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les maîtres enlumineurs (The Found... tome 3 sur 3
EAN : 9782226470614
688 pages
Albin Michel (26/04/2023)
4.07/5   118 notes
Résumé :
Sancia, Clef et Berenice ont déjà affronté de nombreux obstacles par le passé. Mais la guerre qu'ils mènent maintenant est une guerre que même eux ne peuvent pas gagner.

Cette fois, ils ne sont pas confrontés à des élites de barons voleurs ou même à un hiérophante immortel, mais à une entité dont l'intelligence est répartie sur la moitié du globe - une entité qui utilise la magie du scriving pour contrôler non seulement les objets mais aussi les espri... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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L'heure de la bataille finale a sonné. Tevanne a pris des proportions immenses. Elle contrôle la moitié du globe, éliminant sans pitié ou pire intégrant à son armée tous ceux qui se dressent sur sa route. Sancia, Clef et Bérénice, malgré tout leur talent et leurs nombreux alliés, se trouvent bien démunis face à un tel pouvoir, une telle volonté. Or il faut arrêter Tevanne qui veut rien moins que corriger le monde en détruisant l'actuel.

Mais avant d'aller crescendo, il faut tout mettre en place. Et ça prend un peu de temps. Même si le roman commence par une belle scène d'action, bien fichue et poignante à souhait, ensuite, j'ai retrouvé le rythme un peu mou de certaines parties du Retour du hiérophante, le précédent roman des Maitres enlumineurs. Cependant, heureusement, cela ne dure pas. Et puis, il faut bien préparer les lecteurices au bouquet final. Pour cela, Robert Jackson Bennett, en orfèvre, ne dessine pas des enluminures, mais cisèle l'état d'esprit de ses personnages. Il faut qu'ils soient prêts, à point pour la résolution finale de cette époustouflante trilogie. Et donc, ils doivent encore souffrir. Car, pour être un héros ou une héroïne, il faut savoir donner de sa personne et être disposé à tout sacrifier. Comme elles et ils le répètent à l'envi, « on ne danse pas entre les gouttes de la mousson ». Quand le danger est présent, pas d'autre moyen que de l'affronter. À n'importe quel prix. Et Robert Jackson Bennett fait partie de ces auteurs qui n'hésitent pas à transformer leurs personnages en martyrs. Pour la bonne cause, certes. Mais certains passages devraient arracher une ou deux larmes aux plus sensibles.

Les personnages, justement. Nous les suivons depuis plus de mille pages. Et la plupart vont rencontrer leur destin, en quelque sorte. Nous sommes dans une sorte de tragédie, même si tous les protagonistes n'appartiennent pas aux classes supérieures de la société, loin de là (n'est-ce pas, Sancia ?). Si tout n'est pas écrit d'avance et si je ne veux pas divulgâcher trop, on sait tout de même que ceux qui se sont donné pour rôle de stopper Tevanne, d'améliorer la situation, de tenter de sauver quelque chose dans cette catastrophe annoncée vont devoir abandonner une partie d'eux-mêmes, vont devoir sacrifier quelque chose ou quelqu'un de cher. La première scène du roman donne le ton : lors d'une opération, on découvre la puissance de frappe de Tevanne. Et l'équipe réunie par Bérénice et Sancia en fait le rude apprentissage. On n'est pas dans une bluette avec happy end obligatoire. Toute victoire se paie.

Et en parlant de prix, si cet ouvrage devait être mis en scène sous forme de film, ça coûterait un bras en effets spéciaux. Rien à envier aux Avengers. La fin du Retour du hiérophante donnait déjà le la : on n'est plus dans les affrontements de bandits dans une ruelle sombre. On en est à une guerre totale entre des forces tellement gigantesques que la planète elle-même est en danger. Les protagonistes ne s'envoient plus des pierres à la figure, mais des montagnes. Robert Jackson Bennett a le sens du spectacle et nous en donne pour notre argent. Ça explose de partout. Et avec talent. Il ne se contente pas d'une accumulation basique d'actions. Il sait écrire des scènes d'action, varier les points de vue, ménager ses effets et le suspens, s'élever au-dessus de la scène pour mieux y replonger avec vigueur et force. Bref, c'est à un festival pyrotechnique de qualité que nous invite l'auteur dans la conclusion de sa trilogie. Et quelle conclusion ! Mais je m'arrête là pour éviter de gâcher votre plaisir.

