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EAN : 9782757876985
96 pages
Points (07/02/2019)
4.35/5   201 notes
Résumé :
Nour a 20 ans. Elle décide de quitter son pays, sa famille, ses amis, pour rejoindre en Irak l'homme qu'elle a épousé, un lieutenant de Daesh.
Une décision à laquelle ne peut se résoudre son père, brillant universitaire, musulman pratiquant et épris de la philosophie des Lumières.
Nour et son père s'écriront, pour ne pas rompre le lien précieux qui les unit.
Au-delà de l'incompréhension, cette correspondance porte un message d'espoir, celui de l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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Tuer au nom d'un dieu qui est aussi le mien, se demande Rachid Benzine ? Comment continuer à avoir des certitudes ? Qui a raison, où se trouve la civilisation, où se trouve la barbarie ?
Pour cela, Rachid Benzine essaie d'imaginer un dialogue entre un père et sa fille, unis par l'amour et pourtant, au nom de la même religion, complètement séparés.
Dès le départ, Nour annonce la couleur : elle a rencontré sur internet un responsable régional de l'État islamique. Bien sûr, il est beau, bien sûr il est très fort, en plus aussi dans ses connaissances de l'islam.
Et comme le père lui a toujours dit que l'islam envoyait des messages d'insoumission, eh bien elle choisit de partir « recréer la cité radieuse », chasser les croisés, libérer l'Irak.
Rien que ça.
Le dialogue est depuis le début faussé.
Car le père, lui, intellectuel, présente un islam doux, ouvert aux autres religions, avec l'éducation bienveillante qui permet « la liberté, la démocratie, l'émancipation des peuples » et pas la haine des fanatiques de Daesh. Ce dialogue faussé s'accentue encore au cours de cette année, au point que nous doutons de l'amour entre eux, l'un prônant une ouverture que nous ne connaissons pas, d'autant que le 13 novembre 2015 intervient, l'autre, sa propre fille, dénonçant les bouffons à la solde de l'occident, la sexualité dégradée des occidentales vouées à Satan.
Stop.
Manipulation.
Que sait cette jeune fille de 20 ans sur la sexualité satanique ?
De même que je ne crois pas un instant à cet islam «  démocratique », je ne peux imaginer la sharia bienveillante, en but d'organiser une société sereine, ni l'apologie que fait Nour du « djihad du nikah » (ou esclavage sexuel consenti par certaines Tunisiennes parties en Syrie.)
Puis elle monte d'un cran : ta vie, écrit-elle à son père, est la vaine quête digne d'un lâche, une imposture ; ma vie d'avant, avec toi, était nulle et vaine, je recommence à voir les vraies valeurs avec mon mari qui travaille tant.
Pour Allah, sois-t-il béni 33 fois.
Le père entre temps s'est fait tabasser, et répond sur la réalité de Daesh : « les massacres, les viols, les petites filles vendues comme esclaves sexuelles, l'exécution des Yézidis (Minorité non musulmane du Nord de l'Irak), la persécution des chrétiens, le meurtre des homosexuels, des buveurs d'alcool, et de celles qui refusent de porter ce voile complet dont tu es si fière désormais.» , sans parler des opposants crucifiés ou enterrés vivants, la destruction des oeuvres d'art et des bibliothèque, les jeunes déficients mentaux envoyés comme kamikazes.
Au mépris et à la haine de sa fille, il répond qu'elle se fait baiser par un monstre, dont les mains velues ont tué femmes et enfants en invoquant une fatwa.
Inutile de continuer : ce dialogue de sourd repose sur deux croyances, dont bien entendu Rachid Benzine prend partie pour le père, car Nour, à part clamer son bonheur n'oppose aucun argument valable, sauf les pilonnages américaines sur l'Afghanistan et l'Irak, et, oui, elle n'a pas tort.
Ce livre, dont j'ai l'air de détruire la raison d'être, est cependant extrêmement utile, vu les croyances véhiculées à propos de faits politiques récents, le danger des certitudes, et la volonté de l'auteur d'opérer un travail critique sur le Coran, dont on dit tellement que ces préceptes n'ont pas été revus depuis le Moyen-âge, un peu comme le fait Delphine Horvilleur avec qui il a écrit : « Des mille et une façons d'être juif ou musulman ».
Ames sensibles, ne lisez pas la fin.
Mais sachez que la fille de Nour s'appelle Jihad et même s'il manque un D, la croyance aveugle la raison, jusqu'au bout.



