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Critiques sur Il est juste que les forts soient frappés (49)
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La_Bibliotheque_de_Juju
  31 janvier 2020
Tu ne sais pas.

Tu ne sais pas avant de te plonger dans un livre ce qu'il va pouvoir bien se passer. Ce qu'il va arriver. Ce qu'il va remuer en toi.

Je ne savais pas donc.

Je ne savais pas que j'allais me retrouver le bide serré et les yeux mouillés. Je ne savais pas que j'allais m'émouvoir, pour de vrai. Je ne savais pas qu'il se passerait quelque chose de fort.

Je ne savais pas.

Ils ne savent pas, Sarah et Théo, que la vie est parfois un peu dégueulasse. Ils ne savent pas qu'on peut s'aimer d'amour. D'amour grand, d'amour fort et voir la tempête débarquer à l'intérieur de son propre corps.

On ne sait pas que les gens qui meurent ne peuvent pas s'envoler tant qu'on pense trop fort à eux sur la Terre. Tant que quelqu'un ne veut pas les laisser partir, ils doivent se retrouver quelque part entre souvenirs et félicité.

C'est le roman de Sarah, qui de ce là-bas nous raconte son histoire d'amour avec ce grand gamin facétieux de Théo.

Il sait, lui qu'il doit tenir le coup pour leurs enfants. Il sait que les super héros peuvent se battre plus fort que le commun des mortels… Et il veut croire qu'ils vont être forts …

Je sais que ce roman, si c'en est bien un, m'a remué.

Je ne sais pas si le personnage de Cléo, qui vient plus tard dans le roman, ne m'a pas semblé faire partie d'une autre histoire, de quelque chose d'autre à raconter … Ce n'est pas à moi d'en juger, évidemment, mais ma lecture s'en est trouvée quelque peu modifiée …

Un roman difficile et lumineux à la fois qui saura peut-être vous toucher au coeur …

Qui sait ?

Lien : https://labibliothequedejuju..
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hcdahlem
  25 mai 2020
Jusqu'à ce que la mort nous sépare

Pour son premier roman Thibault Bérard frappe fort et vise juste: au coeur. Il confie à Sarah, victime d'un cancer à 37 ans, le soin de raconter sa vie foudroyée. Tragique et beau.

L'envie de mordre dans la vie à pleines dents, de fuir une vie trop bien rangée, «la maison parentale avec la télé allumée 24 heures sur 24», une mère «tendre et butée», un père «taiseux et plus fragile que le papier à cigarette qui jaunissait ses doigts» pousse Sarah, dont la scolarité était «traversée dans une solitude de rat de bibliothèque», à partir pour Paris. Sur les bancs de l'université, elle rencontre Martial.
Sauf que ce n'est pas cette histoire qu'elle veut ne raconter. Trop banale, trop ennuyeuse. de son point de vue, la vraie rencontre, la vraie histoire – celle qui compte – c'est sa vie avec Théo.
Pour la raconter, Thibault Bérard choisit un point de vue exceptionnel, livré dès les premières lignes de son roman: «J'étais une femme quand je suis morte – une jeune femme, 42 ans, ça vous donne déjà une idée de l'ampleur du drame à venir.» Une voix d'outre-tombe qui fait le bilan d'une – trop courte – vie, de la rencontre avec ce jeune homme au caractère bien différent du sien, gentil, romantique, à l'image des films de Capra qu'il aime tant. Pourtant la magie opère, auprès de lui elle s'assagit au point de vouloir créer une vraie famille. Un bonheur sans nuages, couronné par l'arrivée d'un premier enfant. Un moment de félicité: «Moi, j'étais une mère évidence. J‘étais méduse entièrement, et je l'ai été du premier au neuvième mois, jusqu'au jour de l'accouchement que j‘appréhendais par peur, non pas de la douleur, mais d'être séparée de ce petit bébé qui me faisait me sentir si bien dans mon corps, dans ma vie.» Avec Théo, Simon devient le second amour de sa vie… Et l'idée d'en ajouter encore un devient bientôt réalité.
Mais cette fois l'accouchement s'accompagne d'inquiétudes. Les médecins ont trouvé quelque chose d'anormal qui va s'avérer être une tumeur. À l'incrédulité du départ – on n'attrape pas un cancer du poumon à 37 ans –, il faut bien vite céder la place à un combat à l'issue incertaine.
En donnant le rôle de narratrice à Sarah, Thibault Bérard désamorce tout à la fois ce qu'il y aurait pu avoir de voyeuriste dans une telle histoire. Mieux, il insuffle au récit de l'humanité, voire même de l'espoir. Quand Sarah nous enjoint de ne pas voir en elle une victime ou une malade, mais le témoin d'une belle histoire, on se dit qu'elle a raison. «Ce n'est pas parce qu'elle est vraie et dure par moments, ni même parce qu'elle finirait mal» que cette histoire n‘en est pas une, «toutes les vies sont des aventures extraordinaires, pour qui peut les voir dépliées devant soi».
Alors oui, acceptions «d‘en goûter les couleurs éclatantes, en dépit de ce gris dont le réel granit voudrait tout recouvrir», et saluons le talent de ce jeune romancier dont on devrait bientôt reparler!