Pour finir, je voulais revenir sur les thèmes abordés dans Les terres closes. Même si l'auteur n'a pas écrit un roman de réflexion, mais bien d'action, comme je pense l'avoir assez affirmé dans les lignes précédentes, ils sont puissants et méritent que l'on s'y arrête. En effet, avec ces enluminures qui modifient la pensée quand on les greffe sur un corps, Robert Jackson Bennett peut faire référence au transhumanisme et à tout ce courant de pensée (et de vie) qui se développe depuis des années dans certaines parties du monde. Où l'on imagine que l'avenir de l'humanité est dans sa progression et, donc, sa transformation. Après tout, Homo sapiens a remplacé Neandertal (pas de façon aussi brutale qu'on le pensait à un moment, mais le résultat est le même). Pourquoi l'humain augmenté ne remplacerait-il pas l'humain lambda ? Et s'il faut pour cela donner un coup de pouce à la « Nature », soit ! C'est un peu ce que l'on rencontre dans ce roman. Parce qu'il faut combattre une menace phénoménale, mais aussi, dès le début, parce que cela apporte des avantages, les humains ont manipulé leurs semblables avec des enluminures. Glaçant, mais bien d'actualité.

Dans ce troisième tome, on découvre également un autre rêve de l'humanité : la mise en place d'une société égalitaire et ouverte à toutes et tous. Est-ce moi qui choisis mes lectures, involontairement, dans le même vivier ou est-ce une tendance actuelle, mais j'ai l'impression de tourner en permanence autour de ce thème en ce moment. L'invention d'une société qui soit plus juste, qui permette à chacun de vivre de façon correcte. Un pays de fantômes de Margaret Killjoy vante de façon assez efficace, je dois le dire, les mérites de l'anarchie. Jean Krug, dans Cité d'ivoire, suit un peu la même voie, en rejetant la surveillance outrancière de nos civilisations modernes, lui préférant les petits groupes autogérés. le monde de Julia d'Ugo Bellagamba & Jean Baret, nous montre des personnages qui s'interrogent sur ce qui fait société, les règles nécessaires pour diriger justement un groupe d'humains. Et Becky Chambers, dans Un psaume pour les recyclés sauvages et Une prière pour les cimes timides, les deux volumes publiés des Histoires de moine et de robot, offre le spectacle d'une société apaisée, qui a su trouver un équilibre, pas parfait, mais autrement plus humain que celui que nous connaissons aujourd'hui. Dans Les terres closes, certains humains finissent par tenter une utopie, qui peut glacer d'effroi certaines personnes : la création d'une entité réunissant des centaines d'humains, unis dans les mêmes pensées. Un seul vaste esprit guidant des dizaines de corps, riche de l'expérience de toutes et tous. Une manière de faire corps, d'aller toutes et tous ensemble vers un même but. Au détriment de l'individu, il est vrai. En cette période d'individualisme affirmé, c'est ambitieux et revigorant.

Enfin, on peut observer dans ce roman la remise en cause du statut de héros. Puisque dans ce récit, comme dans bien d'autres, le méchant ou la méchante n'est pas toujours celui ou celle que l'on croit. Ou bien, l'on découvre derrière leurs actes des raisons puissantes et pas limitées à un besoin de faire le mal. Un peu comme le faisait remarquer Benjamin Patinaud dans son Syndrome Magneto. Les « méchants » ne sont pas nécessairement des êtres monolithiques, composés de haine, qui se conduisent comme des monstres par plaisir. Ils peuvent avoir des motivations valables, compréhensibles. Ils peuvent avoir subi de tels traumatismes que leur comportement est parfaitement explicable et, sinon justifiable, du moins entendable.

