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Ariela Kristantina (Illustrateur)
EAN : 9781935002970
152 pages
Éditeur : Aftershock Comics (13/09/2016)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
At the dusk of a century, a pair of vengeful Victorian vixens discover a horrifying power that transforms them into rich and strange new creatures. Armed with their dark, evolving forms, they descend into a world of the cultured and occult, with new senses and new sensuality, to forge a life for themselves and the child of their love. Collecting the first seven issues of the hit series Insexts, from writer Marguerite Bennett and artist Ariela Kristantina.
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Presence
  12 février 2018
Ce tome est le premier d'une série indépendante de toute autre. Il comprend les épisodes 1 à 7, initialement parus, en 2015/2016, écrits par Marguerite Bennett, dessinés et encrés par Aiela Kristantina, avec une mise en couleurs de Bruan Valenza (épisodes 1 à 5) et Jessica Kholine (épisodes 6 & 7). Il commence par une introduction d'une page rédigée par Marguerite Bennett, d'une rare franchise sur la condition féminine. Elle évoque aussi bien les stéréotypes de la faiblesse féminine (par opposition à la virilité masculine), les rondeurs non voulues du corps, l'obligation de préserver sa modestie, les fluides corporels, la nécessité d'être féconde, l'exigence de disponibilité sexuelle, la déformation du corps par la grossesse, etc. Elle en conclut que dès leur plus jeune âge, les femmes sont aptes à concevoir et à parler de l'horreur corporelle en connaissance de cause.
À Londres en 1984, Lady Lalita Bertram (une femme d'origine indienne) est mariée à Harry Bertram, ce dernier ayant souhaité cette union pour profiter de sa dote. Il n'est plus amoureux de sa femme et n'accomplit son devoir conjugal qu'à de rares occasions, uniquement dans un acte de domination. Lalita Bertram entretient une relation saphique avec Mariah, sa dame de compagnie. Harry Bertram poursuit les servantes de ses assiduités et fréquente régulièrement les prostituées. Lors d'une relation sexuelle, Maria propose à Lalita de lui donner un enfant, ce qu'elle fait en lui régurgitant un cocon dans la bouche. Lalita régurgite à son tour ce même cocon dans la bouche de son mari, lors d'un rapport sexuel au cours duquel elle prend le dessus. Peu de temps après son mari meurt en enfantant un nouveau-né que sa mère prénomme William. Elle et Mariah escamote le cadavre du mari et font croire qu'il a pris la poudre d'escampette.
Les rues de Londres ne sont pas très sûres, la presse à scandale estimant qu'un tueur en série court les rues, égorgeant les défavorisés. Les feuilles de chou l'ont surnommé le Boucher de Londres. Lady Lalita Bertram s'est rendue compte qu'elle a développé une force surhumaine et des appendices insectoïdes meurtriers. Elle ne les contrôle pas mais se sent assez confiante pour explorer les rues de Londres afin de retrouver les prostituées fréquentées par son mari. Lors d'une de ses excursions, elle a la surprise de croiser Sylvia Bertram, la femme de George Bertram, le frère de son défunt époux. le couple vient s'installer dans la demeure des Bertram espérant bien prouver que Lalita a assassiné son époux, et récupérer la fortune de famille. le Boucher de Londres continue de sévir.
La lecture préalable de la page d'introduction met tout de suite le lecteur dans l'ambiance : horreur corporelle (à base d'insecte comme l'indique le titre) et point de vue féminin (sans être systématiquement féministe). La pauvre Lalita voit son corps se transformer avec l'apparition de pattes géantes d'insecte, de dents acérées, de parties osseuses qui déforment la silhouette, d'une langue acérée et perçante. Ariela Kristantina insiste un peu sur les rondeurs féminines : des poitrines opulentes, mais encore possibles, des fesses un peu rebondies. Elle s'éloigne donc de la morphologie filiforme en vogue dans les comics de superhéros avec des poitrines défiant les lois de la gravité. le contraste avec les appendices d'insecte n'en est que plus fort, plus horrible.
Marguerite Bennett pousse la logique de ces transformations corporelles jusqu'au bout, lors de la scène où un médecin aux compétences douteuses effectue un examen gynécologique et se fait déchiqueter la main par des dents situées dans le bas-ventre. Les auteures n'hésitent donc pas à renverser le schéma de la violence faite aux femmes, avec la violence faite aux hommes sous forme d'une vengeance premier degré, vicieuse et cathartique. Au vu des exactions commises par les mâles éventrés, le lecteur ne peut que partager ce plaisir glauque de vengeance. Elles poussent également jusqu'au bout de la logique l'approche corporelle, avec des scènes de sexe dans lesquelles la nudité des personnages est représentée de manière frontale, à l'exception des organes génitaux. Il s'agit majoritairement de scènes saphiques entre Lalita et Mariah. Elles sont amantes avec de vrais sentiments l'une pour l'autre, et leurs ébats servent également à affiner leurs capacités surnaturelles, ou à détendre Lalita. Si les toisons pubiennes et les vagins ne sont pas montrés, les caresses sont très explicites et très sensuelles. Les dessins oscillent entre érotisme et sensualité, sans hypocrisie. Mais là encore, le lecteur n'est pas à l'abri d'une image horrifique en plein câlin.