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Merik
  21 février 2020
Ça bouillonne de vie, et pourtant ça parle de mort. Ça raconte Sarah, aussi. Sa vie son oeuvre, son passé de punkette prompte à se jeter sous les roues d'une voiture, sa vie adulte, son amour de toujours avec Théo. Dès le début on sait. On est rencardé par une autre Sarah, celle qui depuis là-haut nous explique qu'elle n'aspire qu'à se libérer, mais sitôt qu'on pense à elle ici-bas, la voilà ramenée dans sa cellule de glaise.
C'est un peu le paradoxe entre la vie et la mort selon elle, si l'on fait tout pour que l'on se rappelle de nous ici-bas, là-haut on cherchera surtout à se faire oublier pour atteindre la sérénité.
Ici il y a surtout Théo qui pense à elle. C'était quand même sa femme Sarah, la mère de ses enfants, l'amour de sa vie, lui le feu follet décalé de la réalité, qui se croit invincible. On lui doit le titre, « Il est juste que les forts soient frappés », parce qu'ils étaient forts tous les deux, forts forts et forts, extrêmement forts, et si une saloperie de crabe de la pire espèce vient les frapper à eux c'est presque un honneur selon son code à Théo, car eux seuls peuvent le combattre. Sarah tempère pas mal ses ardeurs, elle lui dit souvent qu'il est trop con, ce qui le fait rire. Voilà pour les deux, ils fonctionnent un peu comme ça dans leur couple. Deux personnages magnifiques, attachants c'est peu dire, romantiques à souhait même si modernes en tout. On les aime forcément, on rit et on pleure avec eux et leurs copains, leur petite famille. Même si Sarah nous a prévenus qu'il faudrait pas.
Bon. Un super roman donc. Oui, sans aucun doute. J'ai passé un très bon moment de lecture qui fonctionne à merveille puisque j'ai été embarqué dans l'aventure, j'ai ri, j'ai même pleuré je vous dis. Sauf que voilà. Une impression très subjective (et injuste) de déjà vu aux entournures (« Mon désir le plus ardent », ou un peu plus éloigné « Nos étoiles contraires ») et ce même si l'auteur y ajoute sa patte bien sûr (pour ne pas dire sa propre histoire), par exemple le choix de la narratrice depuis là-bas est top et malin, à ne pas avoir à justifier la vision omnisciente.
N'empêche, quand je serai là-bas justement, c'est à dire dans très longtemps j'espère, à croiser Sarah que je remettrai sans hésiter comme la véritable héroïne de ce livre, parce que de là-haut on se rappelle de tout et on reconnait tout le monde, je la saluerai et la remercierai pour le moment passé ici-bas en sa compagnie le temps d'un livre, mais aussi pour le souffle plein de fougue et de vie.
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isabelleisapure
  21 février 2020
« Il est juste que les forts soient frappés », non, bien sûr que non, pas plus les forts que les autres ne devraient subir ce drame qui bouleverse des vies. Thibaut Bérard nous offre un texte magnifique sur la maladie.