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Mi-roman, mi-nouvelle épistolaire, ce livre de Rachid Benzine, enseignant, islamologue et chercheur, est le fruit du travail et des rencontres de cet intellectuel très impliqué dans cette gangrène qui mine nos sociétés et pousse des hommes et des femmes à préférer la mort à la vie, à combattre et à tuer pour une idéologie sanguinaire et une croyance aux limites de la débilisation mentale.
Cette gangrène qui a pour noms terrorisme, fanatisme, intégrisme nous pousse tous, à un moment ou à un autre, à nous poser la question "pourquoi".
Pourquoi rompre avec sa famille, pourquoi se mettre hors la loi d'une société au point de se barder d'une ceinture d'explosifs, se faire déchiqueter au milieu d'innocents, avec comme perspective un hypothétique paradis où vous attendent 72 vierges ?
Rachid Benzine, pour tenter de donner des éléments de réponse, a imaginé un échange de lettres ( type d'échange qui permet d'exposer son point de vue clairement, sans être interrompu ) entre un père français musulman quinquagénaire, éminent intellectuel, philosophe, enseignant et chercheur, et sa fille Nour, jeune femme âgée de vingt ans, brillante étudiante en philosophie qui, sous prétexte d'une visite à l'une de ses tantes, s'est enfuie en Irak, à Falloujah ( une des conquêtes du califat autoproclamé de Daesh en 2014 ) pour y créer la cité idéale, le paradis sur terre.
Pour ce faire, elle a rencontré sur les réseaux sociaux un beau jeune homme, épris du même idéal qu'elle, lieutenant de l'organisation "État Islamique", dont elle est devenue la femme.
Je ne vais naturellement pas vous dévoiler la suite de l'histoire, mais me contenter de vous indiquer que cet échange permet à Rachid Benzine de faire, plus qu'oeuvre littéraire, davantage un travail pédagogique.
Il était difficile d'imaginer qu'en à peine 87 pages et 14 lettres, on puisse avoir une thèse exhaustive sur un sujet à propos duquel les questions demeurent et les réponses se font toujours attendre... si tant est qu'il puisse y en avoir !
Dans un premier temps, j'ai trouvé cet écrit simplificateur, puis j'ai réalisé qu'il fallait qu'il le soit pour être didactique, pour parler au plus grand nombre.
J'ajoute qu'une pièce de théâtre a été tirée de ce livre, et que les deux ont eu un écho et un succès international ( aux ).
Je reste persuadé que j'aurais certainement trouvé la pièce plus adaptée à mes attentes, même si le roman permet d'aborder de manière polymorphe, détaillée, bon nombre des aspects de ce sujet brûlant.
Enfin, pour ne pas vous laisser sur l'impression déceptive du lecteur insatisfait, je conclurai en disant que même si l'argumentaire trè large ( sociologique, historique, psychologique, philosophique, théologique etc ) déployé par l'auteur m'a paru rebattu ( je m'intéresse depuis des années à la question ), je n'ai pas été insensible à la tragédie qui charrie dans l'oubli inéluctable ces deux destins broyés par le poids de l'Histoire.
Quelques ajouts :
"Nour en arabe désigne la lumière lunaire, celle qui, au milieu de la nuit, permet de circuler dans l'obscurité et de trouver son chemin..."
Surtout ne pas zapper la postface !
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J'ai découvert ce dialogue tragique entre un père et sa fille grâce à une lecture audio à deux voix sur France-Culture, en coproduction avec le Théâtre de Liège et enregistrée au festival d'Avignon en Juillet 2017. Lettres à Nour est un court roman épistolaire de Rachid Benzine.

Deux voix, deux personnages, que tout oppose aujourd'hui alors que tout les rapprochait profondément depuis toujours.
Le père est un brillant universitaire, musulman pratiquant et épris de la philosophie des Lumières.
Sa fille, Nour, décide, à 20 ans, de quitter son pays, sa famille, ses amis, pour rejoindre en Irak l'homme qu'elle a épousé en secret, un lieutenant de Daech, et participer activement au djihad.
Le père est anéanti ; Nour est motivée, enthousiaste.

