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Maurice de Gandillac (Traducteur)Rainer Rochlitz (Éditeur scientifique)
EAN : 9782844851079
79 pages
Allia (18/01/2003)
3.91/5   118 notes
Résumé :
Penser, c'est ressentir. Et c'est à une expérience intime, intuitive, des sens et des formes, de l'espace et du monde que nous invite Walter Benjamin dans cet essai de 1939 qyu reste son texte le plus populaire.
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Un classique très bref qui va, pour ainsi dire, droit au but. le projet est annoncé dès l'avant-propos : la question incontournable de la reproduction et de la technique sera abordée dans le spectre de l'influence marxiste. Il s'agit d'analyser les conditions du nouveau paradigme esthétique. Benjamin revendique donc explicitement la politisation de l'art, en l'opposant à l'esthétisation fasciste de la politique, et considère l'art-pour-l'art comme une certaine forme de réaction au sein du nouveau paradigme de la reproductibilité technique. L'on dit bien : reproductibilité technique, et non reproductibilité tout court. C'est en vertu de la technique que l'analyse se construit, et que l'influence marxiste peut ici prendre sens. Inutile de dire que l'auteur s'intéresse à l'histoire universelle et laisse de coté les rares cas de reproductibilité technique des époques antérieures et qui ne pouvaient pas constituer le paradigme actuel.

Il manque à la reproduction - qu'elle soit technique ou non - l'unicité existentielle avec le lieu. Il lui manque, pour ainsi dire, l'authenticité, ou l'aura, ces notions étant des substitutions de la valeur cultuelle dans laquelle l'oeuvre d'art trouvait sa valeur unique (valeur d'usage). Il serait là bien contre-indiqué d'y voir une critique de l'art moderne, née en même temps que le socialisme : au contraire, ce n'est pas là le projet de Benjamin. Il s'agit plutôt d'affirmer que l'art s'émancipe de l'existence parasitaire du cadre rituel, que le critère d'authenticité n'est plus applicable à l'époque de la photographie et de la cinématographie. Avec la massification, la fonction de l'art repose sur la politique, sans doute à prendre au sens large (au sens social). Il y a, dans la cinématographie et d'autres arts, la possibilité, pour le spectateur, de transposer lui-même son image : cette possibilité technique, le fascisme va l'exploiter sans modifier le mode de production technique (c'est-à-dire en conservant les rapports de propriété), et le capitalisme occidental va tout simplement la refuser. Bref, l'esthétique devient, à l'ère de la technique (on devrait plutôt dire : technologie), comme représentation, usage des possibilités de production. le fascisme veut, par l'art-pour-l'art, la guerre par pure esthétique de la destruction : la société fasciste n'est pas capable de maitriser ses forces techniques, et se définit par l'écart entre les puissants moyens de production et l'insuffisance des usages à fin de production. Cette esthétique de la destruction et de la guerre, les esthéticiens fascistes l'ont d'ailleurs bien souvent assumé. Dans ce cadre, il serait intéressant d'observer ce que donnerait une esthétique déconstructiviste...

Un aspect de l'analyse devrait avoir l'adhésion de certains non-marxistes. Plus la signification sociale d'un art diminue, plus l'esprit critique et la jouissance rompent : en peinture, où la crise artistique a retiré sa portée réduite, on critique ce qui est nouveau et l'on jouit du conventionnel. En cinématographie, la critique et la jouissance, comme on peut encore l'observer aujourd'hui, ne sont pas séparées. Plus encore : l'exploitation artistique et l'exploitation scientifique se confondent. On pouvait observer cela avec la peinture renaissante, sachant la fonction sociale de la peinture de cette époque : il suffit de regarder les travaux de Vinci pour s'en rendre compte (les apports de l'anatomie en premier chef).

On a pu critiquer la cinématographie pour son aspect abrutissant : la succession des images empêche tout simplement de penser, empêche la véritable projection esthétique. Pourtant, c'est justement ce choc physique qui constitue la valeur de cet art : le choc physique se libère de la gangue morale. On a pu lui reprocher sa valeur de distraction : mais pour Benjamin, l'art suppose une accoutumance, que la distraction permet d'offrir.
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Peut-être, pour commencer, est-il préférable de rappeler que cet opuscule a été écrit en 1936 et que Walter Benjamin était un juif allemand en exil. Il est donc pénétré par la situation politique de l'époque et même par l'actualité, puisqu'il y est plusieurs fois fait référence aux jeux olympiques qui allaient avoir lieu, cette même année, à Berlin. D'ailleurs, c'est très intéressant de mettre en relation les théories de Benjamin sur l'art, le sacré, l'aura, l'esthétique, avec le fameux film commandé par Hitler : Les Dieux du stade. Cependant, le sujet est plus large, puisqu'il s'agit de l'émergence de la culture populaire dans l'art.