Nous savons dès les premières lignes, qu'il n'y aura pas d'issue autre que la mort au drame qui frappe Sarah, alors qu'elle attend une petite fille complétant la famille qu'elle a bâtie avec Théo, son lutin.

Sarah a toujours été persuadé qu'elle ne vivrait pas au-delà de quarante ans, mais lorsque le cancer se présente dans sa vie d'épouse et de maman comblée, ce n'est pas possible, elle n'y croit pas c'est trop tôt.

Thibaut Bérard donne la parole à son héroïne, alors que la mort vient de l'emporter. Avec des phrases limpides et efficaces, ce livre réussi à ne jamais tomber dans le larmoyant.

Bien sûr que l'on est ému, bien sûr que la gorge se noue, bien sûr que les larmes perlent aux paupières devant l'injustice de la vie.
L'auteur ne nous épargne rien des souffrances, des séances épuisantes de chimio, mais par une sorte de pirouette littéraire, il parvient souvent à dédramatiser la situation et à nous faire sourire.

J'ai aimé Théo « le lutin », tellement amoureux de Sarah « le moineau », son courage, sa force pour gérer son travail, le petit garçon qui pose mille questions sur sa maman, le bébé dont il s'occupe avec tant d'amour et les visites quotidiennes à l'hôpital où jour après jour, il attend le miracle improbable.

Thibaut Bérard signe un premier roman d'une grande délicatesse, une magnifique histoire d'amour, une leçon de courage et un hymne à la vie qu'il faut continuer lorsque l'on perd un proche comme un ultime hommage.

Je remercie Babelio et les Editions de l'Observatoire pour leur confiance.

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frconstant
  05 avril 2020
« Il est juste que les forts soient frappés » est un récit drôle, tendre, dramatique, violent, déjanté et d'une maturité profonde. Il gravite sans arrêt autour de la mort pour sublimer la vie. Une vraie réussite pour Thibault Bérard qui, après des études littéraires et des vies antérieures de journaliste et d'éditeur, se lance dans l'écriture d'un premier roman.
Le sujet ne brille pas par une grande originalité. L'auteur va nous embarquer dans l'histoire d'un couple entouré d'amis qui se révéleront fidèles dans l'épreuve, tous quelque peu border line. Au centre, Sarah et Théo. Ils s'aiment et attendent un heureux événement mais ils devront, en même temps gérer l'accueil d'un cancer qui, on le sait dès le début du livre, sera fatal pour Sarah, la jeune mère.
Ce qui rend ce livre attachant, c'est la capacité de l'auteur à nous faire rire, pleurer, bouillonner d'espoir, nous attendrir sur les tentatives parfois maladroites mais toujours aimantes de Théo pour soutenir Sarah et sur celles de Sarah pour deviner, soutenir, aimer et respecter les fragilités de Théo au-delà de son masque et de ses fanfaronnades.
SI, d'aventure, le lecteur a déjà expérimenté la complexité de la traversée d'une zone de turbulences lors de l'accompagnement d'un proche happé par une séquestration au sein de l'institution hospitalière, il sourira souvent et appréciera chacune des flèches décochées par l'auteur pour stigmatiser et caricaturer l'ambivalence des pontes de la médecine, tour à tour inhumains et imbus de leur science et profondément humains et protecteurs des patients qui souffrent et de ceux qui patientent inlassablement, espérant, rêvant d'une possible bonne nouvelle trop rare, trop lente à venir.
Enrichie d'une kyrielle de références littéraires, musicales ou cinématographiques, l'écriture reste simple et distille l'histoire tout en finesse et dans le respect de ceux qui subissent l'injustice aveugle qui les frappe de tels malheurs. Car, à mes yeux, le titre de cet ouvrage est un outrage à la dignité humaine. Non, il n'est pas juste que les forts soient frappés ! Oui, Il est horrible de parler de justice à propos du cancer qui frappent les forts sous prétexte que, puisqu'ils sont forts, ils peuvent résister ! C'est là le produit d'une philosophie bancale. « C'est super con ! » dira Sarah et je suis d'accord avec elle.
Mais, au-delà de toutes les souffrances décrites, les frustrations partagées et les espoirs qui trébuchent sur les pierres saillantes du chemin, ce récit est un hymne à l'amitié fidèle, à la foi en un demain à vivre, un espace et un temps d'amour à re-susciter. Un très beau livre à lire et partager.
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adtraviata
  01 avril 2020
La quatrième de couverture peut épouvanter certains lecteurs potentiels, mais je vous l'assure, ce roman est plein de vie. Paradoxalement, il nous est raconté par Sarah, depuis les limbes dont elle espère sortir quand son deuil sera accompli par son compagnon Théo. Il faut qu'elle raconte son histoire pour permettre à tout le monde ‘aller de l'avant, elle y compris.

