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EAN : 9782070320295
176 pages
Gallimard (12/01/2006)
3.66/5   132 notes
Résumé :
«Y a-t-il un signe dans le ciel qui indique que quelque part, dans une ville, au milieu de tant et tantde gens, deux êtres sont en train de vivre quelque chose qui ne tient à rien, quelque chose de frêle comme un feu de fortune?»Madame Lure est une vieille femme comme on en croise sans les remarquer. Dans l'appartement de son mari disparu, elle maintient chaque chose à sa place, tranquille et pour toujours. Elle évite tout souvenir, mais rêve grâce aux brochures de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
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Telle une musicienne des mots, Jeanne Benameur compose un roman tout en poésie comme à son habitude. Elle décrit avec sensibilité et finesse la rencontre entre une femme âgée tellement seule et un nomade pelotonné au coin d'un feu de camp.
C'est une histoire sans histoire.
Dans les dédales de la solitude.
Les mots se taisent.
Les mains racontent.
C'est un enchevêtrement de photos qui décomposent le mouvement des mains pour apporter de la substance à l'instant.
C'est une cavité d'où s'infiltre un peu d'espoir, un peu de tendresse. Parce que nos deux vagabonds regardent le rien, le peu, ils emprisonnent les images du hasard pour en faire des pensées douces.
Et puis, toujours, des mains libres, des mains ouvertes pour recevoir, tenir, accompagner...
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Étonnante, cette lecture m'a laissée mitigée, moi qui avais plus qu'apprécié Les demeurées.
J'y ai retrouvé le même style haché et mystérieux, mais là, il m'a gênée, j'ai pensé qu'il desservait cette histoire.

Cette rencontre improbable entre une personne âgée veuve et un ado issu des gens du voyage. Pour moi, cela n'a pas pris, malgré la beauté de l'intention, la rencontre un peu magique autour de la lecture, les mains qui disent plus que des mots, les mains qui prennent, les mains qui donnent.

Je n'ai pas toujours saisi où elle voulait en venir, mais j'ai noté qu'elle est restée fidèle à son message de tolérance, et ces questionnement sur la vie, la différence, les blessures secrètes.

Le thème du suicide assisté en fin de vie est évoqué, subtilement.

Mes mains sont restées libres, elles ont refermé ce livre pour en choisir un autre...de Jeanne Benameur, encore !
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Jeanne Benameur, je ne la connaissais pas avant Les mains libres. Juste un nom retenu au détour d'une critique sans me rappeler pourquoi. A peine commencé, le texte m'interpelle, j'ai la sensation que les espaces vides font sens, qu'il n'y a pas de mots inutiles.

Chaque phrase courte et poétique raconte une curieuse histoire, celle de la rencontre de madame Lure, une vieille dame repliée sur elle-même, avec un jeune nomade, Vargas. Deux mondes destinés à rester parallèles. « Elle, elle n'a rien su que l'espace ordonné d'un point à un autre. Elle allait, venait, faisait ce qu'il y avait à faire pour maintenir cet ordre et celui des corps qui le traversaient. Elle n'a jamais fait que garder les distances exactes entre des points. Ça ne fait pas un monde. Mais c'était toute sa vie. » Alors que pour lui, « il faut toujours partir et partir encore. Plus loin. Ailleurs. Il faut savoir tout abandonner, au matin, d'un ciel, d'un paysage, et s'en aller vers d'autres lieux (..).