Au-delà de l'incompréhension mutuelle, Rachid Benzine imagine que le père et la fille ont pu préserver le lien qui les unissait et s'écrire. le temps s'étire entre les lettres sur un peu plus de deux ans ; le père s'interroge sur les interprétations du Coran qui poussent des jeunes gens à tuer au nom de Dieu et force le respect par sa douceur, son amour inconditionnel, sa pédagogie, sa souffrance… Nour va passer par toutes les étapes d'un endoctrinement fatal ; elle démonte les arguments de son père et les retourne contre lui. Ce qui, chez le père, est message d'amour et de paix devient instrument de propagande pour la fille. Les échanges sont naturellement centrés sur le point de vue féminin autour du couple, de la maternité, de la sexualité, thèmes que le père n'aurait pas abordé de la même manière si sa fille avait quitté la maison d'une manière plus naturelle.
Le dénouement propose une hypothétique vision d'espoir dans les générations futures et dans la force de l'amour.
Dans la version audio, Charles Berling et Lou de Laâge donnent à ces lettres une immense dimension tragique, provoquant horreur et pitié. C'est fort, dépouillé, très incarné.

Rachid Benzine, islamologue, enseignant de théologie à la faculté protestante de Paris et chercheur franco-marocain associé à l'Observatoire du religieux de l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, fait partie de la nouvelle génération d'intellectuels qui prône un travail critique et ouvert sur le Coran.
Il imagine ici un espace de rencontre improbable entre deux mondes profondément antagonistes : civilisation VS barbarie, raison VS religion, modernité VS archaïsme.

Un dialogue terrible, un texte d'une immense force, poignant.

https://www.franceculture.fr/emissions/avignon-fictions/lettres-a-nour-de-rachid-benzine

https://www.facebook.com/piratedespal/
https://www.instagram.com/la_pirate_des_pal/
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Un livre fort et nécessaire.
Un texte qui résonne depuis,
grâce à toutes les lectures qui
s'en font de part le monde.
Des comédiens ont pris aussi le relais
pour transmettre ce plaidoyer.
Un père et sa fille, tous deux musulmans,
intellectuels de haut vol
s'affrontent dans une correspondance
sans aucune concession.
Seul l'amour qui les lie suffit
à ne pas rompre leur dialogue souvent furieux.
Nour, vingt ans a rejoint Daech
à l'insu de son père, qui n'a rien vu venir.
Les échanges épistolaires sont guerriers et aimants.
A lire sans hésitation .
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« Lettres à Nour » de Rachid Benzine, n'est pas vraiment un roman mais une correspondance fictive, que l'auteur a imaginé avoir avec sa fille.
Ce qui donne de la puissance et de l'émotion à ce récit, c'est cet échange d'amour et aussi d'incompréhension complète, entre un père, brillant universitaire et grand philosophe musulman et sa fille de 20 ans partie brusquement en Irak rejoindre Daech.

Des lettres avec de la tendresse et avec aussi de la cruauté, où chacun se conforte, se campe sur ses positions, où chacun pense qu'il est dans La vérité, dans Sa vérité en s'écrivant, en s'envoyant comme des poignards, tous les arguments possibles pour justifier leur position, leur action et leur choix de vie.
Deux extrêmes séparés par cette abyssale différence idéologique, mais liés par un fil fragile d'un amour puissant d'un père envers sa fille, d'une fille envers son père, comme un infime espoir que rien n'est tout à fait perdu d'avance. Qu'une réconciliation est toujours possible.

Deux extrêmes qui s'affrontent avec parfois cette brutalité due au désespoir et à la colère. Avec un père épris de liberté et de tolérance, qui culpabilise de n'avoir rien vu venir. Un père qui était en admiration devant sa fille chérie et qui ne comprend plus, qui pense même à une punition divine. Un père qui parle de la vie, de l'amour, de la joie, du rire et qui prévient sa fille que la haine ne mène qu'à la mort et de la désolation. Un père qui parle de la barbarie de Daech, de ses crimes perpétués au nom d'Allah, de la terreur qu'il fait vivre à ses propres frères musulmans. de l'enfermement et de l'isolement où se trouve Daech pour avoir décidé d'une autre lecture du Coran.

Et Nour, sa fille, fortifiée par ses certitudes qu'elle a rejoint le bon camp, le plus vertueux face à la perversité, la débauche et la corruption de l'occident.
Une fille qui ne cesse de louer les actions de Daech, ce groupe hommes libérateurs qui combattent toutes oppressions, qui vont purifier la terre de tous les impies, de tous les mauvais musulmans. Qui iront bientôt libérer leurs frères palestiniens opprimés par l'état d'Israël avec la bienveillance des pays occidentaux. Qui vont rétablir un paradis terrestre.