« J'imagine que vous serez d'accord : ce que tout le monde veut, dans la vie, c'est laisser une trace, non ? Résister à l'oubli éternel ? Et bien le scoop, mes amis, le truc pas croyable que je vais vous annoncer ici, dans ces pages et même dès la première, c'est que le but ultime de tout le monde, dans la mort, c'est exactement l'inverse : se faire oublier des vivants. Couper le cordon une bonne fois avec l'avant, pour, enfin, accéder à cette absolue félicité, ce repos parfait des sens et de l'esprit dont on nous rebat les oreilles depuis les siècles des siècles. Avouez que ça remet les choses en perspective. Moi-même, j'ai mis un moment à comprendre ça et, quand j'ai fini par y arriver, je me suis décidée à en faire quelque chose, histoire que ça vous rentre dans le crâne, pour le « jour où » (parce que, vous le savez, ou alors il serait temps, ce sera votre tour à un moment ou à un autre). Décidée avec un « e », ça n'a as échappé aux premiers de la classe, parce que je suis une fille, enfin une femme. J'étais une femme quand je suis morte – une jeune femme, 42 ans, ça vous donne déjà une idée de l'ampleur du drame à venir. » (p. 9)

Une bonne partie du roman, lumineuse, raconte le parcours qui a fait se rencontrer et s'aimer Théo et Sarah , le bonheur original qu'ils ont construit et qu'ils ont osé élargir à leurs deux enfants, Simon et Camille. Mais vers la fin de la deuxième grossesse, « Lutin » et « Moineau » (leurs surnoms d'amour) vont prendre de plein fouet l'annonce d'un cancer incurable en l'état. Avec l'aide de leur inoxydable « Dr House » à eux, ils vont entamer un long combat, faisant même la nique à la maladie. Armé d'un courage incroyable, Théo se bat avec énergie, tandis que Sarah s'accroche – dans les deux sens du mot : elle s'accroche pour survivre et elle s'accroche (sans trop d'illusion) aux rêves de Théo. La maladie leur offrira une rémission avant le combat final, héroïque malgré tout.

« Il est juste que les forts soient frappés

La phrase s'affiche tel un blason en lui. Et elle lui semble parfaitement logique, évidente – appropriée, là encore. Il est juste, oui, précisément parce c'est plus injuste que tout ce qu'on puisse imaginer, plus absurde, plus cruel, et donc plus éloigné de l'entendement des simples mortels, que lui et moi, qui sommes jeunes, pleins de vie, si forts, nous soyons frappés. Nous plutôt que d'autres, qui ne s'en relèveraient pas. » (p. 116)

