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EAN : 9782378801557
304 pages
Éditeur : L' Iconoclaste (19/08/2020)
3.7/5   159 notes
Résumé :
Son surnom, Stress, c'est Nordine qui le lui a donné. C'était les années 90, dans le quartier du Panier, à Marseille, au-dessus du Vieux Port. Il y avait aussi Ichem, Kassim, Djamel et Ange. Tous venus d'ailleurs, sauf lui : sur la photo de classe, Stress tranchait avec sa peau rose.
Aujourd'hui les bobos rénovent les taudis du centre-ville et les pauvres ont été expulsés vers les barres d'immeubles avec ascenseur en panne. Les potes d'hier sont devenus chau... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (53) Voir plus Ajouter une critique
3,7

sur 159 notes

Kirzy
  27 août 2020
*** Rentrée littéraire #7 ***
C'est l'histoire d'un quartier marseillais ultra populaire, là, juste derrière le Vieux-Port, le Panier avec ses logements insalubres et ses ruelles étroites, porte d'entrée de la population immigrée depuis la seconde moitié du XIXème siècle, italienne, corse, maghrébine, comorienne. C'est une histoire d'amitié née dans les années 90 et qui se délite à mesure de la gentrification du quartier, sa réhabilitation avec le projet Euroméditerranée en chassant les plus pauvres vers les périphéries et les quartiers Nord.
Il n'y a pas vraiment d'intrigue à proprement parler avec un scénario cause / conséquences tout tracé et des actions factuelles. Fait d'une succession de scènes, le récit est une déambulation sentimentale dans le Marseille des années 1990 et d'aujourd'hui vu au travers du regard du narrateur, Stress ,« figure rose » de la bande multiethnique, le seul Blanc atterri au Panier par le militantisme d'une mère puissante ( formidable personnage ). Sa narration alterne passé ( années 90 donc ) et présent où il végète à l'aube de la quarantaine, artiste un peu looser, un peu branlos aussi, tentant de retrouver le parfum de son adolescence aux côtés de Ichem, Kassim, Djamel et Ange.
On s'amuse beaucoup avec Hadrien Bels, mais jamais aux dépens de quelqu'un, sa plume est trempée à la tendresse humaine, jamais au cynisme facile, juste acide ce qu'il faut quand il le faut. Son écriture rafraichit, emplie d'une oralité vive qui explose dans des dialogues savoureux. Souvent hybride, inventive et insolente, la langue sonne vrai, sous influence méditerranéenne, mâtinée de rap et de raï, avec des punchlines réjouissantes qui donnent envie de lire le roman à voix haute.
Le récit avance avec le sourire, avec cependant un petit ventre creux vers le milieu et une sensation de répétitions un peu trop présente parfois. Mais dans le dernier tiers, les mots se font plus nostalgiques, l'auteur a grandi et le difficile passage à l'âge adulte fait ressortir une douce mélancolie.
« La ville s'est couchée, je roule sur son dos avec des odeurs de poulet braisé dans le nez. Boulevard national, des bars pleins de vieux à la cornée abimée qui boivent leur thé en trempant leur nez dedans. (…) de petites comoriennes jouent à la corde à sauter en pyjama et des mecs sortent des salons de coiffure en se croyant beaux. J'ai encore des sentiments pour cette ville. Tout est encore possible entre nous. de nouveau envie de la filmer et de l'écouter me raconter ces histoires de vies, qui, bout à bout, me transportent de l'autre côté de la Méditerranée, dans ces ruelles où l'o, vend des cigarettes et des brochettes de foie à l'unité. Où l'on jette par terre papiers, mégots, canettes de coca. Là où les mouettes, les chats et les rats viennent se battre. Une ville doit dégager nos odeurs de crasse et nos instincts animaux. Elle doit raconter nos vies et nos drives. Une ville trop propre ne me dit rien, elle me fait peur, à cacher ses névroses. »
Marseille est vraiment la star de ce roman, décrite avec beaucoup de coeur, sans le folklore habituel que la ville suscite. Derrière chaque scène, chaque tableau, c'est tout l'amour de l'auteur pour sa ville et son quartier qui explose de façon très charnelle, sensorielle et organique, de façon très personnelle aussi.