Robert Jackson Bennett écrit dans ses remerciements que « ce livre s'est avéré extrêmement difficile à écrire ». Comme John Scalzi (il en parle à la fin de la société protectrice des kaijus) et bien d'autres : la Covid a bouleversé pas mal de plans, pas mal d'esprits. Mais lire Les terres closes n'est pas difficile. Au contraire, c'est un réel plaisir. Non, en fait, c'est difficile : car quitter ce monde d'enluminures, abandonner à leur sort Sancia, Bérénice, Clef et les autres est déchirant. Robert Jackson Bennett a su nous les rendre tellement réels, tellement proches, tellement indispensables que savoir qu'on ne les retrouvera plus est une tristesse. Une longue parenthèse se ferme, comme une porte, d'un tour de clef.
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Dernier volume de la trilogie des « Maîtres enlumineurs », « Les terres closes » met fin aux aventures de Sancia et Clef, personnages emblématiques de l'univers de fantasy de Robert Jackson Bennett qui a connu un important succès du public pour cette série. le premier tome mettait en scène une jeune voleuse, empêtrée dans des intrigues dont elle se serait bien passée après qu'on l'ait commandité pour subtiliser un objet à priori tout à fait ordinaire : un simple clé. Seulement non seulement celle-ci se révèle consciente et à même de communiquer avec sa nouvelle propriétaire, mais il se trouve aussi qu'elle possède le pouvoir d'ouvrir n'importe quelle porte, et de convaincre n'importe quel objet enluminé de faire ce qu'il veut. Et c'est là que se trouve tout l'intérêt du roman de Robert Jackson Bennett qui est ici à l'origine d'un système de magie particulièrement sophistiqué basé sur ces fameuses enluminures. Pour faire court, une enluminure est un assemblage de sceaux qui, en fonction de la manière dont ils sont agencés, permettent de tordre légèrement la réalité afin de faire faire à un objet une action qu'il aurait, en temps normal, été bien incapable de réaliser. Correctement utilisé, ce savoir permet de bénéficier de technologies sophistiquées utilisables aussi bien pour le transport, l'éclairage et, surtout, l'armement. [Attention, si vous n'avez pas encore lu les volumes précédents, vous risquez désormais de vous voir spoiler une partie de l'intrigue des précédents opus.] Au début du premier tome, le continent sur lequel vit notre héroïne se divise en campo, des enclaves dirigées par de grandes familles qui concentrent la quasi totalité des connaissances et des savoirs-faire concernant les enluminures. Une situation totalement dynamitée par les coups d'éclat réalisés par Sancia et ses compagnons, ainsi que par le retour d'une ancienne menace, celle du hiéropante, une entité tenant plus de la divinité que de l'être humain et dotée de pouvoirs colossaux. Déjà costaux, le combat opposant notre héroïne à ce « super-boss » n'était pourtant rien à côté de celui qui l'attend aujourd'hui et qui l'oppose à une créature encore plus difficile à appréhender mais capable de contrôler humains et objets enluminés comme des marionnettes. Irrémédiable, son avancée grignote peu à peu l'ensemble du continent, à l'exception d'une petite enclave dans laquelle Sancia, Clef, Bérénice et les autres tentent de lutter et de mettre en place une nouvelle société, plus égalitaire que celle des campos.