L'intérêt de ce récit, c'est le point de vue narratif, la relecture de son histoire par Sarah qui nous donne de comprendre de l'intérieur à quoi est confronté un malade du cancer. C'est la lumière insolente qui se dégage de ces pages, l'humour, l'amour comme armes – peut-être dérisoires mais qui survivent à tout, même à la mort. Ce sont deux personnages à la fois hors-normes et ordinaires dans leur combat et la galerie de personnages savoureux qui les entourent et les accompagnent jusqu'au bout. Je l'avoue (ne lisez pas ce qui suit si vous ne voulez pas en savoir trop), j'ai d'abord été un peu choquée par la relation nouvelle que Théo noue déjà avant la mort de Sarah, tout en continuant à accompagner celle-ci et à tout assurer du quotidien tant bien que mal, mais après tout, ce sont peut-être les nouvelles façons d'aimer et on n'a jamais trop d'amour pour affronter cette saleté de maladie et vivre la fin de la vie.

Un roman malgré tout solaire, où le pouvoir salvateur des mots mène sur la voie de la résilience.
Lien : https://desmotsetdesnotes.wo..
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mumuboc
  08 janvier 2020
A force de le dire et de l'écrire vous commencez à le savoir je ne suis pas très « roman d'amour », sauf quelques exceptions dont Mon désir le plus ardent de Pete Fromm, une histoire d'amour, de nature et de maladie et qui fut et reste un coup de coeur dans le genre. Ce premier roman de Thibault Bérard est de la même veine. Sarah et Théo s'aiment. Rien ne les prédestinait à former un couple. Elle, « moineau », à la jeunesse border-line, un peu paumée, lui, le « lutin » de quelques années plus jeune, l'optimiste à tout épreuve. Ils ont tout pour être heureux : travail, enfant, ami(e)s, famille, tout roule jusqu'au jour où le Dr House entre dans leurs vies pour le pire. Moineau n'a pas voulu voir les premiers signes et pourtant désormais ses jours sont comptés……

Je vous prie de m'excuser en premier lieu car je n'ai pas le talent de Thibault Bérard pour exprimer avec l'écriture autant de beauté dans les sentiments, donner autant d'émotions dans la narration d'une histoire, j'allais dire banale, d'un couple, autant de profondeur dans les ressentis ….. Mais je vais malgré tout essayer car moi la « dure » aux sentiments amoureux, j'ai craqué, j'ai fini avec des larmes qui coulaient sans que je puisse les retenir mais que ces larmes étaient belles….

Notre guide s'appelle Sarah, c'est elle qui nous raconte son histoire et dès les premières lignes elle est directe, elle ne tergiverse pas, ne nous enfume pas : elle est décédée, à 42 ans, voilà c'est dit, alors soit vous faites le choix de continuer et d'écouter ce qu'elle a à vous dire, soit vous refermez dès maintenant le livre car vous vous doutez que tout ne vas pas être rose. Moi j'ai continué car ce qui m'a plu dès le début c'est le ton de Sarah, sa façon d'exprimer les choses, à vous de juger :

"Incipit :

J'imagine que vous serez d'accord : ce que tout le monde veut, dans la vie, c'est laisser une trace, non ? Résister à l'oubli éternel ? Et bien le scoop, mes amis, le truc pas croyable que je vais vous annoncer ici, dans ces pages et même dès la première, c'est que le but ultime de tout le monde, dans la mort, c'est exactement l'inverse : se faire oublier des vivants. Couper le cordon une bonne fois avec l'avant, pour, enfin, accéder à cette absolue félicité, ce repos parfait des sens et de l'esprit dont on nous rebat les oreilles depuis les siècles des siècles. Avouez que ça remet les choses en perspective. Moi-même, j'ai mis un moment à comprendre ça et, quand j'ai fini par y arriver, je me suis décidée à en faire quelque chose, histoire que ça vous rentre dans le crâne, pour le « jour où » (parce que, vous le savez, ou alors il serait temps, ce sera votre tour à un moment ou à un autre). Décidée avec un « e », ça n'a as échappé aux premiers de la classe, parce que je suis une fille, enfin une femme. J'étais une femme quand je suis morte – une jeune femme, 42 ans, ça vous donne déjà une idée de l'ampleur du drame à venir. (p9)"

Et il faut savoir que dans un roman tout est possible, tout est imaginable et l'auteur a octroyé à Sarah un don : « le privilège des morts », ce don lui permet d'exprimer ses ressentis, émotions mais aussi ceux des autres, de ses proches.