Mieux qu'un reportage, Cinq dans tes yeux décrypte et donne à voir le mécanisme de gentrification et l'arrivée des « Bobos », surnommés les Venants avec leurs gueules d'héritiers, qui effacent en silence, à coup de rénovations, tout un écosystème au centre des villes, écartant les classes populaire vers les périphéries. C'est rare de lire un roman aussi sensible et géographique à la fois, à la fois intime et inscrit dans un territoire collectif qui s'est métamorphosé vitesse grand V. Hadrien Bels n'écrit pas que pour faire sourire mais pousse à réfléchir sur nos modes de vie urbains et de façon générale sur les identités qui fluctuent au cours d'une vie.
Un premier roman très convaincant plein de verve et de sève incontestablement prometteur.
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migdal
  30 septembre 2020
Quel jongleur de mots cet Hadrien Bels !
Quel talent pour les articuler en métaphores aussi mémorables que déconcertantes !
Quelle musicalité joyeuse et ensoleillée puis grave et parfois mièvre exprime sa plume ou sa voie, car je me suis demandé s'il avait écrit ces pages ou s'il les avait exprimé devant un magnétophone ?
Cette déambulation marseillaise dessine une succession de scènes vécues sans s'inscrire dans un scénario classique … pourquoi pas … Victor Hugo publia « choses vues » après tout.
Les acteurs enchainent les épisodes dans une certaine confusion qui égare parfois le lecteur. L'auteur met l'accent sur la bande et non sur ses membres d'où le ressenti que ces garçons sont plus des caricatures que des originaux.
Une personne survole le récit, à mes yeux, c'est Fred admirable femme engagée, mère et enseignante. Contraste saisissant dans un scénario où les femmes sont parfois des objets de consommation, les pères souvent absents et l'éducation déficiente.
Marseille est l'autre vedette du film, mais je ne partage pas la vision du rédacteur qui confond ville et décharge publique et glorifie ceux qui jettent par terre papiers, mégots et canettes. Comment en notre époque où l'écologie et le développement durable sont d'ardentes priorités peut on tolérer de telles phrases !
C'est pourquoi cet ouvrage m'a finalement déçu car Marseille mérite mieux que la crasse et le désordre et il est appréciable que ses quartiers délabrés soient réhabilités afin que « plus belle soit la vie » comme le promet la série télévisée marseillaise. Mais ce n'est que mon humble avis et j'espère que Hadrien Bels n'en restera pas là car sa langue est aussi originale que sincère.
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Annette55
  26 janvier 2021
«  Marseille , moi , je la trouve belle comme ça. Avec ses mots simples et ses manières de fille des rues.Mais elle s'en fout de moi. Elle a pas le temps d'écouter mes «  :c'était mieux avant ».
«  Elle veut vivre, se casser la gueule et se relever, toute seule .
Danser et rire avec ces tchatcheurs et ces mythos qui l'embarquent dans de grosses bagnoles et lui racontent des histoires pleines de promesses .
Elle se rêve ma ville . »
Deux extraits de cette chronique marseillaise colorée, pétrie de langues , de cultures et de parfums mêlés , visage d'une ville , riche de ses différences. «  La politique ici, c'est comme les lasagnes , on recouvre de sauce bien épaisse »....
Voilà un auteur qui joue de belle manière avec les mots , une langue parlée , imagée , brute , et séduisante à la fois.
C'est l'histoire d'une bande de potes , des années 90 à nos jours contée par Nordine dit Stress, «  un petit blanc » qui vit avec sa mère Fred, professeure des beaux - arts .
A travers son regard tendre et acéré , se déroule le quotidien de ces jeunes qui fument des joints ,aiment se dorer au soleil , les jolies filles, la drague, trempent dans quelques petites combines , zonent , s'amusent à tuer le temps ....dans le quartier populaire du «  Panier » , ils enchaînent virées à la plage, bagarres parfois, quatre cent coups , soirées en boites de nuit afros ....
Tous sont venus d'ailleurs : Ichem , Kassim''Djamel et Ange ....du Maghreb ...
ou d'ailleurs ...
Sur la photo seul Stress tranche avec sa peau rose.
On suit leurs histoires d'amitié , amours, différences, diversité à travers le quotidien de Marseille, ses habitants , ses habitudes et ses travers.
On retrouve Stress adulte , il tente de dénicher un financement pour tourner un documentaire sur son quartier d'enfance et la «  gentrification » .
Aujourd'hui les bobos dits «  Les Venants » rénovent les taudis d'une partie de la ville ,plutôt le centre - ville, les potes d'hier sont devenus dealers , chauffeurs de bus, agent de sécurité ....