La scénariste propose donc un récit d'horreur, teinté d'érotisme soft, avec une bonne dose de surnaturel, et de transformations corporelles. Il se déroule à l'époque victorienne à Londres. L'artiste dessine des robes magnifiques aux 2 principales protagonistes, en cohérence avec l'aisance financière de la famille Bertram. C'est plein de froufrous, avec des corsets bien lacés. Lors du passage dans le claque, les pensionnaires sont en dessous affriolants. Les personnages masculins sont représentés avec des tenues plus classiques et plus strictes. Les dessins de Kristantina ne sont pas photoréalistes, mais ils disposent d'une densité de détails qui permet au lecteur d'avoir l'impression de pouvoir toucher les différentes étoffes.
L'artiste représente les décors avec une bonne régularité, supérieure à celle des comics de superhéros. Elle sait donner le volume nécessaire à une salle de bal. le boudoir et la chambre à coucher de Lalita Bertram sont confortables et accueillants, parfaits pour ses ébats. Les rues de Londres ne sont pas suintantes, mais elles sont mal éclairées. La séquence dans le jardin de la demeure des Bertram montre des haies bien taillées. La prison d'Hampden offre un spectacle dantesque qui prend par surprise. Kristantina sait représenter des créatures surnaturelles (il y en a d'autres) avec un degré de monstruosité convaincant. Les séquences d'action sont spectaculaires. Il n'y a qu'une action qui n'arrive pas à convaincre visuellement, quand Lalita coupe un maillon d'une chaîne avec un couteau.
Par rapport à ses premiers travaux, Marguerite Bennett a fortement progressé en termes de structure de récit et de rythme, sans doute en travaillant sur Angela: Asgard's Assassin avec Kieron Gillen & Stéphanie Hans. L'introduction permet au lecteur de prendre conscience d'à quel point le sujet lui tient à coeur et qu'elle sait utiliser l'horreur comme métaphore de la condition féminine. Elle a choisi d'inscrire son récit dans la période victorienne. Il ne s'agit pas d'un décor de complaisance, mais bien d'une époque qui a une incidence sur la vie des personnages. Il y a bien sûr le train de la vie de la famille Bertram, des nobles, avec une grande fortune, ce qui les dispense d'avoir à travailler, ce qui leur permet d'entretenir une maisonnée avec serviteurs (dont Mariah). Il y a ensuite une forme sous-jacente de répression des moeurs.
Bennett se sert également de l'époque pour évoquer la condition déplorable des femmes, qu'elles soient dans des milieux aisés (mais cantonnées à un rôle de faire-valoir ou de reproductrices), ou qu'elles soient reléguées dans les bas-fonds de la ville, à la merci de toute forme de prédateurs et de domination masculine. Elle en profite pour intégrer une légende sur un tueur en série, appelé le Boucher de Londres. Elle dissipe rapidement tout malentendu : il ne s'agit pas de Jack l'Éventreur, mais d'un autre individu (inventé pour l'occasion) à la réputation similaire. En cours de récit, elle rattache la forme narrative de son histoire aux Penny-dreadful, des romans bon marché jouant sur l'horreur choc. Elle peut aussi examiner un autre aspect de la condition féminine à l'époque, au travers de l'utilisation de prostituées dans des maisons closes.
Au fur et à mesure, le lecteur voit apparaître d'autres thèmes, comme la misère, le désespoir, et même la haine des femmes par une autre femme. le lecteur apprécie la densité narrative, ainsi que le ton adulte qui ne se limite pas à un peu de nudité. Il constate que la structure narrative et le rythme prennent un petit coup dans l'aile dans les 2 derniers épisodes, avec une infiltration peu crédible de la maison de tolérance. Mais la scénariste réussit quand même à conclure sa première saison de manière satisfaisante.
Ce premier tome dénote des productions mensuelles à forte teneur en superhéros. Les auteures ont créé une série originale, mêlant reconstitution historique qui n'a rien de gratuit, récit d'horreur corporelle avec un deuxième niveau de lecture, histoire d'amour non conventionnelle, créatures surnaturelles, et commentaire social et féministe, avec une touche de sensualité. Marguerite Bennett a progressé de manière significative dans son écriture, avec 5 épisodes impeccables, et les 2 derniers un peu secoués. La dessinatrice réalise des dessins avec une bonne densité d'informations visuelle, une approche en équilibre entre esthétique jolie et monstres répugnants. le tout est original, il raconte une histoire intrigante avec conviction, en s'adressant à des adultes, sans oublier les qualités divertissantes.
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