'ils n'arrivent plus à trouver le repos.
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BVIALLETBVIALLET   22 mars 2012
« ... la terre sur laquelle il était assis n'était plus la terre qu'il avait connue, qu'en y plongeant la main, il y découvrirait les nappes de sang coagulé d'un bon million de morts. »
« C'est dans le sang de ta grand-mère et celui de ses assassins que Montaigne s'est construit, et c'est dans le sang des colons et celui des Arabes que l'Algérie est devenue française, pas autrement, alors c'est dans ce sang toujours prêt à couler qu'il fallait vous tenir pour garder le pays
mais le sang a coulé, Jules...
- Pas suffisamment"
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caro64caro64   29 avril 2010
Livre-t-on six cent cinquante-trois hectares aux appétits d'un ogre ? Ce n'est pas à l'ogre qu'il faut poser la question.
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