Pourtant, au fil de leurs rencontres Vargas se sédentarise et la vieille dame regarde au-delà de sa fenêtre, s'aventure, découvre. Un monde, le monde. « Elle voit autrement », elle peut enfin lire « des livres qui disent toutes les histoires ». « Elle est vivante ».
A la page 80 de ce livre trouvé chez un bouquiniste, un petit mot sur un post-it jaune : « J'avais adoré « Les Demeurées » du même auteur, mais je l'avais sans doute emprunté à la bibliothèque. L'écriture est poétique ici aussi, le message un peu moins émouvant. Bises, Sylvie. »
J'ignore si Les mains libres est moins émouvant que Les Demeurées, mais je me suis promis de le découvrir.
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Les mains libres , roman de Jeanne Benameur est une invitation au voyage dans un autre monde...
Celui de l'errance d'abord. Celle que partage Mme Lure, une vieille femme aux cheveux gris et Vargas, un jeune nomade qui vit dans une roulotte non loin de chez elle. Sans ancrage, ils cherchent à se faire oublier et à oublier des traumatismes d'enfance tapis là, au fond d'eux-mêmes. le prix à payer ? Une solitude qui ne les quitte pas, qui les suit, fidèle compagne...
Mais dans l'univers de Jeanne Benameur, la lumière côtoie toujours l'ombre, heureusement. Et tous les deux font preuve d'un merveilleux pouvoir d'évasion, celui des rêves éveillés qui consolent ou aident supporter une réalité sans doute trop douloureuse si elle devait être affrontée "les yeux dans les yeux". Mme Lure s'évade dans les brochures de voyages qu'elle collectionne au gré du hasard et de sa fantaisie. Pour Vargas, c'est le dessin. Sa main court sur une feuille papier et s'empare du monde, depuis le jour où il a choisi de ne plus parler et de laisser la parole à une marionnette Oro, son double en quelque sorte.
Ce thème de la main qui renvoie directement au titre est très présent dans le roman. Main qui vole une tablette de chocolat comme celle de Vargas, main qui caresse comme le découvre avec étonnement Mme Lure , mais aussi main qu'on embrasse comme va le faire le jeune homme par le truchement de sa marionnette. Présence donc très forte d'une symbolique de la main tendue, qui s'ouvre et s'offre aux autres...
A ce ballet des mains s'associe celui du livre qui lui fait écho et le renforce. le pouvoir et la magie des mots, Mme Lure va le découvrir dans le dernier livre que lisait son époux avant de mourir et ce sera pour elle une sorte de "Sésame, ouvre-toi" à la fois sur le monde et sur l'autre car c'est grâce à un livre laissé près de la roulette du jeune homme qu'elle va entrer en communication avec lui.
Ouverture à soi-même, ouverture sur le monde, Mme Lure et Vargas vont tout doucement en faire la belle découverte. Et la perspective d'un nouveau départ possible pour chacun va se profiler à l'horizon. Pour Vargas ce sera un voyage vers d'autres cieux et pour Mme Lure ce sera un voyage par procuration, en confiant à Vargas une valise dans laquelle se trouvent tous les vêtements de son défunt mari.
J'ai aimé la construction symphonique où les thématiques s'entrelacent et se font écho. Même plaisir pour l'écriture. Comme toujours, Jeanne Benameur cultive avec fluidité l'art de passer de la poésie à une prose plus narrative.
Quelques bémols cependant. Même si je me suis laissé entraîner dans la rencontre fort improbable de ces deux personnages, j'aurais aimé que le personnage de Vargas soit plus fouillé et que son univers, celui des gens du voyage, soit évoqué de façon moins conventionnelle, voire stéréotypée. Plus globalement, j'ai eu le sentiment que ce roman était un peu hybride, un compromis entre une forme poétique qui admet une grande liberté à tous les niveaux et une forme romanesque plus exigeante sur le plan de la structure et du travail sur les personnages.
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Après un sentiment mitigé suite à la lecture des deux derniers Benameur, il me tardait de retrouver un ton et une atmosphère qui m'avaient tant parlés lors de précédentes rencontres.
« Les mains libres » a rempli sa mission avec bonheur. Jeanne Benameur ne s'est pas éparpillée, pour ne pas dire perdue, dans son sujet comme dans « Ceux qui partent », sa dernière parution.
Nous voila plongés au coeur de la rencontre de deux solitudes.
Madame Lure, vieille dame effacée depuis toujours. Mariée sur un malentendu ou presque. Monsieur Lure ou un autre, qu'importe puisqu'Yvonne a toujours vécu à coté du monde. Engoncée dans un quotidien sclérosé, Yvonne est prise pour épouse comme on prend un animal de compagnie. Elle s'en contente tant c'était inespéré.
Depuis qu'elle est veuve, elle vit à travers des brochures prises dans des agences de voyages. Madame rêve, enfin.
Vargas, un tout jeune homme, vit de l'autre coté de la rue. Une roulotte partagée avec son oncle et sa cousine. Des gens du voyage. de ceux qu'on ignore par peur, par bêtise, par habitude…
La rencontre de ces deux invisibles va se faire par l'intermédiaire des livres. Ces livres que monsieur Lure chérissait, ces livres que madame Lure n'avait jamais caressés du regard. Un livre en particulier, celui qu'elle ne lira que pour lui sur un coin de table de cuisine lors de leurs rencontres. Elle lui dira les mots à lui qui ne sait pas lire dans une autre langue que la sienne, celle des gens de nulle part.