Nour qui dénonce la domination de la communication par les occidentaux.
Nour qui dénonce l'occupation meurtrière de l'armée américaine, de leurs alliés, qui dénonce ces drones qui massacrent toujours un peu plus, des centaines d'innocents que personne ne pleure.
Nour qui s'interroge que des chefs d'état se déplacent et fassent pleurer la planète entière pour quelques occidentaux de tués, alors qu'on ne s'émeut plus des milliers de martyrs syriens, irakiens ou libyens.
Nour qui demande à son père qu'il respecte sa liberté de penser, qu'il accepte aussi sa liberté de lire et d'interpréter le Coran.
Nour qui va bientôt être enceinte de l'homme appartenant à l'Etat Islamique, qu'elle a épousé en Irak.

Reste la fin de ce récit, qui est à la fois terrifiant pour Nour, mais d'un imprévu plus doux pour son père. Cette fin est, à mon avis, presque irréelle par ce retournement brusque et improbable de situation.
A moins que l'auteur Rachid Benzine, ait voulu nous transmettre le plus beaux des messages d'amour et d'espoir, comme un appel à l'ouverture de nos consciences.

« Lettres à Nour » est bien sûr une histoire imaginée par son auteur, mais c'est aussi un terrible drame d'aujourd'hui. Celui qui est vécu réellement dans certaines familles musulmanes.

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critiques presse (1)
Actualitte
10 mai 2019
Rachid Benzine livrait un texte foudroyant, attestant d’une véritable incompréhension, et plus encore, de ce gouffre créé entre les êtres.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
Nour, ma pauvre Nour, aujourd'hui nous sommes toi comme moi les victimes de la barbarie, n'est ce pas ?Nous en avons parlé si souvent ,car tous les actes de terrorisme et la barbarie nazie te révulsaient .
Tu ne pouvais pas comprendre que l'on puisse être un monstre, et tu avais bien du mal à accepter l'idée que le monstre ne soit pas radicalement un autre, une catégorie de gens à part ,mais une partie de nous même que nous laissons s'exprimer ou non . Tu avais peur du monstre en toi .Je te disais que c'était la meilleure façon de le combattre. Accepter son existence en soi, rester éveillé sans cesse pour qu'il ne s'exprime pas...
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Si nous voulons dépasser tout cela, il nous faut créer des ponts et pas des murs. On ne se sécurise pas dans une forteresse : on y meurt assiégé. Qu'il s'agisse des murs que la Hongrie est en train de bâtir pour interdire l'entrée de l'Europe aux réfugiés ou de ceux qu'Israël construit depuis longtemps pour refouler les Palestiniens, ils ne dureront pas éternellement. Le seul destin d'un mur, c'est l'effondrement. De lui-même et de tout ce qu'il était censé préserver.
Commenter  J’apprécie          41
Ne te trompe pas de combat : la liberté, la démocratie, l'émancipation des peuples passent par l'éducation. Une éducation bienveillante nous apprend à aimer les altérités; les différences nous enrichissent. En chaque peuple, en chaque religion, en chaque être, il y a du bien. N'oublie jamais de voir cette richesse humaine dans le regard de celles et de ceux qui sont différents de toi.
Commenter  J’apprécie          50
Dans leur bouche, Allahou akbar n'est plus qu'un cri de guerre répugnant. Nos symboles les plus élémentaires sont bafoués par leur ignorance.
"Allahou akbar", "Allah est plus grand !", est un formidable cri d'amour et d'humilité. Quoi que l'on pense, quoi que l'on dise, quoi que l'on fasse : Allahou akbar, Allah est plus grand que nous. Il est toujours au-delà, au-dessus, inatteignable dans son esprit, dans ses intentions, comme dans ses actions.
Commenter  J’apprécie          40
Pour la première fois de ma vie, je t'ai méprisé, papa, parce que tu t'es rendu méprisable. Toi si fort, si beau dans tes sentiments et leur expression d'ordinaire... Tes propos orduriers traduisent tout ton mal. Tu n'es plus que l'ombre de toi-même. Le brillant universitaire nourri de raison et de spiritualité ne trouve plus les mots pour convaincre sa fille... Il ne lui reste que la harangue pathétique, celle du pantin dont les fils cassent un à un, dont les gestes deviennent désordonnés et dont la pensée se répand comme une flaque, au gré des aspérités.
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