Ce troisième et dernier tome réunit l'ensemble des qualités et des défauts que l'on pouvait formuler à l'égard de la série. du côté des qualités, on retrouve la plume pleine de punch de Robert Jackson Bennett qui nous embarque aisément dans une nouvelle mission suicide qui connaît rebondissement sur rebondissement. L'action est presque constante, si bien que le roman se dévore rapidement malgré un nombre de pages plutôt conséquent. L'auteur opte pour le même fonctionnement que dans les précédents volumes, à savoir une succession de plusieurs opérations incroyablement osées et dangereuses dont on assiste d'abord longuement à la préparation, puis à l'exécution. Évidement rien ne se passe jamais comme prévu et, si on voit désormais certains coups arriver à l'avance, d'autres péripéties parviennent encore à nous surprendre. Les personnages sont toujours aussi réussis, à commencer par Sancia, la fameuse voleuse qui a parcouru bien du chemin depuis le début de la série et pour qui l'âge se fait désormais sentir. Clef est lui aussi toujours aussi attachants, et ce d'autant plus que l'auteur nous livre enfin des réponses concernant son passé et la personne qu'il était avant de devenir cet objet enluminé surpuissant. Bérénice, un peu plus en retrait jusqu'à présent, occupe quant à elle clairement le devant de la scène et en vient même à supplanter Sancia dans les scènes d'action, ce qui n'est pas sans provoquer un certain étonnement. La relation entretenue entre ces trois personnages est en tout cas toujours aussi belle et bien écrite, qu'il s'agisse de l'histoire d'amour très touchante que vivent les deux jeunes femmes, ou du fort lien d'amitié unissant Clé à sa propriétaire et qui prend ici une nouvelle dimension. Les dialogues sont quant à eux toujours aussi savoureux, directs et percutants, ce qui participent là encore à rendre la lecture fluide et agréable. Les touches d'humour se font néanmoins plus rares et le ton volontiers plus grave dans la mesure où « Les terres closes » sonnent effectivement comme une fin de série, et que la menace qui pèse sur les personnages paraît presque impossible à vaincre sans sacrifices.

Du côté des points négatifs, on retrouve cette espèce de surenchère qui se manifestait déjà dans « Le retour du hiérophante » et qui donne lieu à des scènes totalement disproportionnées. Alors certes, contrairement au cinéma, la littérature ne se soucie pas de budget, mais là ça fait parfois vraiment trop. Les pouvoirs de leur ennemi et les engins qu'elle manipule sont tout simplement trop immenses et trop puissants pour que l'on parvienne à se représenter la menace de façon plausible. Les scènes d'affrontement sonnent par conséquent un peu faux, dans la mesure où on a du mal à croire qu'une poignée d'être humains, aussi ingénieux et bien équipés soit-ils, puissent parvenir à causer le moindre dommage conséquent à ce colossal ennemi. Cette débauche de moyens s'accompagne évidemment du développement d'enluminures plus complexes et donc de technologies de plus en plus sophistiquées, au point que l'auteur doive se livrer à des explications techniques de plus en plus compliquées et de moins en moins intéressantes. En effet, l'attrait du système de magie développé dans le premier volume reposait sur sa cohérence et sa simplicité, avec des limites clairement établies. Or, ces limites sont désormais en permanence dépassées, ce qui nuit à la vraisemblance du récit. Parmi les autres regrets, on peut également mentionner la mise en retrait de Sancia qui occupe ici un rôle, non pas marginale mais malgré tout de second plan, au profit de Bérénice qui, bien que sympathique, n'a pas le même charisme que son amante.

« Les terres closes » met fin de façon spectaculaire à la trilogie des « Maîtres enlumineurs » qui met en scène un univers de fantasy dont l'attrait repose moins sur la richesse de sa construction que sur le remarquable système de magie élaboré par Robert Jackson Bennett. Bourré d'action, de scènes d'infiltration en milieu hostile ou de batailles contre des machines surpuissantes, le roman séduit par son dynamisme mais aussi par la qualité de ses protagonistes et des relations qu'ils ont tissé entre eux au fil des tomes. La volonté de l'auteur d'en mettre plein les yeux à son lecteur le conduit toutefois trop souvent à tomber dans la surenchère ce qui peut parfois nuire à l'immersion. La trilogie reste malgré tout de très bonne facture et je la conseille à n'importe quel amateur de fantasy.
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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J'ai eu du mal à venir à bout de ce pavé de 680 pages.