L'auteur aborde le sujet du sida, les immeubles insalubres qui se sont effondrés , la drogue et la délinquance, le déterminisme social et les replis communautaires..
Séduisante et drôle, violent et changeante , Marseille : son côté haut en couleurs , un livre au franc parler salutaire . ....
Nostalgie du Marseille de l'adolescence du narrateur , véritable déclaration d'amour à sa ville , insolente , mordante ,tout en dérision , humour et poésie . Vrai regard sur cette France d'aujourd'hui !
«  En dehors du quartier , on n'était plus personne » .
«  Sur la photo de classe ,au milieu des Comoriens , des Arabes et des Portugais , avec ma figure rose, j'étais facile à repérer » ...
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croquemiette
  03 septembre 2020
Nous voilà plongés dans le quartier du Panier, à Marseille, auprès d'une bande de potes, dans les années 90. le Mia et Iam ne sont pas loin !
À travers le regard de «Stress», on assiste au quotidien de ses jeunes qui zonent, fument des joints, trempent dans des petites combines, rien de grave.
Ils sont 5, toujours ensemble, à la plage, dans les bus bondés, à traîner dans les rues... et Stress se souvient avec nostalgie de cette époque, quand le Panier était encore un quartier populaire.
Il voudrait faire un film sur les 5 lascars qu'ils étaient à l'époque et qui expliquerait comment c'était Marseille avant et comment leur quartier a changé au fil des années, avec l'arrivée des «Venants», Parisiens ou bobos ayant gentrifié le Panier.
Il y a donc le Marseille des années 90 et le Marseille de maintenant qui se donnent la parole, d'un chapitre à l'autre. Maintenant, Stress se retrouve à traîner dans les lieux hypes, dans le monde artistique du cinéma. Il n'est pas à sa place dans ce milieu mais il tient à son projet de film.
Ses potes, il ne les voit plus beaucoup, peu s'en sont sortis.
Un roman comme un film, très vif, incisif. On est à Marseille, dans ses rues cosmopolites. La ville a le premier rôle, dans ce premier roman.
Il y a de la nostalgie, de l'humanité et un grand attachement à ses racines. Les personnages sont très touchants, que ce soient ses amis ou même sa mère et sonnent juste. Ça sent le vécu !
Un texte inventif et surprenant qui vaut pour les atmosphères décrites et m'a apportée un réel plaisir de lecture !
Attention ! Hadrien Bels est un jeune auteur à suivre.
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Litteraflure
  20 novembre 2020
Depuis Jean-Claude Izzo, difficile de s'attaquer à Marseille sans tomber dans les clichés. On comprend que l'auteur a la ferme intention de dézinguer tout ce qui sonne faux dans sa ville, à commencer par les venants, ces bourgeois descendus du nord de la Loire qui trouvent à Marseille un exotisme à moindre frais. le Panier, le quartier où « Stress » a passé son enfance dans les années 90, s'est ramolli à coup de gentrification : « Pratiquement plus aucun Arabe ou noir. C'est comme si on avait effacé un écosystème, tranquille, en silence ». Stress était ce minot blanc en minorité et sa mère, une poétesse de la rue qui utilise la culture comme arme d'instruction massive. le panier a changé. Beaucoup trop calme. Stress est nostalgique de ce temps où la drogue et le kebab se payaient en francs. Nostalgique mais lucide : « La nostalgie ça emmerde tout le monde, sauf celui qui raconte, ça lui file un coup de jeune ».
Ce roman est une ballade dans le temps et dans Marseille. Il n'y a pas vraiment d'histoire si ce n'est celle de Stress, vidéaste raté, loser attachant, qui se souvient du Panier et de ses copains. On pourrait en faire un genre, le « District book », le livre de quartier.
Hadrien Bels met tout ce qu'il a dans son bouquin, de rages et d'anecdotes. C'est vif et inventif. Monsieur pratique les figures de style avec maestria. Il est fort en métaphores ((« le 83, le bus des plages. L'été, à l'intérieur, c'était une paëlla », virtuose du zeugma (« j'étais plein de promesses et de morve au nez » et mage de l'image (« La colère, il faut l'accepter et la bercer, comme un enfant quand a fait dans le dos »). Et les dialogues sont remplis de punch-lines, aussi savoureuses les unes que les autres : « C'est quand même curieux, ces jeunes qui ne font rien de leur vie mais peuvent pas attendre cinq minutes ».