Que j'aime Jeanne Benameur quand son écriture allie délicatesse et douceur. Il ne se passe pas grand-chose dans « Les mains libres » mais chaque page m'a laissé en apesanteur, presque léger. J'y ai vu une sorte d'hommage à tous ces gens qu'on croise sans voir, qu'on voit sans regarder. Derrière la porte, derrière le figé des masques, la vie qui bat, toujours, malgré tout.
Les mains libres, enfin, ouvertes, accueillantes, amicales. Un excellent BenaCoeur.
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Citations et extraits (72) Voir plus Ajouter une citation
Y a-t-il un signe dans le ciel qui a dit que quelque part, dans une ville, au milieu de tant et tant de gens, deux êtres sont en train de vivre quelque chose qui ne tient à rien, quelque chose de frêle comme un feu de fortune, un feu de palettes, de bouts de bois, quelque chose qui s’arrime à la voix d’une vieille dame, à l’écoute grave d’un jeune homme qui rêve loin ?
Est-ce pour cela que tant de gens se rencontrent ? Pour que de toute leur chaleur usée deux êtres fassent un feu ?
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Yvonne, elle, le sait, du fond de sa cuisine, on ne devrait jamais craindre d’être volé. N’est volé que ce qu’on a. Le pire, au fond de nous, c’est ce qu’on n’a pas. C’est le manque. Et personne ne nous le volera jamais. Personne ne peut voler le manque. Personne. Quel dommage !
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Un livre peut rester clos, ça ne fait rien.
Il est. Quand même.
Il dit tout ce que celui qui l'a écrit a vécu du monde.
Les instants, tous les instants, sont différents.
Et toutes les différences sont inscrites dans les livres.
Et toutes les vies sont imparfaites.
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C'était un livre qu'elle lui lisait, à voix basse, dans la roulotte du musicien. Il aimait le secret de ces moments où il n'étaient que tous les deux, sur la laine rêche aux mille couleurs. Il perdait son regard dans les motifs encore vifs alors du tissage. Il se donnait tout entier à la voix qui lisait, s'abandonnait aux intonations lentes et graves. Il était heureux.
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Si l’appartement de monsieur Lure l’a si bien gardée ; si l’espace relié, organisé, a si bien joué son rôle ; si elle a été, elle, ce point ordonné, seul mobile parmi les autres ; elle sait qu’elle n’a rien tissé. Jamais. C’est l’évidence. Elle a juste retenu. Quoi ?Les mains de madame Lure sont ouvertes sur ses genoux. La lumière a baissé. On ne peut pas dire que ses mains reposent. Non. Elles sont ouvertes, simplement. Deux tortues sur le dos. La paume nue, fragile désormais parce qu’elle a caressé. Des mains qu’on ne peut plus refermer. Ces mains là qui ont pris, rangé, serré ces mains-là ne pourront jamais plus rien faire comme avant.
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Videos de Jeanne Benameur (38) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jeanne Benameur
Après notre entretien avec Chloé Deschamps, créatrice du compte Instagram @aquoibonlespoetes, nous poursuivons notre exploration de l'univers poétique. Dans la 2ème partie de cet épisode spécial Poésie, nous sommes en compagnie de Laure, libraire à Dialogues.
Bibliographie :
- le Pas d'Isis, de Jeanne Benameur (éd. Bruno Doucey) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20130380-le-pas-d-isis-jeanne-benameur-editions-bruno-doucey
- Made in woman, d'Hélène Dassavray (éd. La Boucherie Littéraire) https://www.librairiedialogues.fr/livre/16144462-made-in-woman-helene-dassavray-la-boucherie-litteraire
- Prends ces mots pour tenir, de Julien Bucci (éd. La Boucherie Littéraire) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20480403-prends-ces-mots-pour-tenir-bucci-julien-la-boucherie-litteraire
- Faiseur de miracles, de Fadhil Al-Azzawi (éd. Lisières) https://www.librairiedialogues.fr/livre/15531936-faiseur-de-miracles-suad-labiz-ed-lisieres
- Brûler, Brûler, Brûler, de Lisette Lombé (éd. L'Iconoclaste) https://www.librairiedialogues.fr/livre/17378935-bruler-bruler-bruler-lisette-lombe-l-iconoclaste
- Des Frelons dans les coeurs, de Suzanne Rault-Balet (éd. L'Iconoclaste) https://www.librairiedialogues.fr/livre/17378693-des-frelons-dans-le-coeur-suzanne-rault-balet-l-iconoclaste
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