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ISBN : 2070459616
Éditeur : Gallimard (10/04/2015)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 24 notes)
Résumé :
Restons ce corps cassé qui ne dit pas le malheur mais qui regarde le ciel et se souvient de la forêt décimée.

Nous sommes un pays déboisé de ses hommes. Des arbres arrachés à la terre, comptabilisés et envoyés au froid. Quand nous arrivons en France, nos branches ne sont plus lourdes ; les feuilles sont légères ; elles sont mortes.

Nos racines sont sèches et nous n'avons pas soif. Si je nous compare à un arbre, c'est parce que tout ten... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
TerrainsVagues
  23 avril 2017
Ennemi lepeniste, lis ce livre et aie honte.
Un peu violent comme entame, oui c'est vrai mais beaucoup moins que certains discours haineux des adeptes de la blonde à 20% (moins 20% de matière grise pour les rasés de l'intérieur).
J'ai eu du mal au départ avec cette lecture. J'ai même arrêté après quelques pages, posé le livre en me disant que je le reprendrai un jour, peut être.
Misère sociale, psychologique et sexuelle qu'ils disaient en 4e de couverture. Ca m'a gavé de lire à toutes les pages que le narrateur avait la verge molle, puis dure (ce sont des choses qui arrive pour le bonheur de tous en principe) puis re molle pis qu'il se la touche pis qu'il se la frotte. Bon la misère sexuelle, il y a peut être d'autres manières de l'exprimer que de raconter des branlettes (j'exagère à peine). En fait ce qui m'a gavé le plus je crois que c'est le mot « verge ». Queue bite ou autre, oui, mais verge… trop « médicalisé ». Bref, j'ai laissé tomber rapidement.
Quelle erreur !!!
Je l'ai repris avant-hier pour aller à la plage (oui il fait toujours beau en Bretagne sud même si l'eau est encore un peu fraîche). Je me suis retapé les verges (c'est une image hein^^) et, prévenu à l'avance, elles sont mieux passées (si je puis dire).
Tahar Ben Jelloun raconte la vie d'un de ces déracinés « importés » comme du bétail, comme de la marchandise à bas cout, dans les années 70 pour construire nos citées, nos routes, nos conforts…
Parqués dans des hôtels miteux, dans des foyers, la notion de regroupement familial n'était pas à l'ordre du jour (et n'y est plus aujourd'hui pour tant de monde…).
Boulot, solitude, exclusion, désoeuvrement, une journée type bien remplie qui recommencera le lendemain. Entre souvenirs et fantasmes le narrateur nous fait vivre ses angoisses et ses espoirs…
« Toi, la larme que le nuage bleu déposa sur l'horizon, où es tu ? Je t'ai vu naître et grandir dans le champ de mes pensées. Tu chantais joliment faux l'aube entre mes mains. J'oubliais l'usine, la fatigue. le regard des autres touchait à peine ma peau. J'étais devenu tout petit. Je marchais sur la tête pour te dire la folie ; nous avons ri. Les miroirs ont dansé sur nos corps. L'oeil mouillé descend sur la joue, enroulé dans un ruban mauve. Ce fût là mon sanglot, lourd et entier. Ce sanglot séparé de mon corps est une boule de larmes solidaires qui emportent l'oeil et la peine. Pierres taillées par le temps. L'orbite lavée se remplit de rires qui se bousculent pour me donner la joie qui manque ; l'herbe douce pousse sur les bras.
Écoute-moi encore un soleil ou un quartier de lune. Ecoute ma hantise, tissu de la nuit ; écoute la peine qui éclate en petits morceaux de rire et de chants. le travail me sépare de la vie ; la nuit m'exclut du songe. »
Et puis ces lettres bouleversantes à « l'image », fille sur papier glacé placardée sur le mur, ce mur qui se fissure au fil des pages, comme se fissure la résistance à la résignation de l'homme « invisible ».
Lettres aussi peut être parfois aux espoirs de vie meilleure, aux délires, aux souvenirs…
D'une vie triste et de situations sordides, Tahar Ben Jelloun a su ne pas sombrer dans le glauque.
Il en a fait une sorte d'introspection sans concessions servie par une poésie fiévreuse, une poésie présente à chaque page, à chaque ligne. du grand art.
Je m'étais dit que ce serait mon premier et mon dernier Ben Jelloun, j'ai changé d'avis. J'ai du retard à rattraper et je compte bien m'y mettre rapidement car il y a dans cette écriture magnifique, l'émotion que je recherche dans un texte, la profondeur, la poésie, enfin quelque chose qui me parle peu importe comment on l'appelle.
« Se faire aimer et voir naître la tendresse d'un arbre qui gouverne avec ses branches.
Je suis l'arbre et la caresse.
Je suis l'oeil de l'arbre dressé dans la nuit où mon corps mendie le toucher d'un regard, le toucher d'une main.
Etre aimé de l'herbe, d'un chameau ou d'une gazelle. Je ne te chasserai pas dans mes territoires. Je te donnerai à boire du fond de ma folie. J'ai du miel au fond des yeux. J'ai de l'huile d'argan dans mes phrases. J'ai des figues dans mes silences éclatés. Viens de la terre ou d'un simple nuage peint. Viens du ventre de la chamelle ou d'un conte dit le soir des dunes. Viens sur la nacelle que j'ai dessinée. La mer sera tendre, faite de sentiers légers et d'écume bleue.