Alors j'ai plongé dans le tourbillon de la vie de Sarah et Théo, dans leur amour qui verra naître Simon puis Camille mais comme si trop d'amour devait se payer un jour, les jours sombres vont les engloutir, ils vont se débattre, espérer, surnager puis déposer les armes.

C'est une lecture où malgré un sujet très « plombant » il n'en reste pas moins un sentiment lumineux en partie due à l'écriture : c'est intense, vivant, avec un ton moderne, avec ici et là une part de dérision dans les propos de Sarah, parce qu'elle est comme cela Sarah, même dans les moments les plus cruciaux. Ils forment un couple fort, oui ils sont forts et il revient à Théo une phrase :

"Il est juste que les forts soient frappés

La phrase s'affiche tel un blason en lui. Et elle lui semble parfaitement logique, évidente – appropriée, là encore. Il est juste, oui, précisément parce c'est plus injuste que tout ce qu'on puisse imaginer, plus absurde, plus cruel, et donc plus éloigné de l'entendement des simples mortels, que lui et moi, qui sommes jeunes, pleins de vie, si forts, nous soyons frappés. Nous plutôt que d'autres, qui ne s'en relèveraient pas. (p116)"

L'auteur confirmant un peu l'adage que « les histoires d'amour finissent mal en général » prend le parti de faire d'un drame un récit où se mêlent références cinématographiques, littéraires, musicales, univers dans lesquelles baignent nos deux tourtereaux (lui journaliste, elle productrice de documentaires) et dans lesquelles ils vont trouver la force de tenir, se raccrocher. Oui La vie est belle comme le titre du film de Capra, film culte de Lutin, quelque soit sa durée, ce qui compte c'est de la vivre.

Bon vous l'avez compris j'ai passé un excellent et émouvant moment de lecture et je vous rassure même si les dernières pages sont particulièrement poignantes, il n'en reste pas moins un roman d'une rare intensité, lumineux et bouleversant, dont j'ai aimé le ton à la fois dynamique, juste, imagé parfois (j'ai adoré les « bulles » de Sarah), mais aussi doux et réaliste. Beaucoup d'humanité transpire des épreuves que le couple va traverser, du bel et vrai amour, du respect et de l'écoute, sans faille, sans gnangnan. Ils en sortiront encore plus forts, plus beaux même s'ils n'en sortiront pas forcément vainqueurs.

Un de mes seuls reproches (un tout petit), ne pratiquant pas forcément la langue anglaise, beaucoup de citations en anglais auraient mérité une traduction……

Roman sélectionné pour le Grand Prix RTL – LIRE 2020 et moi je sais pourquoi. Je vous encourage à le découvrir. On en ressort pas indemne mais qu'est-ce que l'émotion est belle.

Thibault Bérard est depuis 13 ans responsable du secteur romans aux Editions Sarbacane.
Lien : https://mumudanslebocage.wor..
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motspourmots
  17 janvier 2020
Avec un tel sujet, le risque est énorme. Ceux de ma génération se souviennent peut-être des larmes versées avec Ryan O'Neal quand meurt Ali McGraw à la fin de Love story. Culte et pourtant bien sirupeux, bande-son assortie. Heureusement, la littérature est un art qui, pratiqué avec talent, sincérité et délicatesse permet d'offrir des bouquets d'émotions. Les larmes peuvent faire du bien, puiser leur source dans la beauté et la force des sentiments, dans la colère aussi. Les larmes peuvent apaiser et donner une furieuse envie de vivre.