La qualité d'écriture avait baissé dans le deuxième tome. Ici elle s'effondre.
Les 80 dernières pages sont les plus soignées. Si j'avais su, je m'en serais contenté, car en relatant la dernière bataille, elles forment une unité cohérente et concluent la trilogie. Certes, il m'aurait manqué les bribes d'explications disséminées dans les 600 pages qui précèdent, mais compte tenu de l'effort à fournir...


Dans ce dernier tome, l'auteur reprend à la lettre la structure narrative et les mécanismes des deux premiers : trois épisodes d'infiltration en territoire ennemi. Et, jamais deux sans trois, l'action débute sans prévenir (une des forces de l'auteur, quoique cette fois-ci, on est un peu perdu au début car huit ans ont passé, ce qu'on n'apprend que plus tard).
Infiltration, repli, infiltration, repli, infiltration.

Pourquoi est-ce si long ? Certes les scènes d'action sont épiques, riches et variées. Toujours est-il, les pages n'en finissent pas de défiler et le texte de s'étirer. Les dialogues en sont la principale raison. du début à la fin, on a cette clique de personnages qui ne cesse de bouger, subir, agir, réfléchir et... parler.
J'avais déjà remarqué cette tendance dans les précédents tomes. Les personnages n'en finissent pas de commenter, reformuler, se plaindre, jurer, prier. Dans ce tome, ce défaut est particulièrement visible. Pour couronner le tout, les protagonistes ont maintenant la faculté de partager leurs pensées et leurs visions, même à distance ! Et là on tombe dans le piège classique de ce genre de pouvoir : il n'y a plus la limite aux échanges verbaux qu'imposent normalement la distance ou les situations contraignantes. Pour les dialogues, c'est une vraie boite de pandore que l'auteur, avec son style, s'est empressé d'ouvrir et d'user sans retenue. Concrètement, on en vient rapidement à faire abstraction de qui est où, qui fait quoi, puisque tous ont la même connaissance et que les dialogues sont incessants.


Je passe en revue les autres points qui m'ont déplu :


Je trouve la caractérisation des personnages humains très pauvre. Sancia et Bérénice s'en sortaient le mieux, mais le retrait de Sancia dans ce tome et l'évolution de Bérénice (brouillant les repères qu'on avait) n'aide malheureusement pas.
Globalement, les personnages sont caractérisés par leur façon de parler, or celle-ci devient très uniforme dans ce tome. le résultat est sans comparaison avec d'autres auteurs américains qui donnent vie à leurs personnages par leurs actes (McDowell) ou par leur passé (McCammon).

L'attitude de Sancia vis-à-vis de Crasedes parait incompréhensible. Quoi qu'il ait pu faire par le passé, Crasedes n'a clairement pas un rôle de méchant dans ce troisième tome (ce n'était déjà pas le cas dans le second, même si l'auteur cherchait à entretenir le doute tout au long). Il a tout d'abord un rôle de victime, puis de héros. Son aide, autant par ses connaissances que par ses pouvoirs, et finalement son action héroïque, se révèle indispensable à la réussite du groupe.
Et pourtant Sancia n'a de cesse de l'insulter. Un comportement puéril qui la discrédite d'autant qu'en face, Crasedes affiche un flegme et une courtoisie sans failles.

La centaine de « Oh mon Dieu », de « Oh, Seigneur », de « non, non, non ».
Le langage vulgaire de Sancia, qui semble avoir contaminé toute l'équipe.
L'insistance à créer des situations où les héroïnes se retrouvent dans l'urine, le vomi ou la merde.
Tout ça, avec les dialogues incessants, donne une coloration trop Young Adult pour moi.