L'histoire de l'Art pour Walter Benjamin se résume assez simplement. L'art, de son invention préhistorique jusqu'à l'apparition des techniques de reproductions mécanisées (la photographie notamment) a toujours été lié au magique, au culte, au sacré, à ce qu'il nomme l'aura de l'oeuvre d'art. Cet aura se caractérise par son hic et nunc, c'est-à-dire son unicité et son inscription dans une durée historique, une tradition. Les techniques de reproductions mécanisées ont mis à mal, évidemment, cette sorte d'unité de l'espace et de perception traditionnelle du temps. de l'unique on passe à la multiplicité, de l'individuel au collectif ; la photographie c'est l'introduction du socialisme dans l'art, en quelque sorte. Et donc, les oeuvres d'art à l'époque de la reproduction mécanisée ont été désacralisées. Ce qui, entre autre, a eu pour conséquence de leur faire perdre leur caractère sérieux et éternel. Ephémère et pas sérieux… on pourrait difficilement mieux décrire l'art contemporain ! N'est-ce pas ?
Après cela, Benjamin fait une analyse de ces perceptions modifiées et des rapports qu'entretiennent les masses avec la nouvelle technique moderne, en particulier le cinéma. Il y aurait beaucoup à dire sur cette analyse, car elle est vraiment intéressante et je ne peux que conseiller la lecture de ce tout petit livre, plutôt accessible si on veut bien condescendre à y porter un peu son attention. C'est certainement l'un des premiers textes important écrit sur la culture de masse.
Je ne partage pas totalement les avis de Benjamin ; sa vision sur l'art, dans son ensemble, est plongée dans l'actualité et manque d'ampleur. Il a certainement mis trop vite au rebus l'aura de l'art, pas suffisamment pris en compte la nouvelle aura des stars de cinéma, par exemple. le culte, est loin d'avoir disparu avec les nouvelles techniques artistiques. de plus, Benjamin a trop facilement abandonné l'art pour l'art, parce que Marinetti, artiste futuriste et fasciste notoire, avait trouvé de la beauté à la guerre. « Voilà où en est l'esthétisation de la politique perpétrée par les doctrines totalitaires. Les forces constructives de l'humanité y répondent par la politisation de l'art », assène-t-il. Bien… Mais, moi, ce que je vois, c'est que Marinetti comme Benjamin avaient le cerveau ramolli par leurs doctrines politiques, et qu'ils se sont, chacun à leur manière, fourvoyés sur l'idée de l'art symbolique.
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Une très bonne réflexion sur l'art et les raisons qui font que tel art domine à telle époque. Contrairement à Hegel, Benjamin n'affirme pas que ces dominations seraient liées à des moyens d'expression (car pour Hegel, si la sculpture était dominante sous la Grèce antique, c'est que cette civilisation avait ainsi trouvé son moyen de s'exprimer). Sans renier cette historicisation de l'art, il affirme néanmoins que ces dominations seraient en fait liées à leur moyen de reproduction: forte prépondérance de la littérature à l'époque de l'imprimerie par exemple.
Mais là où sa pensée me semble vraiment intéressante, c'est lorsqu'il nie la mort de l'art tant défendue par Hegel. L'apparition de la photographie et du cinéma permettent un "recyclage" en quelque sorte, où toute les oeuvres du passé peuvent être réadaptées. Si cela n'est pas sans poser de nombreux problèmes (car ainsi il est clair que l'art n'apparaît plus comme un réel savoir-faire en ce que la production n'apparaît que comme une technique), il laisse à croire à un renouveau de l'art qui peut justement prendre forme dans ce nouveau moyen d'expression.
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Penseur visionnaire sur l'art, notamment sur l'oeuvre et son commerce actuel. La perte d'unicité, qu'il nomme "aura", le hic et nunc de l'oeuvre d'art: sa présence. Il annonce le basculement de la valeur cultuelle vers la valeur d'exposition. L'art ne tient plus valeur de culte; plus l'oeuvre sera visible, et ce, peu importe sa forme, plus il sera tenu pour valable. On fait fit de l'original. Un concert ou une peinture, ne s'agit que d'entendre son enregistrement ou de la regarder sur papier glacé. N'est-ce pas l'art à l'ère des réseaux? Un essai tout à fait pertinent, une réflexion actuelle.
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L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique annonce, dès son titre, le tournant opéré par la modernité : Benjamin montre dans cet essai lumineux que l'avènement de la photographie, puis du cinéma, n'est pas l'apparition d'une simple technique nouvelle, mais qu'il bouleverse de fond en comble le statut de l'oeuvre d'art, en lui ôtant ce que Benjamin nomme son "aura". L'auteur met au jour les conséquences immenses de cette révolution, bien au-delà de la sphère artistique, dans tout le champ social et politique.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
A la plus parfaite reproduction il manque toujours quelque chose : l’ici et le maintenant de l’œuvre d’art, — l’unicité de sa présence au lieu où elle se trouve.
C'est cette existence unique pourtant, et elle seule, qui, aussi longtemps qu'elle dure, subit le travail de l'histoire.