Car d'emblée, nous le savons, la voix de celle qui raconte est une voix d'outre-tombe. Sarah est morte, à 42 ans, balayée par un cancer foudroyant détecté alors qu'elle était enceinte de son deuxième enfant. Sarah est morte mais sa colère est toujours là, mêlée à l'amour qui l'unit à Théo et à leurs deux jeunes enfants, Simon et Camille. Sarah est morte et son dernier acte d'amour est de permettre à Théo de libérer son esprit du deuil pour rester sur le chemin qu'il a toujours privilégié et pour lequel il est si doué : celui de la vie ; et par la même occasion, la laisser reposer en paix. Alors Sarah raconte. Comment Théo, plus jeune qu'elle, a pourtant joué le rôle de tuteur autour duquel elle s'est enroulée pour laisser de côté ses peurs et ses failles pour avancer, s'autoriser à aimer et à croire au bonheur. Il faut dire qu'il est irrésistible ce "lutin", boosté à l'optimisme, à la beauté et à "La vie est belle" de Capra. de quoi chasser les dernières traces du spleen que la jeune femme traîne depuis son adolescence. Sarah raconte la vie, les projets, l'amour fou, la naissance de Simon, les avancées professionnelles, la deuxième grossesse, le diagnostic terrible, l'entrée en guerre (oui, il y a quelques accents de la guerre est déclarée aussi)... Sarah raconte et le lecteur se saisit de sa colère, parce que non, pas sûr que ce soit vraiment juste que les forts soient frappés.

J'ai versé mes premières larmes à la page 135 et ensuite, bah... c'était parti. Mais ce qui m'a fait pleurer, c'est la chaleur qui se dégage de ce récit, la farouche volonté affichée par tous de faire face ensemble, bien droits, unis par ce qu'on ne peut pas qualifier autrement que de l'amour, qu'il soit exprimé par le regard d'un ami, par le message d'un patron, par celui qui sait qu'il va rester ou par celle qui sait qu'elle va partir. le respect total des sentiments de l'autre, de sa douleur, du chemin qu'il emprunte pour s'en sortir. Et puis, il faut le dire, faire parler Sarah donne une force extraordinaire au roman, excluant toute mièvrerie par son langage direct qui ne se cache derrière aucun faux-semblant. On comprend, au moment des remerciements et en lisant les commentaires sur les réseaux sociaux que l'auteur utilise une matière autobiographique ce qui amplifie le tour de force et explique sans doute en partie ce judicieux parti-pris de narration.