Dans ce dernier tome, on assiste à une surenchère :
- de la représentativité des femmes (exit Orso et Gregor, on suit maintenant une équipe 100% féminine avec Sancia, Berenice, Polina, Claudia et Diela).
- du transhumanisme.
- du iel, dont les usages possibles semblent faire l'objet d'une quête en soi.
Cette soudaine inflexion donne malheureusement trop l'impression d'une volonté de cocher des cases, ce qui ternit au passage le choix de donner la vedette à un couple lesbien.

À part les développements sur le transhumanisme, rien de bien nouveau concernant les enluminures. J'aurais apprécié plus de précisions sur les trois personnages non humains, ou sur la porte vers l' « ailleurs ».

Et puis, toujours le même constat de pauvreté de l'univers géographique. Ici, les îles givannes paraissent bien elliptiques. Je crois qu'on y descend jamais.



Ce que j'ai aimé :


Crasedes, visiblement inspiré de Magneto (même façon de parler, même façon de se battre).

La bataille d'ouverture, avec l'armée de Tevanne qui évoque celle des Marcheurs blancs dans le Trône de Fer.

Les scènes d'action, très visuelles, se lisent avec plaisir, même si je n'ai pas retrouvé la qualité du premier tome sur ce plan-là.

L'intrigue principale trouve son explication dans le passé des personnages non humains. Cet aspect est très bien creusé et restitué, même si je regrette que les révélations se noient dans les pages (au point que je les oubliais petit à petit).

L'idée de faire vieillir Sancia plus vite que sa partenaire rend enfin intéressante une relation jusque là trop mielleuse et convenue.

Enfin, les 80 dernières pages sont de très bonne facture.
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Huit ans après le tome précédent, la guerre est totale entre nos héros et l'entité Tévanne. Cette dernière a hérité de Valeria, sorte d'intelligence artificielle à l'échelle d'une ville, et conquiert l'ensemble du monde connu. Les techniques basées sur l'enluminure se sont considérablement développées, et la guerre entre les deux factions prend des proportions effroyables. On est ici dans le schéma de l'avancée « scientifique » pour damer le pion à son adversaire, et certaines inventions font penser à des classiques de la science-fiction (comme une communauté dont les membres ont l'esprit lié entre eux).

Et l'autre ennemi de nos héros, à savoir le hiérophante Cresades ? Disons qu'il a trouvé plus puissant que lui, et d'étranges alliances vont se nouer.

Les scènes de combats et de fuites traversent des paysages très bien dépeints, tantôt désolés, tantôt désertiques, en passant des ruines qui frappent l'imagination : le talent d'évocation de l'auteur est à nouveau de haute volée. Tous les lecteurs qui aiment les mondes imaginaires ne peuvent que se régaler.

En parallèle, nos héros cherchent des réponses à certains mystères, à savoir qui sont réellement Clef et Cresades, et quelle est leur histoire. Elle est bien sombre, cette histoire, et elle est l'occasion d'instants d'émotions : elle donne une tonalité bien plus dramatique à ce tome. Et j'ai beaucoup apprécié ce récit des origines, entre tragédie grecque et destin implacable d'une humanité tendant vers la guerre, destin que Tévanne et Crasedes veulent enrayer à leur façon, sans considération pour les humains eux-mêmes… comme les dieux d'antan.

Un léger regret cependant : pendant la seconde moitié de ce livre, je me suis souvent interrogée sur le scénario, où tel protagoniste se voit « obligé » de faire ci pour empêcher ça, ou alors une action est décidée car ceci ou cela, sans que la logique (dans le système de magie) soit si claire pour moi. Des commentateurs ont comparé le système de magie de cette trilogie à l'informatique ; j'avoue que je n'ai pas assez de connaissance approfondie en la matière pour avoir été capable de repérer les techniques informatiques ayant servi d'inspiration à chaque « invention » d'enluminure ni déceler la logique dans les retournements de situation. Heureusement, le cadre et l'intrigue sont suffisamment fascinants pour que je passe outre.