Un livre qui pétille, une déclaration d'amour à Marseille (« une ville trop propre ne me dit rien, elle me fait peur, à cacher ses névroses ») qui m'a donné envie de retourner dans la cité phocéenne, avec ma dégaine de venant. Pas grave.
Bilan : 🌹🌹
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critiques presse (2)
Bibliobs   29 septembre 2020
Dans « Cinq dans tes yeux », Hadrien Bels vitupère la gentrification du Panier et se rappelle au bon souvenir des bobos qui ont envahi la ville.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LesInrocks   19 août 2020
Chronique punchlinée de l’embourgeoisement de sa ville, Cinq dans tes yeux sonne comme une ode au Marseille des nineties et aux minots du Panier.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   22 septembre 2020
(...) comme sauce ils demandaient "mayo-harissa", et moi "mayo-ketchup". Dans leur regard, c'était comme si j'étais pas vraiment un homme. Avec le temps, j'avais fini par me forcer à prendre comme eux. Et j'étais assez fier d'arriver devant le mec et dire "Mets-moi harissa-mayo,frère !"
A mon époque, le signe d'appartenance, c'était le choix de la sauce. Peut-être que si j'étais adolescent aujourd'hui, je porterais une petite barbe et la djellabah du vendredi midi. (p. 43)
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fanfanouche24fanfanouche24   22 septembre 2020
Mon Monde Nazi se réunit régulièrement dans ma tête, pour statuer sur toutes sortes de choses que je ne supporte plus. Son tribunal est constitué d'une féministe, d'un musulman intégriste, d'un docker syndiqué, d'un couple de cathos de droite, d'un designer homosexuel, d'un CRS à la retraite, d'un intermittent du spectacle et d'une activiste pour le climat. Et tout ce beau monde essaie de s'entendre. Pour un monde meilleur. (p. 15)
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Annette55Annette55   24 janvier 2021
«  Mon monde Nazi se réunit régulièrement dans ma tête, pour statuer sur toutes sortes de choses que je ne supporte plus.
Son tribunal est constitué d’une féministe , d’un musulman intégriste ,d’un docker syndiqué , d’un couple de cathos de droite, d’un désigner homosexuel , d’un CRS à la retraite , d’un intermittent du spectacle et d’une activiste pour le climat .....
Et tout ce beau monde essaie de s’entendre . Pour un monde meilleur » ....
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Olivia-AOlivia-A   11 août 2020
J'ai encore des sentiments pour cette ville. Tout est encore possible entre nous. De nouveau envie de la filmer et de l'écouter me raconter ces histoires de vies qui, bout à bout, me transportent de l'autre côté de la Méditerranée, dans ces ruelles où l'on te vend des cigarettes et des brochettes de foie à l'unité. Où l'on jette par terre papiers, mégots, canettes de Coca. Là où les mouettes, les chats et les rats viennent se battre. Une ville doit dégager des odeurs de crasse et nos instincts animaux. Elle doit raconter nos vies et nos dérives. Une ville trop propre ne me dit rien, elle me fait peur, à cacher ses névroses.
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Olivia-AOlivia-A   11 août 2020
Il ne se rappelait plus son nom, à l'écrivain. L'alcool me fait ça aussi, des trous de mémoire. J'ai pensé : "Et si Nordine avait pu faire une école d'art appliqué plutôt qu'un BEP mécanique ? Qu'est-ce qu'il serait devenu ?" Je me suis levé pour commander une dernière bière, pas pour trouver la réponse, juste pour continuer à boire. Au bar, je me suis dit qu'aujourd'hui on construisait chacun dans son coin sa petite forteresse. On montait ses remparts de théories et on préparait ses bassines d'huile chaude d'arguments. On envoyait nos archers tirer nos petites phrases bien faites, répétées maintes fois dans nos têtes et on descendait notre pont-levis pour les gens qui pensaient comme nous. Il fallait que je note cette super métaphore. J'étais pas sûr de son médiéval. Et puis j'avais pas de papier. Juste des tickets de carte bleue flétris comme la peau de mon visage.
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Copyrights : Graphisme et animation – Atelier Super Animation - Laurent Ferrat Graphisme – Franck Lejeune Montage - Hadrien Bels Musique – La Cosca Texte – AKH Enregistrement et mastering – Tom Sound - Point29 studio
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