Peut-être que si Franck Capra vivait au 21ème siècle, il aurait aimé s'emparer de ce texte, magnifique hymne à la vie, pour en faire l'un de ses chefs d'oeuvre. Qui sait ? Tous les ingrédients sont là. Impossible de ne pas être touché par la force positive qui se dégage de ce roman que l'on termine dans un grand sourire baigné de larmes en se disant que oui, faut pas l'oublier, la vie est belle.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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mallaurylit
  23 février 2020
Cher Thibault,
.
Me retourner le coeur et la tête, est-ce à cela que tu pensais lorsque tu as écrit ton roman ? Enfin à moi et à tous ceux qui te liraient, qui se retrouveraient emportés dès les premiers mots, par ce ton particulier, arme de séduction absolue pour convaincre tes lecteurs qu'enfin il se passait quelque chose de différent, une écriture unique, un style pas encore entrevu qui ne demande qu'à être approché, décortiqué, dégusté encore et encore…
.
J'hésitais un peu, ce roman ou un autre…Mais il y avait ce titre qui me percutait, un écho, une pensée qui m'avait traversée, un credo que j'avais accepté…
Je ne devais parcourir que quelques lignes, Juste prendre le pouls de ce livre, voir si cela valait la peine…il y a tant et tant de romans à lire, à découvrir, tant d'histoires bouleversantes avec lesquelles se laisser émouvoir, se laisser saisir aux tripes, tant d'oeuvres qui t'ouvrent à d'autres perspectives. Et puis parfois il y a ce texte, avec une approche de la vie pas encore entrevue, une où il faut parfois lâcher prise sans rien lâcher, trouver d'autres repères, apprendre autrement ou tout simplement comprendre enfin.
.
Et j'ai compris, bien plus que ce que j'étais prête à accepter. J'ai compris ce que ton roman apportait de plus. J'ai réalisé cette pulsion de vie, là, cette énergie vitale, au sens premier, qui te fait aimer, désirer.
Ton livre c'est l'espoir, c'est ce rayon de soleil qui te réchauffe quand la douleur est là, lorsque tu doutes, lorsque cela va si mal que tu crois que tu ne pourras aller plus loin, c'est l'optimisme, c'est cette étincelle qui t'emmène vers demain…oui ton texte est déchirant autant qu'il peut être drôle, époustouflant et poignant, insolent mais tellement généreux et surtout c'est un hymne magnifique à l'amour, un roman qui donne envie de vivre, plus fort, plus haut, de profiter de chaque instant, absolument. Un livre lumineux, magnifique, saisissant jusqu'au coup de coeur.
Lien : https://www.instagram.com/p/..
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Marti94
  25 mai 2020
Sarah est morte. Pourtant, dans ce premier roman de Thibaut Bérard, elle nous fait une visite guidée de son plus proche vivant. C'est le privilège de l'amour, celui de Théo avec qui elle a partagé sa vie.
Jeune fille, elle ressemblait à Sandrine Bonnaire dans "Sans toit ni loi" d'Agnès Varda mais la rencontre surprenante avec une psy lui a permis de ne plus avoir envie de se flinguer chaque matin. Cela explique son envie d'aimer et d'être aimée même s'il lui arrivait parfois de dire devant ses amis témoins qu'elle allait mourir avant 40 ans, réminiscence de sa jeunesse de punkette.
Le bonheur elle va le vivre avec Théo, ce jeune homme foufou qu'elle appelle Lutin et qui sous ses airs de déconneur est un grand amoureux. La naissance du petit Samuel va les combler. Quand arrive Camille quelques années plus tard la situation va changer puisqu'on découvre à Sarah une tumeur qui met sa vie en danger.
Théo résume la situation à leurs proches : maladie, très grave, cancer, ne pas compter sur une guérison, avancer étape par étape, accouchement prématuré, commencer la chimio ; se préparer au pire, tous ensemble.
Pourtant, face à ce putain de cancer ils décident de se battre comme des super-héros.
Face à l'adversité Théo voit des signes partout et pense à cette expression "Il est juste que les forts soient frappés" comme un défi qu'ils sont capables de relever et qui donne ce drôle de titre au roman. Je comprends très bien cela. Cela veut dire qu'ils endurent ça parce que justement ils en sont capables.
Et le plus incroyable c'est qu'ils vont y arriver. La fête pour l'anniversaire de la quadragénaire en est la preuve même si on sait dès le départ que c'est un sursis puisque Sarah va mourir à 42 ans.
Alors quand une tumeur revient, signalée par des essoufflements et une grosse fatigue, la combativité de Sarah en prend un coup face aux séances de chimio qui l'attend. Théo, lui, ne veut pas baisser les bras malgré la vie épuisante qu'il doit mener entre l'hôpital, le travail, les enfants.
Jusqu'au jour où il rencontre Cléo.
Bon, je ne vais pas raconter la fin cousue de fils blancs qui m'a beaucoup énervée parce qu'elle gâche cet excellent roman mais comme par hasard, à partir de ce moment-là, Théo va être d'accord avec Sarah qui a envie que ça cesse, qui a envie de mourir.
Sarah, de son nuage, lui trouve des circonstances atténuantes mais quand même, le fait qu'il n'ait aucun sentiment de culpabilité me semble assez improbable.
Alors que j'ai dévoré ce livre qui aborde le sujet triste de la fin de vie avec beaucoup d'humour je regrette que ça ne soit pas un « sans faute » avec cette fin qui n'est pas à la hauteur du reste.

Lu en mai 2020
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Les Amants de la Littérature

Grâce à Shakespeare, ils sont certainement les plus célèbres, les plus appréciés et les plus ancrés dans les mémoires depuis des siècles...

Hercule Poirot & Miss Marple
Pyrame & Thisbé
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Thèmes : amants , amour , littératureCréer un quiz sur ce livre
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