Un tome plus sombre que les autres, des événements « bigger than life », des menaces sur la réalité distordue par les entités… assurément, une conclusion marquante pour une saga qui se détache très nettement de la production habituelle en Fantasy. L'auteur nous a offert un système de magie original exploité de manière scientifique et technique par les protagonistes, une imagination hors norme et une fin que j'ai appréciée.

Une trilogie qui fera date, et qui donne très envie de découvrir la prochaine trilogie de l'auteur qui va bientôt sortir en librairie !

Lien : https://feygirl.home.blog/20..
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C'est une nouvelle fois avec une couverture hautement symboliques signée Didier Graffet que je me suis lancée dans le dernier volet de l'aventure bien riche des Maîtres enlumineurs, ses hommes et femmes qui ont tenté maladroitement de transformer le monde avec leur invention mais ont tapé à côté. L'aventure fut prenante, parfois complexe, parfois perdante, mais toujours pleine d'émotion et de réflexion.

Cela m'a fait bizarre de replonger dans cet univers plus d'un an et demi après son précédent volet. Sans rappel, sans aide, je me suis sentie un peu perdue au début. (Un petit résumé des épisodes précédents n'aurait pas été de trop !) L'auteur en plus nous déracine dans ce troisième tome des aventures de Clef, Sancia, Bérénice et leurs alliés, après une fantasy très urbaine, c'est une fantasy plus maritime et aérienne à la fois qu'il nous propose ici à bord des citadelles, citacielles sur lesquelles voguent nos héros. Mais moi, je me suis sentie déracinée, perdue, sans ancre par moment et ce ne fut pas simple.

Le récit était pourtant plein d'aventure et a démarré plein pot, tandis que Sancia et Clef cherchent comment contrer Tevanne dans son projet de bouleversement mondial. Avec son rythme cassant, tantôt nerveux, tantôt plus calme, où les relances agissaient comme des piques sur notre attention, Robert Jackson Bennett maintenait toujours nos sens en éveil. Cependant, j'ai aussi eu l'impression que nous étions arrivé à un seuil dans l'histoire, dans l'imaginaire même de ce monde difficilement franchissable, comme s'il avait déjà proposé tout ce qui était possible ici en matière de fantastique et qu'il ne pouvait aller au-delà. Je n'ai donc pas eu le même émerveillement, ni le même vertige que précédemment. Les nouveautés au rayon des enluminures se sont faites attendre malgré ces portes si bien mises en avant au fil de l'intrigue.

Nous étions sur un texte beaucoup plus refermé étrangement malgré le décor plus libre que celui de la ville avec ces citadelles écumant le ciel. L'auteur s'est ici recentré sur ses personnages, leur intimité et leur psyché, ce qui a rendu l'intrigue bien plus intérieure. On aime ou on aime pas, mais on ne pourra pas reprocher à l'auteur d'avoir fait les choses à moitié car il exploite parfaitement cela jusqu'à la fin, afin de tisser une toile bien différente de celle imaginée dans un premier temps, où les questions autour de la nature et la qualité des inventions viennent se coupler avec celles sur notre intériorité, notre humanité et nos sentiments, dans une sorte de revisite de l'Allégorie de la Caverne de Platon.

Mais revers de la médaille, l'intrigue fut beaucoup plus lente, plus longue, avec un côté "serpent qui se mort la queue", comme si nous avons tourné et tourné en rond pendant fort fort longtemps au milieu de l'intrigue et ce fut dur de s'accrocher jusqu'au bout. Sans nouveauté, avec juste les héros pour tenir et leur quête pour comprendre ce que cherchent leurs adversaires et qui ils sont, mon attention a parfois vacillé assez fortement. Heureusement, trouvaille fort heureuse de l'auteur, bien que classique, les pensées de Clef distillées par fragment au fil des chapitres, semblant faire émerger son passé humain, tandis qu'il se rappelait la vie de famille qu'il avait eu et ce qui l'avait conduit à faire ce qu'il a fait à son fils, ont su me raccrocher, me réveiller et me tenir en haleine. Je sentais que je tenais quelque chose et ce fut effectivement le cas. L'auteur avait astucieusement tissé sa toile et s'il nous avait dévié de cette fantasy très gun & powder des débuts, pour quelque chose de plus calme, ce n'était pas pour rien.