L'insomnie d'hiver me sépare de toi. Ma tête se pose sur une botte de foin. Elle est légère et pâle. J'attends le vent qui l'emportera. Mon rivage n'a pas d'horizon. Il se couche sur la route gardée par les serpents. La douleur regagne un ciel saigné. Elle me libère à l'aube. Des nuages s'agenouillent. Et toutes les images envahissent le lit, laissées par la nuit qui s'est retirée, surprise par un matin d'urgence ».
Merci monsieur Ben Jelloun.
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Apoapo
  05 février 2016
Désormais, plus que sur la valeur littéraire de cette petite oeuvre d'un auteur unanimement (peut-être même excessivement?...) célébré, il est opportun de se pencher sur son originalité à l'époque de sa parution (1976). Étant donc parmi les toutes premières oeuvres de la littérature migrante française, elle garde intacte son importance, d'autant plus que, dans ses contenus très abstraits, c'était à l'époque une véritable découverte que de se pencher sur la migration en termes d'une cause pathologique de solitude, surtout sexuelle. Autre originalité pour la littérature française, issue directement de la littérature arabe, fut l'insertion de vers dans un tissu narratif en prose.
Jugez de la primeur du texte rien que par cette citation: "Je vais te dessiner l'itinéraire d'un expatrié..."! Qui prétendrait tenir ce langage désormais?
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
TerrainsVaguesTerrainsVagues   22 avril 2017
Fêlées, mes illusions.
Le jour s’est mêlé à la sueur de mon corps et je doute. Je suis amer.
Je suis venu dans ton pays sur la pointe du cœur, expulsé du mien, un peu volontairement, beaucoup par besoin. Je suis venu, nous sommes venus pour gagner notre vie, pour sauvegarder notre mort, gagner le futur de nos enfants, l’avenir de nos ans déjà fatigués, gagner une postérité qui ne nous ferait pas honte. Ton pays, je ne le connaissais pas. C’est une image, un bol d’encens, un mirage je crois, mais sans soleil. Mon pays, tes patrons le connaissent bien. Ils ont cultivé sa terre, la meilleure, la plus fertile ; et même quand la terre résistait, ils y pratiquaient la blessure, avec méthode, avec calme. Ma terre comme ma mémoire a vécu sans cadastre. Nubile et tendre. Le soleil labourait nos corps. Nos enfants devaient travailler. On ne disait rien. On se taisait. L’eau coulait dans nos veines et on vous donnait le sang. Les enfants des notables fréquentaient les écoles bien, des écoles franco-musulmanes… Dépossédés de notre terre, on nous voulait aussi dépossédés de notre corps, de notre vie. Il y a eu la guerre. Chose facile à résumer aujourd’hui en quelques mots. La guerre. Des machines perfectionnées, sophistiquées envahissaient nos foyers. La mort. Quotidienne. Sur un cheval qui vomissait. Je ne sais pas, camarade, de quel coté tu étais. Peu importe. Nos corps sont aujourd’hui tatoués par tant de questions. C’est vrai, il y a eu des étoiles sur le front des enfants. Le ciel s’est mêlé à la terre. La foudre entre nos mains. La rage et des bribes de la démence dans la bouche du crapaud. L’histoire a regagné les livres, et nous entamions une autre détresse. Le voyage avec une valise pour tout bagage, une vieille valise entourée de ficelle où on mit quelques vêtements de laine, les éclats de la foudre, la photo des enfants, une casserole, quelques olives et une espérance, grosse comme notre mémoire, un peu aveugle et lourde. Nous sommes arrivés ici par fournées avec un chant fou dans la tête, un chant retenu et déjà la nostalgie et les écailles du rêve. Au loin la flûte murmurait. Sur les paysages humains, il y avait un voile, un ciel d’acier, et dans ce ciel des trous petits et grands, profonds et transparents. Dure la fêlure. Vivre, la tête enfouie dans le corps. Survivre entre l’usine ou le chantier et les morceaux du rêve, notre nourriture, notre demeure. Dure l’exclusion. Rare la parole. Rare la main tendue.
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NierikaNierika   28 juillet 2016
Depuis quelque temps, j'ai la vie d'un arbre arraché à ses racines. Desséché et exposé dans une vitrine. Je ne sens plus la terre. Je suis orphelin. Orphelin d'une terre et d'une forêt.
Je ne saigne plus.
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OumaiimaOumaiima   02 mars 2014
Il n'y a pas lieu d'être optimiste ou pessimiste. Mais il y a un territoire où on vous dépose comme un sac de sable, du sable fin mêlé de cristaux de sel et de désespoir.
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nasseridalilanasseridalila   31 octobre 2012
« La morale, ça ne sort personne de la fosse commune. »
de Tahar Ben Jelloun
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Vidéo de Tahar Ben Jelloun
Dans «Les Religions, la Parole et la Violence», publié chez Odile Jacob, le linguiste Claude Hagège analyse les discours des religions. Gallimard publie dans la collection Quarto 11 romans de Tahar Ben Jelloun. L'auteur et conteur marocain a lui-même choisi les oeuvres contenues dans cet ouvrage. de son côté, dans «Nos ancêtres les Arabes. Ce que notre langue leur doit» (JC Lattès), le lexicologue Jean Pruvost rappelle ce que la langue française doit à l'arabe. Correctrice au journal «Le Monde», Muriel Gilbert publie «Au bonheur des fautes : Confessions d'une dompteuse de mots», à la Librairie Vuibert. La journaliste américaine Lauren Collins évoque son apprentissage du français dans «Lost in French», édité par Flammarion.
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