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Ce qui, dans l’œuvre d’art, à l’époque de sa reproduction mécanisée, dépérit, c’est son aura. Processus symptomatique dont la signification dépasse de beaucoup le domaine de l’art. La technique de reproduction – telle pourrait être la formule générale – détache la chose reproduite du domaine de la tradition. En multipliant sa reproduction, elle met à la place de son unique existence son existence en série et, en permettant à la reproduction de s’offrir en n’importe quelle situation au spectateur ou à l’auditeur, elle actualise la chose reproduite.
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L’humanité « est suffisamment aliénée à elle-même pour être capable de vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de tout premier ordre. »
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Les choses sont faites de telle sorte en littérature, que, durant des siècles, une poignée de lettrés faisait face à des milliers de lecteurs. Vers la fin du siècle précédent, un changement survint. Avec le développement exponentiel de la presse, qui mit à disposition du lectorat toujours plus d’organes nouveaux politiques, religieux, scientifiques, professionnels ou locaux, une partie sans cesse croissante des lecteurs fut précipitée – d’abord occasionnellement – dans la catégorie de ceux qui écrivent. Cela commença quand la presse quotidienne ouvrit ses colonnes au courrier des lecteurs, et on en est aujourd’hui arrivés au point où il ne reste pas un seul Européen qui, pris dans le système du travail, ne sache en principe trouver, n’importe où, quelque occasion de publier une expérience professionnelle, une plainte, un reportage ou d’autres choses de ce genre. Par là, la distinction entre l’auteur et son public est sur le point de perdre son caractère fondamental. Elle devient fonctionnelle, évoluant de telle ou telle manière selon les circonstances. Le lecteur est à tout moment près à devenir écrivain. Comme il est devenu, bon gré mal gré, un expert en puissance dans un processus de travail hautement spécialisé – ne serait-ce que dans des fonctions subalternes -, il accède au statut d’auteur.
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A mesure qu'il restreint le rôle de l'aura, le cinéma construit artificiellement, hors du studio, la “personnalité” de l'acteur. Le culte de la vedette, que favorise le capitalisme des producteurs de films, conserve cette magie de la personnalité qui, depuis longtemps déjà, se réduit au charme faisandé de son caractère mercantile.
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Videos de Walter Benjamin (31) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Walter Benjamin
Par Delphine Minoui, grand reporter, lauréate du Prix Albert Londres 2006 Tout public, à partir de 10 ans
« Lumières pour enfants », c'était le titre donné par Walter Benjamin aux émissions de radio destinées à la jeunesse qu'il assura avant la montée du nazisme. Ce titre, Gilberte Tsaï l'a repris pour les Petites conférences qu'elle programme depuis 2001 dans différents établissements culturels. Elles reposent sur le pari que ni les grandes questions, ni les espaces du savoir, ne sont étrangères au monde des enfants et qu'au contraire elles font partie de leur souci, formant un monde d'interrogations restant trop souvent sans réponses. La règle du jeu en est la suivante : un spécialiste d'une matière ou d'un domaine accepte de s'adresser à un public composé d'enfants mais aussi d'adultes, et de répondre à leurs questions. À chaque fois, il n'est question que d'éclairer, d'éveiller : en prenant les sujets au sérieux et en les traitant de façon vivante, hors des sentiers battus.
Programme de la Petite conférence #2 – « Raconter la guerre, dessiner la paix, 25 ans de reportages au Moyen-Orient » par Delphine Minoui :
Rien ne prédestinait l'enfant timide, née à Paris d'une mère française et d'un père iranien, à devenir reporter de guerre. Quand elle s'envole pour Téhéran, en 1997, c'est avec l'envie d'y raconter le quotidien des jeunes de son âge, épris d'ouverture. Mais l'après 11-septembre 2001 chamboule tout. Elle se retrouve en Afghanistan, puis en Irak, pour suivre l'invasion américaine et ses conséquences sur la région. Depuis, les soubresauts s'enchaînent : révolutions du printemps arabe, attentats de Daech, crise des réfugiés syriens, putsch raté en Turquie, retour des Taliban à Kaboul. Mais Delphine ne perd jamais espoir. Sensible à l'humain au milieu du chaos, elle navigue entre ses articles et ses livres pour faire parler la paix, encore et toujours, en racontant le combat des héros anonymes croisés sur son chemin.
Entre anecdotes et confidences, la conférence donnera à voir les coulisses du reportage, où le journaliste n'est ni un super héros ni un agent du « fake news » au service d'un grand complot, mais un témoin d'exception, porteur de lumière, même au coeur de l'obscurité.
Le terrain est la colonne vertébrale de son écriture. Correspondante au Moyen-Orient pour France Inter et France Info dès 1999 puis pour Le Figaro depuis 2002, Delphine Minoui a consacré la moitié de sa vie à cette partie du monde synonyme de révolutions, coups d'État et conflits.
À lire – « Les petites conférences » sont devenues une collection aux éditions Bayard. Delphine Minoui, L'alphabet du silence, l'Iconoclaste, 2023 Les Passeurs de livres de Daraya, Seuil, 2017 Je vous écris de Téhéran, Seuil, 2015
Conception et programmation : Gilberte Tsaï – Production : l'Équipée.
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