Il m'est donc impossible de ne pas revenir sur ce final. Vous êtes averti, ça va divulgâcher !!!



Avec ce dernier tome, Robert Jackson Bennett met vraiment la dernière touche à une histoire encore plus ambitieuse que ce que j'avais imaginé en la découvrant. Plus qu'un super concept de monde et de magie, Les maîtres enlumineurs racontent comment une invention géniale censée aider le monde peut au contraire le faire vriller si l'on n'est pas prêt mais aussi au contraire le faire positivement évoluer quand c'est en fait le cas. Cela aura parfois été une lecture complexe, je me serai parfois perdue en cours de route, ayant du mal à tout visualiser et à me sentir impliquée à chaque instant, mais l'émotion m'aura a chaque fois rattrapée et je ne regrette pas au vu de ce final plein d'émotion et de nuances. Une belle réflexion sur notre société moderne à travers un récit aux inspirations platoniciennes qui me donne envie de retrouver l'auteur dans ses anciens et prochains travaux.
Lien : https://lesblablasdetachan.w..
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critiques presse (2)
Syfantasy
31 juillet 2023
"Les Terres Closes" est un roman qui nous fait ressentir, pas seulement parce que sa trame évoque la communication, la compréhension et même la communion, mais parce que l’écriture de Jackson Bennett a ce pouvoir de faire naître chez son lecteur l’empathie la plus sincère, pour tous ses personnages. Bons ou mauvais, humains ou non.
Lire la critique sur le site : Syfantasy
Elbakin.net
06 juin 2023
Ce troisième ouvrage est plus sombre que les précédents et l’humour y trouve nettement moins sa place qu’au début de la trilogie. L’évolution de l’application du système de magie, laquelle tend assez logiquement de plus en plus vers la démesure, laissera probablement certains quelque peu dépités mais réserve des affrontements dantesques.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
On dirait un conte de fées où les gens sont tirés du sortilège d'un magicien diabolique. Mais ça paraissait beaucoup plus facile dans les contes.
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Une route ne peut pas acheminer des voyageurs si des gens refusent qu'elle soit construite. Une imprimerie ne peut pas répandre le savoir si ses lecteurs décident qu'ils préfèrent lire des mensonges. Et aucun remède n'apportera santé et joie si les malades refusent de le prendre.
Si nous nous trouvons incapables de profiter des nombreux dons que notre génie nosu accorde, je soupçonne qu'aucun bricolage ne permettra à ces dons de fonctionner comme ils le devraient. De fait, il revient aux gens de se changer eux-mêmes : se reformer, se reconfigurer, réarranger l'architecture de nos sociétés pour que tous jouissent de la prospérité et de l'abondance.
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- Qu'est-ce qui s'étend de l'autre côté de la chose que tu vas fabriquer ?
- Je l'ignore, avoue-t-il. Mais ce sera toujours mieux que ce qui se passe ici, non ?
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Les innovations développées par notre espèce n'apportent rien en elles-mêmes. Elles n'engendrent la prospérité que lorqu'elles sont appareillées à une société, une culture ou un peuple qui peut les utiliser au mieux.
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Videos de Robert Jackson Bennett (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Robert Jackson Bennett
Re diffusion "brute" du live instagram à l'occasion de la venue de Robert Jackson Bennett à Paris. Merci aux éditions Albin Michel Imaginaire et Livre de Poche Imaginaire pour cette événement.
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